tu es la tige
dont je suis la corolle
ouverte
dans le jour.
Géraldine Andrée
tu es la tige
dont je suis la corolle
ouverte
dans le jour.
Géraldine Andrée
Arrivée sur la rive de ma nouvelle vie, j’ai l’heureuse surprise de retrouver l’anthologie Adolescence en poésie que j’ai déposée par réflexe dans ma valise, entre deux classeurs.
Ce recueil poétique m’a été, lui aussi, un précieux compagnon pendant toutes ces années… Ses poèmes me répondaient et me permettaient de toucher le mystère de la vie, de l’amour, de la mort. Je voulais unir ma voix à celles de Bernadette, Cathie, Nelly, Min-Thu..
Je lisais un poème au hasard alors que ma mère faisait couler l’eau dans la bassine, tinter les assiettes, souffler la cocotte-minute. Tous ces bruits du quotidien en arrière-plan pendant que j’explorais l’univers des silences, des aurores, des planètes au cœur battant… Je m’en souviens encore aujourd’hui.
Et tandis que se tendent les draps de mon nouveau lit, je pars en voyage avec cette amie que je ne connais pas mais qui m’est si familière car nous entrons ensemble dans
« Le goût des vacances au fond de moi
Ce goût de sel
quand
Un rayon d’étoile s’achemine vers moi.«
Le temps d’une rencontre dans ma chambre d’étudiante avec ces quelques vers, nous sommes, toutes les deux, Caroline l’inconnue et moi
à la fois
le chemin et l’étoile.
Géraldine Andrée

Écrire nécessite de connaître les choses.
Mais surtout, écrire nécessite de saisir ce que connaissent les choses.
Que savent-elles ?
Que sait l’arbre ? Que sait la pluie ? Que sait le vent ?
Pour cela, il importe, en écrivant, d’être l’arbre, la pluie, le vent,
faire l’expérience, une feuille après l’autre,
du souffle sur chaque goutte.
Écrire le ressenti d’être le monde dans un mot, quand toutes les étoiles sont réunies.
Alors, on ne cherche plus désespérément le puits de l’inspiration.
On accueille l’évidence de ce qui est
à fleur de notre conscience
et on en fait un roman,
une nouvelle,
un poème court
qui célèbre le simple miracle
de nous mener à la connaissance
d’un autre jour.
Géraldine Andrée
Suzuki déclare que c’est dans le silence de la méditation
que la présence se révèle
et que le moment qui précède l’illumination
est déjà l’illumination.
Et il se dessine dans la nuit
un chemin de neige dans les Vosges de mon enfance.
Je sais, en marchant, que tout peut apparaître
dans ce blanc :
la trace d’une patte d’oiseau,
la pointe d’une souche,
l’éclat d’un caillou,
un perce-neige précoce,
la frêle feuille
d’une pousse nouvellement née.
Alors, je suis à l’affût,
en me penchant sur la page,
de la moindre trace de l’envol
d’un poème,
d’une virgule qui perle
à fleur de ma plume
– invitation à aller plus loin
que le premier signe -,
du scintillement d’un mot
qui m’annonce une autre saison.
J’observe ce qui surgit
ça et là, dans l’espace
devant moi,
quelle phrase minime
qui, telle une tige
timide,
me promet
sa radieuse croissance…
J’ai conscience
que sur le long chemin de neige
du papier,
l’idée possible
qui précède
mon œuvre
est déjà
une réalité.
Et parce que la discrète
étincelle
est à l’origine
de la flamme la plus haute,
c’est ainsi que j’avance,
en m’éclairant
avec ce silence
initial.
Géraldine Andrée
Je t’ai trop longtemps retenu captif dans ma mémoire,
toi qui me murmures au cœur de la nuit :
« Je veux être libre. »
Alors, sous la lampe qui m’éclaire juste avant l’aube,
je détache une feuille
de mon cahier de souvenirs
et à la pointe de ma plume qui écrit
ton nom et ce seul mot, Adieu,
crépite l’aile de papier.
Tu t’es envolé.
In memoriam, nuit du 11 au 12 novembre 2018
Géraldine Andrée
L’aile
de l’ultime
rayon de soleil
s’envole
loin
de mon épaule
Je me penche
dans l’ombre
du sentier
pour récolter
peut-être
deux ou trois
graines
de ton rire
prêtes
à fleurir
au bord
de ma mémoire
mais il n’y a guère
que les frêles
points
de suspension
qu’une première
luciole
allume
après le souvenir
de tes paroles
Je reviendrai
à la belle saison
En attendant
je fais encore
quelques pas
jusqu’à la grille
que je referme
sur mon cœur
tranquille
Géraldine Andrée
Je songe
à tous ces poèmes
auxquels j’ai donné
naissance,
que j’ai contemplés
en silence
jusqu’à ce que j’entende
leur frêle souffle
dans la chambre
profonde
de ma mémoire,
ces poèmes
que j’ai bercés
en secret
sur les langes
de la page
et que j’ai nourris
avec le lait
noir
de mon encre,
ces poèmes
que j’aimé
faire grandir
d’aube en aube
et dont j’ai désiré
ardemment
qu’ils existent
bien avant
qu’ils ne soient mis
au monde
aux yeux
des autres,
ces poèmes
dont je suis certaine
qu’ils ont trouvé
mon nom
pour vivre,
peut-être,
mais surtout
pour me rendre
vivante
dans le seul fait
parfait
en lui-même
qui consiste
finalement
à leur donner
naissance
dans la nuit
sans que jaillisse
l’étoile
de leur cri.
Géraldine Andrée
C’est une nuit bleue, celle du solstice de juin.
Une nuit intensément claire mais éphémère, constellée par les lueurs de la zone industrielle, si nombreuses qu’il me semble que le ciel étoilé a glissé devant la fenêtre.
J’aurai bientôt dix-sept ans. J’entends encore en souvenir, dans le silence enveloppant la chambre de mes parents, la chanson Bella Vita de David et Jonathan qui est passée à la radio pendant le dîner, sur le transistor d’argent.
Je regarde longuement la nuit bleue, traversée de reflets rouges à cause des ultimes forges de De Wendel qui brûlent au loin, vers Hayange. Et je me demande qui lira mes premiers poèmes, qui les aimera, qui m’aimera, qui posera ses mains sur mes pages comme si c’était ma peau.
Quel amant de ce que j’écris et que je ne connais pas ? Quel amoureux de ma vie ?
Géraldine Andrée

Je me réveille parfois
avec cette voix qui nie tout :
-Pourquoi écrire ?
Personne ne te lit de toute façon !
Et l’idée me traverse
d’abandonner
mon carnet de vérités
pour vivre, uniquement vivre.
C’est alors que j’entends
l’herbe me murmurer :
-Mais qui dira mon mouvement
sous le vent ?
Et la lumière d’ajouter :
-Qui saura que j’ai réuni
les pays et les temps,
si tu oublies mon journal ?
Même la chatte feue
de mon enfance
me dit du haut
de son silence :
-Mes yeux font confiance
en tes souvenirs
pour transmettre
leurs étoiles !
Alors, je reprends
mon carnet quotidien
pour noter ce que j’ai lu
sur le chemin de l’herbe,
dans les lettres de la lumière
au bord de la fenêtre
et dans la constellation du regard
de la chatte défunte.
J’écris pour faire lecture
de toutes les aventures
palpitantes
que tout ce qui a été créé
originellement
sans langage
– l’herbe, la lumière, la chatte –
raconte
au monde.
Géraldine Andrée