Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, Cahier du matin, Collections de l'esprit, Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Histoire d'écriture, Le cahier Blueday, Le journal des confins, Le livre de vie, Le temps de l'écriture, Poésie-thérapie

Choisis ton nouveau cahier

Le cahier des commencements

Voici venu le temps de tous les commencements !

Et, comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, offre-toi en cette nouvelle année un nouveau cahier.

J’ai déjà expliqué comment la fin d’un cahier est une célébration :

Je vais te montrer aujourd’hui qu’ouvrir un autre cahier est également une fête.

Pour cela, il m’importe de t’aider dans tes critères de choix en jouant avec un peu d’espièglerie sur certaines contradictions, afin que tu puisses adopter en toute conscience le cahier qui te correspond.

  • Tu peux te choisir un beau cahier. Le visualises-tu déjà ? C’est un cahier à la couverture brillante, colorée, satinée. Sa reliure est dorée ou argentée ; son papier est dentelé ou parcheminé. L’avantage ? Il te semblera entrer dans un palais à chaque séance d’écriture. L’inconvénient est que tu n’oseras peut-être pas t’y livrer totalement, par peur de le salir. Par conséquent, tu seras susceptible de t’en sentir indigne : « Ce sublime cahier est-il destiné à accueillir mes plus basses doléances ? Quel dommage ! Quel gâchis ! » Dans ce cas, je te conseille de lui attribuer la haute fonction de cahier de gratitudes – exercice qui consiste à dresser une liste quotidienne de louanges à la Vie. Ainsi, tu ne te tourmenteras plus car tu retranscriras en beauté la récolte merveilleuse que t’adresse l’Univers. Et puis, comme ce serait également un gâchis de ne pas confier tes états d’âme à ton nouveau cahier, tu peux utiliser pour ton journal intime un cahier un peu plus simple, à la couverture d’écolier. Tu te sentiras libre de t’y épancher, d’y verser sans aucune inhibition tes larmes ou ton fiel, d’y écrire alors que ta main tremble d’émotion, d’y raturer autant de fois que tu le juges nécessaire : « Non ! Ce n’est pas ce mot qui me définit précisément… Je voulais te dire que… » Ce cahier relatera ton humanité, riche de toutes tes qualités et de tous tes défauts, de toutes tes ressources et de tous tes manques – signes de ta résilience.
  • Quelles sensations souhaites-tu expérimenter en écrivant ? Tu veux connaître une indicible légèreté ? Voici des feuillets légers comme des ailes d’oiseau ou des feuilles frémissantes à l’aube. Le papier est si fin qu’il miroite, tel le murmure de l’herbe au passage de la brise… Mais si tu éprouves le besoin de t’enraciner, de donner de l’épaisseur à ta voix, de l’existence à ce que tu ne parviens pas encore à nommer, des contours fermes à ton pays intérieur, élis un cahier aux pages épaisses et solides qui ne se déchireront pas au moindre mouvement de la main et de l’âme.
  • Tu souhaites suivre avec confiance la ligne déjà tracée de ta destinée sans t’interroger sur la manière avec laquelle tu avances ? Décide-toi, dans ce cas, pour un cahier au papier ligné. Tu n’auras qu’à te laisser porter par le rythme de ta calligraphie et le flow de tes pensées. Mais je t’entends déjà me rétorquer que tu préfères tracer toi-même la ligne de ton histoire, en toute liberté… Après tout, c’est de ta trace dont il s’agit ! Ce n’est pas rien ! Alors, n’hésite pas à accorder ta confiance à des pages complètement blanches. Et je te promets que tu seras émerveillé par ce paysage de neige, cette terre vierge qui s’étend devant toi – sans marge, sans frontière, sans le moindre pointillé d’une lisière. Enfant, je m’amusais à deviner ce que cachait un paysage enneigé – quel caillou coloré, quelle future pervenche, quelle brindille qui scintille pour le prochain printemps ? Redeviens, toi aussi, cet enfant. Imagine ce qui s’apprête à apparaître dans tout ce blanc : Quelle fleur d’émotion ? Quelle pousse de joie ? Quelle graine de patience ? Quelle empreinte de ce que tu seras bientôt ?
  • Une page, ça se tourne… Veux-tu avoir conscience des caps que tu franchis en l’entendant crépiter ? Veux-tu percevoir à la fois l’élan et le bruit que produit le fait d’emprunter un virage ? Opte pour le cahier à spirale ! Mais tu as le droit de me dire : Non ! Mon rêve est de passer d’une rive à l’autre sans avoir l’impression que je quitte le lit de l’eau. J’arrive de l’autre côté du silence… À peine ai-je senti ce souffle qui me déplaçait… C’est le cahier relié qui te convient ! Il te fera passer de terre en terre sans un adieu.
  • Enfin, l’ultime question : carnet ou cahier ? Le carnet est l’ami de tous les voyages. Il se glisse dans le sac. Il a le poids d’une fleur dont la corolle est capable de s’ouvrir pleinement dans la rame très fréquentée d’un tram ou d’un métro. Il est celui qui t’attend patiemment sur la table d’un bistrot, pendant que tu commandes ton capuccino. Le cahier, lui, plus large, sera l’île sur laquelle tu te reposeras et reprendras toute ta place, quand s’allumera la lampe du soir. Ce sera le cahier de la maison et des retrouvailles avec ton foyer intérieur.

Tu n’arrives pas à te décider ? Essaies-en plusieurs ! Fais de la quête de ton nouveau cahier une promenade que tu raconteras sur la première page. Et quel que soit ton choix, il sera indiscutable !

Pourquoi ?

Parce qu’il est important que tu choisisses le cahier qui réponde à tes vraies envies.
Ensuite, je t’en prie, ne tarde pas !
Écris qui tu es !
Sois ce que tu écris,
en toute authenticité,
car tu es en vie
aujourd’hui !

Géraldine Andrée

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Le livre idéal

Je veux lire le livre idéal,

c’est-à-dire

celui qui correspond depuis toujours à mon âme, celui qui évoquera l’éclosion du poème de chaque jour en moi et qui me fera la louange de la couleur des heures de ma vie.

Je déambule dans les couloirs des bibliothèques où tout murmure est interdit. J’entre dans les librairies des ruelles secrètes. J’explore le silence dans lequel j’entends le fin crépitement d’une reliure qui se décolle de la reliure voisine. Et il me semble être l’impuissant témoin de la mèche d’une bougie qui se brise avant que sa flamme n’ait pris naissance. Mon pas me mène jusqu’au cœur du quartier historique, où luit par intermittence l’enseigne d’un bouquiniste. Je pars en quête de mon trésor dans l’ombre épaisse qui recouvre les ors des vieux ouvrages laissés là, tout au bord du monde…

Pas la moindre étoile d’un mot n’éclaire tous ces titres qui me regardent.

En vain, je cherche dans leur couverture noire mon visage.

Il n’existe pas, hélas, ce miroir…

Mais je refuse de céder au désespoir.

De retour chez moi, je décommande le dîner avec l’amant

puis j’allume la petite lampe du soir,

et sur le cahier blanc

qui bruit comme une île au vent,

je commence à écrire la première phrase de mon livre idéal,

ce livre qui – je le sais,

en traçant patiemment les grandes lignes de la destinée de mon histoire –

me ressemblera trait pour trait.

Géraldine Andrée

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Sujets d’écriture

Écris sur

  • La chambre à jamais perdue, et les rêves que tu y as faits, les rêves enfuis dans la nuit d’un autre temps, reconstitue-les comme un puzzle coloré
  • Les yeux émeraude de la chatte feue qui réapparaît au bout du sentier
  • L’histoire d’amour de tes vingt ans qui t’a tant meurtrie
  • Ton père lisant le journal dans la lumière du matin
  • La robe à volants de tes dix-sept ans, accrochée dans l’ombre de l’armoire que tu ne peux pas ouvrir pour l’instant
  • L’oiseau qui s’est cogné contre la vitre, la confondant avec le ciel
  • Les taches d’encre sur le buvard blanc, corolles d’avant les mots
  • Ta conscience qui est sans doute la même que celle tu avais quand, âgée de cinq ans, tu marchais dans le couloir de l’appartement rue Sigoyer, les yeux scellés par une conjonctivite
  • Tes boucles d’oreilles d’étudiante qui tintaient lorsque tu tournais la tête pour suivre le trajet de ton professeur préféré dans les allées de l’Amphi
  • La nappe à carreaux rouges sur laquelle est né ton premier poème
  • La fontaine de Damas à qui tu as fait la promesse de revenir, un soir d’avril, mais tu n’as pas pu. Pourtant, tu as promis. Alors, ce sera pour une autre vie. Tu reviendras au monde uniquement pour cela : tenir ton serment envers le murmure de la fontaine de Damas dans le bleu du soir
  • L’orage qui frappe pendant que tu es réfugiée sur l’île de la peau de l’amant
  • Ton foulard qui fleure bon le parfum que t’a offert une amie à jamais partie
  • Les quais de la gare gris de givre à l’aube et, les yeux cernés par l’insomnie, tu te demandes comment tu vas supporter cette journée qui commence si tôt
  • La clarté des crépuscules de Florence
  • Les livres que tu reliais toi-même quand tu avais dix ans ; les branchettes dont tu te servais pour joindre les feuilles de tes poèmes ; il te semblait, alors, que tu étais l’éditrice de la poésie de ta vie
  • Sur le siège de devant dans le bus, la nuque de l’inconnu que tu aurais aimé embrasser
  • Le tout premier matin à Majorque et les bretelles du maillot de bain que tu fais claquer contre tes épaules avant de rejoindre la vague initiale
  • Le visage endormi de ta grand-mère sous la lampe de ta mémoire
  • L’écriture inachevée tant que tu vis

Va à la ligne
reprends ton souffle
et continue
je t’en prie

tu n’auras terminé
ton ouvrage
que lorsque tu auras été absorbée par la page
laissant pour le regard

invisible
de ton prochain
l’ultime
signe

Géraldine Andrée

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Sans titre

Tristesse de ne pas revoir aujourd’hui au Livre sur La Place Jeannine Burny, la compagne poétique de Maurice Carême et la fondatrice de La Fondation Maurice Carême.

En deux-mille-dix, elle m’avait montré dans un vers, parmi les bruits et les remous de la foule, le sentier calme, vert et vif d’un poème.

Les mots y étaient si simples, si peu nombreux et si vrais que ce sentier avait été tracé par le Poète pour aller droit à l’âme.

« Les jours n’avaient plus d’ombre.
Juin semblait infini
Et, dans les prés sans nombre,
Au loin, tout retardait la nuit.
« 

C’était tout simple extrait du recueil
Dans la main de Dieu

de

Maurice Carême

Géraldine Andrée

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Les feuilles arc-en-ciel

Je rêve
qu’une main
sème
sur mon chemin

des feuilles
où s’allument
des arcs-en-ciel.
Et je me demande :

– Mais de quel arbre
viennent-elles ?
C’est alors qu’une voix
s’exclame

dans la chambre
de mon âme :
-De toi-même !
Ce sont les feuilles

de tes poèmes
que ta plume
irise
entre tes larmes.

Géraldine Andrée

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Écrire en enfance 3 : Goûts et couleurs

Géraldine Andrée

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La Vierge à l’Enfant

Je songe à la maison de mon enfance, réduite à des éboulis.

Je songe à la chambre où vivaient mes rêves de fillette, au platane flamboyant près de ma fenêtre, aux tuiles couvertes de mousse, au banc de rotin vert sur lequel dormait la chatte blanche, aux frêles grappes qui pendaient de la vigne – tout cela détruit à coups de pelleteuse pour agrandir la superficie d’un supermarché.

Quelques jours avant de quitter définitivement la maison déjà vendue au grand PDG, mes parents ont fait le tour des pièces – toutes vides. Leurs pas résonnaient dans le silence de cet espace sacrifié.

Mais lorsqu’ils sont entrés dans ma chambre, ils ont par hasard levé les yeux au-dessus de la porte. Y était encore accroché le petit tableau de la Vierge à l’Enfant qu’ils avaient bien failli oublier. C’était un tableau tout doré. La Vierge, revêtue d’une robe orange brillante, tenait sur ses genoux son enfant nu, aux yeux écarquillés.

Je la regardais avant de m’endormir. Je me souviens de l’avoir fréquemment priée pour obtenir de bonnes notes à l’école, la seule chose vraiment importante pour que je sois acceptée par ma famille à cette époque.

Plus tard, alors que je devenais une adolescente, j’ai regardé la Vierge à l’Enfant autrement. Je me demandais si cette femme lumineuse, assise dans le tableau et souriante en tenant son enfant potelé entre ses bras, savait ce qu’était le sang du mois, les maux de ventre et la corolle douloureuse des seins à fleur de vêtement.

Je n’ai jamais eu de réponse. Mais je me suis sentie devenir une femme comme elle au fil du temps.

J’étais déjà partie bien loin lorsque la maison a été vendue pour disparaître avec son jardin, remplacée par un immense parking. À vrai dire, je dépérissais pour une peine de cœur et je n’avais plus ce cadre doré en mémoire. Je doutais fortement d’avoir un enfant de cette histoire d’amour et je m’en désolais.

Mais j’ai été bien contente d’apprendre, au cours d’une conversation, que mes parents avaient sauvé la Vierge à l’Enfant par pure coïncidence.

J’y ai perçu le signe qu’il fallait que je continue à vivre et surtout que je commence à nourrir la femme indépendante qui trépignait en moi.

Cette année-là, je suis revenue à mon journal que j’ai posé sur mon cœur comme un enfant et qui m’a conseillé de « laisser tomber cet homme ».

Mes parents ont accroché la Vierge à l’Enfant dans leur nouvelle chambre, au-dessus d’une autre porte et derrière le cadre, ils ont épinglé une tige de buis qui symbolise l’éternité au-delà de tout ce qui peut être détruit.

Géraldine Andrée

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Écrire en enfance 2 : Écoutez votre enfant intérieur

Photo de Pixabay
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Sa plume au cœur de l’été

Avec sa plume, elle retourne au cœur de l’été de ses dix ans, dans la maison de vacances de sa grand-mère où la brise se répond à elle-même par chaque fenêtre ouverte, où brille l’herbe sous le soleil d’août, constellée de lueurs vertes.

La maison de l’enfance fleure bon la confiture chaude de reines-claudes.

Le ventre rempli de fruits, un peu alourdie par sa gourmandise, elle joue près de la remise à la marelle dont elle a tracé les traits de craie blanche sur la pierre grise.

Elle sautille ainsi de case en case, depuis la terre jusqu’au ciel, c’est-à-dire jusqu’à la tache d’ombre dans laquelle se love la chatte qui parfois tressaille, traversée par un rêve – sans doute est-ce la rencontre d’un chat d’un autre pelage…

Puis elle répond à l’appel de sa grand-mère qui se pose, telle une aile chatouilleuse sur son oreille :

-Viens, ma petite ! C’est l’heure !

-Oui ! J’arrive !

Et elle se retrouve à vivre dans l’été de ses cinquante ans. Elle se sent alourdie par la vie qui lui a bien souvent offert des fruits verts. Elle a perdu l’insouciance qui l’incitait à sauter dans des cases blanches depuis cette terre dont elle a pensé, à plusieurs reprises, être étrangère.

Mais elle possède la maturité nécessaire de jouer à une autre marelle – celle d’un poème évoquant sa vie et qu’elle écrit dans son cahier gris par une chaude après-midi de dimanche d’août.

Elle saute lentement, de carreau en carreau. Les enjambements remplacent son cloche-pied de petite fille entre les numéros, désormais devenus des mots.

Et elle sait qu’elle a atteint le ciel lorsqu’avec la pointe de sa plume Major,
elle est arrivée jusqu’à son cœur.

Géraldine Andrée

Photo de Legend Vibe
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Les conversations de mon journal

Dans mon journal, on trouve de vives conversations. Et de quoi y parle-t-on ?

  • On lit, on argumente, on développe, on prend bien note… Puis on résume
  • On approuve et on réfute
  • On concède et on conteste
  • On admet et on pardonne
  • Mais on n’oublie pas
  • On illustre ses sentiments par des exemples concrets
  • On fait une envolée lyrique
  • Puis on évoque un détail bien prosaïque
  • On se souvient et on efface
  • On avoue mais on ment aussi
  • On explore et on revient
  • On verse des larmes et en chacune d’elles on allume l’éclat d’un rire
  • On généralise et on nuance
  • On se questionne et on obtient une réponse toute relative
  • On doute et on affirme
  • On jette un cri par-dessus bord, c’est-à-dire par-dessus le bord de la page
  • Et on accepte que le silence s’ensuive
  • On raisonne
  • On fait résonner la note unique de son âme sur l’étendue encore blanche
  • On cherche la vérité pour vivre

Et on trouve finalement sa vérité, celle qui aide à vivre.

Voilà comment on converse dans mon journal.

Et dans le vôtre, de quoi y parle-t-on ? Faites la liste de toutes vos conversations. Ce sera un excellent sujet de journal !

Géraldine Andrée