Publié dans C'est la Vie !, Journal de ma résilience, Le journal de mes autres vies, Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

Une seule pensée pour toi

Il ne me reste
qu’une seule
pensée pour toi
mais c’est une pensée
qui réunit

tous les chemins
de juin,
l’écume de la vague
qui tremble
comme une dentelle
autour des jambes
de la brise,
les corbeilles
de dattes brunes
et de figues séchées
sous le bras,
les roses
du jardin suspendu
devenues mauves
sous le clair
de lune,
les flammes
qui confient
à l’ombre
leurs phrases
rousses,
les encorbellements
des ruelles
espagnoles
d’où vole
un rayon de soleil
jusqu’à ton cou,
les orangers
de Tunisie
bordant
la route
à fleur de désert,
le pont
qui enjambe
l’écrin bleu
de quelques
nénuphars,
l’étoile
d’un ciel d’août
que tu emportes
dans ton regard,
ta peau chaude
et blonde
comme du pain
au matin,
notre terrasse
qui se prolonge
au-dessus du monde,
et notre voyage
dans la nuit
avec les phares
qui nous éclairent
juste pour une seconde
supplémentaire…
Je n’ai pas peur.
Ces lueurs
suffisent
pour continuer
jusqu’à la maison.

Il ne me reste
qu’une pensée
pour toi
mais c’est une pensée
qui rassemble
en un seul poème
tout ce que nous avons vécu
ensemble.

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, Poésie-thérapie, Récit de Vie

Un seul mot

Dans un recueil
de poèmes
de Chine
je cherche

avant le sommeil
un seul
mot
qui me fasse signe

plus que tout
autre
et c’est
Émeraude

qui accroche
des étincelles
de feuilles
au silence

de ma chambre
enclose
comme si c’était
une tonnelle

depuis celle
où se repose
le poète
de la dynastie Min

Han Wo
après avoir fait
du ciel jaune
de son parchemin

le messager
d’un poème
de cinq lignes
dont voici

la fin ultime
Je m’endors
sous la tonnelle de roses rouges
près des bananiers émeraude

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de silence, L'alphabet de l'herbe, Poésie-thérapie

Un poème de la Chine ancienne

Un poème
de la Chine ancienne
me fait entendre
dans la chambre

le chant
de la pluie fraîche,
une pluie qui date
d’un millénaire

et qui déverse
toutes ses notes
sous ma lampe,
de telle sorte

que le silence
de cette nuit
crépite
comme une brindille

sur le sentier
que le poème
de l’an mil
me dessine

depuis jadis
– ce temps
où n’étant moi-même
que silence,

j’ignorais tout
de l’existence
des poèmes
et de la pluie…

Géraldine Andrée

Publié dans Cahier du matin, Journal de ma résilience, Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

Le rêve

Je suis retournée là-bas
en rêve
et j’ai retrouvé
l’empreinte de mes pas
sur la terre de l’allée,
le feu nacré des roses-thé,
les étincelles du rire de Maria,
l’ombre bleue du tilleul,
et quand j’ai franchi le seuil,
l’impression que je n’étais pas seule
car il y avait une fenêtre
ouverte pour moi
dans l’été.
À mon réveil,
je me suis sentie
si habitée
par la vie
de jadis,
que je me suis demandé
si l’absence
de toutes ces choses,
de tous ces êtres
n’était pas un rêve
et si ce qui m’était revenu,
le temps d’une nuit,
dans le secret
de mes yeux fermés,
n’était pas réel…

Géraldine Andrée

Publié dans Grapho-thérapie, Journal de la lumière, Le journal des confins, Récit de Vie

J’écris comme je prends un train

J’écris comme je prends un train dans la nuit.
Je m’avance quand une lueur éclaire la ligne…
Puis, je m’assois au plus près
de la page bientôt couverte d’encre noire,
fenêtre à travers laquelle je vois défiler des noms
qui sont chacun une destination
que je dépasse…
Je franchis des frontières invisibles,
des limites que j’ignore,
des terres obscures,
des constellations de lumières
éphémères…
Je me penche sur des bords inconnus
qui défilent
à une vitesse
qu’une autre force
plus puissante
que mon désir
décide.
C’est souvent au petit matin
que j’arrive à ce point ultime
qui me fait signe,
telle une étoile,
et qui m’incite
dans son pâle espace
à ne pas aller plus loin.
Alors, je me résous
à vivre
là où je suis,
à m’arrêter
pour un temps
là où j’en suis,
à poser mon regard
sans jugement
sur le jour blanc
qui m’invite
à percevoir
une autre vérité
dont le mystère
s’atténue.
Mais je ne renonce pas
car je sais
que plus tard,
quand l’heure
sera venue,
j’écrirai
comme je prends
un train dans la nuit.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Poésie-thérapie

La page blanche

J’aime
la page blanche
car je me demande
ce qu’elle s’apprête

à me révéler
si j’avance
en toute
confiance

et si je disperse
par ma trace
sa vierge
présence :

quelle pervenche,
quelle souche
quelle racine
peuvent apparaître ?

Peut-être
qu’elle cache
quelques
graines

pour les futures
semences…
Alors,
je prends note

des possibles
de la page
blanche
et j’en fais un poème

pour le jour
où je sentirai
que l’inspiration
est absente.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Journal créatif, Le cahier de la vie, Récit de Vie

J’écris chaque jour pour changer

J’écris chaque jour pour changer.
J’écris chaque jour pour prendre conscience que je ne peux pas indéfiniment noter les mêmes constats, émotions ou pensées sans avoir le courage d’assumer un beau jour une décision.
Bien sûr, j’aime voir, au fil de l’encre, mon cahier se transformer, devenir une constellation de mots.
Mais j’écris surtout pour me voir me métamorphoser dans le miroir de ma page, faire en sorte que ma réalité devienne rêve réalisé.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de silence, L'alphabet de l'herbe, Poésie, Poésie-thérapie

Le pays

Je rêve d’un pays où je pourrais déposer mes bagages et me dire :

Je suis.

Un pays de vérité où mon reflet dans l’eau serait fidèle à moi-même ;
Un pays où seul le silence me ferait exister ;
Un pays où j’aurais conscience que le moindre brin d’herbe, le moindre fétu bougent sous mon souffle ;
Un pays où la terre accueillerait mes pas après la pluie.

Il me semble retrouver ce pays quand j’écris.

Le temps d’une phrase, d’une page,
le temps m’oublie.
Je vis sur une rive loin du monde.

Mais l’autre vie m’appelle.
Il me faut effectuer la traversée à l’envers,
sortir de ma maison, de moi-même,
quitter du regard ma lueur de plus en plus lointaine
pour marcher dans les lumières de la ville.

Et de ce pays quitté
je garde le souvenir d’un sentier
que je fais poème
afin d’y revenir
quand je me sens étrangère
là où je suis.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Journal de la lumière, Poésie-thérapie, Récit de Vie

Un jour j’ai eu envie de partir loin

Un jour j’ai eu envie de partir loin
Mais je n’avais pas assez d’argent pour acheter un billet longue destination
Alors j’ai ouvert mon cahier brun
Qui était à portée de main

Mot après mot j’ai fait mon voyage
J’ai tracé mon chemin
J’ai franchi la ligne qui me séparait
De ma liberté de ma vérité de ma beauté

J’ai trouvé mon élan
J’ai déployé mes ailes dans le blanc
J’ai créé mon horizon
Et j’ai rencontré un pays si secret

Qu’il ne figure sur aucune carte du monde
Pas même un point ne le désigne
Seul un poème peut le rejoindre
Parce qu’il porte mon prénom

Géraldine

Publié dans Journal de la lumière, Journal de ma résilience, Le journal de mes autres vies, Le journal des confins

Écrire la nuit

Écrire la nuit au rythme de la musique
des poésies, des récits
et me souvenir de ces longs voyages nocturnes
avec des morceaux d’Enya
qui remplissaient l’habitacle de la voiture.

La route s’éclairait au fur et à mesure que nous avancions
tout comme le mot allume la lueur du mot suivant.
De chaque côté de la vitre, c’était le désert de l’Atlas
et de frêles touffes d’herbes brunes
qui apparaissaient devant les phares.

L’écriture et le voyage ont un point commun :
la confiance en sa propre trace,
quels que soient l’intensité du noir,
la faiblesse de la lampe,
la sécheresse qui menace.

L’écriture me conduit
dans la nuit.

Géraldine Andrée