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Quand j’écris, je fais apparaître le matin que je préfère.
Comme ceci :
Que le murmure vienne des voix d’en bas je serai le sang neuf qui en irriguera ma chambre
Que les grains du temps soient à moudre je serai leur profonde carafe de porcelaine
Que la lumière se mêle à la soie blanche de la taie je serai l’une de ses mèches
Que le silence referme son mouchoir sur le chagrin de la veille je serai la paume qui le contient
Que le souvenir des absents traverse les murs je serai leur cortège
Quand un rayon de soleil souligne les lattes de bois il est déjà mon pas
Quand mon souffle me réveille il a déjà frémi au bord de chacun de mes cils pour que s’ouvrent mes paupières sur la seule présence de la fenêtre
Quand la patte du chat gratte la porte elle a déjà trouvé dans les replis de l’ombre les gemmes du jour
Et quand les lueurs de celles-ci se révèlent je sais qu’elles se poseront dans un instant en points de suspension sur ma page
Sous ma couverture la couverture dorée
de ce livre qui rejoint la compagnie de tous les autres
Dans l’angle le papillon de ma lampe
qui a pris ma table pour corolle
juste avant que les couleurs de ses ailes ne s’éteignent
Voici le moment de porter le premier mot à mes lèvres
celui qui se détache du chapelet des heures à venir
et de prier
le jardin le thym la nèfle et le pain
dont le merle picore les miettes
entre deux notes
Géraldine Andrée
Et pour le poème en audio, c’est ici !
On se connaît si peu !
On ne va jamais aux confins de soi-même, de cette terre que chacun porte à l’intérieur de lui, de cette zone d’ombre, faite d’instincts refoulés, de peines enfouies, d’émotions non libérées.
Tant que l’on ne sera pas devenu l’éclaireur de ses traumatismes, on restera un inconnu pour soi-même.
Chaque blessure demande un regard, une prise de conscience.
En quoi l’écriture te permet-elle de cheminer aux frontières de l’inconscient ?
Extrait de Guérir avec mon cahier – La pratique du journal de guérison
La pratique du journal de guérison
J’écris, de manière ininterrompue.
J’écris sans discontinuer.
J’écris comme la rivière coule entre les terres et y laisse ses méandres.
J’écris comme l’oiseau migre.
Dans le vaste ciel, il ne peut plus compter sur la moindre branche, le moindre rebord de fenêtre.
Il ne peut se fier qu’à l’endurance de ses muscles, à la force de sa volonté.
J’écris.
Et, soudain, ce mouvement qui me pousse en avant,
s’amplifie et m’allège.
Je me sens protégée par la page,
comme l’est l’oiseau par l’envergure de ses ailes.
Je suis à ma place dans l’espace.
Je me coule dans l’encre.
Je fends le silence.
J’écris avec la foi de ma plume.
Je traverse tous les jardins de jadis et je m’élève au-dessus des feuilles.
La ruelle le long de laquelle j’ai sautillé, enfant, est devenue un mince ruban.
Je quitte le souvenir des visages, des mains, des regards.
Je suis maintenant si loin
du point scintillant du coquillage ou de l’étoile en papier sépia
que j’avais collés dans mon cahier d’écolière.
Je m’éloigne de tout ce que j’ai appris.
Je fais fi de toutes les barrières, de toutes les frontières.
Vus d’en haut, mes anciens chagrins sont minuscules.
L’écriture est migration.
Elle s’enivre de son propre élan.
Voilà qu’elle s’approche de l’océan.
Inutile de redouter les rochers noirs que frappent les vagues.
L’écriture triomphe de l’abrupt, surplombe le sauvage.
Elle me berce dans le déploiement de ses ailes.
Quel pays suis-je sur le point d’atteindre ?
Qu’en sais-je ?
L’écriture est déjà un continent
qui oscille
entre le bleu et le blanc.
J’ignore à quel mot j’arriverai.
J’ignore quand le temps sera venu de me poser.
Je me fie aux signes de la lumière,
au souffle du vent.
L’écriture m’a appris à les reconnaître et à les déchiffrer.
Il sera temps de me dire
« Je suis arrivée »,
quand ma plume
tombera d’elle-même
sur un sentier, un banc, un rebord de fenêtre.
Alors, peu importe que je perde le souffle durant ce voyage,
car j’ai l’intuition profonde
qu’un inconnu recueillera ma plume
pour voler à son tour
au-dessus du monde.
Géraldine Andrée
On a coutume de penser que ne peuvent réaliser une biographie que ceux qui ont vécu une belle vie. Naissances, mariages, baptêmes, fêtes d’entreprise et promotions, pendaisons de crémaillère, vacances, moments de complicité familiale…
Tous ces instants de joie ont, bien sûr, leur place dans un livre de vie que vous pouvez réaliser sous forme de recueil de plaisirs, de bonheurs, de gratitudes. La biographie devient l’équivalent d’un album de photographies, ou toute une collection d’évocations sculptées comme des bijoux, sous un éclairage de choix.
Mais, il est une biographie plus précieuse encore,
une biographie-trésor,
une biographie dans laquelle vos mauvais moments ont aussi leur place.
Divorce, deuil, chômage, harcèlement professionnel, maladie…
Personne n’est à l’abri d’un coup du sort.
On le sait, la vie est rarement une route droite et lisse. Elle est faite de virages, de sentiers escarpés, de sinuosités.
Et c’est durant ce voyage difficile que vous allez mobiliser toutes vos ressources intérieures, celles que l’on appelle des qualités de résilience : courage, sang-froid parfois, patience, voire abnégation, volonté, ténacité, capacité à s’affirmer, acquisition de l’estime et de l’amour de soi.
Au cœur de l’épreuve, de tels mots apparaissent comme de jeunes pousses sur une terre gelée, et pourtant destinées à croître.
Alors, vos descendants pourront dire de vous en lisant tous les revers que vous avez dû endurer :
« Mamie a peut-être eu de la chance. Mais, je crois qu’elle possédait ce don d’intuition inné qui l’a sauvée lorsque les nazis sont montés dans l’appartement, lui permettant de se cacher à l’endroit où il fallait : ce coin de cagibi. »
« Se construire une nouvelle image après cet accident n’a pas été facile. Mais tu y es parvenue, Maman. Et je te trouve aujourd’hui plus belle qu’avant, car ta foi en demain irradie sur ton visage. »
« Évidemment, cela n’a pas été facile lorsque Grand-Père s’est retrouvé seul. Mais ce veuvage l’a conduit à peindre de sublimes toiles, à dialoguer avec les couleurs, à devenir un grand artiste. »
Ensemble, nous faisons remonter ces ressources sur la page. Je vous aide à vous souvenir
comment votre corps s’est glissé parmi les obstacles,
comment votre main s’est cramponnée à la pierre,
comment votre âme a rétabli l’équilibre,
comment la petite flamme de l’espoir a frémi dans la nuit épaisse de la dépression, comment le bourgeon, qui semblait insignifiant au départ, a révélé une magnifique fleur – in fine.
Dans un récit, tous les retournements de situation sont possibles. On les nomme péripéties.
J’ai toujours cette phrase à l’esprit quand j’écris :
« N’abandonne pas juste avant la percée. »
Et chacune de nos phrases est une percée dans les tunnels obscurs de l’existence.
De même, si vous peinez à voir une situation de perte comme « un présent mal emballé », une opportunité de croissance ultérieure ou une promesse de gain, je peux vous aider, par l’écriture, à modifier votre perception des événements, à faire en sorte que votre regard, comme celui d’Etty Hillesum dans le baraquement du camp, voie le rayon de soleil dorer la boue au fond du seau. Un adjectif bien choisi permet de faire basculer la signification d’un paragraphe – et donc le sens d’une tranche de vie.
« C’est cette feuille verte parmi toutes celles qui étaient desséchées qui m’a fait changer d’avis. »
« Au bout du chemin noir, une lueur plus proche. Celle des phares de mon ami. »
« Alors, une main a tiré le rideau. Et j’ai rencontré le ciel étoilé. »
Une vie n’est jamais écrite.
Pourquoi ?
Parce qu’elle s’écrit toujours.
Le mouvement de l’écriture incarne cette métamorphose de l’être à travers chaque instant.
Même vécu, surmonté, un moment peut recéler un enseignement supplémentaire qui vous apportera davantage de sagesse, de confiance, de sérénité, de profondeur pour l’avenir.
La narration possède un atout inestimable : vous guider vers un singulier bijou,
qui ne se situe pas à l’extérieur,
mais à l’intérieur
de vous.
Telle est
ce que j’appelle
la biographie-trésor
dont l’éclat se perpétue
de ligne en ligne,
de lignée en lignée,
et qui est si puissante
qu’elle permet à un descendant
qui a lu votre vie
de se dire :
« Je m’en souviens encore. »
Géraldine Andrée

Si aimer, c’est allumer la lampe et veiller jusqu’à l’aube,
fixer le point tremblant du phare dans la nuit,
écrire comme on marche dans un bois profond,
c’est-à-dire en relisant chacune de mes phrases qui te sont destinées,
comme on se retourne sur ses traces pour être sûr qu’elles sont bien inscrites dans la terre,
te chercher dans les reflets des vitrines, les dédales des ruelles,
croire que je t’ai croisé au milieu de la foule avec ton manteau rouge et ton dos voûté,
attendre jusqu’à ce qu’il n’y ait plus devant moi qu’un grand silence pour accueillir la réminiscence de ton pas,
alors, laisse-moi traverser ton absence,
embrasser le vide, tendre les bras – quitte à toucher le mur de ta chambre,
espérer tellement fort qu’il me semble entendre ton cœur battre, ranimé par le flot de l’encre sur la page,
écrire, oui, pour entretenir la foi comme un jardin – qui sait si tu ne réapparaîtras pas au bout de la ligne…
Laisse-moi éclore tout simplement,
en continuant à respirer pour me souvenir.
Que l’on dise de moi :
Il n’y a personne au monde qui a plus aimé qu’elle.
Jusqu’à l’ultime instant, elle a rempli son verre de cette liqueur qui réchauffait ses lèvres,
elle a mis son couvert,
elle a posé un coussin sur sa chaise pour qu’il mange confortablement après son pèlerinage dans la neige,
elle a changé l’eau des bouquets d’hortensias,
elle a veillé à ce qu’il ait toujours un paquet de cigarettes d’avance – il aimait tellement dessiner des volutes au-dessus de son front,
et si par mégarde, elle devait s’absenter au dernier moment,
elle n’a jamais oublié de laisser un petit mot au coin de la table,
au cas où il rentrerait avant elle :
« Je suis partie acheter du pain frais.
En attendant, allume la bougie de notre joie. »
Si aimer,
c’est laisser la flamme
de ce dîner
se consumer jusqu’à l’aube
tandis qu’il reste une frêle étincelle de ta mémoire
dans mes yeux,
alors je veux bien
aimer encore.
Géraldine Andrée
Pour remédier au chaos de notre monde et le guérir, des êtres starseeds et indigos ont été envoyés sur la terre.
Qu’est-ce qu’un « starseed » ? Un « starseed », qui signifie « poussière d’étoile », est une âme venue du cosmos pour rétablir l’harmonie collective.
Un « indigo » met ses dons spirituels au service de l’humanité dans le cadre d’une mission bien définie.
Même si l’on emploie les expressions d’« un enfant starseed » ou d’« un enfant indigo », sachez que ces qualités spirituelles ne cessent pas une fois que vous êtes devenu adulte, car cet enfant vit toujours en vous, s’y développe, s’y déploie, demande à être entendu et écouté.
On est « un enfant starseed » ou « un enfant indigo » toute sa vie.
Cet enfant peut souffrir de la mission qu’il doit accomplir car non seulement celle-ci peut être lourde à porter dans un entourage qui ne semble ni la comprendre, ni l’accepter, mais aussi elle peut contribuer à ce que cet être éveillé se sente constamment en décalage par rapport aux autres, seul, incompris – en un mot, différent.
Réaliser sa biographie constellée de poussières d’étoiles ou indigo peut vous aider à définir votre mission et à l’assumer complètement – de telle manière à ce que vous puissiez vous réaliser en la menant à terme avec succès.
Voici les cinq étapes qui jalonneront notre chemin :
Comment écrire ce livre bleu étoilé ?
Ceux qui viennent à moi disent qu’ils retrouvent leur âme dans un livre.
C’est encore plus vrai dans le cadre de l’écriture d’une biographie indigo où le narrateur fait du livre l’expression de son âme.
À bientôt,
au rendez-vous des mots !
Géraldine Andrée
On tient habituellement un journal intime de sa vie.
Et si je vous parlais de la tenue d’un journal intime sur l’écriture ?
Le journal qui parle de lui-même, c’est-à-dire de sa propre écriture.
Passionnant, n’est-ce pas ?
Il y a le journal des différentes saisons.
Il y a le journal qui retrace l’accomplissement de chaque jour.
Voilà comment j’écris mon chemin.
Ou comment mon chemin s’écrit à travers moi.
Les feuilles de mes cahiers se tournent au fil du temps.
Le temps passe de feuille en feuille.
À chaque mot, je vieillis, bien sûr.
À chaque trait de plume, il y a un peu moins de fil d’encre pour ma vie.
Mais, tandis que j’écris, ma mémoire s’allège, mon âme sautille sur la marelle du papier ligné, court après les billes des mots,
joue si bien à être une enfant qu’elle le redevient.
Si je vieillis en vivant,
je rajeunis en écrivant.
Géraldine Andrée
Le ciel est parsemé de montgolfières.
Où est la mienne ?
Flotte-t-elle, avide d’infini ?
Vogue-t-elle, libre dans sa solitude,
parmi toutes les autres ?
Ou est-elle encore
arrimée à la terre ?
Je scrute l’azur,
les mains en visière
au-dessus de mes paupières,
pour ne pas me laisser éblouir
par l’or de la lumière :
je ne la vois pas.
Et je songe :
« C’est peut-être mieux ainsi. »
N’existe-t-il pas une sensation plus légère
que celle de mon rêve de montgolfière ?
Je me souviens
de l’après-midi d’un dimanche de printemps.
Mon père et moi,
nous nous asseyons dans le panier,
qui tangue un peu sous notre poids.
Les couleurs du ballon ondoient
lorsque la montgolfière s’élève dans les airs,
aspirée par son désir de hauteur.
Mais, à ma grande déconvenue,
nous ne quittons pas définitivement la terre.
Dans mon esprit d’enfant,
je pense que c’est pour que je ne perde pas de vue
mes devoirs à faire
au retour,
et la perspective de l’école,
si tôt le lendemain.
En bas, je vois se dérouler
l’insolite tissu bigarré des prés,
bordé par le ruban des routes.
Les arbres ont rapetissé en bouquets.
Et les hommes, les animaux, les fleurs, les pierres,
que sont-ils devenus ?
Ils ne sont plus que des points invisibles,
comme s’ils n’avaient jamais existé.
Quant au grand champ du père Grandjean,
il pourrait tenir dans un mouchoir de poche.
Puis, la montgolfière amorce
sa descente
dans un bercement
qui me soulève
le cœur.
Elle n’en finit pas
de se rapprocher
de la terre,
de raser l’herbe,
et quand enfin le panier
touche
le sol
dans une secousse,
il me semble
que le contact
avec la terre
plate
déplace
mes reins,
me projette en avant,
me fait vivre
un insondable
vertige
alors que je suis
en bas.
Aussi,
voyez-vous,
à bien y réfléchir,
je préfère
vivre
le rêve
d’être
une plume,
une simple
plume,
grise
ou blanche,
peu importe.
Au moins,
je redescends
des cimes
en m’inclinant
gracieusement
dans la lumière,
telle
une ballerine.
Parfois,
je me penche
pour répondre
au désir
du vent.
De loin,
l’œil
peut croire
que je me cambre
sous la caresse
d’un amant.
Et dans
une infinie
glissade
entre deux
figures
de danse,
je me dépose
sur une feuille
de vélin
ou de soie
et j’attends
quoi ?
La main, le mot,
le souffle
d’un poème
peut-être,
avant de reprendre
mon vol
et de disparaître.
Géraldine Andrée
Adolescente, j’avais une vaste chambre et une grande table sur laquelle je pouvais ouvrir plusieurs cahiers – ceux de mes leçons et de mes devoirs du jour, à côté de mon journal intime et de mon cahier de contes secrets. Je revois ma trousse profonde contenant tous mes stylos et feutres de couleur. Je possédais même une plume à tremper dans un encrier.
Vous pourriez me dire :
« Comme tu étais gâtée ! »
Et je vous comprends. Il ne me manquait rien. Ma chambre donnant sur un jardin, je disposais de tout l’espace pour étudier.
Ce que j’ignorais, c’est que j’avais également un autre espace de création, très important, et qui était régulièrement bafoué :
mon espace intérieur,
vous savez,
celui de l’âme, celui du cœur,
d’où jaillissent les rêves les plus féconds,
d’où naissent les désirs qui nous nourrissent.
Cet espace de trésors, j’en méconnaissais l’existence, le territoire, malgré mes voyages sur le papier ligné.
Pourquoi ?
Parce que mes parents et ma sœur pouvaient entrer comme ils voulaient, sans frapper.
Ils se permettaient d’ouvrir mes tiroirs. Un jour, ce fut l’esclandre, parce qu’ils avaient trouvé une boîte de pilules contraceptives.
Mon père surgissait pour m’empêcher d’écrire mes histoires personnelles qu’il nommait « fariboles ». Il craignait sans doute que mes fées, mes elfes et mes lutins n’éclairent une part d’ombre merveilleuse en lui qu’il voulait garder cachée à ses propres yeux.
J’ai acheté un cahier qui se fermait avec une clé dorée. Au moins cet endroit qui matérialisait mon espace psychique était-il protégé.
Mais un dérangement imprévisible était toujours possible, détournant le cours d’une idée, la rivière d’un poème, la source elle-même.
Cette négation de l’existence de mon espace de création intérieur m’a bloquée dans beaucoup de projets.
Je me souviens comment, dans la résidence universitaire où je logeais, une pseudo amie s’épanchait sur ses peines de cœur chaque soir, à demi couchée sur mon lit, m’empêchant de régler les miennes dans mon carnet ou de rendre cette dissertation urgente pour le lendemain.
Aujourd’hui, je ne résiste pas au vieux réflexe d’aménager mon espace de création extérieur pour créer.
Comme pour me préserver des éventuels importuns.
Allumer une bougie, faire la vaisselle, la lessive, chercher LE stylo du moment… Tout doit être propre et net pour démarrer ma séance d’écriture.
Je sais pertinemment que je procrastine et que je perds, en agissant ainsi, de précieuses minutes pour continuer à écrire quelques lignes de plus, alors que je suis déjà si pressée.
Mon amie Julia me l’a si souvent dit :
« Saisis un vieux stylo Bic, bon sang, un cahier de brouillon tout taché, et écris, même au milieu des miettes de croissant, des gouttes de Nutella, à côté de ta tasse de café froid. Pas besoin d’encens, de lampe tamisée. »
J’ai déjà eu l’occasion de le constater : je peux commencer à écrire dans un espace encombré et avoir les idées claires, démarrer un projet de roman tandis que la poêle à crêpes reste dans l’évier et trouver mon œuvre aboutie, réussie – in fine,
car toute création part de l’espace intérieur.
Et si je ne m’autorise pas à privilégier mon intériorité créatrice, qu’advient-il des mots en attente ? Ceux-ci continuent à patienter. Désespérément pour eux et pour moi.
Nul besoin d’une vie en ordre pour dérouler la trame de cette broderie qu’est le texte qui demande à voir le jour.
Un marteau-piqueur peut tonitruer dans l’espace de création extérieur… Tant que vos projets ne sont pas dérobés dans la chambre de votre cœur par ce que je nomme aujourd’hui « une intrusion » ou une « interférence », vous êtes en sécurité dans la vie que vous donnez à votre rêve, pour qu’il naisse, un jour, sur l’immense table du monde.
Géraldine Andrée
Je me baigne
À l’aube
Dans la foule
Des mots
Chacun
Me regarde
Me dévisage
Me reconnaît
C’est-à-dire
Certains
M’observent
Me touchent
Surpris
Que je sois ici
Comme
Revenue
De l’au-delà
D’autres
Me sourient
Me saluent
M’invitent
À les accompagner
Jusqu’au bout
De la route
À entrer
Chez eux
Où la table
Est garnie
Comme pour un dimanche
Tous
Me murmurent
C’est donc toi
Notre plume
N’as-tu pas déjà
Vécu
Parmi nous
Dans une autre existence
Et je leur dis
Peut-être ai-je
Été mot
Un jour
J’ai les yeux
Remplis
De feuilles
Et pourtant
Je vois si clair
Et les mots
Me répondent
À l’unisson
C’est parce que
Nous tous
Te présentons
À la vie
Géraldine Andrée