La gratitude
à mon retour
d’écrire
sous le point
d’or
du jour
après
avoir traversé
la nuit
de fête
tiède
et bleue
Toutes
ces étoiles
pour mes seuls
yeux
Géraldine Andrée
La gratitude
à mon retour
d’écrire
sous le point
d’or
du jour
après
avoir traversé
la nuit
de fête
tiède
et bleue
Toutes
ces étoiles
pour mes seuls
yeux
Géraldine Andrée
Je me souviens du flamboiement de la forêt à la fenêtre de la maison disparue
Je me souviens de la gorgée de miel sur mon angine
Je me souviens des brûlures d’ortie que je frôlais quand je marchais dans les herbes folles
Je me souviens du bouquet de la mer qui s’ouvrait par surprise entre deux terres après de longues heures de route
Je me souviens de mon adieu au cèdre du Liban du haut de mes sept ans
Je me souviens de l’odeur d’imprimerie des catalogues de jouets dont je passais commande au Père Noël
Je me souviens des indigestions de brioche
Je me souviens des bâtons de réglisse que je suçais pendant ma varicelle
Je me souviens de la croûte que j’enlevais avec délectation de mes blessures
Je me souviens de ma longue conversation avec le noisetier j’en ai retenu le murmure des feuilles et le grand vague du vent
Je me souviens de la bulle de chewing-gum rose qui a éclaté dans mes cheveux et l’institutrice m’a fait faire le tour des classes ainsi coiffée
Je me souviens de ma rencontre avec l’abeille dans une corolle de rose
Je me souviens de l’odeur de tabac dans le salon de mon grand-père
Je me souviens du minuscule service à thé argenté pour petite fille
Je me souviens de la panthère du tapis persan qui voulait me dévorer de toutes ses dents quand je marchais sur elle
Je me souviens des sauces caramélisées de ma grand-mère
Je me souviens des pleurs et de la morve ravalés sur l’insoluble problème de géométrie
Je me souviens de mon cartable trop lourd dont la lanière me sciait les épaules
Je me souviens d’un pays du Sud qui m’est revenu dans la triste salle d’étude alors que je n’y étais jamais allée
Je me souviens de mon cahier ouvert après avoir marché longtemps dans la neige bleue
Et j’ai compris bien après l’enfance qu’écrire c’est marcher dans la neige tous les jours même lorsque la lumière de l’été accroche sa dentelle dorée aux volets vénitiens
Je me souviens de mes seins qui me faisaient mal quand j’enfourchais mon vélo C’était fini J’avais grandi
Et vous, quels sont vos souvenirs d’enfance ?
Géraldine Andrée
Elle s’est cherchée
dans l’identité
de tant d’héroïnes inventées
qu’elle faisait vivre à sa place…
jusqu’à ce qu’elle découvre au cours
de l’aventure de l’aube
que son seul vrai visage
se mirait dans le blanc apaisant
de la page
de son journal…
Géraldine Andrée

Écris ta vie telle qu’elle est. Et tu verras que, doucement, tandis que le fil de ton encre se dévidera, ce ne sera pas ta vie qui changera mais le regard que tu porteras sur elle. Tu la considéreras sous d’autres aspects. Tu repèreras ses angles morts et tu trouveras des solutions abordables pour chaque jour :
Géraldine Andrée
J’écris pour franchir la barrière du jardin interdit et cueillir quelques prunes de jadis aux taches rousses
J’écris pour me perdre dans la couleur magenta de l’encre de mon enfance
J’écris pour retracer le petit sentier jusqu’au temple chinois
J’écris pour t’envoyer des lettres là où tu es dans ce pays dont tu ne reviendras pas
J’écris pour partir en promenade en ta compagnie Et c’est ta main que je serre à travers le stylo
J’écris pour croire aux histoires folles que je me raconte
J’écris pour témoigner de la lumière du jour dans les marais salants
J’écris pour convertir Jamais en Toujours
J’écris pour que la lueur de cette bougie ne soit pas vaine
J’écris pour donner suite au poème inachevé de la petite fille trop vite emportée
J’écris pour faire de mon cahier une corbeille qui ressemble à celle de Grand-Mère au retour du verger
J’écris pour semer des fleurs de silence une fois que l’orage s’est apaisé
J’écris pour replanter la roseraie sur un simple feuillet
J’écris pour dire à la fontaine de Damas que je ne l’ai pas oubliée
J’écris peut-être en désespoir de cause pour émouvoir le roi d’une vie antérieure
J’écris pour attraper le temps alors que c’est lui qui me rattrape
J’écris pour prouver l’improbable la résistance d’une feuille au passage des saisons
J’écris pour que ma chambre soit à ciel ouvert
J’écris pour consteller ma maison
J’écris pour rendre la vie plus douce
Géraldine Andrée
Alors j’ai prié
toutes les roses
de la roseraie
et la vie m’a offert
un bouquet
de souhaits
à écrire
Géraldine Andrée
Aujourd’hui, elle a décidé d’écrire sa vie, non comme les autres la lui avaient prédite, mais comme elle l’avait choisie. Alors, elle s’est acheté à la papeterie Lotharingie un stylo aux reflets de lumière, pour noter dans l’espace de chaque page nouvelle ses projets et ses rêves, ses souhaits les plus chers, toutes les aventures qu’elle se permettrait, les expériences qui naîtraient de sa confiance en l’Univers. Elle ne demeurerait plus en arrière, retenue par les oracles d’autrui. Le stylo la ferait avancer vers la version la plus claire d’elle-même.
Visualisez votre stylo magique. Visualisez sa pointe, son coloris, l’encre qui passe par lui pour incarner votre vie sur le papier, dans ce texte qui prendra corps.
Qu’allez-vous écrire aujourd’hui pour devenir un peu plus ce que vous êtes promis à être ?
Géraldine Andrée
Chaque matin,
avant d’ouvrir
ma fenêtre
sur le ciel
du jour,
j’ouvre
une autre
fenêtre,
mon cahier,
sur le ciel
toujours
blanc
du papier
et je vois
le jour
de mon âme
apparaître
pour éclairer
ce que je vivrai
aujourd’hui.
Géraldine Andrée
