J’ai un grand projet :
écrire à côté
d’un bouquet de fleurs.
Géraldine Andrée

J’ai un grand projet :
écrire à côté
d’un bouquet de fleurs.
Géraldine Andrée


Dans le domaine de La Sperenza,
il y avait le muret roux le long duquel couraient les lézards ;
le craquement des pins quand le vent venu de la mer se faisait plus vif ;
le chemin des menthes où nous allions ensemble ;
le soleil qui allumait un reflet mordoré sur les pastèques coupées ;
le panier d’osier où se nichait le pain frais ;
les pieds nus sur la terrasse ;
l’ombre de la chambre qui laissait s’avancer un peu de lumière pour la suite du roman;
les volets vénitiens cachant le silence d’un rêve lorsque la chaleur s’annonçait ardente dès le matin ;
le parfum du lait de corps après la baignade ;
le chant d’un brin d’herbe entre les lèvres au cours de la promenade ;
les légendes mystérieuses que l’on se racontait au sujet de la falaise ;
la Dame Blanche que l’on croyait voir apparaître depuis le rivage ;
les cigales qui conversaient peut-être avec les étoiles ;
l’arrivée de Victor et les sourires échangés sans que l’on ne se dise rien ;
le cœur qui battait soudain pour un simple baiser sur la joue ;
puis l’attente jusqu’à ce que toute la famille s’endorme ;
la bougie qui s’éteignait toute seule, bien longtemps après que nos pas avaient franchi le seuil ;
les corps abandonnés sur l’océan du drap ;
le réveil à l’aurore par l’eau qui arrosait les roses.
Dans le domaine de La Sperenza, il y avait l’espoir que les vacances durent toujours :
il suffisait pour cela de bercer chaque instant du jour comme un nouveau-né.
Géraldine Andrée
Pour voyager cet été,
le ciel du papier
que traverse une plume
peut suffire…
Géraldine Andrée
Hélas !
La fontaine est sèche,
depuis le temps
que le jardin est fermé !
Elle n’est plus
que pierres empilées
sous lesquelles
grouillent
des fourmis
rouges
qui transportent
des brindilles !
La prière
de mon cœur
n’a pas la force
nécessaire
pour faire jaillir
son eau
dans la lumière.
Alors, avec mon crayon,
je trace
d’un trait
le contour
de sa vasque
et en guise
de jet,
je compose
un svelte
poème
qui tombe
dans le cercle
puis s’élance
vers le ciel
blanc
du papier.
Voilà.
J’ai ressuscité
dans le plus grand
silence
le chant
de la fontaine
oubliée.
Géraldine Andrée
Dans l’étincelle
d’un point,
perle
le mot
de la phrase
suivante.
Géraldine Andrée
Lorsque tu écris,
tu retrouves
le fil de la vie
autour de la quenouille
du temps
et c’est ainsi
qu’en le dévidant
doucement,
avec toute
ta patience,
tu dessines
le sentier
qui te ramène
au sourire
ultime,
tu rallumes
le feu
des fleurs
dans la chambre
des amants,
tu relances
le cœur
des belles heures
au rythme
d’or
d’un poème
– cette horloge
éternelle -,
tu ranimes
le soleil
dans la profonde
peine
pour qu’une aurore
nouvelle
revienne.
Lorsque tu écris,
tu redonnes
des joues
rouges
à l’ancienne
enfant
ensevelie
dans l’oubli
des jours.
Une goutte
d’encre
est l’équivalent
d’un baiser
déposé
sur une feuille
que soulève
ton souffle.
Et ton âme
se réveille
à l’écoute
de son propre
conte.
Lorsque tu écris,
tu ravives
les mots dormants.
Géraldine Andrée
Toute petite, j’assistais à tes séances de bricolage. Je me souviens comme tu soudais. De crépitantes lueurs jaillissaient de tes doigts. Tu viens du pays des forges, des flammes qui se lèvent haut. J’appartiens, moi aussi, par ton sang, à ce pays de suie et de feu, à cette succession de villages et de villes qui se terminent par -Ange (Algrange, Volmerange, Gandrange, Hayange), à ces paysages constellés d’étoiles noires, tombées sur les toits et les chemins. Maintenant, tu es feu. Mais lorsque je traverse cette région en voiture ou en train et que je vois le soleil briller sur l’acier rouillé, il me semble que ta main invisible soude dans une myriade d’étincelles mes jours reliés à toi depuis le ciel.
Géraldine Andrée
Quand j’écris
de bon matin,
je vois s’étendre
sur l’ancien jardin
la lumière
blanche
comme une nappe
de dimanche,
le forsythia de mon enfance
que je croyais déraciné
refleurir
pour l’éternité,
la flamme rousse
de la chatte décédée
s’élancer d’un taillis
vers mon souvenir,
et si je me laisse guider
par ce rythme régulier,
je retrouve
le petit sentier
qui mène
à l’étoile verte
de la clairière
où Marie la vive
vient de s’asseoir,
jupe retroussée
au-dessus des genoux
pour son amoureux…
Quand j’écris de bon matin,
des soleils s’alternent
devant mes yeux
et ma page est une vitre
où se rapproche
chaque instant
de jadis
qui m’attend…
Quand j’écris
si tôt,
je prends le train
du temps.
Géraldine Andrée
Cahier mauve lilas,
cahier rose forsythia,
cahier vert sauge,
cahier bleu menthe…
J’ai bien assez de feuilles
pour tout un été.
Géraldine Andrée