Le poème
est une barque
qui attend
entre les feuilles
veuille
la détacher
de ce qui la relie
au trop connu
et s’en aille
à son bord
jusqu’au point
du tout
premier jour
Géraldine Andrée
Toute petite, je voulais prendre mon envol
loin de l’école,
loin de son âcre odeur de colle,
de ses feutres aux traits épais,
de ses mauvaises notes,
de ses rondes où je n’entrais jamais ;
laisser accroché au clou rouillé
le sac jauni de mon goûter
et rendre à la maîtresse
mes fragments de papier déchirés.
Toute petite, je rêvais
de nager dans la lumière
en me retournant de temps en temps
sur le dos.
Mais je n’avais pas d’ailes
pour faire mon voyage.
Alors, je m’évadais
en regardant trembler le feuillage
du seul arbre de la cour
près de la fenêtre
et j’enviais l’oiseau
envoyé par le jour
qui se posait sur une branche,
avant de reprendre sa course
dans le ciel.
Une clé m’a délivrée,
celle de l’alphabet,
quand je compris qu’il composait
les mots
d’une formule secrète
qui m’aiderait à passer à travers
la porte.
J’ai commencé à écrire
– maladroitement certes –
des poésies vacillantes,
frémissantes cependant,
avec un crayon de couleur verte
et c’est ainsi qu’à ma manière,
je suis devenue cet oiseau
que je rêvais d’être.
J’avais pris pour ailes
les feuilles
de mon cahier ouvert
qui, tout au long de mon adolescence,
a traversé l’immense silence
pour me déposer
sur l’île dorée d’une lampe
où je pouvais tracer,
en concertation
avec moi seule,
l’itinéraire
d’autres vols
qui dureraient bien
une vie entière.
Géraldine Andrée
Tristesse de ne pas revoir aujourd’hui au Livre sur La Place Jeannine Burny, la compagne poétique de Maurice Carême et la fondatrice de La Fondation Maurice Carême.
En deux-mille-dix, elle m’avait montré dans un vers, parmi les bruits et les remous de la foule, le sentier calme, vert et vif d’un poème.
Les mots y étaient si simples, si peu nombreux et si vrais que ce sentier avait été tracé par le Poète pour aller droit à l’âme.
« Les jours n’avaient plus d’ombre.
Juin semblait infini
Et, dans les prés sans nombre,
Au loin, tout retardait la nuit.«
C’était tout simple extrait du recueil
Dans la main de Dieu
de
Maurice Carême
Géraldine Andrée
Je rêve
qu’une main
sème
sur mon chemin
des feuilles
où s’allument
des arcs-en-ciel.
Et je me demande :
– Mais de quel arbre
viennent-elles ?
C’est alors qu’une voix
s’exclame
dans la chambre
de mon âme :
-De toi-même !
Ce sont les feuilles
de tes poèmes
que ta plume
irise
entre tes larmes.
Géraldine Andrée
Pour écrire un poème,
entre
dans le silence
de la danse
qu’il t’accorde.
Enjambe
une ligne
jusqu’à l’espace
qui s’offre
à tes pieds.
Suis
son corps
qui se cambre
par instants
sur la page.
Apprends
à te déhancher
à ton tour
sous la lumière
du jour.
Pour écrire un poème,
sois toi-même
Poème
en étant le cavalier
de la Vie.
Géraldine Andrée
Note le poème dès qu’il te vient.
Ne remets pas l’écriture au lendemain
car qui sait si demain,
tu seras encore là ?
Mais en dehors de ce drame
mais imprévisible,
attendre un jour prochain
pour écrire ton poème
affaiblit la flamme,
émousse l’enthousiasme,
éloigne ton âme
des mots qui t’attendent
pour quelques instants
seulement.
Alors, prends n’importe
quelle feuille
– de papier, de chêne-
et griffonne
ton poème.
Tu te préoccuperas plus tard
de l’ordre possible
des vers et des rimes.
Mais ne détourne pas les yeux
quand le poème te fait signe.
Aurais-tu l’idée si, par pur hasard,
un oiseau se posait sur ta main,
de lui dire avec un sourire
qui te montrerait combien
tu te résignes :
« Reviens » ?
Géraldine Andrée
Si j’attends que la vie m’apporte l’inspiration, je n’écrirai jamais.
Alors, j’écris pour que la vie m’inspire,
comme si je semais des graines
pour que les oiseaux viennent.
Géraldine Andrée

La gratitude
à mon retour
d’écrire
sous le point
d’or
du jour
après
avoir traversé
la nuit
de fête
tiède
et bleue
Toutes
ces étoiles
pour mes seuls
yeux
Géraldine Andrée
Elle s’est cherchée
dans l’identité
de tant d’héroïnes inventées
qu’elle faisait vivre à sa place…
jusqu’à ce qu’elle découvre au cours
de l’aventure de l’aube
que son seul vrai visage
se mirait dans le blanc apaisant
de la page
de son journal…
Géraldine Andrée
J’entrelace
les branchettes
de mes lettres
de feuille
en feuille
Voilà
J’ai tressé
un nid
profond
pour mon âme
Géraldine Andrée