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Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Poésie

Écrire

Écrire,
c’est étoiler son cahier de silences
pour que chaque lecteur
y trouve l’écho de sa voix. 

***

Écrire
C’est entrer
En soi
Et s’y sentir
Comme
Dans une étoile
C’est-à-dire
Au coeur
Du ciel

***

Écrire
C’est entrer
Dans le blanc
Hivernage
De la page

Et y faire
Silence
En laissant
Tout l’espace
Au miroitement
Des lueurs
De l’encre
Comme si l’on était
L’astre
Le plus proche
De la glace

Géraldine Andrée

Publié dans Dialogue avec ma page, Journal de ma résilience, Le cahier de mon âme

Si je n'avais pas écrit

Si je n’avais pas écrit, que serais-je devenue ?
Je ne sais.
Peut-être quelqu’un d’autre.

Mais en écrivant,
je sais une seule chose :
je suis celle qui écrit

sur la valeur
de ce qui passe,
de ce qui traverse

la page
comme cette fourmi
portant un grain de riz,

et chacun de mes cahiers
criblé de questions
sans réponse,

étoilé de poèmes
sans regard,
est un Journal

de mille grâces
dont je suis l’auteur
car j’ai su

lui transmettre
mon signe
de reconnaissance.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal d'une maison de retraite

Ta mémoire est une maison

Ta mémoire est une maison.

Tu me demandes d’y aller

pour retrouver dans l’ombre des tiroirs

exhalant leur odeur

de vieux bois noir

ces cadres dorés

qui entourent

les photos de l’ancien temps,

Claire déjà née,

la place aux marronniers,

André si fringant

avant son ultime baignade

dans la Moselle perfide.

Ta mémoire est la maison de Chaudeney,

depuis longtemps disparue

où l’on retrouve

-tu me l’assures

avec un ton qui se fait dur-

les choses qui ne sont plus.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal d'instants

Les instants émeraude

Tenir un journal
d’instants précieux
Tel est mon désir
en l’an deux-mille-vingt

Me sentir bien
à chaque instant
pour que chaque instant
soit un bien

Me sentir présente
à chaque instant
pour que chaque instant
soit un présent

J’aime
les instants simples
Ils sont pour moi
des gemmes dans le jour

Ces instants
ont la valeur
des étincelles
des pierres

le long
de ma promenade
Je les appelle
les instants émeraude

Que dans un instant
tombé
se reflète l’aube
de l’instant suivant

Que chacun
de mes pas
soit
un instant

qui se fait perle
sur mon chemin

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Journal de ma résilience

La chance

J’ai traversé des épreuves dans ma vie,
des épreuves que je n’ai pas choisies,
et c’est bien ce qui définit le mot « épreuve ».
Certains, pour bien enfoncer le clou,
et m’inciter à croire
que j’avais été oubliée
par la vie,
m’ont dit que je n’avais vraiment pas de chance.
Mais de la chance, si,
j’en ai beaucoup.
J’ai de la chance d’aimer la musique,
l’art, la poésie,
Chopin, Van Gogh, Cadou.
Certains n’ont même pas cela en eux.
Alors, ils ont moins de chance encore
que moi
qui sais suivre
avec ma plume
la trace invisible
du chant
du vent
pour la noter
dans mon journal intime.
Et puis, j’ai la chance ultime
d’avoir toujours
un feuillet
suivant
pour le prochain jour
à vivre.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Journal créatif

La fin de mon journal Mission de Vie

Me voici parvenue à la fin de mon journal Mission de Vie.

J’ai pu formuler ainsi ma mission de Vie que j’avais déjà définie lors d’un stage en 2006, mais qui se nomme ainsi précisément :

Diseuse d’Indicible.

Je vais tracer toujours plus loin mon chemin d’écriture, pour des lecteurs nombreux s’il y en a, quelques lecteurs assidus ou même un seul – très fidèle -, cela ne me dérange pas. L’essentiel est que j’accomplisse ce que je suis venue accomplir.

J’ai fait ces exercices régulièrement. Je ne dis pas que cela a toujours été facile. Il y a des moments où je n’avais pas envie, où je ne comprenais pas la finalité de telle ou telle pratique mais j’ai achevé le cahier, j’ai été sincère, honnête avec moi-même tout au long de ma démarche – c’est ce qui m’importe.

En écrivant régulièrement dans ce grand cahier rouge, ce journal intime original, je me suis concentrée sur chaque mot qui me définissait, sur l’instant présent de chaque goutte d’encre qui m’était destinée.

Je crois aussi que je suis venue choisir ce que j’aime sur cette terre – la lumière du Sud, les chemins dans l’air vibrant de l’été, les nuits étoilées derrière la rambarde qui donne sur la mer…

Je suis venue apprécier chaque instant. Mon devoir est de me sentir bien à chaque seconde en ce monde.

Dire l’indicible, c’est collecter des pépites d’instant – la rencontre d’un chat, un parfum de jasmin qui me surprend, un repas partagé avec une amie, la page du matin, mon pas laissé dans la neige, la lampe allumée à mon retour du travail…

Je suis venue pour vivre.

La vie n’est qu’une succession « d’ici et de maintenant » à vivre pleinement.

Voilà ce que j’ai compris dans ce Journal Mission de Vie.

Je souhaite à tous ceux qui, d’aventure, passeront par là, une excellente année 2020.

Et un immense Merci à la Vie pour Tout.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Journal d'une maison de retraite, Un cahier blanc pour mon deuil

Le tableau des rêves

Tu m’as demandé des crayons de couleur pour peindre le vaste océan.

Tu veux recréer le tableau de la plage de ta jeunesse, ce souvenir que tu as toujours rêvé de retrouver.

Tu veux faire renaître les bleus mêlés au soleil, l’ocre du sable mouillé et par quelques fines touches de glacis, les éclaboussures de la vague sur les chevilles.

Je t’ai acheté les crayons de couleur. Mais ils sont inutilisables car tu ne peux plus peindre. Ta main tremble, désorientée. La vague de la maladie t’a rattrapée.

Tu as trop tardé pour raviver le pays de tes vacances qui demeure intact dans ta mémoire morcelée.

J’aime croire que tu reviendras dans une autre vie pour peindre ce tableau. Tu es même pressée. Tu dis

« Je voudrais mettre au monde de grandes choses. »

Tu écoutes le murmure de l’océan en toi et tu veux y répondre. Tu as des projets.

Je crois qu’il n’est jamais trop tard pour Demain en ce monde.

Aujourd’hui, je t’ai acheté un tableau qui représente l’Atlantique. Ce sera ta fenêtre ouverte.

Et je vous le dis, à vous qui vous aventurez par hasard ou choix ici :

Ne remettez pas à plus tard vos désirs. Prenez vos crayons de couleur et peignez tout de suite le tableau de vos rêves.

Soyez le regard et l’océan.

Soyez la force qui fait que votre rêve devienne vérité.

Géraldine Andrée

Publié dans Mon aïeul, mon ami., Psychogénéalogie

Tu t'appelais Henri

Tu t’appelais Henri.

Ton prénom est mon seul souvenir.

Tu es mon grand-oncle, c’est-à-dire le frère de ma grand-mère paternelle.

Tu étais mort depuis longtemps quand je suis née.

De toi il n’y a nulle photographie. Alors, j’invente ton regard, la couleur de tes cheveux, ton sourire. Je crois que tu avais une moustache mais je n’en suis pas certaine.

Je ne t’ai connu que par ce que l’on disait de toi qui, à jamais réduit au silence, ne pouvais te défendre et rétablir la vérité.

On te prêtait des pulsions obscures, animales, une sorte de colère archaïque, un tempérament caractériel.

La famille ne résuma ta courte vie que par deux actes.

Le premier est qu’un soir d’été, tu avalas en entier le noyau d’une pêche. Tu échappas par miracle à l’étouffement et à l’occlusion intestinale. Le lendemain, paraît-il, le noyau ressortit par ton rectum sans causer de dégâts.

Le second acte te fut, en revanche, fatal. Tu eus la malchance de vivre sous la période de l’Annexion de la Lorraine qui était alors en guerre comme le reste du pays. Tu travaillais dans une usine dirigée par les Allemands. Lors d’un déjeuner, tu ne supportas pas la remarque d’un commandant.

Tu lui lanças la soupière à la figure.

Le lendemain, tu dus partir sur le front russe sous les couleurs du drapeau allemand.

Tu mourus, fauché par une balle dans l’uniforme de l’ennemi.

J’imagine le vermillon de ton sang dans la neige bleue de Russie, ce sang que nous avons en commun.

Tu représentas définitivement la honte. Aucun membre de la famille ne voulut te réhabiliter. Moi, je ressens aujourd’hui ta colère comme un mouvement de révolte, un désir de liberté et de dignité. Ton impulsivité n’a été que l’expression de la vie. Et pour la vie tu mourus.

J’ignore si ton corps fut rapatrié et où on t’a enterré.

On ne répare pas le passé.

Mais à toi dont le prénom s’est toujours murmuré dans l’ombre,

toi qui dans ma mémoire n’as pas de tombe

sur laquelle une main dépose

à chaque Jour des Défunts

quelques chrysanthèmes

ou quelques roses,

je dédie cette brève biographie en prose

qui se situe à la frontière du poème

pour qu’elle te soit un pays

où, enfin, tu reposes.

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

Je sais un train

Je sais un train
qui trace une route
pour la lumière
qui précède d’un instant
le souffle du temps
qui clignote comme une étoile
accrochée à la brise


Ce train n’annonce aucune destination
seulement le souffle prochain
Il ne s’arrête pas
mais s’enivre de son passage
Ce train ne va vers aucun pays
car il me mène à un asile primordial
ton nom

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Créavie, Grapho-thérapie

Être l'auteur de sa vie en formulant ses souhaits

Pour voir ses rêves se réaliser, il est conseillé de les noter. Formuler ses souhaits par écrit met en action la loi d’attraction, principe universel qui attire à soi ce que l’on demande.

Je tiens depuis très longtemps des journaux intimes. Un jour, en les relisant, j’ai eu la surprise de constater que ce que j’avais écrit s’était matérialisé.

J’insiste sur l’importance d’écrire ses voeux à la main. Le mouvement de la plume imprime dans le subconscient l’élan nécessaire à l’accomplissement de sa vie. L’encre des mots qui sèchent sur le papier permet au virtuel de s’incarner. L’écriture est une mise en action des désirs.

N’hésitez pas à décrire très précisément ce que vous souhaitez obtenir – par des adjectifs, des noms, des subordonnées relatives…

Dans le mot se mirent la lumière de la future maison, l’éclat du cuir du fauteuil tant convoité, le sourire de l’enfant attendu…

Vous êtes en quête d’un grand jardin entourant votre potentielle demeure ? Découvrez la couleur des arbres, le parfum des plantes, le bourdonnement des insectes parmi les fleurs que vous faites déjà pousser dans votre esprit, la saveur des fruits… Au besoin, tracez par un poème le chemin qui y mène…

N’oubliez pas que la page est terreau, que chaque grain du papier compose votre future récolte.

La liste est la méthode la plus efficace pour formuler ses souhaits.

Vous pouvez faire

  • une liste de vos cent présents
  • une liste des cent choses que vous voudriez accomplir avant de mourir
  • une liste de vos cent petites victoires
  • une liste de cent grâces
  • une liste des qualités de votre futur partenaire, emploi, logis…

Au fil du temps, vos désirs peuvent changer. Les listes ne sont pas définitives : n’hésitez pas à les modifier. Ecrire ses souhaits, c’est aussi rayer, remplacer, ajouter… Vous êtes libre !

Formulez toujours vos voeux au présent. C’est le temps de la magie, de l’accomplissement instantané. Evitez les tournures négatives. Comme le disait Mère Teresa, on ne mobilise pas ses forces contre la guerre mais pour la paix.

L’écriture est la mise en mouvement de la loi d’attraction. L’écriture donne une direction à la joie ; une direction qui n’est autre que vous-même !

Ecrivez vos rêves les plus fous…

Ecrivez sans limite…

Comme je l’ai souvent dit, vous êtes l’auteur de votre vie !

Géraldine Andrée

Publié dans Journal d'une maison de retraite

Une après-midi de décembre

Une association péruvienne est venue à l’Ehpad.
Quelques pas suffisent
et voici les beaux coloris,
la laine tressée,
les franges qui dansent
quand on essaie le vêtement.
La douceur des tissus
nous fait oublier
la maladie ;
les fils multicolores
qui se croisent
semblent retarder
l’avancée de la fatalité.
 » Regarde ce bonnet ! Il est original ! « 
 » Et ce pancho,
chic sur un pull noir ! « 
« Ce collier !
Comme les perles sont belles ! »
« Prends-le, toi ! Moi, je ne sors pas ! »
 » Mais non ! Prends-le ! Il te va bien ! »
Comme on ne sait pas choisir,
je prends tout
ce que ton doigt a désigné.
Quand je dis que c’est pour toi,
tu crois que c’est pour moi.
Tu n’as jamais fait la différence
entre toi et moi.
La nuit de décembre est tombée.
A quelques années près,
on serait allées à la galerie marchande
de ma ville natale.
On se serait enivrées de parfums, de soies, de frous-frous.
Maintenant, nous nous enveloppons de laine
pour moins sentir la peine.
C’est une après-midi qui ressemble aux anciennes
après-midi de shopping.
Quelques pas suffisent
et nous voici dans l’ombre de ta chambre
où s’allument les lueurs
de ces nouveaux présents.
Avant de descendre dans le salon pour rejoindre les autres,
tu mets fièrement ton nouveau cache-coeur.

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Le secret

Depuis que tu n’es plus,
tu n’as jamais été aussi présent en moi.
Tu demeures dans l’ombre profonde
de mes souvenirs,
de mes poèmes appris par coeur,
de mes désirs,
de mes regrets aussi.
Tu sais désormais les prénoms
de mes amis que tu n’as pas connus,
quelques fautes
que je me reproche encore
et que tu ignorais
du temps de ton vivant.
Maintenant que tu gardes le silence
pour toujours,
je t’avoue tout.

Parfois, j’entends ta voix,
tes conseils,
des expressions qui ne peuvent venir
que de toi,
mais je me garde bien
de les révéler au monde.
Qui comprendrait ?
Pour tant de gens,
tu as disparu.
Alors, je me tais.
Je te laisse m’habiter.
Depuis que tu es parti
une nuit de novembre,
chacun de nous
est devenu
le secret
de l’autre.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Poésie

Quand j’écris un poème

Quand j’écris un poème,
il me semble
que tout naît de moi,

les flocons
qui précèdent
la première floraison,

l’aube dont la robe
est encore
piquetée d’étoiles,

le chemin
qui annonce
le pas de l’ami,

la lampe
de la chambre
de mon enfance

qui envoie
sa lueur
à travers

les ans
au coeur
de mes mains

ouvertes
cherchant
sa chaleur,

et le murmure
de l’eau
qui court

dans les veines
de la roche
jusqu’à la terre.

Je crois
que je suis la source
de la source

quand j’écris un poème.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

Chambre de la douleur

Relire Chambre de la Douleur de René-Guy Cadou,
un poème que j’ai lu et expliqué dans un devoir quand j’étais adolescente,
un poème que j’ai ensuite oublié
sur mon chemin parsemé de rendez-vous avec d’autres poèmes,
un poème qui me rappelle le feu des soirs anciens, la lampe et le visage de mon père,
un poème qui me revient comme l’ami
pour me dire qu’on ne mesure pas toujours l’importance
de ce qui est essentiel dans notre vie,
tel le poème Chambre de la Douleur
qui a habité ma chambre
de toute sa présence
dans cette nuit de deuil entre
le onze et le douze novembre.

Géraldine Andrée

Publié dans Non classé

Le carnet du Bien

J’ai un carnet de chevet, enveloppé d’une couverture de cuir doux. Il habite sur ma table de nuit. Il est le très proche voisin de mon oreiller. Je n’ai qu’à tendre la main pour le rencontrer.

Nous avons rendez-vous soir ou matin.

Dans ce carnet, je n’épanche nul chagrin, nul regret. Je note seulement ce qui me passionne, me transporte, me fait vibrer, ce qui donne de la saveur à ma vie, de la mélodie à mes jours.

Lorsque je l’ouvrirai vingt ans plus tard, je me serai reconnaissante d’avoir été attentive à la naissance du premier bourgeon. Et ce qui semble aujourd’hui anodin, presque rien, me sera tout demain.

Dans ce carnet du Bien, je n’écris pas de longues phrases. De courtes listes, des groupes nominaux, voire quelques haïkus suffisent pour retracer la joie essentielle.

Ce carnet ne se retrouve sur aucun fichier, aucune clé USB. Il est le seul exemplaire de mon bonheur car ce qui est précieux ne se duplique jamais. Aussi reste-t-il dans ma chambre comme un bijou qu’il ne faut pas perdre.

C’est mon carnet unique, celui qui rassemble tous mes instants de vie, tous ces fragments de temps qui font que je suis Moi.

A mon ultime moment, il fera toute la différence entre une existence traversée sans conscience et une existence dont j’aurai été l’auteur et le témoin.

Géraldine Andrée