Je fais confiance
à mon journal
Il est le seul
à répéter
mon secret
de feuille
en feuille
sans que le monde
le sache
Géraldine Andrée
Je fais confiance
à mon journal
Il est le seul
à répéter
mon secret
de feuille
en feuille
sans que le monde
le sache
Géraldine Andrée
C’est un poème
que tu avais oublié
au fil
de toutes ces années
et que tu retrouves
par hasard
en rangeant les tiroirs
de ton bureau,
griffonné à l’encre noire
sur un vieux papier
un peu froissé.
Tu le relis
avec l’appréhension
de le juger
niais ou – pire –
complètement raté.
Mais plus tu avances
sur ce frêle
chemin
qui enjambe
les lignes,
plus il te semble
que tu te reconnais,
et que tu avais rendez-vous
avec ton autre toi-même
aujourd’hui,
depuis la lointaine
journée
où tu as tracé
cet itinéraire
qui te mène
à ton ancienne vérité.
Alors, tu souris
à cette jeune femme
timide
que tu étais
et qui te fait signe.
Puis tu recopies
son poème
sur ton cahier actuel,
même si tu sais
que d’autres cahiers
le recouvriront
de leur pile
et qu’il deviendra
au fil des années
un poème
oublié.
Géraldine Andrée
J’écris une lettre à Dieu chaque matin, une lettre où il y a des doléances, des récriminations parfois, des demandes certes, mais aussi des gratitudes et même si la journée n’a pas été top, je peux Le remercier pour un bouquet de soleil dans la rivière qui brillait lors du passage en train, Le remercier pour avoir aiguisé mon attention sur les humbles beautés de chaque jour.
Géraldine Andrée
Quoi que l’on dise
de toi
écris
suis
fidèlement
ta ligne
de vie
Géraldine Andrée
Le platane de ton enfance
flamboie encore
à la fenêtre de ton feuillet
encadré d’or
Géraldine Andrée
Écrivez cette simple question en haut de votre page :
Qui suis-je ?
Nous l’avons vu, vous êtes bien plus que ce que les gens disent de vous. Les sagesses ésotériques enseignent que nous venons tous de la Lumière, que, selon les mots de Teilhard de Chardin, nous sommes un esprit “venant faire une expérience humaine” dans cette matière terrestre qu’est le corps.
Autrement dit, notre nom, notre visage, notre métier, notre entourage sont éphémères. Nous passons en tant qu’esprits à travers eux pour rejoindre ensuite une vibration immense.
Il est peut-être temps de trouver notre essence…
“Je suis la nuit qui porte toutes les étoiles. Une seule brille en moi, plus intensément que toutes les autres. C’est l’étoile de ma naissance. Elle m’indique le chemin à suivre ; le chemin à vivre.”
“Je suis libre comme un fétu voguant dans le vent.”
Voilà. C’est Vous. Votre plume vous a défini de manière plus large que la définition courante que vous vous donnez et que les autres vous donnent.
Et vous voilà parti pour un autre voyage.
Géraldine Andrée
Extrait de mon livre J’écris ma vie
J’écris
pour faire de mon cahier
une maison en papier
dans laquelle conversent
autour de la lampe
toujours allumée
d’un poème
les amis
réunis
de toutes mes vies
Géraldine Andrée
Une fois que tu as obtenu ton Bac de Français,
tu prends ton envol.
C’est le jour de l’embarquement.
Tu te souviens encore du tee-shirt blanc à pois bleus
qui dénude tes épaules et dessine ta poitrine naissante.
Tu prends l’avion pour des vacances à Sallanches.
En vérité, l’avion est tout petit et il y a peu de monde qui monte.
« C’est un coucou » comme dit ta mère.
Mais peu importe.
Tu prends ton envol
pour le marché aux fleurs et aux fruits
que tu parcours le matin avec ta tante,
un panier d’osier à la main.
Tu prends ton envol
pour le chemin derrière la maison
qui fleure bon le gazon.
Tu prends ton envol
pour le champ d’avoine folle
que tu traverses
à toute vitesse,
juste avant l’orage,
pour le sifflement du vent
qui t’enivre
et dont la force
s’apprête à arracher ton livre
que tu tiens pourtant serré
contre ton sein.
Tu prends ton envol
pour la chanson de Cabrel,
L’encre de tes yeux,
que ton oncle te fait écouter
près de la lampe à pétrole.
Tu prends ton envol
pour les après-midi de pluie
qui frappe
la mansarde
pendant que tu recopies
des poèmes que tu ne trouves jamais réussi
dans des cahiers neufs
et vite salis.
Tu prends ton envol
pour ton désir de ressembler
à la poétesse Marie Noël
sans jamais y parvenir,
mais tu es si jeune alors !
Tu prends ton envol
pour cette journée au lac
que tu passeras seule,
tes cousins t’ayant abandonnée
pour jouer avec leurs copains.
Et tu prends ton envol
pour chaque grain de sable
que tu compteras
en les laissant glisser
entre tes doigts.
Tu prends ton envol
pour la conscience
que tu as déjà
de la vie qui passe
et de la solitude
qui t’accompagne
en tout lieu.
Et tu te revois,
adolescente
qui te sourit
de loin
aujourd’hui.
En vérité,
c’est toi qui t’envoles
vers elle,
en prenant pour ailes
ce poème.
Géraldine
Extrait de mon récit de vie inédit
La Dernière
qui sera publié où quand comment je ne sais

J’ai toujours éprouvé de la compassion pour les cahiers inachevés :
Le journal intime que l’on se jure de tenir chaque jour des vacances et que l’on laisse de côté parce que l’on pense avoir rencontré le grand amour et que les mots manquent.
Le cahier que l’on ferme et que l’on ne rouvre plus parce qu’il y a le ménage, les courses, les enfants. Les siestes du petit dernier ? Elles sont toujours trop courtes pour que le récit d’enfance soit poursuivi !
Le cahier oublié sur un siège de métro. Pour effacer le regret de ton étourderie, tu en achètes un autre mais ce n’est plus la même chose : tu ne retrouves pas le vrai poème que le jardin du temps passé t’a inspiré…
Le cahier que l’on abandonne dans un coin parce que la vie est mille fois plus importante, qu’il ne faut pas la fuir en empruntant le fil de l’encre « et puis cela ne sert à rien d’écrire de toute façon qui me lira je ne suis qu’une personne lambda ».
Le cahier que l’on juge si mal écrit qu’il ne vaut pas la peine d’être rempli. On a trop honte et cette phrase bancale au feuillet 3, « c’est bien la preuve que je n’ai aucun talent ».
Le cahier jeté à la cave car franchement, qui suis-je pour parler de mes sentiments ?
Le cahier qu’il faut quitter d’arrache-cœur parce que les événements nous précipitent sur une autre route.
Le cahier interrompu par l’accident, le deuil brutal, la maladie foudroyante.
Et puis, les cahiers des déportées
– Etty Hillesum,
Anne Frank –
dont les pages blanches
demeurent des ailes
à jamais attachées à la terre
pour que chaque homme
s’élève
dans sa lumière.
Géraldine Andrée