Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Journal créatif, Journal de la lumière, Journal de ma résilience, Le cahier Blueday, Le cahier de la vie, Le cahier de mon âme, Le livre de vie, Le temps de l'écriture, Poésie-thérapie

Ce qu’est mon journal

Mon journal n’est pas constitué de sentiments éthérés, de quête d’amour éperdue, de grandes considérations spirituelles.

Un lecteur érudit serait bien déçu s’il s’y aventurait.

Non. Mon journal relate les miettes de biscotte qui traînent sur la table, la lettre qui se fait attendre, la poussière sur le téléviseur, la tache difficilement lavable sur la jupe, la mémoire perdue de ma mère, la chaise dans laquelle s’est assis pour la dernière fois mon père, ma soif de mots pour dire le réel.

On y trouve aussi des rêves que je fais dans d’autres dimensions mais toujours avec des mots terrestres : « les troncs serrés des arbres », « la forêt ouverte comme une échancrure de robe sur le ciel si je vais plus loin », « le ronronnement de mon sang maintenant que tu es absent pour toujours ».

On peut y lire des insultes comme des gratitudes, des colères comme des prières. Chaque mot existe. Rien n’est effacé. Le lapsus a sa place car il est le mot juste pour la part la plus secrète, la plus obscure de moi-même.

Et dans la lumière du jour, toutes mes ombres exécutent sur la page un beau ballet.

Julia Cameron, dans son best-seller The Artist’s way/ Libérez votre créativité, raconte comment, en écrivant ses pages du matin, elle sirote un café avec son ombre.

Et vous, quelles sont vos parts d’ombre ? En quoi se révèlent-elles aussi créatrices que vos parts de lumière ?

@L’Encre au fil des jours

Géraldine Andrée

Mon journal relate ma soif de mots pour dire le réel.

Publié dans Journal de silence, Méditations pour un rêve, Un cahier blanc pour mon deuil

Te reconnaître

Une question me hante.
Si je te retrouvais, te reconnaîtrais-je ?
On dit que les défunts prennent souvent l’apparence
d’un papillon, d’une colombe…

Et si tu te décidais à me surprendre,
serais-je sensible à cette surprise ?
Tu pourrais, après tout,
être un flocon de neige sur ma joue,
cette poussière dans l’œil
qui fait jaillir des larmes
aussi brillantes que celles
de mon vieux chagrin
ou le baume d’un rayon de soleil
sur les lèvres sèches
de mon insomnie…

Tu pourrais être
simplement
le petit matin,
quand l’étoile
du Nord
laisse dans mon rêve
le souvenir
de son point
d’or.
Tu pourrais être encore
un crayon de couleur,
l’appel
de mon cahier blanc
à cinq heures,
la paisible respiration
du chien qui dort,
un laurier-rose
dont les branches
se penchent
par-dessus la clôture
du jardin interdit,
un tableau qui m’attire
dans une vitrine
– et voilà que je m’échappe
sur un sentier de printemps
en pleine ville,
guidée par l’ombrelle
dansante
d’une jeune fille
qui me fait signe
en se retournant
de temps en temps -,
l’ultime note
d’une symphonie de Mahler,
la brise qui me suit
derrière son feuillage vert,
un compliment espéré
depuis si longtemps,
un ami qui me revient de loin,
le seuil d’une maison
quelque part en Camargue,
un poème qui me parle
en silence,
une lampe d’enfant
dans ma solitude…

Mais peut-être
que tu ne serais rien
de tout cela
et que tu attendrais patiemment
que je te reconnaisse
au cœur
de mes habitudes,
comme, par exemple,
dans mon regard
que je pose
sur moi-même,
mon regard qui s’attarde,
chaque soir,
dans mon miroir,
mon regard devenu
plus doux,
plus clément
au fil des ans
et qui me dit
en souriant :

« Tu vois !
Ce n’est pas grave !
Tout passe ! »,

mon regard
qui, entre les battements d’ailes
de quelques secondes
de grâce
me montrerait
qu’en me voyant,
moi,
je te verrais,
Toi,
allumer en mon âme
la flamme
si frêle
mais si présente
de l’envie
d’être en vie
et d’écrire
jusqu’à la fin
cette vie-ci,
humble
comme le nouveau-né
tout nu.

C’est ainsi,
je crois,
que je te reconnaîtrais
car j’aurais la certitude
que tu renaîtrais
dans cette reconnaissance
de qui nous avons été
ensemble
et de qui nous sommes devenus
l’un sans
l’autre.

Géraldine Andrée

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Écrire et devenir

Pour écrire, je deviens ce que j’écris.

Pour écrire sur le chêne depuis longtemps arraché, je deviens sa sève qui transporte sa force jusqu’à la branche la plus haute.

Pour écrire sur le jardin à jamais interdit, je deviens sa plume d’oiseau qui ranime les herbes, sa goutte de rosée qui ressuscite toute la fontaine et par un mot, rien qu’un mot qui se fait fruit, le jardin est enfin rendu car je suis jardin pour toutes les feuilles à venir.

Pour écrire sur la poupée abandonnée Catherine, je deviens ses yeux bleus perdus dans le vague, son attente héroïque au fond d’une malle, son cœur de chiffon si tendre au cœur de l’enfance.

Pour écrire sur la maison quittée, je deviens le parfum de la chaude compote de reines-claudes qui se répand dans les chambres. Et c’est moi, ce pas qui invite l’écho dans le couloir où plus personne ne vient. C’est moi, le seuil que les défunts franchissent pour se réunir autour de la petite lampe.

Pour écrire sur le miroir détruit, je deviens les fleurs de fer qui l’entourent, son reflet où frémit une flamme de bougie, mon regard qui, en cherchant qui je suis vraiment, lui sourit.

Et en confiant au fil de l’encre tout ce qui a disparu, j’écris à la Vie tout ce que les absents sont devenus.

Géraldine Andrée

Photo de Cru00e8me Studio
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Suivre le flow de l’écriture jusqu’à l’enfant intérieur

Article publié sur Les Mots Positifs

Géraldine Andrée

Photo de Cottonbro
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Sans titre

Si j’attends que la vie m’apporte l’inspiration, je n’écrirai jamais.
Alors, j’écris pour que la vie m’inspire,
comme si je semais des graines
pour que les oiseaux viennent.

Géraldine Andrée

Photo de Alexey Demidov
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La Vierge à l’Enfant

Je songe à la maison de mon enfance, réduite à des éboulis.

Je songe à la chambre où vivaient mes rêves de fillette, au platane flamboyant près de ma fenêtre, aux tuiles couvertes de mousse, au banc de rotin vert sur lequel dormait la chatte blanche, aux frêles grappes qui pendaient de la vigne – tout cela détruit à coups de pelleteuse pour agrandir la superficie d’un supermarché.

Quelques jours avant de quitter définitivement la maison déjà vendue au grand PDG, mes parents ont fait le tour des pièces – toutes vides. Leurs pas résonnaient dans le silence de cet espace sacrifié.

Mais lorsqu’ils sont entrés dans ma chambre, ils ont par hasard levé les yeux au-dessus de la porte. Y était encore accroché le petit tableau de la Vierge à l’Enfant qu’ils avaient bien failli oublier. C’était un tableau tout doré. La Vierge, revêtue d’une robe orange brillante, tenait sur ses genoux son enfant nu, aux yeux écarquillés.

Je la regardais avant de m’endormir. Je me souviens de l’avoir fréquemment priée pour obtenir de bonnes notes à l’école, la seule chose vraiment importante pour que je sois acceptée par ma famille à cette époque.

Plus tard, alors que je devenais une adolescente, j’ai regardé la Vierge à l’Enfant autrement. Je me demandais si cette femme lumineuse, assise dans le tableau et souriante en tenant son enfant potelé entre ses bras, savait ce qu’était le sang du mois, les maux de ventre et la corolle douloureuse des seins à fleur de vêtement.

Je n’ai jamais eu de réponse. Mais je me suis sentie devenir une femme comme elle au fil du temps.

J’étais déjà partie bien loin lorsque la maison a été vendue pour disparaître avec son jardin, remplacée par un immense parking. À vrai dire, je dépérissais pour une peine de cœur et je n’avais plus ce cadre doré en mémoire. Je doutais fortement d’avoir un enfant de cette histoire d’amour et je m’en désolais.

Mais j’ai été bien contente d’apprendre, au cours d’une conversation, que mes parents avaient sauvé la Vierge à l’Enfant par pure coïncidence.

J’y ai perçu le signe qu’il fallait que je continue à vivre et surtout que je commence à nourrir la femme indépendante qui trépignait en moi.

Cette année-là, je suis revenue à mon journal que j’ai posé sur mon cœur comme un enfant et qui m’a conseillé de « laisser tomber cet homme ».

Mes parents ont accroché la Vierge à l’Enfant dans leur nouvelle chambre, au-dessus d’une autre porte et derrière le cadre, ils ont épinglé une tige de buis qui symbolise l’éternité au-delà de tout ce qui peut être détruit.

Géraldine Andrée

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Des pas et des mots

Je crois
que tes pas
sont devenus
des mots

comme
Turquoise
Magenta
Émeraude

qui laissent
une trace
de leur passage
dans le silence

de la chambre
de mon cœur
quand
je dors

Géraldine Andrée

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Écrire en enfance 2 : Écoutez votre enfant intérieur

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Sa plume au cœur de l’été

Avec sa plume, elle retourne au cœur de l’été de ses dix ans, dans la maison de vacances de sa grand-mère où la brise se répond à elle-même par chaque fenêtre ouverte, où brille l’herbe sous le soleil d’août, constellée de lueurs vertes.

La maison de l’enfance fleure bon la confiture chaude de reines-claudes.

Le ventre rempli de fruits, un peu alourdie par sa gourmandise, elle joue près de la remise à la marelle dont elle a tracé les traits de craie blanche sur la pierre grise.

Elle sautille ainsi de case en case, depuis la terre jusqu’au ciel, c’est-à-dire jusqu’à la tache d’ombre dans laquelle se love la chatte qui parfois tressaille, traversée par un rêve – sans doute est-ce la rencontre d’un chat d’un autre pelage…

Puis elle répond à l’appel de sa grand-mère qui se pose, telle une aile chatouilleuse sur son oreille :

-Viens, ma petite ! C’est l’heure !

-Oui ! J’arrive !

Et elle se retrouve à vivre dans l’été de ses cinquante ans. Elle se sent alourdie par la vie qui lui a bien souvent offert des fruits verts. Elle a perdu l’insouciance qui l’incitait à sauter dans des cases blanches depuis cette terre dont elle a pensé, à plusieurs reprises, être étrangère.

Mais elle possède la maturité nécessaire de jouer à une autre marelle – celle d’un poème évoquant sa vie et qu’elle écrit dans son cahier gris par une chaude après-midi de dimanche d’août.

Elle saute lentement, de carreau en carreau. Les enjambements remplacent son cloche-pied de petite fille entre les numéros, désormais devenus des mots.

Et elle sait qu’elle a atteint le ciel lorsqu’avec la pointe de sa plume Major,
elle est arrivée jusqu’à son cœur.

Géraldine Andrée

Photo de Legend Vibe
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Les conversations de mon journal

Dans mon journal, on trouve de vives conversations. Et de quoi y parle-t-on ?

  • On lit, on argumente, on développe, on prend bien note… Puis on résume
  • On approuve et on réfute
  • On concède et on conteste
  • On admet et on pardonne
  • Mais on n’oublie pas
  • On illustre ses sentiments par des exemples concrets
  • On fait une envolée lyrique
  • Puis on évoque un détail bien prosaïque
  • On se souvient et on efface
  • On avoue mais on ment aussi
  • On explore et on revient
  • On verse des larmes et en chacune d’elles on allume l’éclat d’un rire
  • On généralise et on nuance
  • On se questionne et on obtient une réponse toute relative
  • On doute et on affirme
  • On jette un cri par-dessus bord, c’est-à-dire par-dessus le bord de la page
  • Et on accepte que le silence s’ensuive
  • On raisonne
  • On fait résonner la note unique de son âme sur l’étendue encore blanche
  • On cherche la vérité pour vivre

Et on trouve finalement sa vérité, celle qui aide à vivre.

Voilà comment on converse dans mon journal.

Et dans le vôtre, de quoi y parle-t-on ? Faites la liste de toutes vos conversations. Ce sera un excellent sujet de journal !

Géraldine Andrée