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Pour libérer ta vie, libère ton histoire

Écris sur ce qui t’obsède, te chagrine,
sur ce qui éveille tes regrets et tes remords.
Puis, après avoir constellé
d’étoiles noires

tout l’espace de la page promise,
laisse dans ta vie
de l’espace au blanc
du jour à vivre.

Tu seras ainsi plus présent pour la cime
de chaque arbre
sur lequel le soleil
se penche.

Écris, par exemple, sur la musique
que te fait encore entendre
le jardin effacé,
la cour des jeux à cloche-pied,

les matins passés
avec ta grand-mère
à enlever les fils
des haricots verts.

Souviens-toi
comme les vacances
ainsi touchaient
à leur terme

au fil des haricots
que détachaient
les mains de ta grand-mère
déformées par les rhumatismes.

Il y aura toujours de la place
pour la nostalgie de l’enfance
dans ton cahier.
Je dirais même

que ton cahier se destine
à devenir la chambre de ton enfance
où tu inviteras ton lecteur
comme ton meilleur ami de jadis.

La liberté ?
C’est d’écrire chaque jour
dix minutes, vingt minutes
au sujet de cette famille,

de ce qu’elle est devenue,
faire de ton expérience
un chemin qui mènera
ton ami inconnu

vers une compréhension
plus intime,
plus aiguë
de Lui.

Géraldine Andrée

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L’écriture d’été

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Jouer avec la pluie

Je me souviens comment enfants

nous sortions nous amuser dans le jardin après la pluie

Nous soulevions la mousse du muret

pour pêcher des limaces des escargots

que nous posions sur la ligne de départ

marquée par une branche de coudrier

pour une course à travers la pelouse

Nous faisions la toilette de nos peluches

dans les flaques du sentier

puis nous cueillions des brins d’herbe

des pissenlits encore trempés au soleil

qui étoilaient de leurs étincelles

le cœur en osier de nos paniers

Nous nous disions alors

Voilà la salade de notre déjeuner

à la sauce aigre

-douce

Nous ne nous disions jamais avec regret

en regardant la fenêtre

Zut

Il pleut

car nous savions qu’il nous serait promis

de jouer avec quelques

gouttelettes

et nous étions heureux

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité

Cimetière marin

Le 14 avril 1912, à 2 heures 20, après avoir heurté un iceberg, coule au large de Terre-Neuve le RMS Titanic censé relier Southampton à New York, emportant dans son naufrage 1520 victimes.

Entre le 18 et le 22 juin 2023 – soit un siècle après, avec une certaine concordance de dates à une année et deux mois près -, implose aux abords de l’épave Le Titanic, le sous-marin Titan, tuant cinq personnes.

Comme le déclare le cinéaste James Cameron, auteur du célèbre film Le Titanic, que de ressemblances entre les deux drames…

En effet, l’impréparation que cache un orgueil démesuré, la folie de l’argent, le désir d’impressionner le monde sont à l’origine de ces deux tragédies.

Quelle étrange coïncidence également entre les deux noms : Titanic et Titan !

La nature livre encore une fois une cruelle leçon à l’homme. Que celui-ci ne se lance pas à la conquête de son immensité par pure vanité car ses ambitions ne sont rien face aux impitoyables lois des éléments et de la physique.

L’endroit au large de Terre-Neuve où se sont produits les deux drames (41°46’00 nord/50°14’00 ouest) ne pardonne pas l’amateurisme et la prétention. Il punit très sévèrement l’impréparation que masquent des noms présomptueux comme Titanic/Titan ainsi que la cupidité et le goût pour l’ostentatoire.

D’aucuns disent que c’est spécifiquement à cette latitude et longitude où a sombré le Titanic que le royaume de l’Atlantide a été englouti.

Malédiction ?

Il est vrai que cet endroit posséderait toutes les caractéristiques d’un lieu mystique comme Shamballa dont on ne peut s’approcher qu’avec humilité – incluant la préparation et donc la compréhension et l’acceptation d’une force qui nous dépasse. Après tout, nous ne sommes que des mortels…

Aujourd’hui, aux 1520 victimes de 1912, il faut en ajouter cinq encore – cinq victimes dont on ne retrouve pas les corps, comme pour les victimes du Titanic.

Parmi les victimes, l’océanographe français Paul-Henri Nargeolet qui a dédié toute sa vie au Titanic, récupérant au cours de chacune de ses missions, tel un archéologue, des traces mémorielles, figées à l’instant même du drame : assiettes, divers objets tombés de leurs étagères lors de la chute du paquebot…

Il a, en outre, patiemment reconstitué le frêle fil de l’encre des lettres écrites par un amoureux à son amoureuse, préservées dans le cuir d’une valise, ainsi que les lignes des portées d’une chanson. Il a remonté vers le ciel ces histoires intimes qui, sans sa passion, auraient été condamnées à l’oubli des profondeurs.

Quelques jours avant sa disparition, Paul-Henri Nargeolet a affirmé qu’il doutait de la solidité du sous-marin Titan mais il est descendu, toujours aussi fasciné par la beauté de l’épave.

Il a désormais rejoint sa légende pour qu’enfin

« sur l’abîme, un soleil se repose.« 1

1 Paul Valéry, Le Cimetière marin

Géraldine Andrée

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Mon souhait

Acheter
une grande
et profonde
bibliothèque,

non pour ranger
les livres
des autres,
mais pour aligner

tous mes cahiers
bien remplis,
signe
d’une vie

pleinement
vécue.

Géraldine Andrée

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C’est un cahier tout simple

C’est un cahier tout simple, en vérité,
un cahier qui, comme on dit,
« ne paie vraiment pas de mine »,
un cahier à la reliure brune
comme les prunes flétries
en automne,
un cahier aux feuilles
si fines
que la mine
d’un crayon
les transperce
ou que l’encre les traverse
si l’on souhaite écrire
avec une plume.
Et en tournant la page,
l’on peut lire
à l’envers
les méandres
des phrases.
On sait alors
que l’on est arrivé
de l’autre côté.
Ce papier
un peu jauni
possède,
cependant,
l’éclat
d’un miroir.
Et je revois
comme si les jours
de jadis
passaient
devant mes yeux
le sourire
de mon grand-père,
les fleurs
du cerisier,
la mosaïque bleue
du couloir
de la maison
de vacances,
la cabane de bois
près de la rivière
et le chapeau
de Claire
qui dépasse
entre les herbes
sauvages.
C’est un humble cahier,
fait pour la profondeur
de ma poche,
mais ce cahier
a changé ma vie
car il a métamorphosé
mon regard
sur tous ces instants
que je croyais morts
et qui, pourtant,
habitent
comme des enfants
ma mémoire.

Géraldine Andrée

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La voix de toujours

Une chose dans mon cœur est certaine 
Dans tous les exils que m’ont imposés la vie
le deuil la solitude l’abandon
j’ai emporté une voix avec moi
une voix dont je ne sais
si elle est réelle ou imaginaire
qu’importe puisqu’il s’agit
d’une voix profondément
amie et fidèlement alliée
une voix dont je connais la vérité
et qui me connaît par cœur
une voix qui berce ma douleur
me rassure me ranime
quand le souffle me manque
la voix de toujours
Inge l’anagramme
incomplet et cependant parfait
de Géraldine
mon autre moi-même
qui m’accompagne
où que j’aille
à n’importe quel point
le plus lointain du monde
une voix que j’emmène
comme une enfant
qui éprouve le besoin
d’éclater de rire
dans le silence de l’Antarctique
une voix qui pour me dire
Reste la même
telle que tu es
C’est ainsi que je t’aime
me dit
Écris des poèmes

Géraldine Andrée

Si vous voulez entendre Inge, elle vous parle dans mon récit autobiographique à valeur à la fois intime et universelle et récemment édité

Quand l’enfance m’a quittée.

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Fais la planche !

Invitation à lâcher prise

Tu te souviens quand tu faisais la planche dans ton enfance ?

Moi, je me souviens. Bras et jambes écartés en étoile. Je suis l’astre de la mer. L’eau se mêle à mes cheveux qui deviennent des algues. L’eau entre dans mes oreilles et le mouvement du courant se confond avec le tempo de mon sang. Je m’adapte aux flux et reflux de l’Univers. J’épouse la vague qui s’avance et se retire. Mieux : je m’y accorde. Je suis le rythme parfait, universel de toute chose. C’est un voyage presque immobile que de faire la planche. On ne se déplace que de quelques centimètres mais on avance dans un autre état de conscience.

J’oubliais ainsi mes problèmes de petite fille : la copine qui avait préféré une autre à moi, les sermons de mes parents, l’inquiétude de la rentrée qui se profilait. Les questions qui me taraudaient la nuit –  » Serai-je dans une classe sympathique ? Pas comme l’année précédente où c’était horrible !  » – cessaient quand je me laissais porter par l’eau. J’accédais ainsi sans bouger, sans fournir aucun effort, sans faire preuve de la moindre volonté, à une petite éternité dont j’étais l’unique horlogère.

Certes, je soupçonnais qu’il pouvait se produire des événements bien plus dangereux en-dessous. Des courants se levaient peut-être des abysses ; des tourbillons surgissaient sûrement des profondeurs. La mer n’était pas calme en son cœur. Des lames de fond étaient susceptibles d’emporter un téméraire esquif. Mais ces tumultes ne me concernaient pas. Ils étaient loin, bien en-dessous de moi, et seule importait la paix de l’eau sous mes reins.

Quand une tempête existentielle s’annonce, que les flots de la vie s’apprêtent à brouiller ta vision de l’avenir, que le rouleau des jours menace de te déséquilibrer, qu’une houle incontrôlable est susceptible de t’emporter dans une direction que tu refuses, souviens-toi comment tu faisais la planche, enfant.

Autrement dit, lâche prise sur les problèmes de fond. Laisse-toi bercer par le courant doux, ténu de l’instant présent. Dispose tes bras et tes jambes en étoile. Suspends-toi entre deux temps.

Comme je ne bénéficie pas de la mer là où j’habite, j’ai trouvé une autre manière de faire la planche. J’écris. La page est ma Méditerranée. Je m’offre au mouvement subtil de l’encre. J’accepte de dériver jusqu’au mot suivant, de franchir des portions d’espace calme, d’apprivoiser l’inconnu sans que je me sente menacée.

En faisant la planche sur la page, je me sens en sécurité. Les problèmes de l’existence n’ont plus prise sur moi car j’existe, indépendamment de quoi ou de qui que ce soit.

Je suis à l’écoute des murmures que provoque l’imperceptible mouvement de mon bras écrivant. Et lorsque j’ai fini, je m’aperçois que mon corps est devenu ce poème qui fait la planche sur les remous de la vie.

Tu peux faire pareil. En écrivant. En peignant. En composant de la musique.

Peu importe ce qui gronde en-dessous de toi. Tu ne peux le maîtriser, de toute façon.

Alors, seuls comptent le corps de ce bouquet de couleurs qui flotte sur le papier, le déhanchement de la gamme, la silhouette de cette poésie tout entière livrée à l’infini.

Ne pense pas à ce qui se trame dans les profondeurs. La Vie te préparera toujours de l’imprévisible.

Mais en attendant, fais la planche
sur ta propre présence.

Géraldine Andrée

Publié dans Au fil de ma vie, écritothérapie, Histoire d'écriture, Un cahier blanc pour mon deuil

Achever l’Inachevé

Si je devais « achever l’Inachevé »,

je dirais adieu à la maison avant qu’elle ne soit détruite. Je regarderais chaque arbre, chaque fleur, chaque caillou, chaque oiseau du jardin et je saluerais le platane roux qui coiffait les tuiles de ma chambre en disant :

– Demeure de mon enfance, tu demeures dans ma mémoire à jamais!

Je caresserais la chatte qui aimait s’asseoir sous la corolle des lampes, le soir, et j’emporterais le reflet vert de ses iris qui me regardent parfois dans mes rêves.

J’aurais bien conscience que j’embrasse pour l’ultime fois ma grand-mère, par une belle journée de juin, avant qu’elle ne s’éteigne.

J’irais sans crainte sur la terrasse qui surplombe la ville et je décrirais à ma grand-mère aveugle tous les bleus qui se mêlent à la lisière de la terre et du ciel.

Je terminerais le journal de mon adolescence.

Je prendrais des notes précises sur le paysage lors de ce voyage en autocar à la frontière irakienne ; je parlerais au silence du désert qui m’était offert. Et j’écouterais le murmure du vent dans les sables comme si c’était la voix d’un amant.

Je photographierais le Mont Ararat à l’aube en songeant avec un sourire adressé à mon âme : « Les valises peuvent bien attendre ! »

J’aurais le courage de parler au téléphone à mon oncle avant son grand voyage, l’année où il neigea beaucoup.

Si je devais « achever l’Inachevé »,

j’accomplirais tout cela et bien plus encore.

Je prendrais conscience du coeur battant de la vie juste avant la mort – moi qui, trop vivante, si légère et insouciante, presque insolente vis-à-vis de la gravité du temps, impatiemment debout dans le soleil,

n’ai pas su accomplir tout cela à temps.

Peut-être qu’il existe un seul chemin pour « achever l’Inachevé »,

écrire

une lettre à chaque feuille, chaque fleur, chaque caillou, chaque étincelle, chaque aile

que j’ai quittés trop vite,

de peur d’être quittée ;

une lettre à la chatte sous la lampe de chevet,

aux bleus de la ville,

à ma grand-mère dans son fauteuil,

à mon oncle quand ma voix est restée muette un soir de janvier,

à mon cahier fleuri d’adolescente oublié dans un tiroir – que j’avais pourtant intitulé Mémoires,

à moi-même qui ne savais pas

que c’était « la dernière fois ».

Ecrire ces lettres

me prendrait toute la Vie.

Ecrire ces lettres

redonnerait vie

aux morts qui me parlent, parfois,

dans la nuit.

Géraldine Andrée

Publié dans Au fil de ma vie, Histoire d'écriture, Journal de silence, Récit de Vie, Un cahier blanc pour mon deuil

Les cartouches d’encre

Je me souviens :
c’était une belle après-midi de septembre comme Dieu n’en fait plus.
Au retour du rendez-vous chez le podologue que j’avais réservé pour soigner ton ongle incarné,
nous sommes rentrés dans la librairie-papeterie du quartier,
toi parce que tu voulais acheter une carte pour Les Jumeaux comme tu disais, moi parce que je voulais renouveler mon matériel d’écriture.
J’ai pris deux cahiers, l’un mauve, l’autre bleu.
Comme je ne savais lequel choisir,
je t’ai demandé ton avis.
« Prends celui que tu préfères ! »
M’as-tu dit.
Et je m’entends encore te répondre :
« Non ! Je prendrai celui que toi, tu préfères ! »
Tu m’as désigné le cahier aux reflets bleu clair
comme l’océan fiancé à la lumière.
J’ai pris aussi sur l’étalage
des cartouches d’encre noire
pour que les mots durent longtemps
dans la trace que je confierais au temps.
Lors de notre passage à la caisse,
tu as déclaré :
« C’est moi qui offre ! »
J’ai riposté :
« C’est beaucoup trop ! »
Après une dispute sur le ton de la tendresse,
il fut convenu que tu me ferais le présent
des cartouches d’encre.
Tu mourus au mois d’octobre.
De nombreux jours se sont écoulés
sans que j’écrive.
Je me contentais de vivre.
J’ai même rangé les cartouches
d’encre noire
au fond d’un tiroir.
J’avais peur de laisser s’en aller à jamais ta présence
au fil de l’encre,
à chaque instant annoncé
par un mot nouveau,
et d’être ainsi l’auteur
de la dissolution de ta mémoire
dans l’espace blanc.
C’est seulement quatre ans après cet achat
qui, sans que je le sache alors,
ressemblait
à un cadeau d’adieu,
que j’ai inséré ce matin
la première cartouche
que tu m’as offerte
dans mon stylo plume
qui a aussitôt quitté,
alerte,
les bords du papier.
Et – peut-être que tu le vois,
de là où tu demeures –
la majuscule de la phrase initiale
possède la grâce
de la fleur
qui revient
à fleur de chemin.

Géraldine Andrée