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Là où l’écriture t’emmène

L’écriture vogue

Quand tu t’assois devant ton cahier, tu ne sais jamais où l’écriture peut te mener. Celle-ci possède son propre sens qui est à la fois la signification et la direction.

Tu peux avoir pour projet d’écrire sur ton projet d’avenir et te retrouver à évoquer, par exemple, le chaton tigré de ton enfance ou le bouquet de lys frais que tu rapportais de ta promenade dans le jardin d’autrefois, aujourd’hui disparu.

L’écriture est alors une barque qui, sans les rames, suit la volonté du courant ou un oiseau qui se repose, ailes ouvertes, pendant quelques instants, en s’abandonnant avec foi aux desseins du vent.

Comme je l’ai déjà expliqué dans mon billet Suivre le flow de l’écriture, écrire consiste avant tout à se fier au flux mystérieux qui traverse l’écrivain. Je suis certaine que ce n’est pas nous qui tenons la plume mais que c’est la plume qui nous porte vers un ailleurs que l’on découvre ici et maintenant.

Ce que l’on décide d’écrire se métamorphose en visions inattendues, en réminiscences fulgurantes, en souvenirs soudains. Et l’on se surprend à s’exclamer :

-Tiens ! Je ne savais pas que tout cela était caché en moi !

Les secrets se révèlent. Le refoulé se dévoile. L’obscurité du cœur s’éclaire et les nœuds de la psyché se dénouent.

Si tu ne crains pas de te laisser guider par ta plume, l’occasion te sera offerte d’aller à la rencontre de vieux trésors intérieurs apparemment oubliés, de coffres qui n’attendaient que toi pour s’ouvrir et te montrer leurs bijoux étincelants – tous ces jours de ta vie qui font que tu es l’auteur, c’est-à-dire le navigateur confiant de ton existence.

Qui sait vers quelles embouchures tu peux glisser, quels affluents tu peux suivre – et ce, jusqu’à quel océan ? Quel infini ?

Renonce à tes velléités quand tu pars à l’aventure sur la page car ta plume sait parfaitement ce qu’elle fait. Elle a ton étoile de naissance pour boussole.

Relis tes anciens cahiers. Souligne avec une couleur le thème des premières lignes. Puis, avec une autre couleur, entoure toutes les digressions, c’est-à-dire tout ce qui s’écarte de ton thème initial. Enfin, avec une troisième couleur encadre les autres sujets qui affleurent la page et se précisent au fil de ton encre :

« J’aimais tellement Bobby quand il jouait avec les herbes ! Son ventre blanc qu’il me montrait au soleil du printemps me manque. »

Vois quels sont les mots qui ont réactivé le chagrin de cette perte ancienne et que tu as employés pour décrire apparemment ta situation actuelle : « Ce silence quand je rentre chez moi », « le fauteuil dans lequel je me love pour attendre Christophe »…

Ces mots seront autant de falots qui éclaireront ton itinéraire jusqu’à cette nouvelle destination que tu ne songeais pas à prendre.

Dans un autre carnet, dresse au cours de tes relectures la liste des sujets que tu ne croyais pas aborder mais sur lesquels ta plume t’a fait accoster. Ces terres t’appartiennent. Il t’est possible de les habiter à nouveau.

L’écriture n’en finit pas de nous mener vers l’écriture – comme une vague se renouvelle grâce à l’élan de son propre mouvement – car la vie est ainsi faite. Elle s’écrit en nous et notre destin consiste peut-être à en restituer uniquement la beauté de la trace.

Géraldine Andrée Muller

Écrivain privé-biographe familiale-psychobiographe

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Quelle était donc cette force ?

Quelle était donc cette force,

quand j’étais adolescente,

qui m’incitait à terminer mes récits

par une poésie,

à faire en sorte

que ma phrase

se déhanche

jusqu’à la lisière

du silence

pour revenir,

telle la vague,

encore plus chantante

vers moi ?

– C’était la vie,

mon amie,

la vie !

Géraldine Andrée

Faire en sorte que ma phrase se déhanche jusqu’à la lisière du silence.

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Tous ces poèmes

Je songe
à tous ces poèmes
auxquels j’ai donné
naissance,

que j’ai contemplés
en silence
jusqu’à ce que j’entende
leur frêle souffle

dans la chambre
profonde
de ma mémoire,
ces poèmes

que j’ai bercés
en secret
sur les langes
de la page

et que j’ai nourris
avec le lait
noir
de mon encre,

ces poèmes
que j’aimé
faire grandir
d’aube en aube

et dont j’ai désiré
ardemment
qu’ils existent
bien avant

qu’ils ne soient mis
au monde
aux yeux
des autres,

ces poèmes
dont je suis certaine
qu’ils ont trouvé
mon nom

pour vivre,
peut-être,
mais surtout
pour me rendre

vivante
dans le seul fait
parfait
en lui-même

qui consiste
finalement
à leur donner
naissance

dans la nuit
sans que jaillisse
l’étoile
de leur cri.

Géraldine Andrée

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L’écriture est lecture

Je me réveille parfois
avec cette voix qui nie tout :
-Pourquoi écrire ?
Personne ne te lit de toute façon !

Et l’idée me traverse
d’abandonner
mon carnet de vérités
pour vivre, uniquement vivre.

C’est alors que j’entends
l’herbe me murmurer :
-Mais qui dira mon mouvement
sous le vent ?

Et la lumière d’ajouter :
-Qui saura que j’ai réuni
les pays et les temps,
si tu oublies mon journal ?

Même la chatte feue
de mon enfance
me dit du haut
de son silence :

-Mes yeux font confiance
en tes souvenirs
pour transmettre
leurs étoiles !

Alors, je reprends
mon carnet quotidien
pour noter ce que j’ai lu
sur le chemin de l’herbe,

dans les lettres de la lumière
au bord de la fenêtre
et dans la constellation du regard
de la chatte défunte.

J’écris pour faire lecture
de toutes les aventures
palpitantes
que tout ce qui a été créé

originellement
sans langage
– l’herbe, la lumière, la chatte –
raconte

au monde.

Géraldine Andrée

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Écris tes peines et tes joies

Écris tes peines et tes joies, tes peurs et tes espoirs, tes renoncements et tes métamorphoses, tes étoiles et tes soleils.

Écris tout ce que tu ne comprends pas dans l’impardonnable commis.

Écris ce que tu ne peux plus changer, quoi que tu fasses.

Écris tout ce dont tu as à rougir, tes hontes et tes satisfactions aussi.

Grave dans la page le manque (d’un père, d’un amant, d’un foyer) ; écris-en un poème qui te contente au moment de son achèvement.

Écris ton chemin qui part de ce point invisible pour se fondre dans ce blanc que tu conjures par l’étincelle supplémentaire d’une goutte d’encre à laquelle tu destines le mot prochain – et pourquoi pas l’Aurore, ici et maintenant ?

Écris pour que ta feuille soit cette flamme qui t’éclaire jusqu’à demain.

Écris pour que ton cahier ressuscite dans le froissement de la page tournée ce qui n’est plus – le jardin, la maison, l’enfant, l’ami.

Écris un conte pour toi, le roi ou la reine perdu(e) dans son royaume.

Écris pour explorer ce qui se cache dans la boîte rouge à douleurs et pour en faire toute une histoire avec d’autres couleurs.

Écris pour que la Vie ait le dernier mot

Géraldine Andrée

@L’Encre au fil des jours

Peut être une image de texte
Écris pour que ta feuille soit cette flamme qui t’éclaire jusqu’à demain.
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Qu’écrire ?

Écrire pour quoi ?

Que faut-il vivre pour écrire ?

La vie doit-elle être à la hauteur de l’écriture

ou l’écriture à la hauteur de la vie ?

Qu’écrire,

sinon le bruissement

de chaque feuille

que l’on tourne,

signe du deuil

de chaque jour ?

Que chercher,

sinon le reflet de soi-même

dans le reflet de l’encre ?

Écrire sans rien attendre

de l’écriture,

aucune œuvre magistrale,

juste pour le mouvement

de la plume

vers son cœur,

parce que la vie

nous attend

ici et maintenant…

Géraldine Andrée

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Le cahier de l’indicible

C’est lorsque j’ai atteint l’adolescence que j’ai commencé à tenir un journal. Je me souviens : c’était un cahier d’école à petits carreaux et à la couverture lilas.

J’avais lu le Journal d’Anne Frank qui m’avait fortement touchée. Les douloureux secrets de cette jeune fille au sujet de la mésentente avec son entourage et le début de son amour pour Peter alors que les mesures nazies resserraient leur étau autour de l’Annexe – endroit où elle et sa famille s’étaient réfugiés – m’avaient troublée. Je pressentais que l’écriture pouvait être un remède à ce qui était tu, à ce qui était impossible à dire et que le récit que la jeune Anne faisait de sa vie était toujours à la lisière de l’indicible.

Moi-même, j’ai donc commencé un journal intime. Je me suis mise à écrire car, animée par une sourde révolte envers une famille qui ne me donnait pas le droit de m’exprimer sous peine de punition, je ne pouvais me permettre de crier. J’ai donc crié en silence sur ce cahier d’école.

Plus tard, bien plus tard, après avoir lu les travaux de Philippe Lejeune sur l’autobiographie, j’ai réalisé combien l’écriture était d’abord un dialogue caché entre soi et soi, une conversation profondément intime.

Cette révélation m’a été confirmée il n’y a pas si longtemps par les propos tenus par Amélie Nothomb, lors de son entretien dans le cadre de l’émission Conversations d’un enfant du siècle avec Frédéric Beigbeder sur Radio Classique le 02 septembre 2022 :

« L’écriture est d’abord une affaire de silence.« 

De même, en 2018, juste après le décès de mon père, j’ai découvert le Journal de silence de Marie de Solemne, journal que cette dernière a tenu après avoir vécu une expérience de mort imminente suite à un accident de cheval et dont elle relate le contenu dans l’émission Nouvelle Conscience, présentée par Olivier Vinet sur la radio Ici et Maintenant. Comme ce qu’elle avait expérimenté lors de sa désincorporation défiait les mots et n’était pas entendable par autrui, elle a transcrit pour elle-même ce silence qui la condamnait à ne pas témoigner de toutes les couleurs, formes et musiques qu’elle avait rencontrées pendant son voyage vers la Lumière.

Tous ces témoignages m’ont ramenée à mon adolescence quand, en proie à l’indicible des émotions que je devais contenir, je me jetais sur mon journal lilas. Une expression me revenait souvent :

« Ce que je vis dépasse l’entendement.« 

Et j’ai voulu alors transcrire la folie : celle à laquelle j’étais confrontée jour après jour à l’extérieur de moi et qui commençait à s’immiscer en moi, à bouleverser mes assises psychiques. Je me souviens… J’écrivais comme on arrache la page. La pointe de ma plume transperçait le papier. Je faisais de la feuille une nouvelle constellation, un ciel étoilé de taches d’encre auxquelles je donnais le nom d’une émotion : Colère, Tristesse ou encore Joie quand le temps me donnait raison. Mes lettres étaient hautes comme des flammes. La ponctuation disparaissait. Parfois, la phrase à peine commencée se fondait, inachevée, dans les carreaux suivants car une autre phrase née d’une autre vision m’assaillait. Je disloquais la syntaxe à volonté ; je trouvais des néologismes ; j’inventais un autre langage qui ne pouvait être lu et compris que par moi… Comme cela, si ce cahier était trouvé, il serait indéchiffrable… Je crois même que j’avais choisi un cahier à petits carreaux scolaires pour mieux en transgresser le cadre.

Mon écriture dépassait l’entendement. Et j’en étais fière.

Je n’ai pas gardé ce cahier. Une fois l’indicible transcrit, il s’avéra sans utilité pour l’adulte que j’allais devenir. Mais ces nombreux feuillets où l’écriture bavait de rage et d’envie m’ont appris à résister et à faire cheminer ma parole au milieu de celle des autres.

Lorsque l’indescriptible te submerge – maladie, veuvage, divorce, deuil, licenciement -, tu peux, toi aussi, tenir ton journal de l’indicible.

Je peux t’indiquer des façons de procéder nées de mes expériences d’écriture et nourries du fruit de mes lectures :

  • Choisis un cahier d’écolier tout simple. Tu n’éprouveras ainsi aucune culpabilité à le « gâcher » en le raturant, en y gribouillant, en y griffonnant.
  • Laisse aller ton stylo sans lui donner de direction. Tous les sens sont possibles. Trace des traits qui tanguent, qui tremblent, qui ondulent au rythme de tes états d’âme.
  • N’hésite pas à produire des taches pour représenter les émotions qui te submergent avant de lancer l’écriture. Puis, alors qu’elles ne sont pas encore sèches, fais-en des larmes – ou des fleurs, ou des étoiles…
  • Ne te préoccupe pas de la régularité de ton écriture. Laisse-la devenir vague. Laisse-la se délier jusqu’à devenir frêle fil qui se dissout dans l’espace de la page. Ou encore épaissis le trait. Transforme ton texte en falaise ou en montagne. Une fois que l’indicible aura relâché son emprise, tu écriras naturellement plus petit. Et qu’importe si tes mots deviennent ensuite grains de sable ! Ce sera le signe que le problème à tes propres yeux diminue en intensité.
  • Privilégie les phrases courtes, verbales ou non verbales. Elles te permettront de te confronter à toute la diversité des sentiments qui te traversent. Juxtapose en quelques verbes tes impressions : « Aujourd’hui, dimanche. Écrire, me fondre dans la nuit blanche, disparaître sur ma propre trace. Le paradoxe. Pour oublier. Peut-être. »
  • Ne te soucie pas de la ponctuation. Laisse chaque phrase se déhancher vers une autre phrase. Lâche prise et abandonne-toi au flot ininterrompu et puissant des pensées qui te traversent ; laisse-toi soulever par lui : « Soleil Cou Coupé » dixit Apollinaire.
  • Utilise des hyperboles si elles font sens pour toi, si elles te permettent de mieux cerner la charge émotive de ton expérience : « C’était horrible, terrifiant, absolu, délicieux… »
  • Ancre/encre-toi dans tes sensations. Donne la parole à la mémoire de ton corps. Fige la sensation brute sur la page. C’est ainsi que, dans leur récit, les femmes abusées évoquent souvent l’odeur de la sueur de leur agresseur ou la saccade de leur souffle. L’acuité de telle ou telle sensation va permettre au trauma de s’y condenser. Ainsi, la sensation pourra être nommée et le traumatisme, exorcisé.
  • Qualifie en sensations l’écriture elle-même. Donne de l’importance au sens qui prédomine pour toi :

-S’il s’agit de l’ouïe, est-ce que l’écriture gueule, tonne, gémit, murmure, chuchote ?
-S’il s’agit de la vue, les mots sont-ils des phosphènes, des clignotants, des scotomes, des éclairs, des lucioles, des traînées d’étoiles filantes – ou des fenêtres ouvertes dans la nuit ?
-S’il s’agit du toucher, est-ce doux, soyeux, rugueux, râpeux ? Évoque les tissus auxquels peut te faire penser l’écriture de cet indicible que tu as vécu : jute, flanelle, toile, soie…
-S’il s’agit de l’odorat, énumère les fragrances ou les puanteurs : c’était fleur d’oranger, patchouli, lait chaud, urine, latrines, herbe brûlée…
-S’il s’agit du goût, fais une liste des saveurs de l’expérience que l’écriture te met en bouche : cannelle, raisin vert, citron amer, beurre rance…
-Explore aussi les sensations de chaud, de froid et les variantes météorologiques : « Quel est donc ce mouillé qui s’infiltre dans mes os comme si j’étais un bout d’écorce oublié sur le chemin de novembre ? »
-Qualifie le mouvement de cette écriture : est-ce qu’elle jaillit, sursaute, s’entrechoque, glisse, s’insinue ?

  • Procède par des anaphores, à la manière de Rimbaud, Apollinaire et Perec : Il y a / Il y avait… Je me souviens / Je ne me souviens pas… Je crois que… La reprise de mêmes termes ou expressions t’invitera à te plonger davantage dans l’univers toujours surprenant de ton inconscient sans te soucier de la syntaxe. Des associations d’images insolites pourront alors survenir et éclairer tout ce monde pulsionnel qui demande à se faire jour.

D’autres techniques existent – davantage stylistiques. Dans Les Montagnes roses de Rose, journal intime tenu par une femme victime d’un cancer de sein et qui relate le lent processus de soin et de guérison (paru aux éditions Eyrolles), l’autrice privilégie

  • les mots-clés placés sous la date du jour dit
  • les phrases nominales
  • les sous-entendus
  • les titres, parfois dans une autre langue ou avec néologismes
  • les répétitions

« Mercredi 30 juin 2021

3,8%

« Jouer la sécurité est le choix le plus risqué que l’on puisse faire.« 
Sarah Ban Breathnach

Humeur : chimio or not chimio ?

Recherche du jour : Alain Toledano/Victor Izraël/récidives cancer du sein/avis secondaire cancer

3,8%, c’est peu.
Et c’est beaucoup trop.
Ça brûle vraiment.
Et pas que l’esprit finalement.
J’ai l’esprit en feu.
Pas métaphoriquement. »

Pour dire ce qui te hante, te tourmente, te subjugue, te fascine, n’hésite pas à procéder par ellipses, allusions ; à passer du coq-à-l’âne ; à jouer avec les sous-entendus. Il n’y a que toi seul qui te comprends. Le but de l’écriture de l’indicible est de dépasser l’entendement, c’est-à-dire de t’affranchir de la logique et des codes du réel pour t’aider à prendre conscience de ce qui s’écrit en toi inconsciemment.

En effet, comme le dit Jung,

« Ce que tu ne ramènes pas à la conscience te reviendra sous forme de destin.« 

Pour éviter que ce que tu n’as pas pu dire, énoncer, avouer ne revienne dans ta vie sous forme de pattern ou de déterminisme – autre nom pour désigner la fatalité tragique -, approche-toi des bords de l’indicible dans ton cahier.

Que ton écriture se passe de mots et devienne flot, flot d’émotions, de pensées, de rêves, de sensations, flot d’encre – ce sang bleu ou noir (ou encore d’une autre couleur, pourquoi pas ?) que tu mets en mouvement par ton propre tempo accordé enfin au rythme de ton cœur.

Pour aller plus loin :

Le Nouveau Journal créatif d’Anne-Marie Jobin : Partir à la rencontre de soi par l’écriture, le dessin et le collage, 2020, Le Livre de poche
Je vous écris d’Anny Duperey, précédé par Le Voile noir, Le Livre de poche

Géraldine Andrée
@L’Encre au fil des jours

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Quand l’enfant intérieur paraît

Géraldine Andrée

Photo de Kat Smith
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Sans titre

Tristesse de ne pas revoir aujourd’hui au Livre sur La Place Jeannine Burny, la compagne poétique de Maurice Carême et la fondatrice de La Fondation Maurice Carême.

En deux-mille-dix, elle m’avait montré dans un vers, parmi les bruits et les remous de la foule, le sentier calme, vert et vif d’un poème.

Les mots y étaient si simples, si peu nombreux et si vrais que ce sentier avait été tracé par le Poète pour aller droit à l’âme.

« Les jours n’avaient plus d’ombre.
Juin semblait infini
Et, dans les prés sans nombre,
Au loin, tout retardait la nuit.
« 

C’était tout simple extrait du recueil
Dans la main de Dieu

de

Maurice Carême

Géraldine Andrée

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Ce qu’est mon journal

Mon journal n’est pas constitué de sentiments éthérés, de quête d’amour éperdue, de grandes considérations spirituelles.

Un lecteur érudit serait bien déçu s’il s’y aventurait.

Non. Mon journal relate les miettes de biscotte qui traînent sur la table, la lettre qui se fait attendre, la poussière sur le téléviseur, la tache difficilement lavable sur la jupe, la mémoire perdue de ma mère, la chaise dans laquelle s’est assis pour la dernière fois mon père, ma soif de mots pour dire le réel.

On y trouve aussi des rêves que je fais dans d’autres dimensions mais toujours avec des mots terrestres : « les troncs serrés des arbres », « la forêt ouverte comme une échancrure de robe sur le ciel si je vais plus loin », « le ronronnement de mon sang maintenant que tu es absent pour toujours ».

On peut y lire des insultes comme des gratitudes, des colères comme des prières. Chaque mot existe. Rien n’est effacé. Le lapsus a sa place car il est le mot juste pour la part la plus secrète, la plus obscure de moi-même.

Et dans la lumière du jour, toutes mes ombres exécutent sur la page un beau ballet.

Julia Cameron, dans son best-seller The Artist’s way/ Libérez votre créativité, raconte comment, en écrivant ses pages du matin, elle sirote un café avec son ombre.

Et vous, quelles sont vos parts d’ombre ? En quoi se révèlent-elles aussi créatrices que vos parts de lumière ?

@L’Encre au fil des jours

Géraldine Andrée

Mon journal relate ma soif de mots pour dire le réel.