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Atelier d’écriture créative 2 : La maturité

Tu sais que tu as atteint
la maturité
lorsque tu as compris
que les limites
de la marge
sont faites
pour être transgressées,
dépassées,
franchies,
comme à l’époque
où tu passais par-dessus
la barrière interdite
pour te perdre
dans un champ
d’avoine sauvage
ou que tu allais bien plus loin
que la lisière
de la vague
sur la plage
pour initier
une brasse
vers le grand large.

Tu sais que tu as atteint
la maturité
lorsque tu as renoncé
à être
l’écolière
bien sage
que tout le monde aime,
pour courir après
cette petite fille
que tu fus
et qui, au terme
d’une longue
journée d’étude
poursuit
un point
follet
de lumière
sur le chemin
alerte
d’un poème,
là où personne
ne peut l’appeler
et lui dire
de se préparer
à dormir,
parce qu’elle est enfin
le seul maître
de ce vers
qui s’apprête
à sauter
une ligne
et même
à sortir
de la page…

Tu sais que tu as grandi
lorsque tu redeviens
en écriture
comme en dessin
cette fillette
à l’âme
indomptable.

Géraldine

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La petite fille

C’est un beau matin de vacances.
Sur le sentier de mon carnet,
qui vois-je soudain apparaître ?
Une petite fille qui me ressemble

trait pour trait :
l’écriture.
Elle me prend par la main
et m’emmène,

aussi légère qu’une plume :
Viens ! Allons jouer !
Ensemble,
nous sautons dans des flaques

d’encre et qu’importe
l’éclaboussure
du mot qui nous regarde
passer…

Nous enjambons une ligne interdite
pour nous ébattre
dans l’espace blanc d’une plage unique :
la page.

Nous courons vers une aile
aussi frêle qu’une majuscule
et qui virevolte
pour ne pas se laisser attraper.

L’écriture me dit en riant :
J’ai une nouvelle idée !
Vois-tu cette phrase là-bas ?
Si nous allions danser !

Et nous voici les cavalières
de cette vague
qui nous emporte
si vite

sur sa crête
que nous perdons haleine…
Temps, prête-nous
la virgule de l’un de tes instants

pour que nous puissions reprendre
notre souffle !
C’est ainsi
que nous nous approchons

de l’infini,
en dépassant les lisières
d’un rivage
bien trop connu

– notre esprit -,
et que nous pouvons enfin
nous étendre,
nous reposer,

étoiles
sur le courant,
juste avant de voguer
un peu plus loin,

moi confondue
avec Elle,
l’écriture,
ma fillette…

Nos deux rêves
mêlés
ne forment plus
qu’un point

minuscule
au large…
L’océan
nous happe,

nous fait
ondoyer,
basculer,
tournoyer,

disparaître…
En nous effaçant,
enlacées
dans notre liberté,

nous avons renversé
l’encrier
et la page
est devenue

Ciel.

Géraldine Andrée

Et vous, comment vivez-vous vos expériences d’écriture, de peinture, de composition – de création en général ? Votre créativité est-elle mouvement ou immobilité ? Contrôle ou lâcher prise ? Humilité ou grandeur ?

Vous pouvez me confier vos expériences en commentaires ! Un petit atelier d’artiste peut ainsi être créé en ligne sur ce site d’écritothérapie et nourrir des échanges fructueux pour cette nouvelle année 2024 !

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Je me détache comme une feuille

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Jouer avec la pluie

Je me souviens comment enfants

nous sortions nous amuser dans le jardin après la pluie

Nous soulevions la mousse du muret

pour pêcher des limaces des escargots

que nous posions sur la ligne de départ

marquée par une branche de coudrier

pour une course à travers la pelouse

Nous faisions la toilette de nos peluches

dans les flaques du sentier

puis nous cueillions des brins d’herbe

des pissenlits encore trempés au soleil

qui étoilaient de leurs étincelles

le cœur en osier de nos paniers

Nous nous disions alors

Voilà la salade de notre déjeuner

à la sauce aigre

-douce

Nous ne nous disions jamais avec regret

en regardant la fenêtre

Zut

Il pleut

car nous savions qu’il nous serait promis

de jouer avec quelques

gouttelettes

et nous étions heureux

Géraldine Andrée

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La voix de toujours

Une chose dans mon cœur est certaine 
Dans tous les exils que m’ont imposés la vie
le deuil la solitude l’abandon
j’ai emporté une voix avec moi
une voix dont je ne sais
si elle est réelle ou imaginaire
qu’importe puisqu’il s’agit
d’une voix profondément
amie et fidèlement alliée
une voix dont je connais la vérité
et qui me connaît par cœur
une voix qui berce ma douleur
me rassure me ranime
quand le souffle me manque
la voix de toujours
Inge l’anagramme
incomplet et cependant parfait
de Géraldine
mon autre moi-même
qui m’accompagne
où que j’aille
à n’importe quel point
le plus lointain du monde
une voix que j’emmène
comme une enfant
qui éprouve le besoin
d’éclater de rire
dans le silence de l’Antarctique
une voix qui pour me dire
Reste la même
telle que tu es
C’est ainsi que je t’aime
me dit
Écris des poèmes

Géraldine Andrée

Si vous voulez entendre Inge, elle vous parle dans mon récit autobiographique à valeur à la fois intime et universelle et récemment édité

Quand l’enfance m’a quittée.

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Nuit bleue

C’est une nuit bleue, celle du solstice de juin.
Une nuit intensément claire mais éphémère, constellée par les lueurs de la zone industrielle, si nombreuses qu’il me semble que le ciel étoilé a glissé devant la fenêtre.
J’aurai bientôt dix-sept ans. J’entends encore en souvenir, dans le silence enveloppant la chambre de mes parents, la chanson Bella Vita de David et Jonathan qui est passée à la radio pendant le dîner, sur le transistor d’argent.
Je regarde longuement la nuit bleue, traversée de reflets rouges à cause des ultimes forges de De Wendel qui brûlent au loin, vers Hayange. Et je me demande qui lira mes premiers poèmes, qui les aimera, qui m’aimera, qui posera ses mains sur mes pages comme si c’était ma peau.
Quel amant de ce que j’écris et que je ne connais pas ? Quel amoureux de ma vie ?

Géraldine Andrée

Et je me demande qui lira mes poèmes, qui les aimera, qui m’aimera… Quel amoureux de ma vie ?
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Des feuilles pour ailes

Toute petite, je voulais prendre mon envol
loin de l’école,
loin de son âcre odeur de colle,
de ses feutres aux traits épais,
de ses mauvaises notes,
de ses rondes où je n’entrais jamais ;
laisser accroché au clou rouillé
le sac jauni de mon goûter
et rendre à la maîtresse
mes fragments de papier déchirés.
Toute petite, je rêvais
de nager dans la lumière
en me retournant de temps en temps
sur le dos.
Mais je n’avais pas d’ailes
pour faire mon voyage.
Alors, je m’évadais
en regardant trembler le feuillage
du seul arbre de la cour
près de la fenêtre
et j’enviais l’oiseau
envoyé par le jour
qui se posait sur une branche,
avant de reprendre sa course
dans le ciel.

Une clé m’a délivrée,
celle de l’alphabet,
quand je compris qu’il composait
les mots
d’une formule secrète
qui m’aiderait à passer à travers
la porte.
J’ai commencé à écrire
– maladroitement certes –
des poésies vacillantes,
frémissantes cependant,
avec un crayon de couleur verte
et c’est ainsi qu’à ma manière,
je suis devenue cet oiseau
que je rêvais d’être.
J’avais pris pour ailes
les feuilles
de mon cahier ouvert
qui, tout au long de mon adolescence,
a traversé l’immense silence
pour me déposer
sur l’île dorée d’une lampe
où je pouvais tracer,
en concertation
avec moi seule,
l’itinéraire
d’autres vols
qui dureraient bien
une vie entière.

Géraldine Andrée

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Écrire en enfance 3 : Goûts et couleurs

Géraldine Andrée

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Écrire en enfance 2 : Écoutez votre enfant intérieur

Photo de Pixabay
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Sa plume au cœur de l’été

Avec sa plume, elle retourne au cœur de l’été de ses dix ans, dans la maison de vacances de sa grand-mère où la brise se répond à elle-même par chaque fenêtre ouverte, où brille l’herbe sous le soleil d’août, constellée de lueurs vertes.

La maison de l’enfance fleure bon la confiture chaude de reines-claudes.

Le ventre rempli de fruits, un peu alourdie par sa gourmandise, elle joue près de la remise à la marelle dont elle a tracé les traits de craie blanche sur la pierre grise.

Elle sautille ainsi de case en case, depuis la terre jusqu’au ciel, c’est-à-dire jusqu’à la tache d’ombre dans laquelle se love la chatte qui parfois tressaille, traversée par un rêve – sans doute est-ce la rencontre d’un chat d’un autre pelage…

Puis elle répond à l’appel de sa grand-mère qui se pose, telle une aile chatouilleuse sur son oreille :

-Viens, ma petite ! C’est l’heure !

-Oui ! J’arrive !

Et elle se retrouve à vivre dans l’été de ses cinquante ans. Elle se sent alourdie par la vie qui lui a bien souvent offert des fruits verts. Elle a perdu l’insouciance qui l’incitait à sauter dans des cases blanches depuis cette terre dont elle a pensé, à plusieurs reprises, être étrangère.

Mais elle possède la maturité nécessaire de jouer à une autre marelle – celle d’un poème évoquant sa vie et qu’elle écrit dans son cahier gris par une chaude après-midi de dimanche d’août.

Elle saute lentement, de carreau en carreau. Les enjambements remplacent son cloche-pied de petite fille entre les numéros, désormais devenus des mots.

Et elle sait qu’elle a atteint le ciel lorsqu’avec la pointe de sa plume Major,
elle est arrivée jusqu’à son cœur.

Géraldine Andrée

Photo de Legend Vibe