Le poème
est une barque
qui attend
entre les feuilles
veuille
la détacher
de ce qui la relie
au trop connu
et s’en aille
à son bord
jusqu’au point
du tout
premier jour
Géraldine Andrée
Toute petite, je voulais prendre mon envol
loin de l’école,
loin de son âcre odeur de colle,
de ses feutres aux traits épais,
de ses mauvaises notes,
de ses rondes où je n’entrais jamais ;
laisser accroché au clou rouillé
le sac jauni de mon goûter
et rendre à la maîtresse
mes fragments de papier déchirés.
Toute petite, je rêvais
de nager dans la lumière
en me retournant de temps en temps
sur le dos.
Mais je n’avais pas d’ailes
pour faire mon voyage.
Alors, je m’évadais
en regardant trembler le feuillage
du seul arbre de la cour
près de la fenêtre
et j’enviais l’oiseau
envoyé par le jour
qui se posait sur une branche,
avant de reprendre sa course
dans le ciel.
Une clé m’a délivrée,
celle de l’alphabet,
quand je compris qu’il composait
les mots
d’une formule secrète
qui m’aiderait à passer à travers
la porte.
J’ai commencé à écrire
– maladroitement certes –
des poésies vacillantes,
frémissantes cependant,
avec un crayon de couleur verte
et c’est ainsi qu’à ma manière,
je suis devenue cet oiseau
que je rêvais d’être.
J’avais pris pour ailes
les feuilles
de mon cahier ouvert
qui, tout au long de mon adolescence,
a traversé l’immense silence
pour me déposer
sur l’île dorée d’une lampe
où je pouvais tracer,
en concertation
avec moi seule,
l’itinéraire
d’autres vols
qui dureraient bien
une vie entière.
Géraldine Andrée

Mon journal n’est pas constitué de sentiments éthérés, de quête d’amour éperdue, de grandes considérations spirituelles.
Un lecteur érudit serait bien déçu s’il s’y aventurait.
Non. Mon journal relate les miettes de biscotte qui traînent sur la table, la lettre qui se fait attendre, la poussière sur le téléviseur, la tache difficilement lavable sur la jupe, la mémoire perdue de ma mère, la chaise dans laquelle s’est assis pour la dernière fois mon père, ma soif de mots pour dire le réel.
On y trouve aussi des rêves que je fais dans d’autres dimensions mais toujours avec des mots terrestres : « les troncs serrés des arbres », « la forêt ouverte comme une échancrure de robe sur le ciel si je vais plus loin », « le ronronnement de mon sang maintenant que tu es absent pour toujours ».
On peut y lire des insultes comme des gratitudes, des colères comme des prières. Chaque mot existe. Rien n’est effacé. Le lapsus a sa place car il est le mot juste pour la part la plus secrète, la plus obscure de moi-même.
Et dans la lumière du jour, toutes mes ombres exécutent sur la page un beau ballet.
Julia Cameron, dans son best-seller The Artist’s way/ Libérez votre créativité, raconte comment, en écrivant ses pages du matin, elle sirote un café avec son ombre.
Et vous, quelles sont vos parts d’ombre ? En quoi se révèlent-elles aussi créatrices que vos parts de lumière ?
@L’Encre au fil des jours
Géraldine Andrée

Je rêve
qu’une main
sème
sur mon chemin
des feuilles
où s’allument
des arcs-en-ciel.
Et je me demande :
– Mais de quel arbre
viennent-elles ?
C’est alors qu’une voix
s’exclame
dans la chambre
de mon âme :
-De toi-même !
Ce sont les feuilles
de tes poèmes
que ta plume
irise
entre tes larmes.
Géraldine Andrée
Pour écrire un poème,
entre
dans le silence
de la danse
qu’il t’accorde.
Enjambe
une ligne
jusqu’à l’espace
qui s’offre
à tes pieds.
Suis
son corps
qui se cambre
par instants
sur la page.
Apprends
à te déhancher
à ton tour
sous la lumière
du jour.
Pour écrire un poème,
sois toi-même
Poème
en étant le cavalier
de la Vie.
Géraldine Andrée

Note le poème dès qu’il te vient.
Ne remets pas l’écriture au lendemain
car qui sait si demain,
tu seras encore là ?
Mais en dehors de ce drame
mais imprévisible,
attendre un jour prochain
pour écrire ton poème
affaiblit la flamme,
émousse l’enthousiasme,
éloigne ton âme
des mots qui t’attendent
pour quelques instants
seulement.
Alors, prends n’importe
quelle feuille
– de papier, de chêne-
et griffonne
ton poème.
Tu te préoccuperas plus tard
de l’ordre possible
des vers et des rimes.
Mais ne détourne pas les yeux
quand le poème te fait signe.
Aurais-tu l’idée si, par pur hasard,
un oiseau se posait sur ta main,
de lui dire avec un sourire
qui te montrerait combien
tu te résignes :
« Reviens » ?
Géraldine Andrée
Si j’attends que la vie m’apporte l’inspiration, je n’écrirai jamais.
Alors, j’écris pour que la vie m’inspire,
comme si je semais des graines
pour que les oiseaux viennent.
Géraldine Andrée
