Publié dans Journal de mon jardin, L'alphabet de l'herbe, Poésie

Quelques pas encore

L’aile
de l’ultime
rayon de soleil

s’envole
loin
de mon épaule

Je me penche
dans l’ombre
du sentier

pour récolter
peut-être
deux ou trois

graines
de ton rire
prêtes

à fleurir
au bord
de ma mémoire

mais il n’y a guère
que les frêles
points

de suspension
qu’une première
luciole

allume
après le souvenir
de tes paroles

Je reviendrai
à la belle saison
En attendant

je fais encore
quelques pas
jusqu’à la grille

que je referme
sur mon cœur
tranquille

Géraldine Andrée

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Tous ces poèmes

Je songe
à tous ces poèmes
auxquels j’ai donné
naissance,

que j’ai contemplés
en silence
jusqu’à ce que j’entende
leur frêle souffle

dans la chambre
profonde
de ma mémoire,
ces poèmes

que j’ai bercés
en secret
sur les langes
de la page

et que j’ai nourris
avec le lait
noir
de mon encre,

ces poèmes
que j’aimé
faire grandir
d’aube en aube

et dont j’ai désiré
ardemment
qu’ils existent
bien avant

qu’ils ne soient mis
au monde
aux yeux
des autres,

ces poèmes
dont je suis certaine
qu’ils ont trouvé
mon nom

pour vivre,
peut-être,
mais surtout
pour me rendre

vivante
dans le seul fait
parfait
en lui-même

qui consiste
finalement
à leur donner
naissance

dans la nuit
sans que jaillisse
l’étoile
de leur cri.

Géraldine Andrée

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Nuit bleue

C’est une nuit bleue, celle du solstice de juin.
Une nuit intensément claire mais éphémère, constellée par les lueurs de la zone industrielle, si nombreuses qu’il me semble que le ciel étoilé a glissé devant la fenêtre.
J’aurai bientôt dix-sept ans. J’entends encore en souvenir, dans le silence enveloppant la chambre de mes parents, la chanson Bella Vita de David et Jonathan qui est passée à la radio pendant le dîner, sur le transistor d’argent.
Je regarde longuement la nuit bleue, traversée de reflets rouges à cause des ultimes forges de De Wendel qui brûlent au loin, vers Hayange. Et je me demande qui lira mes premiers poèmes, qui les aimera, qui m’aimera, qui posera ses mains sur mes pages comme si c’était ma peau.
Quel amant de ce que j’écris et que je ne connais pas ? Quel amoureux de ma vie ?

Géraldine Andrée

Et je me demande qui lira mes poèmes, qui les aimera, qui m’aimera… Quel amoureux de ma vie ?
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L’écriture est lecture

Je me réveille parfois
avec cette voix qui nie tout :
-Pourquoi écrire ?
Personne ne te lit de toute façon !

Et l’idée me traverse
d’abandonner
mon carnet de vérités
pour vivre, uniquement vivre.

C’est alors que j’entends
l’herbe me murmurer :
-Mais qui dira mon mouvement
sous le vent ?

Et la lumière d’ajouter :
-Qui saura que j’ai réuni
les pays et les temps,
si tu oublies mon journal ?

Même la chatte feue
de mon enfance
me dit du haut
de son silence :

-Mes yeux font confiance
en tes souvenirs
pour transmettre
leurs étoiles !

Alors, je reprends
mon carnet quotidien
pour noter ce que j’ai lu
sur le chemin de l’herbe,

dans les lettres de la lumière
au bord de la fenêtre
et dans la constellation du regard
de la chatte défunte.

J’écris pour faire lecture
de toutes les aventures
palpitantes
que tout ce qui a été créé

originellement
sans langage
– l’herbe, la lumière, la chatte –
raconte

au monde.

Géraldine Andrée

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La barque du poème

Le poème

est une barque

qui attend

entre les feuilles

que quelqu’un

veuille

la détacher

de ce qui la relie

au trop connu

et s’en aille

à son bord

jusqu’au point

du tout

premier jour

Géraldine Andrée

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Des feuilles pour ailes

Toute petite, je voulais prendre mon envol
loin de l’école,
loin de son âcre odeur de colle,
de ses feutres aux traits épais,
de ses mauvaises notes,
de ses rondes où je n’entrais jamais ;
laisser accroché au clou rouillé
le sac jauni de mon goûter
et rendre à la maîtresse
mes fragments de papier déchirés.
Toute petite, je rêvais
de nager dans la lumière
en me retournant de temps en temps
sur le dos.
Mais je n’avais pas d’ailes
pour faire mon voyage.
Alors, je m’évadais
en regardant trembler le feuillage
du seul arbre de la cour
près de la fenêtre
et j’enviais l’oiseau
envoyé par le jour
qui se posait sur une branche,
avant de reprendre sa course
dans le ciel.

Une clé m’a délivrée,
celle de l’alphabet,
quand je compris qu’il composait
les mots
d’une formule secrète
qui m’aiderait à passer à travers
la porte.
J’ai commencé à écrire
– maladroitement certes –
des poésies vacillantes,
frémissantes cependant,
avec un crayon de couleur verte
et c’est ainsi qu’à ma manière,
je suis devenue cet oiseau
que je rêvais d’être.
J’avais pris pour ailes
les feuilles
de mon cahier ouvert
qui, tout au long de mon adolescence,
a traversé l’immense silence
pour me déposer
sur l’île dorée d’une lampe
où je pouvais tracer,
en concertation
avec moi seule,
l’itinéraire
d’autres vols
qui dureraient bien
une vie entière.

Géraldine Andrée

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Sans titre

Tristesse de ne pas revoir aujourd’hui au Livre sur La Place Jeannine Burny, la compagne poétique de Maurice Carême et la fondatrice de La Fondation Maurice Carême.

En deux-mille-dix, elle m’avait montré dans un vers, parmi les bruits et les remous de la foule, le sentier calme, vert et vif d’un poème.

Les mots y étaient si simples, si peu nombreux et si vrais que ce sentier avait été tracé par le Poète pour aller droit à l’âme.

« Les jours n’avaient plus d’ombre.
Juin semblait infini
Et, dans les prés sans nombre,
Au loin, tout retardait la nuit.
« 

C’était tout simple extrait du recueil
Dans la main de Dieu

de

Maurice Carême

Géraldine Andrée

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Les feuilles arc-en-ciel

Je rêve
qu’une main
sème
sur mon chemin

des feuilles
où s’allument
des arcs-en-ciel.
Et je me demande :

– Mais de quel arbre
viennent-elles ?
C’est alors qu’une voix
s’exclame

dans la chambre
de mon âme :
-De toi-même !
Ce sont les feuilles

de tes poèmes
que ta plume
irise
entre tes larmes.

Géraldine Andrée

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Comment écrire un poème ?

Pour écrire un poème,
entre
dans le silence
de la danse
qu’il t’accorde.

Enjambe
une ligne
jusqu’à l’espace
qui s’offre
à tes pieds.

Suis
son corps
qui se cambre
par instants
sur la page.

Apprends
à te déhancher
à ton tour
sous la lumière
du jour.

Pour écrire un poème,
sois toi-même
Poème
en étant le cavalier
de la Vie.

Géraldine Andrée

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Note le poème dès qu’il te vient

Note le poème dès qu’il te vient.

Ne remets pas l’écriture au lendemain

car qui sait si demain,

tu seras encore là ?

Mais en dehors de ce drame

certes improbable,

mais imprévisible,

attendre un jour prochain

pour écrire ton poème

affaiblit la flamme,

émousse l’enthousiasme,

éloigne ton âme

des mots qui t’attendent

pour quelques instants

seulement.

Alors, prends n’importe

quelle feuille

– de papier, de chêne-

et griffonne

ton poème.

Tu te préoccuperas plus tard

de l’ordre possible

des vers et des rimes.

Mais ne détourne pas les yeux

quand le poème te fait signe.

Aurais-tu l’idée si, par pur hasard,

un oiseau se posait sur ta main,

de lui dire avec un sourire

qui te montrerait combien

tu te résignes :

« Reviens » ?

Géraldine Andrée