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Écrire en enfance 1

Je suis la main de votre enfant intérieur qui vous guidera dans l’écriture de votre vie.

Géraldine Andrée

Écrivain privé-biographe familiale-psychobiographe-psychogénéalogiste

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Je me souviens à la manière de Georges Perec sur le thème de l’Enfance

Je me souviens du flamboiement de la forêt à la fenêtre de la maison disparue
Je me souviens de la gorgée de miel sur mon angine
Je me souviens des brûlures d’ortie que je frôlais quand je marchais dans les herbes folles
Je me souviens du bouquet de la mer qui s’ouvrait par surprise entre deux terres après de longues heures de route
Je me souviens de mon adieu au cèdre du Liban du haut de mes sept ans
Je me souviens de l’odeur d’imprimerie des catalogues de jouets dont je passais commande au Père Noël
Je me souviens des indigestions de brioche
Je me souviens des bâtons de réglisse que je suçais pendant ma varicelle
Je me souviens de la croûte que j’enlevais avec délectation de mes blessures
Je me souviens de ma longue conversation avec le noisetier j’en ai retenu le murmure des feuilles et le grand vague du vent
Je me souviens de la bulle de chewing-gum rose qui a éclaté dans mes cheveux et l’institutrice m’a fait faire le tour des classes ainsi coiffée
Je me souviens de ma rencontre avec l’abeille dans une corolle de rose
Je me souviens de l’odeur de tabac dans le salon de mon grand-père
Je me souviens du minuscule service à thé argenté pour petite fille
Je me souviens de la panthère du tapis persan qui voulait me dévorer de toutes ses dents quand je marchais sur elle
Je me souviens des sauces caramélisées de ma grand-mère
Je me souviens des pleurs et de la morve ravalés sur l’insoluble problème de géométrie
Je me souviens de mon cartable trop lourd dont la lanière me sciait les épaules
Je me souviens d’un pays du Sud qui m’est revenu dans la triste salle d’étude alors que je n’y étais jamais allée
Je me souviens de mon cahier ouvert après avoir marché longtemps dans la neige bleue
Et j’ai compris bien après l’enfance qu’écrire c’est marcher dans la neige tous les jours même lorsque la lumière de l’été accroche sa dentelle dorée aux volets vénitiens
Je me souviens de mes seins qui me faisaient mal quand j’enfourchais mon vélo C’était fini J’avais grandi

Et vous, quels sont vos souvenirs d’enfance ?

Géraldine Andrée

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Le miroir de la mémoire

Au mot mémoire j’associe le mot miroir
La mémoire est un miroir
où se reflète l’éclat des choses passées

le garage à vélos sous le feuillage
la serre de Grand-Père aux plantes entrelacées
les œufs de Pâques cachés sous le noisetier
les vitres vertes de la verrière qui rendaient l’ombre de ma chambre si claire
l’épais rideau derrière lequel j’avais peur de voir surgir le Gnolo ce monstre hydrocéphale
le tablier de Grand-Mère rempli de nèfles
les fleurs de porcelaine bleue des tasses de thé
le fauteuil à bascule sous le soleil de l’après-déjeuner
le vitrail de la porte qui allumait le long de l’escalier des lueurs orangées
le feu de feuilles flétries dont la fumée se dévidait jusqu’aux lisières de la ville

La mémoire est un miroir
où les souvenirs brillent encore
de tous leurs yeux d’or
à la manière des astres morts

Géraldine Andrée

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Pourquoi tu écris ?

J’écris pour retrouver le soleil des anciennes vacances qui dansait sur le carrelage de faïence de la cuisine à Porto.

J’écris pour que ma main refasse connaissance par la pointe d’un Bic bon marché avec la légèreté de mes pieds d’enfant.

J’écris pour emprunter dans ma chambre une passerelle qui mène à l’infini.

J’écris pour pardonner à la vie ses coups bas, même si ce n’est pas facile.

J’écris pour m’émerveiller du reflet du matin dans ma cartouche d’encre, tout simplement.

J’écris pour me sentir écoutée par le bruissement du papier.

J’écris pour faire de chaque carnet un voyage et quand on me demande : « C’est pour où ? », répondre : « Vers moi-même. »

J’écris pour m’imaginer que mon souffle se répand dans les feuillages du jardin disparu.

J’écris pour célébrer la compagnie de la solitude.

J’écris pour puiser la force de continuer ce livre chaque jour.

J’écris pour conclure chaque page de mon journal par cette fidèle phrase : « Il ne te reste qu’à te mettre à l’ouvrage. »

J’écris pour semer des mots quand je me suis égarée sur des chemins que d’autres ont tracés pour moi – Petite Poucette qui ne renonce pas.

J’écris pour ne plus avoir à me justifier par la suite, car je préfère laisser de la place aux corolles futures.

J’écris pour rien ; j’écris sur rien. Et si l’on me dit que c’est ridicule, j’écris pour accorder de l’importance à un pépin de pomme.

J’écris pour que, dans mon histoire à moi, au moins, ce petit pépin tout brun donne un pommier qui va grandir au fil de ma vie.

Géraldine Andrée


Photo de Tom Swinnen
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La chemise de grand-père

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Sois le héros de ta vie

Ma collaboration au magazine Les Mots Positifs

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Les lettres de l’enfance

Ce jour qui était écrit
est arrivé.
La valise est prête.
Dedans, ont été rangés
la robe de printemps
au col ouvert
comme une corolle,
le maillot de bain
bleu uni
en une seule pièce,
la collection de barrettes,
un sachet de sucettes
multicolores,
Le Petit Prince
de Saint-Exupéry,
du papier à dessin,
des feutres
et la poupée Annie.
Mon enfance s’en va
pour des vacances
qui dureront
toute une vie.
Mais mon enfance
me dit :

« Je t’écrirai des lettres
où je te raconterai
comment j’ai sauté
dans la vague,
comment j’ai accroché
toutes mes barrettes,
tels des papillons,
sur mes mèches
de soleil,
comment j’ai partagé
mes sucettes
avec une amie
plus petite
que moi,
comment j’ai maquillé
avec mes feutres
le visage d’Annie
pour les noces
de l’astre
et de la rose
et comment ma robe
en corolle
annonce
d’autres
métamorphoses.

Ces lettres,
je te les enverrai
pendant toute
ton existence
pour que tu n’oublies pas
que j’existe,
pour que tu saches,
malgré les épreuves,
comment vivre
et pour que tu en fasses
un grand livre
de dons
et de grâces
dédié au jour
ultime. »

Géraldine Andrée

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Le parfum de l’écriture

Les jours où je me consacre entièrement à l’écriture, je porte mon parfum préféré, mon parfum merveilleux et inspirant, qui mêle les senteurs de la mandarine, du miel, du jasmin avec les deux notes enlacées du gardénia et de la fleur d’oranger en son cœur.

Je le vaporise dans mon col de laine tout en songeant à l’idée précise d’un poème.

Et j’avance au fil de l’encre qui fleure bon la terre des sous-bois

vers la vanille des gâteaux, les bâtons de réglisse, le livre emprunté à la bibliothèque de la plage, le cuir de mon cartable, l’herbe trempée par la rosée dont la lumière du matin est tout infusée, le lait pour la peau de bébé, le savon de Marseille qui éclaircit le linge, le foin coupé, la peinture à huile, la colle qui relie les pages de mon premier journal intime que je me suis artisanalement fabriqué.

Le parfum de ma journée d’écriture m’invite à écrire sur d’autres fragrances de mon enfance.

C’est ainsi que je peux débuter une biographie avec vous. Il suffit d’une seule odeur qui vient – celle du pain chaud, par exemple, de la mandarine ouverte, de la cire qui fond sous la flamme, au cœur d’un Noël très ancien –
pour que le récit de votre vie,
la vie de votre récit
commencent.

Géraldine Andrée

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Les ombres d’été

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Le baiser

Je vous propose, tout au long de ces vacances, des textes sur l’été. Amour, mort, inspiration, enfance, sexualité, découverte, écriture, attente et résilience… Tels sont les thèmes de ce recueil

Un troublant été.

Un troublant été

Elle pleure dans ses feuilles.

Elle pleure, tête penchée sur son cahier de mathématiques, son cahier qui n’a rien à lui dire. Elle vient encore de se faire humilier par cette enseignante à lunettes, au nez pointu comme un bec d’aigle.

Elle ne se souvient plus du motif. C’est sans doute bien véniel. Les larmes montent à ses yeux, débordent, dessinent de gros ronds gris sur le papier. Son chagrin fait des taches. Elle risque encore d’être punie pour cela. Cette prof la regarde pleurer, fixement, non sans une certaine jouissance.

Le soir, au retour de l’enfer, elle écrit. Elle lie amitié avec d’autres feuilles. Le papier l’écoute et reformule ses confidences sous forme de poésies.

Elle ne peut pas dire qu’elle écrit des poèmes, non. Elle dirait plutôt que ce sont les poèmes qui s’écrivent en elle. Des mots lui deviennent familiers comme « désarroi » qui rime avec « foi ». Elle donne la parole à une maigre jeune fille en robe blanche, à une morte qui espère renaître. Elle fait d’un long poème un sentier qui traverse plusieurs feuilles. Écrire, c’est sa force, déjà. Son pouvoir intérieur qui lui permet de résister au quotidien. Comme elle tient un cahier intime, elle sait qu’elle n’est pas toute entière livrée aux autres, que quelque chose d’elle, d’essentiel leur échappe, Quelque part, elle les dupe sur son image. Elle est davantage que ce qu’ils disent d’elle. Et cela lui fait infiniment plaisir.

À la fin de l’année, lorsqu’il lui sera autorisé de « passer dans la classe supérieure » malgré ses piètres résultats, sa mère lui dira :

– Va offrir l’un de tes poèmes à Madame K ! Qu’elle sache au moins ce que tu vaux !

Elle a choisi le poème le plus triste qu’elle a recopié sur deux pages quadrillées, long sentier de la peine que lui avait infligée Madame K tout au long de l’année 1980/1981.

Quand la cloche de la fin de l’ultime heure du cours retentit en ce chaud mois de juin, elle se lève, le ventre serré, le cœur battant. Elle se souvient…

Elle s’approche du bureau comme d’un échafaud, les deux feuillets de sa poésie à la main. Les fenêtres sont ouvertes sur la cour ensoleillée. On entend peut-être le chant d’un oiseau. Elle tend les feuilles à Madame K :

– C’est pour vous !

Madame K est toute surprise. Il lui semble voir, à elle la mauvaise élève, le regard de sa persécutrice s’allumer de curiosité derrière le reflet de ses lunettes.

-Lis-moi le texte, s’il te plaît !

Elle s’entend lire d’une voix tremblante, timide, ce poème qui vient d’elle. Les mots retentissent dans sa gorge. Le rythme des vers court dans son ventre. Ce sont ses dernières paroles. Elle va tout au bout du sentier de ce qu’elle a écrit, de la trace de ses épreuves.

S’ensuit un long silence. Elle s’est arrêtée. Elle y est arrivée.

-Merci ! s’exclame Madame K. Viens que je t’embrasse !

Elle s’approche, lui tend la joue. Le baiser claque, froid et humide. Elle surmonte son écœurement. Au fond, elle a pitié de Madame K qui n’a pas compris qu’elle est à l’origine de ce chant de douleur qu’elle lui dédicace par sa seule lecture.

À la veille des grandes vacances pendant lesquelles elle découvrira tôt le matin, dans son lit, des auteurs enchanteurs comme Pagnol, Peyramaure, elle reçoit un baiser de son bourreau en échange d’une poésie.

Géraldine Andrée