Quand tu écris, prête attention au fait que tu écrives – et à rien d’autre. Prête attention au léger crissement de la pointe de la plume ou du stylo sur le papier et à la rencontre toujours renouvelée entre deux grains, celle de la page et celle de ta peau. Qu’importe que tu aies perdu ton père, que ton amant te fasse un « long silence radio », que tu sois contraint(e) de déménager pour un quartier moins beau. Quand tu écris, soit présent au fait que tu écrives, tout simplement. Tu te fâcheras ou t’inquièteras après. Là, ce n’est pas le moment. Et chaque mot deviendra un instant où tu demeureras tout en avançant, une brève éternité dont tu seras le résident.
L’écriture comme délivrance de la dépendance affective
Comme je l’ai déjà évoqué dans mon billet L’indépendance émotionnelle de l’écriture, l’écriture te rend autonome. L’écriture te guérit en te permettant d’entrer dans les pièces angoissantes de ton inconscient pour mieux les éclairer et ainsi, éviter qu’elles ne te hantent davantage.
L’écriture m’a été d’un précieux secours lorsque je vivais, à l’âge de vingt-cinq ans, un épisode de dépendance amoureuse. Je tenais alors un journal de traversée de la passion où les saisons ne se distinguaient plus les unes des autres, où seule importait la lumière de la peau de l’amant, où les reflets de ses yeux étaient mon unique horizon. L’avenir ne se formulait qu’en cette question :
Viendra-t-il aujourd’hui ?
Je ne possédais pour seul repère temporel que l’heure où Il viendrait puis repartirait. Je me consumais et, au moment où il m’a abandonnée – comme c’était prévisible -, c’est l’écriture qui m’a sauvée, qui a fait que je suis devenue une rescapée de cette dangereuse traversée qui m’éloignait de tout rivage quand il me semblait que je m’en approchais.
Comment me suis-je délivrée ?
En écrivant les souvenirs et les symptômes de cette passion jusqu’à la lassitude, jusqu’à l’écœurement, jusqu’à l’épuisement – de telle façon à ce que cet amour se détache de moi comme une peau morte. Alors que j’étais brûlée par cette dépendance affective, je me suis dépouillée, mise à nu dans une écriture qui fut aussi incisive qu’un couteau.
« J’ai écrit jusqu’aux os » pour reprendre l’expression de Natalie Goldberg.
Quand tu décris précisément une situation de dépendance affective avec toutes les obsessions dont celle-ci se nourrit, la souffrance se dépose à l’extérieur de toi, sur la feuille. Et une douleur ainsi extériorisée dans sa formulation ne te hante plus, ne te vampirise plus.
Alors, écris les obsessions qui t’habitent.
Cette scène d’adieu, raconte-la en variant les points de vue. En utilisant le Je, évoque sans retenue tes sentiments. Tu en as parfaitement le droit. En effet, non seulement ils te sont personnels et ils t’appartiennent, mais aussi tu les éprouves dans ton corps, dans ton cœur et dans ton âme. Puis instaure un dialogue avec toi-même en te tutoyant. Qui sait ? Cette partie de Toi bénéficie peut-être de la prise de distance nécessaire qui te manque, une sorte d’omniscience qui te guidera vers une solution… Enfin, en te projetant à la troisième personne du singulier, observe ta douleur comme si elle était vécue par quelqu’un d’autre, afin qu’elle relâche son emprise sur toi.
Ressasse les détails chargés de signification. Par exemple, fais encore le tour de son grain de beauté en rêve ; accompagne son pas avec ta plume ; regarde ton amour dans la page – comme à travers une vitre – allumer sa cigarette, boire son café. Ce sont souvent les détails d’une histoire qui nous tourmentent. Alors, écris une histoire sur ces détails en y instaurant de subtiles variations – quitte à te répéter. Entre dans l’obsession pour mieux l’étudier de près. J’ai écrit des pages et des pages sur le plancher qui craquait dans mon demi-sommeil puis sur ce crépitement qui s’arrêtait subitement – signe qu’Il était sur le seuil de ma chambre – pour qu’Il cessât définitivement d’apparaître et de me réveiller alors que cette liaison était finie depuis bien longtemps. Catherine, elle, s’est libérée du mauvais souvenir d’une expérience sexuelle en la racontant par écrit, encore et encore. Elle a évoqué précisément la chambre d’hôtel battue par les rafales du vent marin, la lumière des lampes qui déformait les fleurs de la tapisserie, les motifs entremêlés de la couverture. Tous ces signes ont contribué à exorciser le souvenir. Quelle sensation prédomine dans la mémoire de ton expérience ? Quelle couleur ? Quelle saveur ? Quelle odeur ? Quel son ? Comme je me souviens bien du bruit de la balayeuse automatique qui passait et repassait dans ma rue, à cinq heures du matin, alors qu’il m’avait dit, la veille, qu’il partait loin et que ce qu’il avait à vivre était plus important que Nous.
Ne lâche pas ta plume acérée avant d’avoir détaché l’ultime peau. Écris jusqu’à décortiquer l’émotion, jusqu’à lui ôter la pulpe, jusqu’à atteindre le noyau. Et tu découvriras, alors, que ce noyau, c’est ton être, c’est Toi, vraiment, que cachaient toutes les scories des mauvaises expériences accumulées – un noyau vivant, vibrant. L’écriture, pour être thérapeutique, doit parfois être tranchante – c’est-à-dire qu’elle doit creuser profondément dans ta vie pour te séparer de l’inutile.
Tu peux me dire :
– Mais c’est épuisant d’écrire sur ce qui fait mal !
Et je te répondrais :
– Peut-être ! Mais à la fin, il restera Toi, l’île vraie et sécurisante sur laquelle tu pourras te reposer !
Crée une œuvre d’art de tes obsessions. Ce sera la preuve suprême de ta délivrance.
Fais des scènes qui t’obsèdent encore des exercices de style, à la manière de Raymond Queneau, c’est-à-dire varie les registres, les angles d’approche, les regards afin que toutes ces scènes soient tellement semblables et différentes à la fois que tu oublieras quelle est celle que tu as véritablement vécue.
Compose un recueil de poèmes. Transfigurer le réel permet d’esthétiser la douleur, d’en faire une œuvre vivante où le caractère personnel de l’émotion ressentie s’effacera pour laisser la place à une émotion d’ordre esthétique.
Rédige une fiction (que ce soit sous forme de roman, de nouvelle) où le héros – qui n’est ni plus ni moins que ta propre projection – servira de réceptacle entre ta douleur et toi. Ainsi, ce sera cet être de papier que tes obsessions utiliseront comme jouet, et non plus ton être de chair et de sang.
Entre en écriture pour que celle-ci soit la porte de sortie de tes traumatismes.
La page de ton cahier de chevet à la fin de ta journée est comme un miroir éclairé dans le soir.
Plus tu écris, plus tu avances vers toi-même. D’un mot à l’autre, ta silhouette se précise. Te voilà qui approches ton visage de ton regard.
En confiant tes yeux à ce regard, que vois-tu vraiment ?
Écris-le !
« Je vois combien j’ai ressenti, aimé jusqu’à maintenant, combien toutes ces peines et toutes joies du passé m’appartiennent encore, combien ces pensées me sont miennes.
Je vois tous les pays de ma vie que j’ai traversés pour arriver là où je suis. Je garde bien en mémoire mon enfance, cette chambre profonde qui m’a nourri au lait des rêves pour que je grandisse et que je sois là, à présent, conscient du mouvement de mon sang, promesse du cycle d’un autre sang, celui de l’encre que propulse aussi mon cœur.
Je sais que j’ai éprouvé des sensations et des sentiments communs à bien des individus. Au fond, quelle banalité ! Cependant, je dois avouer que personne ne me ressemble.
Je suis unique, comme n’importe qui est unique en ce monde. »
Telle est la vocation du miroir de la page : te faire répondre à ton appel de reconnaissance. Il n’est rien d’autre qui importe, que ce que tu es. Cela, écris-le aussi. La page te ramènera toujours au regard que tu poses sur ton histoire, à l’histoire de ton regard, à toutes ces évolutions dont tu es à la fois l’auteur, le protagoniste et le spectateur.
En écrivant, tu places ta main sur qui tu es. Certes, tu ne parviens pas à te toucher à travers ce miroir car tu réussis quelque chose de plus vaste encore et qui abolit tes limites : tu te rejoins complètement.
C’est ainsi que tu peux définir le miracle de l’écriture. Tu ignores désormais qui est le reflet de toi-même. Peut-être est-ce le principe de la réalité qui s’inverse : tu n’es devant ta page que l’image que projette ta vérité de l’autre côté, là où tout de toi s’écrit.
Pour cette vérité, écris plus loin encore, c’est-à-dire rapproche-toi au plus près de toi-même à cet instant précis.
Et souviens-toi, comme chaque instant change et te change, tu n’en finiras jamais d’apparaître dans le cadre du papier et donc d’écrire jusqu’à la fin de ta vie.
Quand tu t’assois devant ton cahier, tu ne sais jamais où l’écriture peut te mener. Celle-ci possède son propre sens qui est à la fois la signification et la direction.
Tu peux avoir pour projet d’écrire sur ton projet d’avenir et te retrouver à évoquer, par exemple, le chaton tigré de ton enfance ou le bouquet de lys frais que tu rapportais de ta promenade dans le jardin d’autrefois, aujourd’hui disparu.
L’écriture est alors une barque qui, sans les rames, suit la volonté du courant ou un oiseau qui se repose, ailes ouvertes, pendant quelques instants, en s’abandonnant avec foi aux desseins du vent.
Comme je l’ai déjà expliqué dans mon billet Suivre le flow de l’écriture, écrire consiste avant tout à se fier au flux mystérieux qui traverse l’écrivain. Je suis certaine que ce n’est pas nous qui tenons la plume mais que c’est la plume qui nous porte vers un ailleurs que l’on découvre ici et maintenant.
Ce que l’on décide d’écrire se métamorphose en visions inattendues, en réminiscences fulgurantes, en souvenirs soudains. Et l’on se surprend à s’exclamer :
-Tiens ! Je ne savais pas que tout cela était caché en moi !
Les secrets se révèlent. Le refoulé se dévoile. L’obscurité du cœur s’éclaire et les nœuds de la psyché se dénouent.
Si tu ne crains pas de te laisser guider par ta plume, l’occasion te sera offerte d’aller à la rencontre de vieux trésors intérieurs apparemment oubliés, de coffres qui n’attendaient que toi pour s’ouvrir et te montrer leurs bijoux étincelants – tous ces jours de ta vie qui font que tu es l’auteur, c’est-à-dire le navigateur confiant de ton existence.
Qui sait vers quelles embouchures tu peux glisser, quels affluents tu peux suivre – et ce, jusqu’à quel océan ? Quel infini ?
Renonce à tes velléités quand tu pars à l’aventure sur la page car ta plume sait parfaitement ce qu’elle fait. Elle a ton étoile de naissance pour boussole.
Relis tes anciens cahiers. Souligne avec une couleur le thème des premières lignes. Puis, avec une autre couleur, entoure toutes les digressions, c’est-à-dire tout ce qui s’écarte de ton thème initial. Enfin, avec une troisième couleur encadre les autres sujets qui affleurent la page et se précisent au fil de ton encre :
« J’aimais tellement Bobby quand il jouait avec les herbes ! Son ventre blanc qu’il me montrait au soleil du printemps me manque. »
Vois quels sont les mots qui ont réactivé le chagrin de cette perte ancienne et que tu as employés pour décrire apparemment ta situation actuelle : « Ce silence quand je rentre chez moi », « le fauteuil dans lequel je me love pour attendre Christophe »…
Ces mots seront autant de falots qui éclaireront ton itinéraire jusqu’à cette nouvelle destination que tu ne songeais pas à prendre.
Dans un autre carnet, dresse au cours de tes relectures la liste des sujets que tu ne croyais pas aborder mais sur lesquels ta plume t’a fait accoster. Ces terres t’appartiennent. Il t’est possible de les habiter à nouveau.
L’écriture n’en finit pas de nous mener vers l’écriture – comme une vague se renouvelle grâce à l’élan de son propre mouvement – car la vie est ainsi faite. Elle s’écrit en nous et notre destin consiste peut-être à en restituer uniquement la beauté de la trace.
celui qui correspond depuis toujours à mon âme, celui qui évoquera l’éclosion du poème de chaque jour en moi et qui me fera la louange de la couleur des heures de ma vie.
Je déambule dans les couloirs des bibliothèques où tout murmure est interdit. J’entre dans les librairies des ruelles secrètes. J’explore le silence dans lequel j’entends le fin crépitement d’une reliure qui se décolle de la reliure voisine. Et il me semble être l’impuissant témoin de la mèche d’une bougie qui se brise avant que sa flamme n’ait pris naissance. Mon pas me mène jusqu’au cœur du quartier historique, où luit par intermittence l’enseigne d’un bouquiniste. Je pars en quête de mon trésor dans l’ombre épaisse qui recouvre les ors des vieux ouvrages laissés là, tout au bord du monde…
Pas la moindre étoile d’un mot n’éclaire tous ces titres qui me regardent.
En vain, je cherche dans leur couverture noire mon visage.
Il n’existe pas, hélas, ce miroir…
Mais je refuse de céder au désespoir.
De retour chez moi, je décommande le dîner avec l’amant
puis j’allume la petite lampe du soir,
et sur le cahier blanc
qui bruit comme une île au vent,
je commence à écrire la première phrase de mon livre idéal,
ce livre qui – je le sais,
en traçant patiemment les grandes lignes de la destinée de mon histoire –
Je me souviens d’avoir été subjuguée, adolescente, par le tableau Le Cri d’Edvard Munch, ce cri lancé sur un pont face à l’ineffable, face à l’invisible et qui semble traverser la toile pour cribler le cœur du spectateur.
J’ai déjà expliqué dans mon billet Le cahier de l’indicible comment l’écriture reformulait ce qui était crié en silence, comment elle permettait à ta voix de reprendre toute sa place originelle sur la page, telle une constellation qui apparaît de manière évidente dans la nuit. Je t’ai montré comment mettre en voix le non-dit, voire le tabou.
Aujourd’hui, je souhaite que ton regard aborde un autre angle de l’écriture.
Certes, tu fais résonner, en écrivant, ta voix dans le silence.
Et si, dès demain, sur tes pages du matin, tu donnais une voix aux multiples silences de ta vie ?
L’écrivain – et chacun de nous est un écrivain à partir du moment où il fait de l’écriture une pratique quotidienne – parle souvent au nom de tous ceux qui ne peuvent s’exprimer.
Par des personnages emblématiques d’une classe sociale brimée – il en est ainsi du forçat comme Jean Valjean, de la prostituée qu’est Fantine, de l’enfant maltraitée Cosette -, par des héros fictifs qui affrontent, tels de courageux Misérables, le déterminisme d’une vie que la société a écrite pour eux, l’écrivain remet le lecteur au contact du vrai fil de son existence. On sait, comme dit Jung, que tout ce qui n’a pas été clairement énoncé en conscience revient sous forme de fatalité. Les écrivains offrent donc une chance à leurs lecteurs, par le truchement d’êtres de papier – y compris quand ce ne sont qu’eux les lecteurs -, de s’écrier :
– Mais, c’est mon problème, cela ! Comment puis-je faire pour le dépasser ?
De même, pour avoir lu beaucoup de poèmes, je crois que l’écriture donne une voix à tous ceux qui ne parleront jamais – tous ces animaux, toutes ces plantes et ces choses qui, pourtant, nous font signe chaque jour, en quête de notre reconnaissance.
Prends ton cahier et dresse une liste d’écriture de tous ces silences dont tu pourrais être le porte-parole.
Il en est ainsi
des amis que tu as perdus de vue et qui, parce que vos adresses respectives se sont égarées, ont cessé de te donner de leurs nouvelles et de te demander des tiennes. Écris une lettre comme si tu étais à leur place. Invite-les à te raconter leur vie – ce qu’ils sont devenus, comment ils ont évolué. Peu importe que cela soit vrai ou pas. L’essentiel est que tu métamorphoses leur silence en danse des phrases. Et qui sait si, demain ou après-demain, une synchronicité ne surgira pas sous forme de rencontre ?
des défunts, de tous ces êtres chers partis dans l’au-delà. Allume une bougie devant ton cahier et instaure un dialogue avec eux en laissant aller ta plume, tout simplement. Il arrivera un moment dans la page où ta main voguera sur le papier, traversée par un étrange courant, guidée par un mouvement qui vient de bien plus loin que ta volonté – comme si ta main vibrait. Ne t’inquiète surtout pas. Fais confiance à cette ondulation. L’Univers sait quel chemin tu peux suivre pour atteindre le mystère de l’autre rive.
des objets qui te sont précieux sentimentalement – ceux que tu as conservés et ceux que tu as perdus. Retrace, par exemple, l’histoire de ce service à thé de porcelaine de Chine qui a franchi les époques pour venir jusqu’à toi. Et ce tableau peint par ta grand-tante ? Raconte l’instant qui correspond au point initial, lorsque ton aïeule a posé la première touche de couleur sur la toile.
des animaux qui t’entourent, des animaux décédés ou encore des animaux sauvages qui te fascinent. Instaure un contact avec eux en décrivant par des phrases brèves ou amples le rythme de leur respiration, de leur course, de leur galop… Que contemples-tu dans leur regard ? Que comprends-tu à leurs jeux et à leurs cris ? Évoque comment tu perçois le caractère inconditionnel de leur présence qui dépasse les barrières du langage verbal.
des poèmes que tu écris au nom de la pluie, des forêts, des rivières. Qu’aurait à te dire une pervenche ? Quel message te transmettrait le chêne de ton enfance ? Que te chanterait un fleuve ? Quel mot placerais-tu sur la note de cet oiseau ? Écris sans t’interrompre, sans lever la main, pour laisser couler de source ce qui va se dire et dont tu es le messager.
Tu t’apercevras, ainsi, qu’en donnant une voix à tous ces soi-disant silences, en laissant parler librement tous ces êtres et toutes ces choses qui ne parlent pas le langage humain, tu te mettras à l’écoute de ce qui t’était caché.
Et ce ne sera plus ce que tu écris qui constituera une révélation, mais ce que tu entends dans ce que tu écris.
Tu seras sensible à tous les souffles ténus qui te soutiennent, qui ravivent et renforcent ton souffle. De surcroît, tu prendras conscience que le silence n’est pas une fatalité car tu n’es jamais seul. Jamais. Tu es en permanence entouré de signes – y compris ceux qui te paraissent les plus insignifiants comme le spot de cette vitrine qui s’allume quand tu passes.
Et – chose extraordinaire -, tu redonneras alors la parole à des sentiments que tu avais trop longtemps étouffés en toi. Tu te surprendras à les mettre en scène, à être à la fois le dramaturge, l’acteur et le spectateur de cette rencontre que tu retranscriras en vivante saynète de théâtre :
– Bonjour ! C’est moi, ta joie d’enfant ! Pendant trop longtemps, tu es passé à côté de moi sans me voir ! Ce soir, je vais te dire comment ton étoile s’appelle…
Alors, ne résiste pas, je t’en prie ! Note le nom de ton étoile pour mieux ensuite invoquer des réponses de sa part.
Quel éclat a-t-elle donc ? Ne ressemble-t-elle pas à cette goutte d’encre de couleur qui s’allume dans le ciel du papier et qui contient tous les mots du monde ?
La résilience, c’est faire de ses épreuves un livre de Vie.
Il n’y a pas de déterminisme, de fatalité, de chemin tout tracé, dicté par des circonstances extérieures contre lesquelles on ne peut rien.
Nous pouvons tracer notre chemin personnel sur le papier avec une plume qui va nous rendre plus légers.
Je vous parle avec mon cœur est la nouvelle biographie réalisée avec Axel.
Elle nous présente le parcours de la dyslexie vers la résilience car la souffrance est non seulement source d’enseignement, mais aussi elle contient en germe notre guérison.
« Mon désir ? Parler au cœur de chacun, au nom de tous les dyslexiques et de tous ceux qui sont handicapés – qu’ils soient visibles ou invisibles. Que ce récit, qui constitue l’œuvre d’une vie, retrace mon voyage vers la résilience car nous avons tous à apprendre de notre souffrance. Et quelle satisfaction, alors, que d’avoir transformé nos manques en ressources ! Je veux faire de cette longue lettre adressée à tous ceux qui sont rejetés pour leur singularité, un simple signe qui invitera chaque lecteur à mieux les connaître.«
« Je souhaite faire de ce livre non seulement un témoignage du calvaire que j’ai enduré, mais aussi une preuve selon laquelle on peut transcender ce handicap de la dyslexie, en avançant davantage, en faisant un pas de plus chaque jour, en se dirigeant sans jamais se décourager sur la voie de la guérison. J’utilise désormais chaque instant de ma vie comme l’occasion d’aller un peu plus loin vers moi-même.
Je veux montrer à tous les enfants et adolescents qui souffrent de ce diagnostic que l’on peut se battre et ainsi gagner en parole, en liberté et en droit de dire au monde qui nous sommes. «
Pour plus de précision, il est possible de se rendre sur l’article de L’Est Républicain :
retrouver sa vérité, après avoir fait le deuil de toutes ses illusions…
Toutes ces justifications sont pertinentes. Je te suggère de dresser une telle liste de motifs d’écriture, de l’accrocher sur la première page de ton journal intime et de l’enrichir au fil du temps. Cette liste t’accompagnera dans ton évolution personnelle.
Mais, puisque les raisons d’écrire ont souvent été étudiées par les psychologues et les critiques littéraires – dont Philippe Lejeune, en particulier, dans son ouvrage Cher cahier qui interroge les motivations de l’autobiographie -, je te propose aujourd’hui de te questionner non sur l’explication, mais sur le processus d’écriture.
Remplacer le Pourquoi par le Comment ?
Comment écris-tu ?
J’écris
pelotonnée sous ma couverture
après la douche, cheveux mouillés
mon chat à côté de moi
en buvant une tasse de Yoggi Tea
mon cahier sur les genoux…
Très vite, si tu développes l’exercice, tu t’apercevras que tu écris sur cette question fondamentale :
Comment je me sens lorsque j’écris ?
« Quand j’écris dans mon journal, j’habite simplement l’instant présent. Je suis là, dans l’éclat de l’encre sur le cahier blanc. Je suis attentive au mouvement de ma main qui va doucement pour rattraper ce rayon de soleil. Raconter ce que j’éprouve, ici et maintenant, ma main gauche posée sur mon front tandis que ma main droite trace son chemin sur la feuille posée devant moi. Écrire est un voyage immobile. Ma poitrine se soulève lentement ; mon souffle est calme. C’est une course patiente et lente, dont la justesse réside dans l’absence d’intention. Quand j’écris, je prends conscience que je vis.«
Tu explores ainsi la pureté de l’écriture en tant qu’acte gratuit. En écrivant pour écrire, tu te détaches de toute éventualité d’être lu, jugé, publié. Tu perçois combien tu gagnes en qualité d’être. Tu oublies que tu écris pour être pleinement dans l’action elle-même. D’ailleurs, tout ton corps se relâche ; tes épaules se détendent ; la pression sur le stylo se fait moins forte. Tu te laisses porter par ton propre rythme qui allie celui de l’écriture à ton souffle.
Anny Duperey, dans Le Voile noir, raconte que, pour alléger « le poids de son cœur » – qu’elle portait depuis l’âge de ses neuf ans quand ses parents moururent tous les deux d’une intoxication au monoxyde de carbone -, elle écrivait uniquement afin d’entendre le frottement de sa plume sur le papier : cela lui faisait perdre le désir de contrôler l’incontrôlable qui avait envahi sa vie.
L’écriture devient respiration.
Dès lors, la frontière entre « faire » et « être » s’amincit. Tu t’approches du seuil de la méditation.
Et c’est au moment où s’efface la ligne qui sépare ton être de ton texte, où ta phrase rejoint ta respiration que l’inattendu – voire l’impensable – se produit. Peuvent jaillir un haïku, un poème, une nouvelle… Mais loin de toi est l’envie de travailler ce texte comme un objet d’art car il se passe quelque chose de plus important que l’art en lui-même – qui, souviens-toi, a besoin du regard d’autrui pour exister -, tu deviens – comme le méditant devient ce qu’il voit -, ce que tu écris.
Tu deviens
le bleu de la fenêtre à l’aube
l’aile de ton songe
une flamme follette
un halo de buée
ta propre étoile…
Tu es Toi et, en même temps, la braise dans le cendrier, la mie de pain, la goutte d’eau, la maille de ton chandail, l’ongle de ton index – si tu écris sur ça.
Tu es Toi et tout cela à la fois. Tu es Toi parce que tu es Tout. Et tu es Tout parce tu es Toi.
En te fiant au processus naturel de l’écriture, tu parviendras alors, peut-être, à saisir l’essence de ton objectif : gagner en autonomie affective, en indépendance émotionnelle par rapport à autrui. Écrire parce que tu prends plaisir à le faire et surtout, parce que tu existes et que c’est ton droit absolu de naissance de t’exprimer.
Pour finir, je te propose une liste de sujets d’écriture qui t’aideront à voyager avec ta plume vers qui tu es vraiment, au moment où tu écris :
Quand j’ai ouvert ma fenêtre…
Si j’étais une couleur, je serais…
Je ne me souviens pas de ma petite enfance, mais tout ce que je peux dire…
Alors, je suis parti…
Aujourd’hui, il y a dans mon cœur…
Je suis…
Je ne sais comment cela commença…
Je ne sais comment cela se termina…
J’écris sur…
Vivre, dis-tu..
Tels les astres dont la présence ne se justifie pas,