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Ce qui m’inspire

Ce qui m’inspire :

*Le soleil entre les feuilles

*Un sentier qui s’échappe dans le vert

*Un moineau sur le bec de la fontaine

*Un haïku lu tard le soir

*Le thé au chocolat – oui ! ça existe ! De la marque Yoggi !

Et vous ? Notez ce qui vous inspire dans un petit carnet ! Ces petits instants dans votre journée constituent aussi votre biographie.

Géraldine Andrée

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De là où je vous écris

De là où je vous écris, s’écrit votre véritable histoire, non celle que d’autres ont écrite pour vous, l’histoire des autres mais votre histoire, réappropriée, réécrite fidèlement à ce que votre âme a voulu au départ, en s’incarnant ici. Et ce sera votre vie, telle que vous, vous l’avez écrite !

Voici le bureau de là où je vous écris, de là où j’écris où votre vie, sous la lampe qui fera de chacun de nos mots réunis une lampe qui éclairera votre chemin terrestre.
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Chaque matin

Chaque matin,
avant d’ouvrir
ma fenêtre
sur le ciel
du jour,

j’ouvre
une autre
fenêtre,
mon cahier,
sur le ciel

toujours
blanc
du papier
et je vois
le jour

de mon âme
apparaître
pour éclairer
ce que je vivrai
aujourd’hui.

Géraldine Andrée

Photo de Pixabay
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Pourquoi tu écris ?

J’écris pour retrouver le soleil des anciennes vacances qui dansait sur le carrelage de faïence de la cuisine à Porto.

J’écris pour que ma main refasse connaissance par la pointe d’un Bic bon marché avec la légèreté de mes pieds d’enfant.

J’écris pour emprunter dans ma chambre une passerelle qui mène à l’infini.

J’écris pour pardonner à la vie ses coups bas, même si ce n’est pas facile.

J’écris pour m’émerveiller du reflet du matin dans ma cartouche d’encre, tout simplement.

J’écris pour me sentir écoutée par le bruissement du papier.

J’écris pour faire de chaque carnet un voyage et quand on me demande : « C’est pour où ? », répondre : « Vers moi-même. »

J’écris pour m’imaginer que mon souffle se répand dans les feuillages du jardin disparu.

J’écris pour célébrer la compagnie de la solitude.

J’écris pour puiser la force de continuer ce livre chaque jour.

J’écris pour conclure chaque page de mon journal par cette fidèle phrase : « Il ne te reste qu’à te mettre à l’ouvrage. »

J’écris pour semer des mots quand je me suis égarée sur des chemins que d’autres ont tracés pour moi – Petite Poucette qui ne renonce pas.

J’écris pour ne plus avoir à me justifier par la suite, car je préfère laisser de la place aux corolles futures.

J’écris pour rien ; j’écris sur rien. Et si l’on me dit que c’est ridicule, j’écris pour accorder de l’importance à un pépin de pomme.

J’écris pour que, dans mon histoire à moi, au moins, ce petit pépin tout brun donne un pommier qui va grandir au fil de ma vie.

Géraldine Andrée


Photo de Tom Swinnen
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Le bout de l’ultime

J’écris sans doute
pour vivre encore
un fragment
de ce qui a été vécu jusqu’au bout

et en détachant une feuille
de mon bloc-notes,
arracher un instant
du temps.

J’écris sans doute
pour suivre l’étincelle
qui sautille
sur le sentier roux ;

contempler le battement
de la flamme
juste avant que mon souffle
ne l’éteigne ;

laisser à la pivoine
aux pétales fripés
à fleur d’eau
un jour de plus.

Mais j’écris surtout
pour redonner
un instant ultime
à ce qui est feu ;

avec l’encre
étincelante
de mon point,
maintenir la lueur

de la braise
jusqu’au moment
où l’heure du sommeil
aura sonné ;

avec la liaison
entre deux lettres,
retracer ton sourire
entre tes fossettes

pendant ce dernier déjeuner
en famille,
alors que tu t’apprêtes
à disparaître ;

avec une virgule,
faire palpiter
les ailes
du papillon

exilé de son jardin
et voir qu’il a pu renaître
sous ma fenêtre
en ce poème.

Géraldine Andrée

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Choses qui valent la peine d’être en vie

Écrire ma liste de Choses qui valent la peine d’être en vie au soleil, par un après-midi comme celui-ci

Boire une tasse de Yoggi Tea au chocolat et lire la petite maxime sur l’étiquette. Aujourd’hui c’est Alone, All one

Lire La Papeterie Tsubaki d’Ogawa Ito et faire de chaque page une saison au pays de l’âme

Prendre un bain à côté d’une flamme de bougie et d’un bâton d’encens qui dessine sa phrase jusqu’à la fenêtre

Écouter un morceau de musique celtique

Relire mon poème abouti

Continuer à mettre à jour mon journal à l’infini tant que je vis

Ajouter quelques feuillets mobiles à un cahier terminé parce que la rivière de l’écriture poursuit sa course toujours plus loin

Entrer dans la mer à midi quand le soleil saute sur la vague

Retourner à Majorque pour retrouver le sentier des menthes derrière l’hôtel et à Damas pour réentendre le chant de la fontaine dans sa vasque, sous les lampes de la mosquée

Aller de mon roman à un rendez-vous avec l’amant, du papier à la peau, puis revenir à mon roman car c’est toujours le papier qui m’attend

Me répéter à l’aube devant le miroir : « Écris parce que chaque instant a besoin de ton témoignage pour donner un peu plus de vie à la Vie. »

Géraldine Andrée

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Danser

Je ne sais ce qui m’a réveillée, sans doute non seulement le sentiment d’être dans un nouvel endroit, mais aussi le plancher illuminé par l’aurore qui était apparue à la fenêtre sans rideaux.

Je venais d’emménager la veille.

Les cartons s’empilaient dans les coins, non défaits. J’avais juste déplié sommairement mon canapé-lit pour passer la nuit.

Et, au moment d’ouvrir les yeux, j’ai été éblouie par les scintillements des lambris au soleil. Je me souviens que j’ai été gagnée par un tel vertige que je me suis tenu la tête. Puis je me suis levée. Après avoir bu un café presque froid dans ma kitchenette et avoir fait un brin de toilette dans une salle de bains qu’enfin je ne partageais plus avec d’autres, j’ai revêtu ma robe fleurie.

Mon copain passerait en début d’après-midi pour m’aider à choisir des meubles à la Trocante.

Mais, en attendant, j’ai contemplé longuement le sol ensoleillé de mon nouveau studio. J’étais perdue. Qu’allais-je faire de cet espace, bien plus grand que celui de ma chambre d’étudiante ?

Même si ce n’était qu’un appartement d’une pièce, il me paraissait aussi immense qu’un palais. De quelles joies, quels peines et quels espoirs allais-je donc le peupler ?

C’est alors que je me suis sentie étreinte par la solitude. Je n’avais plus de nouvelles de mes parents qui s’étaient opposés à ce que je fréquente ce petit copain pour lequel j’avais emménagé là parce qu’il voulait préserver sa liberté.

J’ai laissé cette triste amie-pour-la-vie qu’est la solitude me prendre par le cœur. Je lui ai dit, du haut de mes vingt-deux ans :

-Viens ! Invite-moi à être ta partenaire, puisque c’est ainsi !

Sur le plancher baigné par la lumière du matin, il y avait ma petite chaîne Hi-Fi et à côté, quelques Cds : Maxime Le Forestier, Véronique Sanson et surtout, Supertramp.

Afin d’avoir plus de trempe face au commencement de ma nouvelle vie et pour m’aider à accomplir mes rêves déjà bien clairs, j’ai inséré dans le lecteur le Cd de Supertramp qui a démarré sur le morceau Dreamer :

-Dreamer ! You are a dreamer !

Et une certitude s’est mêlée à la fête.

Le plancher de l’appartement était mon espace. Qu’importait qu’il fût désert ! Qu’importait que mon pas y résonnât et renvoyât chaque matin ma présence à son propre écho ! Je ne l’entendais déjà plus, éteint par le son rock’n’roll de la batterie de Dreamer

Sans le prévoir quelques instants auparavant, j’ai commencé à danser. Je tournais autour de moi-même, comme guidée par un cavalier imaginaire. Ma robe à fleurs se déployait en corolle jusqu’en haut de mes jambes. Il me semblait qu’elle remplissait tout l’espace et qu’en virevoltant de cette manière, elle apportait au jour un rayon de soleil supplémentaire, un rayon de flanelle bleu myosotis.

Sur ce plancher sans meuble ni tapis, il y avait la légèreté de ma danse et la musique – rien que la musique pour moi seule, entraînée par le mouvement de mon corps qui se suffisait à lui-même.

Bien plus tard, quand il m’est arrivé de penser que ma vie était telle une maison inhabitée, je me suis consolée à me souvenir de ce sol inondé de soleil.

Et j’ai retrouvé la précision de mon pied qui se posait entre deux étincelles de musique sur chaque lambris. Je crois que c’est ce jour-là que je me suis juré de faire de chaque espace-temps qui m’est donné une opportunité, un rêve qui m’entraîne toujours plus loin vers mon désir de vivre, une danse rien que pour le déhanchement avec les multiples reflets de l’aurore qui dansent, eux aussi, sur le plancher de bois verni.

Géraldine Andrée

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Retour sur les traces

De 2000 à 2008, je me suis rendue régulièrement en Roumanie. Je partais aux vacances d’été.

J’ai visité le palais de Ceaucescu à Bucarest ; j’ai marché sur les longs tapis de velours ; j’ai détaillé les ors aux murs et aux plafonds.

Sous les pétales de diamant des lustres, la vaisselle était disposée – profonde soupière et assiettes de porcelaine avec couverts d’argent – comme si un dîner officiel allait avoir lieu et que le couple Ceaucescu s’apprêtait à faire son entrée.

Pendant tout ce temps où Ceaucescu vivait dans l’apparat, le peuple crevait de faim. Se procurer le moindre bout de savon était une lutte. Quand j’y ai passé le premier été, la Roumanie manquait encore de certaines choses mais, aux dires d’une femme qui s’y rendait depuis bien plus longtemps que moi, la situation s’améliorait.

Pour aller à la plage, je passais devant la résidence d’été de Ceaucescu qui bordait la Mer Noire. Les volets et les portes étaient clos depuis dix ans mais cela n’empêchait pas que des gardes fussent postés devant la longue grille de la résidence pour surveiller une maison fantôme. Des paons faisaient la roue. Je suppose qu’ils déploient encore leur plumage dans le silence, au moment où j’écris ceci.

Dans la ville touristique de Constanta, l’Occident laissait déjà son empreinte : affiches publicitaires représentant des femmes en tenue affriolante. Les fantasmes, si longtemps contenus, se déversaient dans les rues. Sur les marchés, j’achetais des beignets soupoudrés de sucre glace, comme si j’étais à la Foire de Nancy.

Mais les gens parlaient peu. Ils gardaient pour eux des secrets dont je pressentais l’horreur. J’ai fait connaissance d’une amie qui s’appelait Anca et qui avait une fille, elle-même prénommée Anca. Une seule fille. En effet, la politique des naissances préconisée par Ceaucescu interdisait aux femmes d’avoir plus d’un enfant. Évidemment, il n’y avait pas la structure médicale qui leur permettait d’avorter. Aussi beaucoup de femmes mouraient-elles de septicémie.

Un après-midi, sur la plage, une amie a avivé mon attention. Des jeunes femmes élancées, au corps parfait, étendaient leurs serviettes sur le sable. Mais lorsqu’elles montrèrent leur dos en se baissant, une épaisse et profonde cicatrice montait de leurs reins jusqu’à leurs omoplates. Mon amie m’a expliqué que ces femmes avaient été prélevées d’un de leur rein – ou d’un autre organe – lorsqu’elles étaient petites filles. Il en était ainsi sous Ceaucescu, comme dans toute dictature. Le régime porte atteinte aux esprits et aux corps.

J’ai mis beaucoup de temps à trouver une église, la première fois. Celle-ci était comme encastrée entre plusieurs murs. Pour Ceaucescu, il fallait supprimer la foi par des cache-églises. Une fois qu’on en avait franchi le seuil, l’ombre était tout étoilée de lueurs de bougies – vibrantes, ardentes, presque inextinguibles. Et si jamais l’une s’éteignait, une autre prenait immédiatement la relève.

Les partisans de Ceaucescu se sont fondus jusqu’à aujourd’hui dans la population. Ils cachent leur sympathie, encore bien vivace, pour le dictateur mort : tel guide, tel médecin, tel chef d’orchestre, tel poète raté veulent s’acheter une conscience. On ne reconnaît pas ces partisans immédiatement. Mais il y a toujours une phrase, une attitude, une intonation de voix brutale non maîtrisée qui mettent la mémoire en alerte.

On manquait encore de beaucoup de choses en Roumanie, quinze ans après la chute du dictateur.

Mais c’est au petit marché tout près de mon hôtel, lors du dernier été, que j’ai trouvé Les Mémoires de Marguerite Yourcenar, ouvrage épais dont les feuillets craquèrent sous mes doigts. Le livre n’avait sans doute pas été ouvert depuis longtemps et sa couverture crépita comme un feu d’artifice, là, sur l’étalage de ce bouquiniste de confession juive qui me regarda m’en aller avec mon livre qu’il avait spécialement emballé pour moi, dans un sachet de papier blanc, malgré mes excuses :

-Mais non ! Pas la peine ! Je vais le lire tout de suite !

Ce pays a désormais à cœur d’emballer chaque chose comme un présent.

Géraldine Andrée

Photo de Pixabay
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Grand-mère pour voisine

Je vis aujourd’hui dans le même quartier où vivait grand-mère autrefois.
Grâce aux souvenirs de mon temps passé avec elle, nous partageons les mêmes notes du clocher par-delà le temps.
Je faisais ses courses une fois par semaine quand j’avais vingt ans.
Une fois sortie des cours, je m’achetais un croissant aux amandes que je mangeais tout en me rendant chez elle.
Grand-mère me faisait signe avec sa canne dorée.
Son studio sous les toits fleurait bon la violette un peu fanée et l’eau de Cologne dont elle déposait chaque matin quelques gouttes derrière les oreilles.
Je me souviens bien de ses coussins brodés, de ses poupées en porcelaine, de l’horloge dont la trotteuse scintillait sous la coiffe de verre et surtout, du calendrier accroché près de la fenêtre. Les feuillets se détachaient et les paysages changeaient au rythme de mes visites.
Nous faisions ensemble la liste. Celle-ci ne variait guère : lait, œufs, pain, jambon, quelques pommes de terre, du persil parfois et, quand c’était la saison, le luxe d’une petite barquette de fraises ou de cerises.
J’allais gaiement au magasin V, le panier d’osier de grand-mère à la main, fière de cette responsabilité. Je pense que mon aïeule appréciait davantage ma présence que ces courses que nous disposions ensuite religieusement dans son petit frigidaire.
Quand je revenais, je voyais Claire (c’était le nom de ma grand-mère) qui m’attendait à contrejour. Je restais un peu. Nous discutions de la couleur du temps.
-Cela va ? Me demandait-elle.
-Cela va ! Répondais-je.
Je ne livrais pas mes secrets, encore moins mes peines de cœur.
Un jour, cependant, Claire m’a confié son grand regret : avoir eu quatre enfants qui ont accaparé toute sa vie de femme.
Je m’entends lui répondre :
-Il ne fallait pas les faire !
C’est alors qu’elle a crié, comme touchée en plein cœur par ma flèche de jeune femme maladroite :
-Il n’y avait pas la pilule à l’époque !
Et j’ai songé, en me mordant les lèvres, à la jolie boîte rose et à ses comprimés que j’avais commencé à avaler chaque soir. Je suis partie fâchée par le ton de sa voix. Mais, sur les injonctions de ma mère, je lui ai fait les courses la semaine suivante. Nous nous sommes vite réconciliées. Elle avait autant besoin de moi que moi, d’elle dans cette grande ville où je ne connaissais pas grand monde.
Pour l’anniversaire de mes vingt-et-un ans, elle m’a tendu un billet. Je me suis acheté une robe blanche avec des escarpins à talons. J’ai beaucoup aimé l’écho de mon pas et la danse de ma robe autour de mes jambes quand j’allais remplir son panier d’osier.
L’été a passé. Est venu l’automne puis l’hiver et à nouveau, le printemps. J’étais pressée de grandir, d’aimer, de faire mes propres courses sans demander d’argent à mes parents. D’ailleurs, j’avais rencontré un garçon et je voulais le suivre dans la ville où il avait obtenu son premier poste. J’ignorais alors que cet homme ne m’aimait pas et qu’il me tromperait pour la première venue.
Quand j’ai annoncé la nouvelle à Claire, celle-ci n’a paru nullement troublée et elle s’est exclamée :
-Il faut savoir cueillir l’amour quand il est temps !
Sur le feuillet du calendrier, fleurissait un champ de lis. C’était l’ultime feuillet que je voyais.
J’ai laissé Claire à contrejour pour aller me servir auprès de la vie. Je ne savais pas que mes expériences auraient un goût si amer.
Grand-mère a confié ensuite à ma mère combien elle regrettait mes visites et qu’elle se surprenait à m’attendre quelquefois, l’ombre du contrejour sur ses épaules.
Qu’avait-on inscrit ensemble sur la dernière liste de courses ? Des œufs, du pain, du jambon frais, du lait ? Peut-être des cerises rousses…
« Les boucles d’oreilles du verger, quand on avait, nous, un cerisier ! » disait-elle parfois, lorsqu’il lui arrivait d’évoquer sa jeunesse.
Je suis revenue quelques années après, bien triste et désabusée. Une chose était sûre : je n’aurais pas d’enfant avec cet homme pour lequel j’étais partie.
Et pour grand-mère, c’était trop tard. Elle avait rejoint un temps où l’on ne détache plus les feuillets des calendriers.
Je ne sais pas qui a hérité de son panier d’osier.
Mais il y a une chose dont je suis désormais certaine :
Les notes du clocher qui tintaient au-dessus du toit de son petit studio mansardé retentissent toujours avec la même joyeuse clarté à ma fenêtre.
Et chaque samedi, je fais mes courses chez V.

Géraldine Andrée

Photo de Alexander Nadrilyanski
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La phrase du matin

Derrière les volets clos,
le rayon de l’aurore
réveille les rumeurs
du vieux port.

Notre nuit d’amour
n’est plus que le point d’or
de ta cigarette
qui se consume encore.

Mais je sais,
non loin de nos corps
et de l’île
de la lampe allumée

sur le napperon
en fleurs,
la ligne blanche
de l’océan qui commence

puis à fleur
de ma paume,
la page
de ta peau

sur laquelle j’écris
une phrase invisible
connue
de moi seule.

Géraldine Andrée

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La première dans le jardin

Je voulais être la première dans le jardin.
Bien sûr, il y avait déjà beaucoup de monde
qui s’empressait à la grille.
Mais qu’importe !

Je voulais être la première dans le jardin.
Avant que les cris des enfants
ne recouvrent
le bourdonnement des silences

pour une glace à la fraise
ou à la menthe,
je voulais surprendre
au bord des sentiers

le jeu des ombres bleues,
les reflets de la terre
pas encore foulée,
le papillon qui épouse

le cours du vent,
l’abeille qui batifole
autour de l’or
d’une herbe folle,

un rayon de soleil
qui entre
malicieusement
dans une corolle.

Et je me souviens
– comme si c’était hier –
de l’instant de mon pas
sur le seuil,

aussitôt la grille ouverte,
et de la toute petite
note
de l’oiseau

qui m’accueille
en sa verte
lumière
et dont l’écho

de l’étincelle
se répète
de feuille en feuille
pour que je la suive

toujours plus haut,
parmi le balancement
des branches
au-dessus du jardin

qui fut le premier
à honorer
notre rencontre,
comme si je venais au monde.

Géraldine Andrée

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À la fin

À la fin

j’accepte

que mon poème

devienne

un oiseau

détaché

de ma plume

بالنهاية ساقبل أن تصبح قصيدتي عصفوراً منفصلاً عن ريشتي (قلمي)

Quand peinture et poésie se rencontrent…

Tableau : Samoukan Assad, peintre syrien, Digital Art, Lattaquié

Poème : Géraldine Andrée, poétesse lorraine, Nancy

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Le miroir

La lumière
de cette fin
de journée
éclaire
le miroir
de ta chambre

Et il me semble
que c’est ta lampe
qui s’est allumée
pour annoncer
ton visage
à mon regard

Telle
est ton absence
traversée
par un rayon
de soleil
qui danse

pour moi seule
dans le reflet
du soir

Géraldine Andrée

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Départ

Il est l’heure de fermer les volets sur le sentier qui flamboie encore, la senteur des lavandes et les herbes qui sèment dans le vent leurs fétus d’or.

L’ombre remplit la chambre comme si elle était tombée d’un encrier renversé.

Entre les rainures des persiennes, bat une aile détachée de la lumière.

On a recouvert les lits, vidé les paniers, clos les armoires.

Sous l’ampoule d’une lampe de chevet, tu veux vérifier si tu as tout emporté. La fermeture-éclair de ta valise luit en glissant, tel du vif-argent. Toutes tes robes de soleil semblent grises. Sans doute emmènes-tu vers l’automne quelques grains de sable de l’ultime jour de plage, étoilant en guise de mémoire ton maillot de bain replié sur ses bretelles noires… Tu ne le sauras qu’une fois arrivée là-bas.

Tu me souris tristement :

-Rien ne manque !

Alors, on dépose chaque bagage sur le perron de pierre blanche.

Il suffit d’un tour de clé pour franchir un autre temps.

Mais l’on demeure là, quelques instants,

chacune se demandant peut-être secrètement

comment le rayon du silence

traverse désormais le cœur des fleurs en faïence…

Géraldine Andrée

Photo de Hatice Nou011fman
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Cet été-là

Comme il est passé vite,
cet été-là.
J’ai souvenance
de la chatte blanche

qui se prélassait au soleil,
pattes en l’air,
du bercement du feuillage,
comme si le temps demeurait en enfance.

Le chant aux mille reflets
de la fontaine
promettait de couler
éternellement.

Et pourtant, cet été
a fui en un clin d’œil.
Nous avons glissé
vers la nuit des étoiles,

celle des météores
qui traversent le ciel,
laissant pour un bref instant
leur traîne d’or.

Cette nuit
de lumière,
je le savais,
annonçait l’automne.

Même si les pommes
étaient vertes encore,
je voyais déjà
quelques lueurs rousses

parsemer l’herbe
sous mes pas
et le soir, il fallait mettre
un chandail.

J’ai souvenance
d’un été
qui semble avoir duré
un dimanche.

Un matin, tu as rangé
les chaises pliantes
de la terrasse,
juste avant cette averse

qui a emporté
au passage
quelques feuilles
de la treille.

Après, plus rien
n’a été pareil.

Géraldine Andrée

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Le poème oublié

C’est un poème
que tu avais oublié
au fil
de toutes ces années

et que tu retrouves
par hasard
en rangeant les tiroirs
de ton bureau,

griffonné à l’encre noire
sur un vieux papier
un peu froissé.
Tu le relis

avec l’appréhension
de le juger
niais ou – pire –
complètement raté.

Mais plus tu avances
sur ce frêle
chemin
qui enjambe

les lignes,
plus il te semble
que tu te reconnais,
et que tu avais rendez-vous

avec ton autre toi-même
aujourd’hui,
depuis la lointaine
journée

où tu as tracé
cet itinéraire
qui te mène
à ton ancienne vérité.

Alors, tu souris
à cette jeune femme
timide
que tu étais

et qui te fait signe.
Puis tu recopies
son poème
sur ton cahier actuel,

même si tu sais
que d’autres cahiers
le recouvriront
de leur pile

et qu’il deviendra
au fil des années
un poème
oublié.

Géraldine Andrée

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Il n’y a rien d’autre à faire

Où aller
sinon au bout de ma phrase
Que prévoir
sinon un jour d’écriture
de plus
et à celui qui me demande
si j’ai des projets
en cours
simplement répondre
que je suis au bon endroit
de la page

Qu’importe
que je sois
en haut
en bas
au milieu
à gauche
à droite
je vis toujours
en mon centre

Il n’y a donc rien d’autre
à faire
qu’écrire
dès qu’apparaît
le premier point
de lumière

Géraldine Andrée

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Mon rituel matinal

J’écris une lettre à Dieu chaque matin, une lettre où il y a des doléances, des récriminations parfois, des demandes certes, mais aussi des gratitudes et même si la journée n’a pas été top, je peux Le remercier pour un bouquet de soleil dans la rivière qui brillait lors du passage en train, Le remercier pour avoir aiguisé mon attention sur les humbles beautés de chaque jour.

Géraldine Andrée

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Chemin de neige

J’avance,
je laisse mes traces
dans le silence.

Sont-ce
des empreintes
de pattes de chat ou d’oiseau ?

Je ne sais…
Je m’enfonce
dans cet espace de neige

pour voir éclore
la première primevère,
la lueur d’une brindille,

apparaître le miracle
d’une tige
qui percerait

toute cette blancheur
muette
et tandis que je me penche

sur un frêle
point d’espoir
à naître,

deux mots
mêlent
leur pétales,

Vie,
Étoile.
J’écris

jusqu’à Toi.

Géraldine Andrée

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L’ultime murmure

Le dernier convive est parti.
On a fermé la grille,
rentré la table et les chaises
pour la nuit.

Le silence
s’avance
sur la terrasse
sans laisser

trace
de ses pas.
Seule,
la lueur

de la petite lampe
du seuil
éclaire
le souvenir

de ton ultime
murmure
qui volette
encore

jusqu’à ma chambre,
telles
les virgules
de la phrase

d’or
d’une luciole
qui passe
sans cesse

devant
le regard
attendri
de ma mémoire…

Géraldine Andrée

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Le platane de ton enfance

Le platane de ton enfance
flamboie encore
à la fenêtre de ton feuillet
encadré d’or

Géraldine Andrée

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J’écris qui je suis

Écrivez cette simple question en haut de votre page : 

Qui suis-je ? 

Nous l’avons vu, vous êtes bien plus que ce que les gens disent de vous. Les sagesses ésotériques enseignent que nous venons tous de la Lumière, que, selon les mots de Teilhard de Chardin, nous sommes un esprit “venant faire une expérience humaine” dans cette matière terrestre qu’est le corps. 

Autrement dit, notre nom, notre visage, notre métier, notre entourage sont éphémères. Nous passons en tant qu’esprits à travers eux pour rejoindre ensuite une vibration immense. 

Il est peut-être temps de trouver notre essence… 

  • Si vous étiez un vaste espace, que seriez-vous ? Un océan ? Un ciel ? Un désert ? Une nuit étoilée ? Écrivez un petit texte poétique commençant par Je suis. 

“Je suis la nuit qui porte toutes les étoiles. Une seule brille en moi, plus intensément que toutes les autres. C’est l’étoile de ma naissance. Elle m’indique le chemin à suivre ; le chemin à vivre.”

  • Maintenant, imaginez que vous êtes le tout petit. Que seriez-vous ? Une brindille ? Une pervenche ? Un caillou ? Un cheveu d’enfant ? Un fétu de paille ? Une aiguille ? Une goutte ? Rédigez un petit texte où vous vous inventez… grain, pétale, étincelle flottant dans le très grand – le ciel, l’océan, le désert, la nuit… 

Je suis libre comme un fétu voguant dans le vent.

  • Que ressentez-vous ? Notez ces mots-clés : ouverture, liberté, épanouissement, expansion… 
  • Associez-y des sensations : ma poitrine se dilate ; j’ai chaud ; je me sens bien, apaisée, délivrée… Je me gorge de silence… 
  • Coloriez ces mots. Entourez-les. Vous pouvez même les peindre, y associer un dessin ou une image qui vous inspirent… 

Voilà. C’est Vous. Votre plume vous a défini de manière plus large que la définition courante que vous vous donnez et que les autres vous donnent.  

Et vous voilà parti pour un autre voyage. 

Géraldine Andrée

Extrait de mon livre J’écris ma vie

Publié dans Journal de ma résilience, Le cahier de la vie, Le cahier de mon âme, Le journal des confins, Le livre de vie, Poésie, Récit de Vie, Un troublant été

L’envol

Une fois que tu as obtenu ton Bac de Français,
tu prends ton envol.
C’est le jour de l’embarquement.
Tu te souviens encore du tee-shirt blanc à pois bleus
qui dénude tes épaules et dessine ta poitrine naissante.
Tu prends l’avion pour des vacances à Sallanches.
En vérité, l’avion est tout petit et il y a peu de monde qui monte.
« C’est un coucou » comme dit ta mère.
Mais peu importe.
Tu prends ton envol
pour le marché aux fleurs et aux fruits
que tu parcours le matin avec ta tante,
un panier d’osier à la main.
Tu prends ton envol 
pour le chemin derrière la maison
qui fleure bon le gazon.
Tu prends ton envol
pour le champ d’avoine folle
que tu traverses
à toute vitesse,
juste avant l’orage,
pour le sifflement du vent
qui t’enivre
et dont la force
s’apprête à arracher ton livre
que tu tiens pourtant serré
contre ton sein.
Tu prends ton envol
pour la chanson de Cabrel,
L’encre de tes yeux,
que ton oncle te fait écouter
près de la lampe à pétrole.


Tu prends ton envol
pour les après-midi de pluie
qui frappe
la mansarde
pendant que tu recopies
des poèmes que tu ne trouves jamais réussi
dans des cahiers neufs
et vite salis.
Tu prends ton envol
pour ton désir de ressembler
à la poétesse Marie Noël
sans jamais y parvenir,
mais tu es si jeune alors !
Tu prends ton envol
pour cette journée au lac
que tu passeras seule,
tes cousins t’ayant abandonnée
pour jouer avec leurs copains.
Et tu prends ton envol
pour chaque grain de sable
que tu compteras
en les laissant glisser
entre tes doigts.
Tu prends ton envol
pour la conscience
que tu as déjà
de la vie qui passe
et de la solitude
qui t’accompagne
en tout lieu.
Et tu te revois,
adolescente
qui te sourit
de loin
aujourd’hui.
En vérité,
c’est toi qui t’envoles
vers elle,
en prenant pour ailes
ce poème.

Géraldine

Extrait de mon récit de vie inédit
La Dernière
qui sera publié où quand comment je ne sais



Photo de Anna Shvets
Publié dans Créavie, Journal de silence, Le cahier Blueday, Le cahier de la vie, Le cahier de mon âme, Le temps de l'écriture, Récit de Vie

Les cahiers inachevés

J’ai toujours éprouvé de la compassion pour les cahiers inachevés :

Le journal intime que l’on se jure de tenir chaque jour des vacances et que l’on laisse de côté parce que l’on pense avoir rencontré le grand amour et que les mots manquent.
Le cahier que l’on ferme et que l’on ne rouvre plus parce qu’il y a le ménage, les courses, les enfants. Les siestes du petit dernier ? Elles sont toujours trop courtes pour que le récit d’enfance soit poursuivi !
Le cahier oublié sur un siège de métro. Pour effacer le regret de ton étourderie, tu en achètes un autre mais ce n’est plus la même chose : tu ne retrouves pas le vrai poème que le jardin du temps passé t’a inspiré…
Le cahier que l’on abandonne dans un coin parce que la vie est mille fois plus importante, qu’il ne faut pas la fuir en empruntant le fil de l’encre « et puis cela ne sert à rien d’écrire de toute façon qui me lira je ne suis qu’une personne lambda ».
Le cahier que l’on juge si mal écrit qu’il ne vaut pas la peine d’être rempli. On a trop honte et cette phrase bancale au feuillet 3, « c’est bien la preuve que je n’ai aucun talent ».
Le cahier jeté à la cave car franchement, qui suis-je pour parler de mes sentiments ?
Le cahier qu’il faut quitter d’arrache-cœur parce que les événements nous précipitent sur une autre route.
Le cahier interrompu par l’accident, le deuil brutal, la maladie foudroyante.
Et puis, les cahiers des déportées
– Etty Hillesum,
Anne Frank –
dont les pages blanches
demeurent des ailes
à jamais attachées à la terre
pour que chaque homme
s’élève
dans sa lumière.

Géraldine Andrée

Publié dans Cahier du matin, Créavie, Le cahier Blueday, Le cahier de la vie, Le livre de vie, Un troublant été

Méditation pour un cahier

Voilà. C’était écrit.
J’arrive à la dernière page et à la ligne ultime de mon cahier.
C’est toujours un petit deuil de terminer un cahier,
surtout celui-là,
à la couverture argentée,
car j’ai eu beau chercher dans toutes les librairies-papeteries de la ville,
je n’ai pas trouvé le frère qui lui ressemble.
J’avais acheté ce cahier à Florence,
dans une petite ruelle transversale au Palazzo Vecchio,
non loin d’une église
dont le soleil d’août
rassemblait les étincelles des tuiles
en un bouquet roux.
Mais ce cahier ne doit pas me faire oublier que chaque cahier est unique,
qu’il soit le précédent
ou le suivant.
Aussi le fermer équivaut-il à clore la fenêtre d’une énième maison de vacances
dans laquelle je ne reviendrai pas de sitôt.
Je le relirai dans six mois peut-être,
avec suffisamment de distance
pour le considérer comme le journal de quelqu’un d’autre.
Je dresserai un sommaire de mes idées essentielles,
réunies en un titre évocateur pour mon cœur.
Je soulignerai les passages qui m’étonnent
avec une encre brillante.
Je suivrai le chemin de mon écriture jusqu’à celle que j’étais
à un moment précis, dans la couleur du jour où j’écrivais.
Je retrouverai ce cahier comme la chambre d’un ancien été
après avoir longtemps voyagé.
C’est ainsi que je vieillis
de cahier en cahier.
Chaque jour vécu est une page tournée.
L’écriture est une traversée de ma vie
et j’accepte ce destin
sans mot dire.
Certes, il y aura bien d’autres cahiers à la suite de celui-ci
car comme je vais écrire, je vais vivre.
Je me vois relier plus tard tous mes cahiers
avec un long fil argenté,
le fil de la vie,
car ce geste aussi,
il est écrit.

Géraldine Andrée

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Les lettres de l’enfance

Ce jour qui était écrit
est arrivé.
La valise est prête.
Dedans, ont été rangés
la robe de printemps
au col ouvert
comme une corolle,
le maillot de bain
bleu uni
en une seule pièce,
la collection de barrettes,
un sachet de sucettes
multicolores,
Le Petit Prince
de Saint-Exupéry,
du papier à dessin,
des feutres
et la poupée Annie.
Mon enfance s’en va
pour des vacances
qui dureront
toute une vie.
Mais mon enfance
me dit :

« Je t’écrirai des lettres
où je te raconterai
comment j’ai sauté
dans la vague,
comment j’ai accroché
toutes mes barrettes,
tels des papillons,
sur mes mèches
de soleil,
comment j’ai partagé
mes sucettes
avec une amie
plus petite
que moi,
comment j’ai maquillé
avec mes feutres
le visage d’Annie
pour les noces
de l’astre
et de la rose
et comment ma robe
en corolle
annonce
d’autres
métamorphoses.

Ces lettres,
je te les enverrai
pendant toute
ton existence
pour que tu n’oublies pas
que j’existe,
pour que tu saches,
malgré les épreuves,
comment vivre
et pour que tu en fasses
un grand livre
de dons
et de grâces
dédié au jour
ultime. »

Géraldine Andrée

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Bilan de mon cinquantième jour du Défi d’écriture inspirée de Lilou Macé

  1. Je suis fidèle à ce rendez-vous avec moi-même qu’est l’écriture. J’en fais une méditation qui commence ou prolonge ma journée. Écrire m’aide à « m’encrer » dans mon paysage intérieur.
  2. « N’écris pas sur ce qu’il doit être changé dans le monde. Écris sur ta propre métamorphose. De toute façon, chaque poème que tu écris, aussi petit soit-il, fait grandir le monde. Tout ce que tu as à faire, c’est écrire. Suivre chaque trace que laisse la vie, un filament de nuage, un rayon qui s’attarde sur la mousseline, le frêle chemin de la goutte et l’écho de la note du clocher dans le silence. L’écriture est une vague. Écris sur cela, sur le fait que tu entres dans l’écriture comme dans l’océan. »
  3. Je fais confiance au fil de l’encre qui me fait traverser la vie comme un bras de mer menant à l’infini. Je n’oublie pas que mes rêves s’incarnent déjà sur la page. Ils sont des feuilles que j’offre au monde par ma seule intention.
  4. Le livre de Natalie Goldberg Pourquoi écrire va vous rendre heureux est vraiment devenu un ami d’écriture, en plus d’être un compagnon de vie.
  5. Retravailler la page sur les blessures. J’ai aimé écrire sur la mémoire de mon enfance. Cela m’a appris ce qu’impliquent le combat ou le lâcher prise, quand il temps d’agir, quand il est temps de se reposer. Le courant de la vie est fait de flux et de reflux. L’écriture inspirée me fait sentir ce rythme.
  6. Pour écrire, j’ai besoin de 
    -chocolat
    -café ou thé
    -silence
    -lumière tamisée de la lampe
    -musique douce.
    C’est un rituel qui donne au quotidien une dimension sacrée.
    L’écriture devient un temps et un lieu.
  7. Une fois que j’ai écrit, c’est comme si j’étais arrivée à destinée pour cette journée – et seulement pour cette journée.
  8. Écrire en me reliant à ce qui est à la fois le plus élevé et le plus profond en moi – cette voix qui me guide, cet esprit universel qui a inspiré tant d’autres avant moi – est une toilette de l’âme. Et même si j’ai déjà écrit ce message, je le réécris encore et encore.
  9. Mes intentions pour la suite et la fin de ce défi :
    -Me centrer sur ma réalité, ma vérité
    -Me déconnecter pour un temps du monde extérieur, de ses remous, de ses tempêtes – voire de son chaos
    -Continuer à expanser mon entreprise d’écrivain biographe
    « Tu es sur une excellente voie/voix, Géraldine ! Bravo ! »
    -Ne pas procrastiner sur Internet
    -Apprivoiser les petits matins
    -Faire de chaque page de mon cahier une fenêtre
    -Progresser dans mon cours de psychopathologie. Un jour, je pourrai joindre le métier de praticienne en psychologie à mon métier d’écrivain biographe
    -Cultiver la confiance en moi
    -Faire ainsi confiance au chemin, toujours aussi excitant que le but
    -« M’encrer » dans mes sensations en écrivant. Mon corps a beaucoup à me dire !
  10. La fête est d’abord un état d’esprit. Alors, chaque instant est une fête à célébrer sur mon cahier !

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Le livre de vie, Récit de Vie

Le parfum de l’écriture

Les jours où je me consacre entièrement à l’écriture, je porte mon parfum préféré, mon parfum merveilleux et inspirant, qui mêle les senteurs de la mandarine, du miel, du jasmin avec les deux notes enlacées du gardénia et de la fleur d’oranger en son cœur.

Je le vaporise dans mon col de laine tout en songeant à l’idée précise d’un poème.

Et j’avance au fil de l’encre qui fleure bon la terre des sous-bois

vers la vanille des gâteaux, les bâtons de réglisse, le livre emprunté à la bibliothèque de la plage, le cuir de mon cartable, l’herbe trempée par la rosée dont la lumière du matin est tout infusée, le lait pour la peau de bébé, le savon de Marseille qui éclaircit le linge, le foin coupé, la peinture à huile, la colle qui relie les pages de mon premier journal intime que je me suis artisanalement fabriqué.

Le parfum de ma journée d’écriture m’invite à écrire sur d’autres fragrances de mon enfance.

C’est ainsi que je peux débuter une biographie avec vous. Il suffit d’une seule odeur qui vient – celle du pain chaud, par exemple, de la mandarine ouverte, de la cire qui fond sous la flamme, au cœur d’un Noël très ancien –
pour que le récit de votre vie,
la vie de votre récit
commence.

Géraldine Andrée

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Un peu de ciel

Entre deux phrases,
décris la couleur du ciel.

Dans l’espace
entre le point et la majuscule

ou entre deux paragraphes,
dépose une touche

de ciel avec ta main.
Entre deux phrases

qui t’emmènent loin,
n’oublie pas de garder

un peu de ciel
pour Demain.

Je souhaite à tous ceux qui passeront ici un beau Noël,
d’abord fête spirituelle.
Gardons espoir
dans le noir.

https://lencreaufildesjours.com/ vous dit
À l’année prochaine pour de nouveaux récits de Vie !

Géraldine Andrée

Photo de Abdullah Ghatasheh


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La plume de la lumière

Aujourd’hui, elle a décidé d’écrire sa vie, non comme les autres la lui avaient prédite, mais comme elle l’avait choisie. Alors, elle s’est acheté à la papeterie Lotharingie un stylo aux reflets de lumière, pour noter dans l’espace de chaque page nouvelle ses projets et ses rêves, ses souhaits les plus chers, toutes les aventures qu’elle se permettrait, les expériences qui naîtraient de sa confiance en l’Univers. Elle ne demeurerait plus en arrière, retenue par les oracles d’autrui. Le stylo la ferait avancer vers la version la plus claire d’elle-même.

Visualisez votre stylo magique. Visualisez sa pointe, son coloris, l’encre qui passe par lui pour incarner votre vie sur le papier, dans ce texte qui prendra corps.

Qu’allez-vous écrire aujourd’hui pour devenir un peu plus ce que vous êtes promis à être ?

Géraldine Andrée