Publié dans Le poème est une femme, Méditations pour un rêve, Poésie

Ce noyau en moi

Ce noyau en moi
C’est lui que je dois toucher
connaître
découvrir

cœur d’or
pépite de lumière
étoile vibrante
pétale d’astre

déposé
par un souffle
inconnu
sur cette terre

ce noyau qui existait
bien avant ma naissance
recouvert ensuite
par les peaux de l’identité

les couches de la persona
les écorces de l’éducation
et qui repartira
vers là où il est venu

roulant parmi les météorites
suivant l’accélération
de l’hélice
de l’univers

ce noyau
d’où viennent
vérités perceptions
intuitions poèmes

ce noyau
que j’ai souvent ignoré
mais qui était toujours
présent

qui est
à cet instant
où j’écris
ce noyau

me préparant
à devenir fruit
au cœur
de la vie

Géraldine Andrée

Publié dans Au fil de ma vie, Cahier du matin, Journal d'instants, Journal de la Lorraine, Journal de la lumière, Journal de mon jardin, Journal de nuages, L'alphabet de l'herbe, Le cahier de la vie, Le livre de vie, Méditations pour un rêve, Poésie, Poésie-thérapie, Récit de Vie, Toute petite je

Jouer avec la pluie

Je me souviens comment enfants

nous sortions nous amuser dans le jardin après la pluie

Nous soulevions la mousse du muret

pour pêcher des limaces des escargots

que nous posions sur la ligne de départ

marquée par une branche de coudrier

pour une course à travers la pelouse

Nous faisions la toilette de nos peluches

dans les flaques du sentier

puis nous cueillions des brins d’herbe

des pissenlits encore trempés au soleil

qui étoilaient de leurs étincelles

le cœur en osier de nos paniers

Nous nous disions alors

Voilà la salade de notre déjeuner

à la sauce aigre

-douce

Nous ne nous disions jamais avec regret

en regardant la fenêtre

Zut

Il pleut

car nous savions qu’il nous serait promis

de jouer avec quelques

gouttelettes

et nous étions heureux

Géraldine Andrée

Publié dans Histoire d'écriture, Récit de Vie

L’instant de cristal

Après avoir écrit dans mon journal intime et lu quelques pages de l’œuvre The Artist’s way de Julia Cameron, je reste là, assise au soleil, fixant sa frêle phrase de lumière bientôt effacée sur la page de la table.

Et je sens que tout est bien ainsi, que rien ne doit rompre l’équilibre précaire de cet instant posé au bord du temps, pas même mon souffle si ténu.

Un songe me traverse :

Tu te souviens ? Une fin d’après-midi dans la maison de G ! Une douce lumière de vacances… Tu contemplais sans penser à rien les guirlandes de fleurs de la toile cirée…

Et soudain, une certitude a surgi : l’intense sentiment d’être uniquement Toi, profondément Toi. Tu t’es interdit de répondre à la question que te posait ta mère pour ne pas dissiper cette plénitude éphémère, ne pas heurter puis briser cet instant de cristal.

Tu revis une expérience jumelle aujourd’hui : te contenter d’être là, au bord de la Vie elle-même, en ayant conscience que lorsque tu prendras ta plume la plus légère pour tenter de raconter ce qui est indicible, ce vase secret qui contient tout ton être se fêlera

de haut en bas.

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, Poésie

Noyau de pêche 10

Où partir
cette année ?
En toi

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie

Noyau de pêche 9

Où aller ?
D’ici
à maintenant

Géraldine Andrée

Publié dans écritothérapie, Histoire d'écriture, Poésie-thérapie

Noyau de pêche I

Écrire
c’est gratter
chaque
peau
morte
jusqu’à
atteindre
la chair
vivante
vibrante
palpitante
du dernier
mot
Cela
prend
toute
une vie

Géraldine Andrée

Publié dans Histoire d'écriture, L'alphabet de l'herbe, Le poème est une femme, Poésie

Tout est de passage

Tout est de passage
le laurier-rose sur lequel tu as veillé avant chaque aurore
les jardins pourtant destinés à refleurir
les cerises accrochées aux oreilles
les bourgeons d’or du frêne
la paume de la main tendue
le soupir dans les cheveux
le rêve dans le sommeil
tandis que la lumière joue avec ta nuque
ta hanche contre le drap
le temps ce félin
qui traverse nos vies
en dévidant leur pelote
sous ses pattes
Tout est de passage
et surtout ma plume sur le papier
qui laisse comme seule preuve
de l’éphémère
un poème
qui je l’espère peut-être
suspendra un instant
dans un regard
un regard
dans un instant

avant de disparaître

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Au fil de ma vie, écritothérapie, Histoire d'écriture, Journal de la lumière, Le journal des confins, Le poème est une femme, Le temps de l'écriture, Poésie, Poésie-thérapie

Ce bercement…

Reprendre mon cahier et écrire.
C’est tout ce qui importe.
En face de moi, ce tableau avec le bleu et l’ocre du port,
un trois-mâts, deux barques, un phare, des nuages…
C’est là que je dois aller. Au loin. Au large. Rompre les liens.
Je n’ai jamais vraiment regardé ce tableau quand j’y pense…
La baie. La virgule d’une mouette qui brasse l’infini.
Et si je l’imitais ?
M’accrocher à la crête d’une majuscule.
M’allonger sur la vague d’une phrase.
À me laisser bercer ainsi
par l’écriture,
à rêver mon poème
comme le prolongement de mon corps
qui vogue au fil de l’encre marine
sur le blanc,
je m’aperçois que c’est moi qui berce l’écriture.
J’initie cette douce ondulation avec mon simple désir.
L’étrange mouvement de ma main,
d’où vient-il ?
Quelle est cette vibration ?
Descend-elle des étoiles,
d’une immense paume invisible ?
Il est une lunaison de l’écriture
que mon souffle éclaire.
Oui, c’est vraiment là que je dois emmener mon poème,
jusqu’à la dernière étincelle avant l’azur.
Puis, une fois que mon poème sera suffisamment loin,
devenu un frêle point qui danse
à la lisière où le monde s’efface,
je ferai signe à mon prochain
avec l’ultime lueur du silence.

Géraldine Andrée

Publié dans écritothérapie, Dialogue avec ma page, Histoire d'écriture, Journal de la lumière, Journal de ma résilience, Récit de Vie

Viens, mon ombre, je t’invite à boire un cappuccino !

Viens, mon ombre, je t’invite à boire un cappuccino chez moi. Il fait beau dans mon salon. 
Assieds-toi juste en face de moi, au soleil.
Qu’as-tu à me dire ? Quels silences ? Quels interdits ? Quels non-dits ?
Confie-moi ce qui te hante.
Raconte-moi ce que tu n’as pu évoquer au bon moment.
Les regrets de l’inaccompli.
Les remords de l’inachevé.
L’inéluctable sentiment qu’il est à jamais trop tard.
Je vais tout noter sur ce cahier blanc.
Cette transparente matinée de printemps est idéale pour les confidences.

Je sais, mon ombre, que toi et moi, nous avons longtemps été ennemies.
Je voulais te laisser sur le seuil et fermer la porte, te laisser pleurer à l’infini, sans te secourir.
Mais aujourd’hui, je souhaite me racheter. Et si nous nous réconcilions ?
Je peux éclairer avec mes yeux toutes tes angoisses, t’apporter mon regard, t’apaiser avec mon souffle.
Ta présence fidèle malgré mes rejets répétés m’a beaucoup appris sur moi-même.
Aujourd’hui, je suis devenue beaucoup plus tolérante et j’accepte que tu me révèles toutes ces parts cachées de moi-même, que tu me désignes ce qui doit être percé à jour et exploré – quels abcès, quelles blessures, quels cauchemars.
Invite-moi, à ton tour, à entrer dans ma douleur en suivant la trace de mes cicatrices intérieures.
Je sais que tu peux remettre sur la table – à côté de ce cappuccino que j’ai bien sucré pour que tu oublies le goût amer de la vie -, les conversations interrompues avec Lui, quelques jours avant qu’il ne meure, tout ce que l’on ne s’est jamais dit et que l’on ne se dira plus, l’essentiel,

ces choses muettes pour toujours 
la dernière promenade où il m’a désigné l’arbre centenaire
et alors j’aurais dû savoir qu’il me désignait l’éternité parce qu’il allait disparaître
mais pourquoi n’ai-je pas respecté ma prémonition obéi à mon instinct

Oui, mon ombre, je vais faire pour toi la liste de tous les j’aurais dû, les actes manqués, les situations condamnées à être irrésolues.
Finalement, j’ai de la chance de t’avoir, mon ombre.
Il est un récit qui m’a profondément marquée dans mon enfance :
L’Homme qui a perdu son ombre d’Adelbert von Chamisso. Ce récit raconte la sombre destinée du héros Peter Schlemihl, qui échange son ombre, sur la requête de l’homme en gris, contre la bourse de Fortunatus. Quel effroi pour Peter condamné à errer sur la terre sans que son double soit projeté sur le sol ! C’était comme s’il était infirme, amputé de lui-même.

Et me reviennent en mémoire ces vacances espagnoles. Alors que j’avance sur le petit sentier qui mène à la mer, tu es projetée, mon ombre, en plus grand sur la pierre ensoleillée. Je comprends ainsi que tu seras l’amie qui m’accompagnera tant que je marcherai, que j’avancerai sur le chemin, que je vivrai.

Toi, mon alliée, tu me montres l’autre côté de moi-même, le reflet de mon passage que je laisse sur toute chose en ce monde. Si tu existes, tu es la preuve que je suis éclairée.
Il m’est impossible d’être uniquement Lumière. Sinon, je serais une scène que des projecteurs éclaireraient pour personne. Je ne peux être uniquement zénitude, beauté, bonté. En effet, la bonté coexiste avec la révolte car la révolte invite à être plus généreux envers soi-même et les autres, en demandant davantage à l’Univers. De même, un rayon de soleil illumine davantage une flaque noire, comme l’écrivait Etty Hillesum, puisqu’il en perce toutes les ténèbres.

La laideur d’une rue au petit matin m’invite à chercher la fleur au-dessus d’une grille. C’est parce que j’ai vu la laideur que je prends davantage conscience de la beauté inhérente à toute chose, pourtant condamnée à la flétrissure.
C’est parce qu’il y a de la lumière que tu existes, mon ombre. La lumière te sculpte, t’effile. Elle me permet de prendre réaliser que, de même que tu t’accroches à mes pas, tu suis le mouvement de ma main sur la page. Tu es là, ineffaçable, inaliénable parce que si tu t’en vas, la clarté disparaît avec toi. C’est toi qui condenses la flamme de la bougie dans l’instant de mon regard.

Aussi, prenons ensemble ce cappuccino, mon ombre.
Et rions avec gratitude de mon erreur qui m’a incitée à te confondre avec la solitude.
En vérité, il n’en est rien,
car c’est grâce à toi que j’existe. 
Chaque matin désormais, je répondrai aux signes que tu me fais.
Et j’écrirai.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Au fil de ma vie, Collections de l'esprit, Histoire d'écriture, Journal de la lumière, Le livre de vie, Poésie-thérapie, Un troublant été

C’est un cahier tout simple

C’est un cahier tout simple, en vérité,
un cahier qui, comme on dit,
« ne paie vraiment pas de mine »,
un cahier à la reliure brune
comme les prunes flétries
en automne,
un cahier aux feuilles
si fines
que la mine
d’un crayon
les transperce
ou que l’encre les traverse
si l’on souhaite écrire
avec une plume.
Et en tournant la page,
l’on peut lire
à l’envers
les méandres
des phrases.
On sait alors
que l’on est arrivé
de l’autre côté.
Ce papier
un peu jauni
possède,
cependant,
l’éclat
d’un miroir.
Et je revois
comme si les jours
de jadis
passaient
devant mes yeux
le sourire
de mon grand-père,
les fleurs
du cerisier,
la mosaïque bleue
du couloir
de la maison
de vacances,
la cabane de bois
près de la rivière
et le chapeau
de Claire
qui dépasse
entre les herbes
sauvages.
C’est un humble cahier,
fait pour la profondeur
de ma poche,
mais ce cahier
a changé ma vie
car il a métamorphosé
mon regard
sur tous ces instants
que je croyais morts
et qui, pourtant,
habitent
comme des enfants
ma mémoire.

Géraldine Andrée