Publié dans Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

L’aile de papier

Je t’ai trop longtemps retenu captif dans ma mémoire,
toi qui me murmures au cœur de la nuit :
« Je veux être libre. »

Alors, sous la lampe qui m’éclaire juste avant l’aube,
je détache une feuille
de mon cahier de souvenirs

et à la pointe de ma plume qui écrit
ton nom et ce seul mot, Adieu,
crépite l’aile de papier.

Tu t’es envolé.

In memoriam, nuit du 11 au 12 novembre 2018

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Cahier du matin, Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Journal de la lumière, Journal de ma résilience, Journal de mon jardin, L'alphabet de l'herbe, Le cahier Blueday, Le cahier de la vie, Le cahier de mon âme, Le livre de vie, Le temps de l'écriture, Récit de Vie

Pourquoi tu écris ?

J’écris pour retrouver le soleil des anciennes vacances qui dansait sur le carrelage de faïence de la cuisine à Porto.

J’écris pour que ma main refasse connaissance par la pointe d’un Bic bon marché avec la légèreté de mes pieds d’enfant.

J’écris pour emprunter dans ma chambre une passerelle qui mène à l’infini.

J’écris pour pardonner à la vie ses coups bas, même si ce n’est pas facile.

J’écris pour m’émerveiller du reflet du matin dans ma cartouche d’encre, tout simplement.

J’écris pour me sentir écoutée par le bruissement du papier.

J’écris pour faire de chaque carnet un voyage et quand on me demande : « C’est pour où ? », répondre : « Vers moi-même. »

J’écris pour m’imaginer que mon souffle se répand dans les feuillages du jardin disparu.

J’écris pour célébrer la compagnie de la solitude.

J’écris pour puiser la force de continuer ce livre chaque jour.

J’écris pour conclure chaque page de mon journal par cette fidèle phrase : « Il ne te reste qu’à te mettre à l’ouvrage. »

J’écris pour semer des mots quand je me suis égarée sur des chemins que d’autres ont tracés pour moi – Petite Poucette qui ne renonce pas.

J’écris pour ne plus avoir à me justifier par la suite, car je préfère laisser de la place aux corolles futures.

J’écris pour rien ; j’écris sur rien. Et si l’on me dit que c’est ridicule, j’écris pour accorder de l’importance à un pépin de pomme.

J’écris pour que, dans mon histoire à moi, au moins, ce petit pépin tout brun donne un pommier qui va grandir au fil de ma vie.

Géraldine Andrée


Photo de Tom Swinnen
Publié dans C'est ma vie !, Le livre de vie, Récit de Vie, Toute petite je

L’enfant de papier

Je détestais mes livres de mathématiques, d’histoire-géographie, de sciences physiques.
Mais j’adorais d’autres livres, des romans.
Je me souviens d’avoir lu tous les livres de la Bibliothèque verte que j’empruntais sous la lumière jaune pâle de la bibliothèque municipale. Je rentrais le soir avec un livre dont les pages un peu rousses fleuraient bon la vieille encre d’imprimerie.
Le lendemain, malgré le froid et le temps qui tournait à la pluie, à l’écart de la cour de récréation, je m’asseyais sur une marche en béton et je commençais mon livre avec délectation. Mon héros ou mon héroïne me faisait signe et je partais en voyage dans une autre vie.
Les cris de la cour parvenaient à mes oreilles comme d’une rive lointaine. On ne me regardait plus. Enfin, j’étais absente.
Je ne supportais pas mes camarades de classe. Je les trouvais méchantes et arrogantes. Et elles me jugeaient étrange, voire « anormale ». Mais je m’étais fait d’autres amis dont je comprenais les sentiments et les aventures, dont les épreuves se mêlaient aux miennes. C’étaient souvent des enfants mal aimés. Et il me semblait qu’eux aussi savaient qui j’étais. Au détour d’une ligne, on se rencontrait, on se reconnaissait. Chaque page devenait un carrefour où le destin organisait nos rencontres d’âme.
Plus personne ne me faisait la morale ou ne prétendait avoir raison. Et des orphelins comme Rémi, Cosette, Heidi devenaient ma famille. Tous nous étions en chemin.
Dans ces romans, je me sentais vivante.
Je me souviens avoir acquis bien plus de connaissances lors de ces récréations consacrées à la lecture que dans les livres de mathématiques, d’histoire-géographie, de sciences physiques.
Je faisais l’expérience de ma vérité à travers le regard d’un enfant de papier.

Géraldine Andrée

Extrait de mon récit de vie
La Dernière

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Le cahier de la vie, Le journal des confins

Regarde la page

Ne te laisse pas intimider par la page dont la blancheur te fait douter de ton inspiration.
Ne te laisse pas enfermer par son cadre illusoire. Je sais, on t’a habitué à ne pas franchir les lignes, à ne pas déborder de la marge, à écrire comme on avance, c’est-à-dire droit.

Et pourtant, si je te disais que la page est un vaste endroit où tu peux prendre toute ta place ?

Si je te disais que la page est un océan dont les vagues, en ondulant, en ondoyant te mènent vers toi-même ?

Regarde la page. Elle est ton miroir, non pas un miroir où tu te juges avec sévérité, où tu ne repères que tes défauts, mais un miroir qui te permet de te rapprocher de toi, de te regarder dans les yeux pour y voir se révéler tes rêves.

Considère la page comme la possibilité d’un voyage où il n’existe
nul sens unique.

Commence par un mot – un seul – n’importe où, à droite, à gauche. en bas, en haut.

Réinvente tes points cardinaux. Écris au Sud, écris à l’Est.

Écris avec confiance ce que tu éprouves, ce que tu penses, qui tu es.

Imagine que ta plume signe chaque battement d’ailes d’un oiseau.

Sois, grâce à la page, ce grand espace où tu contemples ton passage.

Géraldine Andrée

Publié dans Le cahier de mon âme, Le journal de mes autres vies, musique, Poésie, Poésie-thérapie

Le long week-end

J’aimerais que ma vie soit un long week-end.
J’approcherais mon visage de la flamme
après m’être baignée dans mon âme

puis je baptiserais d’un poème
chaque goutte d’eau
qui constellerait ma peau.

Un rire dans son éclat
m’emporterait vers une existence
où l’on ne meurt pas.

Et au moment de m’endormir
au creux de l’enfance,
un rêve accrocherait des ailes

à mon dos
pour que la joie qui se termine
recommence aussitôt.

Le temps, alors,
serait largement ouvert
comme un bras de mer

qui me bercerait
sans que sa force ne m’étreigne…
J’aimerais que ma vie soit un long week-end.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Journal de la lumière, Poésie-thérapie, Récit de Vie

Un jour j’ai eu envie de partir loin

Un jour j’ai eu envie de partir loin
Mais je n’avais pas assez d’argent pour acheter un billet longue destination
Alors j’ai ouvert mon cahier brun
Qui était à portée de main

Mot après mot j’ai fait mon voyage
J’ai tracé mon chemin
J’ai franchi la ligne qui me séparait
De ma liberté de ma vérité de ma beauté

J’ai trouvé mon élan
J’ai déployé mes ailes dans le blanc
J’ai créé mon horizon
Et j’ai rencontré un pays si secret

Qu’il ne figure sur aucune carte du monde
Pas même un point ne le désigne
Seul un poème peut le rejoindre
Parce qu’il porte mon prénom

Géraldine