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Publié dans C'est ma vie !, Collections de l'esprit, Grapho-thérapie, histoire, Le cahier Blueday, Le cahier de mon âme, Le livre de vie, Le temps de l'écriture, Poésie-thérapie, Récit de Vie

Le livre idéal

Je veux lire le livre idéal,

c’est-à-dire

celui qui correspond depuis toujours à mon âme, celui qui évoquera l’éclosion du poème de chaque jour en moi et qui me fera la louange de la couleur des heures de ma vie.

Je déambule dans les couloirs des bibliothèques où tout murmure est interdit. J’entre dans les librairies des ruelles secrètes. J’explore le silence dans lequel j’entends le fin crépitement d’une reliure qui se décolle de la reliure voisine. Et il me semble être l’impuissant témoin de la mèche d’une bougie qui se brise avant que sa flamme n’ait pris naissance. Mon pas me mène jusqu’au cœur du quartier historique, où luit par intermittence l’enseigne d’un bouquiniste. Je pars en quête de mon trésor dans l’ombre épaisse qui recouvre les ors des vieux ouvrages laissés là, tout au bord du monde…

Pas la moindre étoile d’un mot n’éclaire tous ces titres qui me regardent.

En vain, je cherche dans leur couverture noire mon visage.

Il n’existe pas, hélas, ce miroir…

Mais je refuse de céder au désespoir.

De retour chez moi, je décommande le dîner avec l’amant

puis j’allume la petite lampe du soir,

et sur le cahier blanc

qui bruit comme une île au vent,

je commence à écrire la première phrase de mon livre idéal,

ce livre qui – je le sais,

en traçant patiemment les grandes lignes de la destinée de mon histoire –

me ressemblera trait pour trait.

Géraldine Andrée

Publié dans L'alphabet de l'herbe, Poésie

L’écriture et la connaissance

Écrire nécessite de connaître les choses.

Mais surtout, écrire nécessite de saisir ce que connaissent les choses.

Que savent-elles ?

Que sait l’arbre ? Que sait la pluie ? Que sait le vent ?

Pour cela, il importe, en écrivant, d’être l’arbre, la pluie, le vent,

faire l’expérience, une feuille après l’autre,

du souffle sur chaque goutte.

Écrire le ressenti d’être le monde dans un mot, quand toutes les étoiles sont réunies.

Alors, on ne cherche plus désespérément le puits de l’inspiration.

On accueille l’évidence de ce qui est

à fleur de notre conscience

et on en fait un roman,

une nouvelle,

un poème court

qui célèbre le simple miracle

de nous mener à la connaissance

d’un autre jour.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Journal de silence, L'alphabet de l'herbe, Poésie-thérapie

Écrire ou donner une voix au silence

L’écriture du silence

Écrire, c’est s’écrier en silence

Je me souviens d’avoir été subjuguée, adolescente, par le tableau Le Cri d’Edvard Munch, ce cri lancé sur un pont face à l’ineffable, face à l’invisible et qui semble traverser la toile pour cribler le cœur du spectateur.

J’ai déjà expliqué dans mon billet Le cahier de l’indicible comment l’écriture reformulait ce qui était crié en silence, comment elle permettait à ta voix de reprendre toute sa place originelle sur la page, telle une constellation qui apparaît de manière évidente dans la nuit. Je t’ai montré comment mettre en voix le non-dit, voire le tabou.

Aujourd’hui, je souhaite que ton regard aborde un autre angle de l’écriture.

Certes, tu fais résonner, en écrivant, ta voix dans le silence.

Et si, dès demain, sur tes pages du matin, tu donnais une voix aux multiples silences de ta vie ?

L’écrivain – et chacun de nous est un écrivain à partir du moment où il fait de l’écriture une pratique quotidienne – parle souvent au nom de tous ceux qui ne peuvent s’exprimer.

Par des personnages emblématiques d’une classe sociale brimée – il en est ainsi du forçat comme Jean Valjean, de la prostituée qu’est Fantine, de l’enfant maltraitée Cosette -, par des héros fictifs qui affrontent, tels de courageux Misérables, le déterminisme d’une vie que la société a écrite pour eux, l’écrivain remet le lecteur au contact du vrai fil de son existence. On sait, comme dit Jung, que tout ce qui n’a pas été clairement énoncé en conscience revient sous forme de fatalité. Les écrivains offrent donc une chance à leurs lecteurs, par le truchement d’êtres de papier – y compris quand ce ne sont qu’eux les lecteurs -, de s’écrier :

– Mais, c’est mon problème, cela ! Comment puis-je faire pour le dépasser ?

De même, pour avoir lu beaucoup de poèmes, je crois que l’écriture donne une voix à tous ceux qui ne parleront jamais – tous ces animaux, toutes ces plantes et ces choses qui, pourtant, nous font signe chaque jour, en quête de notre reconnaissance.

Prends ton cahier et dresse une liste d’écriture de tous ces silences dont tu pourrais être le porte-parole.

Il en est ainsi

  • des amis que tu as perdus de vue et qui, parce que vos adresses respectives se sont égarées, ont cessé de te donner de leurs nouvelles et de te demander des tiennes. Écris une lettre comme si tu étais à leur place. Invite-les à te raconter leur vie – ce qu’ils sont devenus, comment ils ont évolué. Peu importe que cela soit vrai ou pas. L’essentiel est que tu métamorphoses leur silence en danse des phrases. Et qui sait si, demain ou après-demain, une synchronicité ne surgira pas sous forme de rencontre ?
  • des défunts, de tous ces êtres chers partis dans l’au-delà. Allume une bougie devant ton cahier et instaure un dialogue avec eux en laissant aller ta plume, tout simplement. Il arrivera un moment dans la page où ta main voguera sur le papier, traversée par un étrange courant, guidée par un mouvement qui vient de bien plus loin que ta volonté – comme si ta main vibrait. Ne t’inquiète surtout pas. Fais confiance à cette ondulation. L’Univers sait quel chemin tu peux suivre pour atteindre le mystère de l’autre rive.
  • des objets qui te sont précieux sentimentalement – ceux que tu as conservés et ceux que tu as perdus. Retrace, par exemple, l’histoire de ce service à thé de porcelaine de Chine qui a franchi les époques pour venir jusqu’à toi. Et ce tableau peint par ta grand-tante ? Raconte l’instant qui correspond au point initial, lorsque ton aïeule a posé la première touche de couleur sur la toile.
  • des animaux qui t’entourent, des animaux décédés ou encore des animaux sauvages qui te fascinent. Instaure un contact avec eux en décrivant par des phrases brèves ou amples le rythme de leur respiration, de leur course, de leur galop… Que contemples-tu dans leur regard ? Que comprends-tu à leurs jeux et à leurs cris ? Évoque comment tu perçois le caractère inconditionnel de leur présence qui dépasse les barrières du langage verbal.
  • des poèmes que tu écris au nom de la pluie, des forêts, des rivières. Qu’aurait à te dire une pervenche ? Quel message te transmettrait le chêne de ton enfance ? Que te chanterait un fleuve ? Quel mot placerais-tu sur la note de cet oiseau ? Écris sans t’interrompre, sans lever la main, pour laisser couler de source ce qui va se dire et dont tu es le messager.

Tu t’apercevras, ainsi, qu’en donnant une voix à tous ces soi-disant silences, en laissant parler librement tous ces êtres et toutes ces choses qui ne parlent pas le langage humain, tu te mettras à l’écoute de ce qui t’était caché.

Et ce ne sera plus ce que tu écris qui constituera une révélation, mais ce que tu entends dans ce que tu écris.

Tu seras sensible à tous les souffles ténus qui te soutiennent, qui ravivent et renforcent ton souffle. De surcroît, tu prendras conscience que le silence n’est pas une fatalité car tu n’es jamais seul. Jamais. Tu es en permanence entouré de signes – y compris ceux qui te paraissent les plus insignifiants comme le spot de cette vitrine qui s’allume quand tu passes.

Et – chose extraordinaire -, tu redonneras alors la parole à des sentiments que tu avais trop longtemps étouffés en toi. Tu te surprendras à les mettre en scène, à être à la fois le dramaturge, l’acteur et le spectateur de cette rencontre que tu retranscriras en vivante saynète de théâtre :

– Bonjour ! C’est moi, ta joie d’enfant ! Pendant trop longtemps, tu es passé à côté de moi sans me voir ! Ce soir, je vais te dire comment ton étoile s’appelle…

Alors, ne résiste pas, je t’en prie ! Note le nom de ton étoile pour mieux ensuite invoquer des réponses de sa part.

Quel éclat a-t-elle donc ?
Ne ressemble-t-elle pas à cette goutte d’encre de couleur qui s’allume dans le ciel du papier
et qui contient tous les mots du monde ?

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de silence, L'alphabet de l'herbe, Méditations pour un rêve, Poésie

Les possibles de la page

Suzuki déclare que c’est dans le silence de la méditation
que la présence se révèle
et que le moment qui précède l’illumination
est déjà l’illumination.

Et il se dessine dans la nuit
un chemin de neige dans les Vosges de mon enfance.
Je sais, en marchant, que tout peut apparaître
dans ce blanc :

la trace d’une patte d’oiseau,
la pointe d’une souche,
l’éclat d’un caillou,
un perce-neige précoce,

la frêle feuille
d’une pousse nouvellement née.
Alors, je suis à l’affût,
en me penchant sur la page,

de la moindre trace de l’envol
d’un poème,
d’une virgule qui perle
à fleur de ma plume

– invitation à aller plus loin
que le premier signe -,
du scintillement d’un mot
qui m’annonce une autre saison.

J’observe ce qui surgit
ça et là, dans l’espace
devant moi,
quelle phrase minime

qui, telle une tige
timide,
me promet
sa radieuse croissance…

J’ai conscience
que sur le long chemin de neige
du papier,
l’idée possible

qui précède
mon œuvre
est déjà
une réalité.

Et parce que la discrète
étincelle
est à l’origine
de la flamme la plus haute,

c’est ainsi que j’avance,
en m’éclairant
avec ce silence
initial.

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

L’aile de papier

Je t’ai trop longtemps retenu captif dans ma mémoire,
toi qui me murmures au cœur de la nuit :
« Je veux être libre. »

Alors, sous la lampe qui m’éclaire juste avant l’aube,
je détache une feuille
de mon cahier de souvenirs

et à la pointe de ma plume qui écrit
ton nom et ce seul mot, Adieu,
crépite l’aile de papier.

Tu t’es envolé.

In memoriam, nuit du 11 au 12 novembre 2018

Géraldine Andrée

Publié dans Le journal de mes autres vies, Créavie, Journal d'instants, Le journal des confins, Le livre de vie

L’au-delà de l’écriture

On croit souvent, dans notre vie quotidienne, que l’on est séparé du rythme des saisons, du souffle des marées, de la ronde des étoiles, de l’Univers et de la Vie elle-même.

Bien entendu, cette séparation n’est qu’une illusion.

Lorsque tu écris, le fil de l’encre te relie à tout ce qui a existé, à tout ce qui est présent et tout ce qui doit advenir. La force du ciel te traverse et tu en assures la transmission sur cette nouvelle terre qu’est la page.

  • Relie-toi aux feuilles chatoyantes du jardin de ton enfance. Et voici un poème.
  • Penche-toi sur la goutte de pluie qui luit sur le pétale d’une pervenche. Et tu vois poindre un haïku.
  • Va à la rencontre de ta tante Marie qui se coiffe dans la grande chambre ; envoie-lui un signe dans le miroir. Tu fais ainsi la connaissance du premier souvenir de ton autobiographie.
  • Sois ami avec le reflet du réverbère dans la flaque. Et tu marches sur les pas du détective de ton roman policier.
  • Retrouve comme le matin de tes cinq ans ton théâtre en carton-pâte. Ce sourire que la marionnette te renvoie, c’est le tien. Et tu peux diriger ta lampe de chevet vers cette scène exceptionnelle dont tu es l’heureux dramaturge.
  • Fais serment à la robe de Catherine de ne jamais la quitter du regard lorsque ses volants ondoient dans cette danse avec un fiancé fourbe. Et tu entres au cœur de cette nouvelle où tu comprends combien l’héroïne trahit ses propres espérances.
  • Sois à l’écoute des forêts, des espaces vierges, des abysses. Et tu seras le nouvel explorateur de ton roman d’aventure.
  • Permets au plus insignifiant brin d’herbe de te parler. Et tu détiendras la formule magique qui t’ouvrira les portes du royaume de ton conte.
  • Prends conscience du mégot dans le cendrier, du verre de coca, de l’ombre qui gagne la chaise, d’un nuage qui passe, de l’écho d’une sonnette quelque part. Et intègre tous ces détails à la page de ton roman. Ne ressens-tu pas comme tu es désormais uni à la Vie ?
  • Quant aux défunts, tes chers défunts… L’espace vide qu’ils te laissent n’est qu’une croyance. Si tu affines ta perception comme la mine de ton crayon, tu retrouveras le grain de beauté sur la joue de ton père, le col ouvert de sa chemise rouge, un bouton qui manque à sa veste, le lacis bleu des veines de ses poignets quand il lit le journal au soleil, sa façon lente de préparer le café – vois comme il remplit chaque tasse, cuillerée par cuillerée… Il a tout son temps dans ta mémoire…

L’écriture te relie à une autre forme de présence. Un visage que tu as connu dans l’une de tes multiples vies apparaît à la fenêtre d’un mot voguant sur le blanc pour t’accompagner dans ton voyage infini.

C’est ainsi. En suivant le fil de l’encre jusqu’au bord de ton cahier, tu es parvenu à l’autre rive sans jamais perdre de vue la rive que as quittée car tu as compris une chose essentielle :

L’écriture t’a guidé vers cet au-delà qui est en Toi.

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, C'est la Vie !, Ecrire pour autrui, Grapho-thérapie, Je pour Tous, Journal de la Lorraine, Le livre de vie, Psychogénéalogie, Récit de Vie

« Je vous parle avec mon cœur », livre coécrit par Axel Ménard-Burgun et Géraldine Muller

La résilience, c’est faire de ses épreuves un livre de Vie.

Il n’y a pas de déterminisme, de fatalité, de chemin tout tracé, dicté par des circonstances extérieures contre lesquelles on ne peut rien.

Nous pouvons tracer notre chemin personnel sur le papier avec une plume qui va nous rendre plus légers.

Je vous parle avec mon cœur est la nouvelle biographie réalisée avec Axel.

Elle nous présente le parcours de la dyslexie vers la résilience car la souffrance est non seulement source d’enseignement, mais aussi elle contient en germe notre guérison.

« Mon désir ? Parler au cœur de chacun, au nom de tous les dyslexiques et de tous ceux qui sont handicapés – qu’ils soient visibles ou invisibles. Que ce récit, qui constitue l’œuvre d’une vie, retrace mon voyage vers la résilience car nous avons tous à apprendre de notre souffrance. Et quelle satisfaction, alors, que d’avoir transformé nos manques en ressources ! Je veux faire de cette longue lettre adressée à tous ceux qui sont rejetés pour leur singularité, un simple signe qui invitera chaque lecteur à mieux les connaître.« 


« Je souhaite faire de ce livre non seulement un témoignage du calvaire que j’ai enduré, mais aussi une preuve selon laquelle on peut transcender ce handicap de la dyslexie, en avançant davantage, en faisant un pas de plus chaque jour, en se dirigeant sans jamais se décourager sur la voie de la guérison. J’utilise désormais chaque instant de ma vie comme l’occasion d’aller un peu plus loin vers moi-même. 

Je veux montrer à tous les enfants et adolescents qui souffrent de ce diagnostic que l’on peut se battre et ainsi gagner en parole, en liberté et en droit de dire au monde qui nous sommes. « 

Pour plus de précision, il est possible de se rendre sur l’article de L’Est Républicain :

https://www.estrepublicain.fr/culture-loisirs/2022/11/01/axel-menard-burgun-combat-espoir-et-resilience-face-a-la-dyslexie

Géraldine Andrée Muller

Écrivain privé-biographe familiale-psychobiographe, spécialisée dans le récit des résiliences et des parcours de vie difficiles

Publié dans Journal de mon jardin, L'alphabet de l'herbe, Poésie

Quelques pas encore

L’aile
de l’ultime
rayon de soleil

s’envole
loin
de mon épaule

Je me penche
dans l’ombre
du sentier

pour récolter
peut-être
deux ou trois

graines
de ton rire
prêtes

à fleurir
au bord
de ma mémoire

mais il n’y a guère
que les frêles
points

de suspension
qu’une première
luciole

allume
après le souvenir
de tes paroles

Je reviendrai
à la belle saison
En attendant

je fais encore
quelques pas
jusqu’à la grille

que je referme
sur mon cœur
tranquille

Géraldine Andrée

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L’indépendance émotionnelle de l’écriture

On écrit pour

  • aller mieux
  • faire le point
  • éclairer son passé
  • dessiner ses projets
  • retrouver sa vérité, après avoir fait le deuil de toutes ses illusions…

Toutes ces justifications sont pertinentes. Je te suggère de dresser une telle liste de motifs d’écriture, de l’accrocher sur la première page de ton journal intime et de l’enrichir au fil du temps. Cette liste t’accompagnera dans ton évolution personnelle.

Mais, puisque les raisons d’écrire ont souvent été étudiées par les psychologues et les critiques littéraires – dont Philippe Lejeune, en particulier, dans son ouvrage Cher cahier qui interroge les motivations de l’autobiographie -, je te propose aujourd’hui de te questionner non sur l’explication, mais sur le processus d’écriture.

Remplacer le Pourquoi par le Comment ?

Comment écris-tu ?

J’écris

  • pelotonnée sous ma couverture
  • après la douche, cheveux mouillés
  • mon chat à côté de moi
  • en buvant une tasse de Yoggi Tea
  • mon cahier sur les genoux…

Très vite, si tu développes l’exercice, tu t’apercevras que tu écris sur cette question fondamentale :

Comment je me sens lorsque j’écris ?

« Quand j’écris dans mon journal, j’habite simplement l’instant présent. Je suis là, dans l’éclat de l’encre sur le cahier blanc. Je suis attentive au mouvement de ma main qui va doucement pour rattraper ce rayon de soleil. Raconter ce que j’éprouve, ici et maintenant, ma main gauche posée sur mon front tandis que ma main droite trace son chemin sur la feuille posée devant moi. Écrire est un voyage immobile. Ma poitrine se soulève lentement ; mon souffle est calme. C’est une course patiente et lente, dont la justesse réside dans l’absence d’intention.
Quand j’écris, je prends conscience que je vis.
« 

Tu explores ainsi la pureté de l’écriture en tant qu’acte gratuit. En écrivant pour écrire, tu te détaches de toute éventualité d’être lu, jugé, publié. Tu perçois combien tu gagnes en qualité d’être. Tu oublies que tu écris pour être pleinement dans l’action elle-même. D’ailleurs, tout ton corps se relâche ; tes épaules se détendent ; la pression sur le stylo se fait moins forte. Tu te laisses porter par ton propre rythme qui allie celui de l’écriture à ton souffle.

Anny Duperey, dans Le Voile noir, raconte que, pour alléger « le poids de son cœur  » – qu’elle portait depuis l’âge de ses neuf ans quand ses parents moururent tous les deux d’une intoxication au monoxyde de carbone -, elle écrivait uniquement afin d’entendre le frottement de sa plume sur le papier : cela lui faisait perdre le désir de contrôler l’incontrôlable qui avait envahi sa vie.

L’écriture devient respiration.

Dès lors, la frontière entre « faire » et « être » s’amincit. Tu t’approches du seuil de la méditation.

Et c’est au moment où s’efface la ligne qui sépare ton être de ton texte, où ta phrase rejoint ta respiration que l’inattendu – voire l’impensable – se produit. Peuvent jaillir un haïku, un poème, une nouvelle… Mais loin de toi est l’envie de travailler ce texte comme un objet d’art car il se passe quelque chose de plus important que l’art en lui-même – qui, souviens-toi, a besoin du regard d’autrui pour exister -, tu deviens – comme le méditant devient ce qu’il voit -, ce que tu écris.

Tu deviens

  • le bleu de la fenêtre à l’aube
  • l’aile de ton songe
  • une flamme follette
  • un halo de buée
  • ta propre étoile…

Tu es Toi et, en même temps, la braise dans le cendrier, la mie de pain, la goutte d’eau, la maille de ton chandail, l’ongle de ton index – si tu écris sur ça.

Tu es Toi et tout cela à la fois. Tu es Toi parce que tu es Tout. Et tu es Tout parce tu es Toi.

En te fiant au processus naturel de l’écriture, tu parviendras alors, peut-être, à saisir l’essence de ton objectif : gagner en autonomie affective, en indépendance émotionnelle par rapport à autrui. Écrire parce que tu prends plaisir à le faire et surtout, parce que tu existes et que c’est ton droit absolu de naissance de t’exprimer.

Pour finir, je te propose une liste de sujets d’écriture qui t’aideront à voyager avec ta plume vers qui tu es vraiment, au moment où tu écris :

  • Quand j’ai ouvert ma fenêtre…
  • Si j’étais une couleur, je serais…
  • Je ne me souviens pas de ma petite enfance, mais tout ce que je peux dire…
  • Alors, je suis parti…
  • Aujourd’hui, il y a dans mon cœur…
  • Je suis…
  • Je ne sais comment cela commença…
  • Je ne sais comment cela se termina…
  • J’écris sur…
  • Vivre, dis-tu..

Tels les astres dont la présence ne se justifie pas,

Que tes mots soient…

Géraldine Andrée

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Quelle était donc cette force ?

Quelle était donc cette force,

quand j’étais adolescente,

qui m’incitait à terminer mes récits

par une poésie,

à faire en sorte

que ma phrase

se déhanche

jusqu’à la lisière

du silence

pour revenir,

telle la vague,

encore plus chantante

vers moi ?

– C’était la vie,

mon amie,

la vie !

Géraldine Andrée

Faire en sorte que ma phrase se déhanche jusqu’à la lisière du silence.

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Sujets d’écriture

Écris sur

  • La chambre à jamais perdue, et les rêves que tu y as faits, les rêves enfuis dans la nuit d’un autre temps, reconstitue-les comme un puzzle coloré
  • Les yeux émeraude de la chatte feue qui réapparaît au bout du sentier
  • L’histoire d’amour de tes vingt ans qui t’a tant meurtrie
  • Ton père lisant le journal dans la lumière du matin
  • La robe à volants de tes dix-sept ans, accrochée dans l’ombre de l’armoire que tu ne peux pas ouvrir pour l’instant
  • L’oiseau qui s’est cogné contre la vitre, la confondant avec le ciel
  • Les taches d’encre sur le buvard blanc, corolles d’avant les mots
  • Ta conscience qui est sans doute la même que celle tu avais quand, âgée de cinq ans, tu marchais dans le couloir de l’appartement rue Sigoyer, les yeux scellés par une conjonctivite
  • Tes boucles d’oreilles d’étudiante qui tintaient lorsque tu tournais la tête pour suivre le trajet de ton professeur préféré dans les allées de l’Amphi
  • La nappe à carreaux rouges sur laquelle est né ton premier poème
  • La fontaine de Damas à qui tu as fait la promesse de revenir, un soir d’avril, mais tu n’as pas pu. Pourtant, tu as promis. Alors, ce sera pour une autre vie. Tu reviendras au monde uniquement pour cela : tenir ton serment envers le murmure de la fontaine de Damas dans le bleu du soir
  • L’orage qui frappe pendant que tu es réfugiée sur l’île de la peau de l’amant
  • Ton foulard qui fleure bon le parfum que t’a offert une amie à jamais partie
  • Les quais de la gare gris de givre à l’aube et, les yeux cernés par l’insomnie, tu te demandes comment tu vas supporter cette journée qui commence si tôt
  • La clarté des crépuscules de Florence
  • Les livres que tu reliais toi-même quand tu avais dix ans ; les branchettes dont tu te servais pour joindre les feuilles de tes poèmes ; il te semblait, alors, que tu étais l’éditrice de la poésie de ta vie
  • Sur le siège de devant dans le bus, la nuque de l’inconnu que tu aurais aimé embrasser
  • Le tout premier matin à Majorque et les bretelles du maillot de bain que tu fais claquer contre tes épaules avant de rejoindre la vague initiale
  • Le visage endormi de ta grand-mère sous la lampe de ta mémoire
  • L’écriture inachevée tant que tu vis

Va à la ligne
reprends ton souffle
et continue
je t’en prie

tu n’auras terminé
ton ouvrage
que lorsque tu auras été absorbée par la page
laissant pour le regard

invisible
de ton prochain
l’ultime
signe

Géraldine Andrée

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Tous ces poèmes

Je songe
à tous ces poèmes
auxquels j’ai donné
naissance,

que j’ai contemplés
en silence
jusqu’à ce que j’entende
leur frêle souffle

dans la chambre
profonde
de ma mémoire,
ces poèmes

que j’ai bercés
en secret
sur les langes
de la page

et que j’ai nourris
avec le lait
noir
de mon encre,

ces poèmes
que j’aimé
faire grandir
d’aube en aube

et dont j’ai désiré
ardemment
qu’ils existent
bien avant

qu’ils ne soient mis
au monde
aux yeux
des autres,

ces poèmes
dont je suis certaine
qu’ils ont trouvé
mon nom

pour vivre,
peut-être,
mais surtout
pour me rendre

vivante
dans le seul fait
parfait
en lui-même

qui consiste
finalement
à leur donner
naissance

dans la nuit
sans que jaillisse
l’étoile
de leur cri.

Géraldine Andrée

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Nuit bleue

C’est une nuit bleue, celle du solstice de juin.
Une nuit intensément claire mais éphémère, constellée par les lueurs de la zone industrielle, si nombreuses qu’il me semble que le ciel étoilé a glissé devant la fenêtre.
J’aurai bientôt dix-sept ans. J’entends encore en souvenir, dans le silence enveloppant la chambre de mes parents, la chanson Bella Vita de David et Jonathan qui est passée à la radio pendant le dîner, sur le transistor d’argent.
Je regarde longuement la nuit bleue, traversée de reflets rouges à cause des ultimes forges de De Wendel qui brûlent au loin, vers Hayange. Et je me demande qui lira mes premiers poèmes, qui les aimera, qui m’aimera, qui posera ses mains sur mes pages comme si c’était ma peau.
Quel amant de ce que j’écris et que je ne connais pas ? Quel amoureux de ma vie ?

Géraldine Andrée

Et je me demande qui lira mes poèmes, qui les aimera, qui m’aimera… Quel amoureux de ma vie ?
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L’écriture est lecture

Je me réveille parfois
avec cette voix qui nie tout :
-Pourquoi écrire ?
Personne ne te lit de toute façon !

Et l’idée me traverse
d’abandonner
mon carnet de vérités
pour vivre, uniquement vivre.

C’est alors que j’entends
l’herbe me murmurer :
-Mais qui dira mon mouvement
sous le vent ?

Et la lumière d’ajouter :
-Qui saura que j’ai réuni
les pays et les temps,
si tu oublies mon journal ?

Même la chatte feue
de mon enfance
me dit du haut
de son silence :

-Mes yeux font confiance
en tes souvenirs
pour transmettre
leurs étoiles !

Alors, je reprends
mon carnet quotidien
pour noter ce que j’ai lu
sur le chemin de l’herbe,

dans les lettres de la lumière
au bord de la fenêtre
et dans la constellation du regard
de la chatte défunte.

J’écris pour faire lecture
de toutes les aventures
palpitantes
que tout ce qui a été créé

originellement
sans langage
– l’herbe, la lumière, la chatte –
raconte

au monde.

Géraldine Andrée

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Écris tes peines et tes joies

Écris tes peines et tes joies, tes peurs et tes espoirs, tes renoncements et tes métamorphoses, tes étoiles et tes soleils.

Écris tout ce que tu ne comprends pas dans l’impardonnable commis.

Écris ce que tu ne peux plus changer, quoi que tu fasses.

Écris tout ce dont tu as à rougir, tes hontes et tes satisfactions aussi.

Grave dans la page le manque (d’un père, d’un amant, d’un foyer) ; écris-en un poème qui te contente au moment de son achèvement.

Écris ton chemin qui part de ce point invisible pour se fondre dans ce blanc que tu conjures par l’étincelle supplémentaire d’une goutte d’encre à laquelle tu destines le mot prochain – et pourquoi pas l’Aurore, ici et maintenant ?

Écris pour que ta feuille soit cette flamme qui t’éclaire jusqu’à demain.

Écris pour que ton cahier ressuscite dans le froissement de la page tournée ce qui n’est plus – le jardin, la maison, l’enfant, l’ami.

Écris un conte pour toi, le roi ou la reine perdu(e) dans son royaume.

Écris pour explorer ce qui se cache dans la boîte rouge à douleurs et pour en faire toute une histoire avec d’autres couleurs.

Écris pour que la Vie ait le dernier mot

Géraldine Andrée

@L’Encre au fil des jours

Peut être une image de texte
Écris pour que ta feuille soit cette flamme qui t’éclaire jusqu’à demain.
Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Je pour Tous, Journal d'une maison de retraite, Le cahier Blueday, Le cahier de mon âme, Le journal des confins, Le livre de vie, Le temps de l'écriture, Récit de Vie

La maison du cahier

À l’heure où la société devient de plus en plus instable, où l’on ignore de quoi sera fait le simple lendemain, où le pays, la région, la maison dans lesquels l’on vit sont souvent précaires, il est important d’avoir « un chez soi » toujours fidèle : un cahier.

Pour beaucoup d’exilés dans des hôtels, de malades dans des chambres d’hôpitaux, d’anciens oubliés dans les maisons de retraite, de prisonniers – politiques ou pas -, le cahier a souvent constitué l’ultime refuge, l’île de silence au milieu du bruit, la chapelle au cœur du chaos, la chambre à soi selon l’expression de Virginia Woolf, offrant une solitude inspirante et réconfortante malgré la promiscuité avec les autres qui nous sont parfois bien étrangers.

Dans un logement exigu, le cahier peut offrir la perspective d’un océan à la fois immense et familier, une étendue de liberté rassurante.

J’ai déjà lu certains journaux intimes tenus par des gens auxquels l’espace privé avait été dérobé :

Il en est ainsi, par exemple, du Journal d’une vieille dame en maison de retraite de Jean Tirelli, écho universel de la voix d’une personne âgée recluse dans sa chambre anonyme d’Ehpad, Amandine, et dont Jean Tirelli, psychologue spécialisé des longs séjours, a retracé le témoignage après le décès de la vieille dame.

La métaphore du cahier comparé à une maison n’est, d’ailleurs, pas nouvelle. On la retrouve dans des titres d’œuvre comme La Maison de papier de Françoise Mallet-Joris ou Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire. Il est certain que le cahier nous ramène toujours à notre vrai pays, celui d’où l’on vient et auquel on appartient éternellement, où que l’on soit : le pays de notre âme.

J’ai déjà évoqué dans un précédent billet Le cahier de l’indicible
comment le fait d’entrer dans mon cahier m’a aidée à supporter une vie familiale difficile. En sortant de mon journal après y avoir séjourné pendant assez longtemps, j’étais suffisamment forte pour supporter le réel car je connaissais ma vérité et je savais que celle-ci était bien différente de la réalité. Le cahier m’avait aidée à tracer les contours de mon territoire intérieur et personnel.

La sombre période de la Seconde Guerre Mondiale regorge d’exemples expliquant combien la tenue d’un journal avait permis à des réfugiés, des gens cachés ou des déportés de survivre. J’ai pris la référence d’Anne Frank lors de mon précédent billet Le cahier de l’indicible. Anne Frank rentrait chaque jour dans sa maison qui n’avait rien à voir avec l’Annexe, une maison riche de conversations intimes avec Kitty, sa confidente imaginaire qui l’invitait à venir s’épancher dans cette maison de papier qu’était le journal.

De même, dans Une Vie bouleversée, Etty Hillesum fait du cahier un foyer qui lui permet d’accéder à un autre foyer qu’est son ardeur de vivre, d’aimer, de résider en son propre centre spirituel, au cœur d’elle-même. Dans son journal de 1941 à 1943, elle évoque le moment privilégié qu’est l’écriture matinale :

« Qui pourra le dire, et qu’importe ? Ces cinq minutes m’appartiennent encore. Dans mon dos la pendule fait tic-tac. Les bruits de la rue m’atteignent comme un lointain ressac. Une lampe ronde à lumière blanche, chez les voisins d’en face, perce le jour livide de ce matin pluvieux. Ici, devant le grand plateau noir de mon bureau, je me sens comme sur une île, à l’écart du monde.« 

Etty Hillesum, par l’écriture, pénètre dans un autre refuge, celui de l’instant présent. À tout moment, elle peut être arrêtée et emmenée dans un camp. La fureur du monde peut gronder et les bombes pleuvoir… Pourtant, à cet instant précis où elle écrit, il ne peut rien lui arriver.

Aujourd’hui, il est possible que votre patron vous maltraite, qu’un appel téléphonique vous crible de chagrin et qu’un message broie votre journée. Mais l’instant où vous êtes dans votre cahier est vraiment parfait.

Beaucoup de déportés ont gardé une lueur allumée dans leur psyché grâce à leur désir de rentrer chez eux et, pour garder ce désir vivant, ils ont écrit. Depuis le camp de Therensienstadt, Robert Desnos écrit des lettres à sa femme Youki ; Viktor Emil Frankl, psychiatre inventeur de la logothérapie, reconstitue patiemment et dans le secret absolu les fragments de son œuvre qu’un nazi a déchirée. Et combien d’autres auteurs inconnus ont écrit leurs pensées ou poèmes sur des lambeaux de tissu qu’ils cousaient à l’intérieur de leurs vêtements de prisonniers ?

Et s’il n’y a plus ni encre, ni feuille ? Alors, le corps tout entier se fait maison de papier. On écrit ses mémoires dans sa mémoire ; on écrit sur sa peau et parfois, c’est le chant qui se fait cahier –

« Et maintenant que je chante !

Ma harpe donne !

Je joue, je joue, je chante !« 

écrit le poète assassiné Itzhak Katzenelson -,

voire le monde entier.

Sur mes cahiers d’écolier

Sur mon pupitre et les arbres

Sur le sable sur la neige

J’écris ton nom

chante le poète Paul Éluard dans son poème Liberté.

Qu’importe ce qui t’arrive. Qu’importe où la vie t’emmène. Qu’importe où tu es. Tu peux rentrer chez toi, faire de l’instant présent une page sur laquelle te reposer. Quand les bruits et les aléas de l’existence t’assaillent, rejoins ton cahier. Déposes-y ton manteau qui te protège mais qui se fait si lourd – ce manteau de tes certitudes, de tes fausses convictions, de tes éphémères loyautés -, reprends ton souffle. Et, dans l’espace de la page, trouve un endroit où tes amis imaginaires, partis ou défunts, peuvent s’asseoir et converser avec toi. Décore les marges, telles des pièces qui seront à l’image des différentes personnalités qui composent ton être. Accroche quelque part un miroir où tu te regarderas à loisir en toute lucidité et où tu y décèleras ta vraie beauté. Meuble ce vide encore blanc de tes rêves. Allume la lampe d’un projet.

Et, quand le temps en toi sera redevenu beau, ouvre au centre de cette page une fenêtre par laquelle l’oiseau de l’inattendu peut entrer.

Géraldine Andrée

@L’Encre au fil des jours

Publié dans Cahier du matin, Créavie, Grapho-thérapie, Journal de la lumière, Le cahier Blueday

Écrire va changer ta vie

On te dit qu’écrire va changer ta vie. On t’a enseigné le pouvoir des mots, l’importance d’être attentif aux termes que tu emploies, aux tournures de tes phrases :

– Pas de négatives, s’il te plaît ! Seulement des affirmatives, des phrases positives car, tu le sais, l’Univers retient tout !
Si tu affirmes que tu es contre la guerre, l’Univers entendra le mot Guerre et il y aura toujours plus de guerres.
En revanche, si tu affirmes que tu es pour la paix, l’Univers expansera le mot Paix en toi, dans ton foyer et dans tous les pays.
Les mots, tu le sais, constituent les aimants de la loi d’attraction.
Par conséquent, écris avec les couleurs que tu souhaites pour ta vie. Emploie les mots qui te mèneront à ce que tu désires obtenir – mer, lumière, amour, peut-être…

On te dit aussi que le mouvement de ta main, le choix de l’encre et du papier incarneront tes rêves dans un texte – qu’il soit récit ou poème…

Alors, tu prends ton stylo magique. Chaque matin ou chaque soir, tu écris. Au fil des jours, tu écris. Au fil du temps, coule ton encre. Tu te racontes des histoires positives, des aventures inspirantes.

Seulement voilà, rien ne change en apparence, dans ta vie. Le robinet fuit toujours ! Tu n’as pas encore eu le courage d’appeler le plombier. Et puis, de toute façon, tu n’aurais pas de quoi le payer… Ton amoureux ne t’a pas téléphoné. Ta mère ne te parle plus depuis deux mois. Tu vis dans ce petit appartement dont la tapisserie défraîchie devrait être remplacée.

Cela ne fait rien. Écris. Même si tu stagnes, avance sur ta page. Même si tu te décourages, tiens le stylo. Même si tu es noyé(e) par les problèmes, nage dans l’inconnu qu’est le blanc du papier. Avec l’élan de l’enfant que tu fus, embrasse la vie telle qu’elle est. Confie au silence du papier les mots qui décrivent fidèlement ce que tu vis :

-J’ai besoin d’écarter ces murs qui m’étouffent. Chaque goutte du robinet est l’une de mes larmes. Le robinet de la cuisine pleure pour moi. Je crois que Jean est égoïste. Il faut que je le quitte. Et puis, je suis dépendante de ma mère.

Écris ta vie telle qu’elle est. Et tu verras que, doucement, tandis que le fil de ton encre se dévidera, ce ne sera pas ta vie qui changera mais le regard que tu porteras sur elle. Tu la considéreras sous d’autres aspects. Tu repèreras ses angles morts et tu trouveras des solutions abordables pour chaque jour :

-Et si j’achetais demain un bouquet pour égayer cet appartement tristounet ? La météo annonce soleil. J’ouvrirai les fenêtres, en attendant mieux. Je vais remplacer mon rendez-vous avec Jean par un bon bouquin…  Et si je rendais service à ma mère ? Ce serait une façon de nous réconcilier et elle me donnerait, peut-être, l’adresse d’un bon artisan…

Les murs s’agrandiront. Ton espace s’éclairera. Ce ne sera pas ta maison extérieure qui aura embelli, mais bel et bien ta maison intérieure. Des voix y résonneront. Ce ne seront pas des amis d’un jour qui viendront te rendre visite, mais des aïeux, des guides, des anges, dans le battement d’ailes de nouvelles idées.

Un matin, tu te verras écrire :

-J’ai l’impression que j’habite autre part ! Mais ce n’est pas qu’une impression ! C’est bien réel ! En vérité, c’est dans ce nouveau Moi que je demeure !

Ainsi, tu auras fait le voyage. Tu auras franchi un pont à chaque page tournée. Tu seras arrivé(e) de l’autre côté de la rive et tu feras signe à ton ancien Moi pour qu’il te rejoigne. Tu te seras rencontré(e).

Ta vie ne sera plus la même parce que l’écriture t’aura changé(e).

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Créavie, Je pour Tous, Le cahier de la vie, Le cahier de mon âme, Le livre de vie, Le temps de l'écriture

Qu’écrire ?

Écrire pour quoi ?

Que faut-il vivre pour écrire ?

La vie doit-elle être à la hauteur de l’écriture

ou l’écriture à la hauteur de la vie ?

Qu’écrire,

sinon le bruissement

de chaque feuille

que l’on tourne,

signe du deuil

de chaque jour ?

Que chercher,

sinon le reflet de soi-même

dans le reflet de l’encre ?

Écrire sans rien attendre

de l’écriture,

aucune œuvre magistrale,

juste pour le mouvement

de la plume

vers son cœur,

parce que la vie

nous attend

ici et maintenant…

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Créavie, Grapho-thérapie, Je pour Tous, Le cahier de la vie, Poésie-thérapie

Le cahier de l’indicible

C’est lorsque j’ai atteint l’adolescence que j’ai commencé à tenir un journal. Je me souviens : c’était un cahier d’école à petits carreaux et à la couverture lilas.

J’avais lu le Journal d’Anne Frank qui m’avait fortement touchée. Les douloureux secrets de cette jeune fille au sujet de la mésentente avec son entourage et le début de son amour pour Peter alors que les mesures nazies resserraient leur étau autour de l’Annexe – endroit où elle et sa famille s’étaient réfugiés – m’avaient troublée. Je pressentais que l’écriture pouvait être un remède à ce qui était tu, à ce qui était impossible à dire et que le récit que la jeune Anne faisait de sa vie était toujours à la lisière de l’indicible.

Moi-même, j’ai donc commencé un journal intime. Je me suis mise à écrire car, animée par une sourde révolte envers une famille qui ne me donnait pas le droit de m’exprimer sous peine de punition, je ne pouvais me permettre de crier. J’ai donc crié en silence sur ce cahier d’école.

Plus tard, bien plus tard, après avoir lu les travaux de Philippe Lejeune sur l’autobiographie, j’ai réalisé combien l’écriture était d’abord un dialogue caché entre soi et soi, une conversation profondément intime.

Cette révélation m’a été confirmée il n’y a pas si longtemps par les propos tenus par Amélie Nothomb, lors de son entretien dans le cadre de l’émission Conversations d’un enfant du siècle avec Frédéric Beigbeder sur Radio Classique le 02 septembre 2022 :

« L’écriture est d’abord une affaire de silence.« 

De même, en 2018, juste après le décès de mon père, j’ai découvert le Journal de silence de Marie de Solemne, journal que cette dernière a tenu après avoir vécu une expérience de mort imminente suite à un accident de cheval et dont elle relate le contenu dans l’émission Nouvelle Conscience, présentée par Olivier Vinet sur la radio Ici et Maintenant. Comme ce qu’elle avait expérimenté lors de sa désincorporation défiait les mots et n’était pas entendable par autrui, elle a transcrit pour elle-même ce silence qui la condamnait à ne pas témoigner de toutes les couleurs, formes et musiques qu’elle avait rencontrées pendant son voyage vers la Lumière.

Tous ces témoignages m’ont ramenée à mon adolescence quand, en proie à l’indicible des émotions que je devais contenir, je me jetais sur mon journal lilas. Une expression me revenait souvent :

« Ce que je vis dépasse l’entendement.« 

Et j’ai voulu alors transcrire la folie : celle à laquelle j’étais confrontée jour après jour à l’extérieur de moi et qui commençait à s’immiscer en moi, à bouleverser mes assises psychiques. Je me souviens… J’écrivais comme on arrache la page. La pointe de ma plume transperçait le papier. Je faisais de la feuille une nouvelle constellation, un ciel étoilé de taches d’encre auxquelles je donnais le nom d’une émotion : Colère, Tristesse ou encore Joie quand le temps me donnait raison. Mes lettres étaient hautes comme des flammes. La ponctuation disparaissait. Parfois, la phrase à peine commencée se fondait, inachevée, dans les carreaux suivants car une autre phrase née d’une autre vision m’assaillait. Je disloquais la syntaxe à volonté ; je trouvais des néologismes ; j’inventais un autre langage qui ne pouvait être lu et compris que par moi… Comme cela, si ce cahier était trouvé, il serait indéchiffrable… Je crois même que j’avais choisi un cahier à petits carreaux scolaires pour mieux en transgresser le cadre.

Mon écriture dépassait l’entendement. Et j’en étais fière.

Je n’ai pas gardé ce cahier. Une fois l’indicible transcrit, il s’avéra sans utilité pour l’adulte que j’allais devenir. Mais ces nombreux feuillets où l’écriture bavait de rage et d’envie m’ont appris à résister et à faire cheminer ma parole au milieu de celle des autres.

Lorsque l’indescriptible te submerge – maladie, veuvage, divorce, deuil, licenciement -, tu peux, toi aussi, tenir ton journal de l’indicible.

Je peux t’indiquer des façons de procéder nées de mes expériences d’écriture et nourries du fruit de mes lectures :

  • Choisis un cahier d’écolier tout simple. Tu n’éprouveras ainsi aucune culpabilité à le « gâcher » en le raturant, en y gribouillant, en y griffonnant.
  • Laisse aller ton stylo sans lui donner de direction. Tous les sens sont possibles. Trace des traits qui tanguent, qui tremblent, qui ondulent au rythme de tes états d’âme.
  • N’hésite pas à produire des taches pour représenter les émotions qui te submergent avant de lancer l’écriture. Puis, alors qu’elles ne sont pas encore sèches, fais-en des larmes – ou des fleurs, ou des étoiles…
  • Ne te préoccupe pas de la régularité de ton écriture. Laisse-la devenir vague. Laisse-la se délier jusqu’à devenir frêle fil qui se dissout dans l’espace de la page. Ou encore épaissis le trait. Transforme ton texte en falaise ou en montagne. Une fois que l’indicible aura relâché son emprise, tu écriras naturellement plus petit. Et qu’importe si tes mots deviennent ensuite grains de sable ! Ce sera le signe que le problème à tes propres yeux diminue en intensité.
  • Privilégie les phrases courtes, verbales ou non verbales. Elles te permettront de te confronter à toute la diversité des sentiments qui te traversent. Juxtapose en quelques verbes tes impressions : « Aujourd’hui, dimanche. Écrire, me fondre dans la nuit blanche, disparaître sur ma propre trace. Le paradoxe. Pour oublier. Peut-être. »
  • Ne te soucie pas de la ponctuation. Laisse chaque phrase se déhancher vers une autre phrase. Lâche prise et abandonne-toi au flot ininterrompu et puissant des pensées qui te traversent ; laisse-toi soulever par lui : « Soleil Cou Coupé » dixit Apollinaire.
  • Utilise des hyperboles si elles font sens pour toi, si elles te permettent de mieux cerner la charge émotive de ton expérience : « C’était horrible, terrifiant, absolu, délicieux… »
  • Ancre/encre-toi dans tes sensations. Donne la parole à la mémoire de ton corps. Fige la sensation brute sur la page. C’est ainsi que, dans leur récit, les femmes abusées évoquent souvent l’odeur de la sueur de leur agresseur ou la saccade de leur souffle. L’acuité de telle ou telle sensation va permettre au trauma de s’y condenser. Ainsi, la sensation pourra être nommée et le traumatisme, exorcisé.
  • Qualifie en sensations l’écriture elle-même. Donne de l’importance au sens qui prédomine pour toi :

-S’il s’agit de l’ouïe, est-ce que l’écriture gueule, tonne, gémit, murmure, chuchote ?
-S’il s’agit de la vue, les mots sont-ils des phosphènes, des clignotants, des scotomes, des éclairs, des lucioles, des traînées d’étoiles filantes – ou des fenêtres ouvertes dans la nuit ?
-S’il s’agit du toucher, est-ce doux, soyeux, rugueux, râpeux ? Évoque les tissus auxquels peut te faire penser l’écriture de cet indicible que tu as vécu : jute, flanelle, toile, soie…
-S’il s’agit de l’odorat, énumère les fragrances ou les puanteurs : c’était fleur d’oranger, patchouli, lait chaud, urine, latrines, herbe brûlée…
-S’il s’agit du goût, fais une liste des saveurs de l’expérience que l’écriture te met en bouche : cannelle, raisin vert, citron amer, beurre rance…
-Explore aussi les sensations de chaud, de froid et les variantes météorologiques : « Quel est donc ce mouillé qui s’infiltre dans mes os comme si j’étais un bout d’écorce oublié sur le chemin de novembre ? »
-Qualifie le mouvement de cette écriture : est-ce qu’elle jaillit, sursaute, s’entrechoque, glisse, s’insinue ?

  • Procède par des anaphores, à la manière de Rimbaud, Apollinaire et Perec : Il y a / Il y avait… Je me souviens / Je ne me souviens pas… Je crois que… La reprise de mêmes termes ou expressions t’invitera à te plonger davantage dans l’univers toujours surprenant de ton inconscient sans te soucier de la syntaxe. Des associations d’images insolites pourront alors survenir et éclairer tout ce monde pulsionnel qui demande à se faire jour.

D’autres techniques existent – davantage stylistiques. Dans Les Montagnes roses de Rose, journal intime tenu par une femme victime d’un cancer de sein et qui relate le lent processus de soin et de guérison (paru aux éditions Eyrolles), l’autrice privilégie

  • les mots-clés placés sous la date du jour dit
  • les phrases nominales
  • les sous-entendus
  • les titres, parfois dans une autre langue ou avec néologismes
  • les répétitions

« Mercredi 30 juin 2021

3,8%

« Jouer la sécurité est le choix le plus risqué que l’on puisse faire.« 
Sarah Ban Breathnach

Humeur : chimio or not chimio ?

Recherche du jour : Alain Toledano/Victor Izraël/récidives cancer du sein/avis secondaire cancer

3,8%, c’est peu.
Et c’est beaucoup trop.
Ça brûle vraiment.
Et pas que l’esprit finalement.
J’ai l’esprit en feu.
Pas métaphoriquement. »

Pour dire ce qui te hante, te tourmente, te subjugue, te fascine, n’hésite pas à procéder par ellipses, allusions ; à passer du coq-à-l’âne ; à jouer avec les sous-entendus. Il n’y a que toi seul qui te comprends. Le but de l’écriture de l’indicible est de dépasser l’entendement, c’est-à-dire de t’affranchir de la logique et des codes du réel pour t’aider à prendre conscience de ce qui s’écrit en toi inconsciemment.

En effet, comme le dit Jung,

« Ce que tu ne ramènes pas à la conscience te reviendra sous forme de destin.« 

Pour éviter que ce que tu n’as pas pu dire, énoncer, avouer ne revienne dans ta vie sous forme de pattern ou de déterminisme – autre nom pour désigner la fatalité tragique -, approche-toi des bords de l’indicible dans ton cahier.

Que ton écriture se passe de mots et devienne flot, flot d’émotions, de pensées, de rêves, de sensations, flot d’encre – ce sang bleu ou noir (ou encore d’une autre couleur, pourquoi pas ?) que tu mets en mouvement par ton propre tempo accordé enfin au rythme de ton cœur.

Pour aller plus loin :

Le Nouveau Journal créatif d’Anne-Marie Jobin : Partir à la rencontre de soi par l’écriture, le dessin et le collage, 2020, Le Livre de poche
Je vous écris d’Anny Duperey, précédé par Le Voile noir, Le Livre de poche

Géraldine Andrée
@L’Encre au fil des jours

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Journal de ma résilience, Le temps de l'écriture

Approcher le mystère

Quand j’écris, il est évident que j’approche le mystère de mon être sans parvenir à le saisir entièrement parce que c’est ainsi :

on n’attrape pas des ailes palpitant librement dans le vent.

Mais c’est parce que j’avance sans cesse vers le blanc avec toute ma force ardente et désirante de vie que j’écris.

Géraldine Andrée

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La barque du poème

Le poème

est une barque

qui attend

entre les feuilles

que quelqu’un

veuille

la détacher

de ce qui la relie

au trop connu

et s’en aille

à son bord

jusqu’au point

du tout

premier jour

Géraldine Andrée

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Des feuilles pour ailes

Toute petite, je voulais prendre mon envol
loin de l’école,
loin de son âcre odeur de colle,
de ses feutres aux traits épais,
de ses mauvaises notes,
de ses rondes où je n’entrais jamais ;
laisser accroché au clou rouillé
le sac jauni de mon goûter
et rendre à la maîtresse
mes fragments de papier déchirés.
Toute petite, je rêvais
de nager dans la lumière
en me retournant de temps en temps
sur le dos.
Mais je n’avais pas d’ailes
pour faire mon voyage.
Alors, je m’évadais
en regardant trembler le feuillage
du seul arbre de la cour
près de la fenêtre
et j’enviais l’oiseau
envoyé par le jour
qui se posait sur une branche,
avant de reprendre sa course
dans le ciel.

Une clé m’a délivrée,
celle de l’alphabet,
quand je compris qu’il composait
les mots
d’une formule secrète
qui m’aiderait à passer à travers
la porte.
J’ai commencé à écrire
– maladroitement certes –
des poésies vacillantes,
frémissantes cependant,
avec un crayon de couleur verte
et c’est ainsi qu’à ma manière,
je suis devenue cet oiseau
que je rêvais d’être.
J’avais pris pour ailes
les feuilles
de mon cahier ouvert
qui, tout au long de mon adolescence,
a traversé l’immense silence
pour me déposer
sur l’île dorée d’une lampe
où je pouvais tracer,
en concertation
avec moi seule,
l’itinéraire
d’autres vols
qui dureraient bien
une vie entière.

Géraldine Andrée

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Je jardine

Je vis en ville. Mais chaque matin, je vais dans mon jardin. Là, je sème un rêve ; j’observe comment pousse un projet, tenu droit par le tuteur de ma volonté ; je plante un espoir ; je fais mûrir des pensées en prenant bien soin de leurs graines. Je récolte des fruits qui sont souvent très différents de ce que je croyais. Qu’importe ! Je les répertorie patiemment sous ma paume en donnant un nom à chacun.

Parfois aussi, je désespère. L’étendue devant moi semble silencieuse et gelée. Alors, il faut que j’attende d’être réchauffée par une lumière qui vient des profondeurs pour creuser loin, jusqu’à la source du souci. Et quand une goutte de délivrance jaillit, je la dépose sur le brin d’une promesse. Je sais que seul le temps a le pouvoir de la floraison – et donc de la réponse.

Je me contente de me pencher sur ce qui doit advenir. La feuille ne peut m’accorder un signe que si elle est maintenue en vie par la sève montant des racines. L’encre du jour est cette sève qui me relie à elle. Je tends l’oreille pour témoigner de son voyage.

Je vis en ville mais chaque matin, je jardine, c’est-à-dire que j’écris dans mon cahier intime.

Géraldine Andrée

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Sans titre

Tristesse de ne pas revoir aujourd’hui au Livre sur La Place Jeannine Burny, la compagne poétique de Maurice Carême et la fondatrice de La Fondation Maurice Carême.

En deux-mille-dix, elle m’avait montré dans un vers, parmi les bruits et les remous de la foule, le sentier calme, vert et vif d’un poème.

Les mots y étaient si simples, si peu nombreux et si vrais que ce sentier avait été tracé par le Poète pour aller droit à l’âme.

« Les jours n’avaient plus d’ombre.
Juin semblait infini
Et, dans les prés sans nombre,
Au loin, tout retardait la nuit.
« 

C’était tout simple extrait du recueil
Dans la main de Dieu

de

Maurice Carême

Géraldine Andrée

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Ce qu’est mon journal

Mon journal n’est pas constitué de sentiments éthérés, de quête d’amour éperdue, de grandes considérations spirituelles.

Un lecteur érudit serait bien déçu s’il s’y aventurait.

Non. Mon journal relate les miettes de biscotte qui traînent sur la table, la lettre qui se fait attendre, la poussière sur le téléviseur, la tache difficilement lavable sur la jupe, la mémoire perdue de ma mère, la chaise dans laquelle s’est assis pour la dernière fois mon père, ma soif de mots pour dire le réel.

On y trouve aussi des rêves que je fais dans d’autres dimensions mais toujours avec des mots terrestres : « les troncs serrés des arbres », « la forêt ouverte comme une échancrure de robe sur le ciel si je vais plus loin », « le ronronnement de mon sang maintenant que tu es absent pour toujours ».

On peut y lire des insultes comme des gratitudes, des colères comme des prières. Chaque mot existe. Rien n’est effacé. Le lapsus a sa place car il est le mot juste pour la part la plus secrète, la plus obscure de moi-même.

Et dans la lumière du jour, toutes mes ombres exécutent sur la page un beau ballet.

Julia Cameron, dans son best-seller The Artist’s way/ Libérez votre créativité, raconte comment, en écrivant ses pages du matin, elle sirote un café avec son ombre.

Et vous, quelles sont vos parts d’ombre ? En quoi se révèlent-elles aussi créatrices que vos parts de lumière ?

@L’Encre au fil des jours

Géraldine Andrée

Mon journal relate ma soif de mots pour dire le réel.

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La traversée

Je m’attarde dans mon propre murmure. Alors que tout le monde est déjà couché, je reste là, assise à la table du jardin et, sous la bougie qui se consume doucement, j’ouvre mon journal intime et j’écris.

Un lecteur potentiel serait bien déçu. Il ne trouverait pas ce que j’ai vécu, expérimenté, les interdits que j’ai transgressés, mes peines de cœur du genre « Matthieu ne m’a pas regardée… »

Il entrerait seulement dans des pays qui ne figurent sur aucune carte, les étendues de fleurs de ma solitude, des paysages-états d’âme, comme dit ma professeure de français, les terres sans confins de mes sentiments.

Je n’ai que seize ans et je ne sors pas avec les copains. Je ne fume pas de joint, adossée à un mur de la rue en riant bruyamment. Je ne rentre pas tard au point d’inquiéter mes parents. Mais ceux-ci se font du souci autrement. Ma plume m’emmène hors de la maison ; le fil de mon encre m’éloigne de la vie quotidienne, faite de disputes et de rancœurs. ILS ne peuvent pas me rattraper car ILS ne savent pas où je me situe. Je rogne les marges. Mes nuits sont des pages vierges, des plages blanches sur lesquelles ma rivière dessine ses méandres lisibles pour moi seule.

Ma mère me crie :

-Va te coucher !

Pourquoi ? Je suis déjà dans un long rêve !

Je vois à ses yeux qu’elle a peur des rives secrètes que j’accoste, peur des secrets que je peux entrapercevoir à travers le regard des mots.

Et si c’était vrai ? Si ma traversée était définitive ? Si je passais de l’autre côté du miroir du réel ? Si je ne revenais pas de l’écriture ?

En écrivant dans ce journal d’adolescente, j’apprends aux autres à vivre sans moi.

Quelle aventure !

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de silence, Méditations pour un rêve, Un cahier blanc pour mon deuil

Te reconnaître

Une question me hante.
Si je te retrouvais, te reconnaîtrais-je ?
On dit que les défunts prennent souvent l’apparence
d’un papillon, d’une colombe…

Et si tu te décidais à me surprendre,
serais-je sensible à cette surprise ?
Tu pourrais, après tout,
être un flocon de neige sur ma joue,
cette poussière dans l’œil
qui fait jaillir des larmes
aussi brillantes que celles
de mon vieux chagrin
ou le baume d’un rayon de soleil
sur les lèvres sèches
de mon insomnie…

Tu pourrais être
simplement
le petit matin,
quand l’étoile
du Nord
laisse dans mon rêve
le souvenir
de son point
d’or.
Tu pourrais être encore
un crayon de couleur,
l’appel
de mon cahier blanc
à cinq heures,
la paisible respiration
du chien qui dort,
un laurier-rose
dont les branches
se penchent
par-dessus la clôture
du jardin interdit,
un tableau qui m’attire
dans une vitrine
– et voilà que je m’échappe
sur un sentier de printemps
en pleine ville,
guidée par l’ombrelle
dansante
d’une jeune fille
qui me fait signe
en se retournant
de temps en temps -,
l’ultime note
d’une symphonie de Mahler,
la brise qui me suit
derrière son feuillage vert,
un compliment espéré
depuis si longtemps,
un ami qui me revient de loin,
le seuil d’une maison
quelque part en Camargue,
un poème qui me parle
en silence,
une lampe d’enfant
dans ma solitude…

Mais peut-être
que tu ne serais rien
de tout cela
et que tu attendrais patiemment
que je te reconnaisse
au cœur
de mes habitudes,
comme, par exemple,
dans mon regard
que je pose
sur moi-même,
mon regard qui s’attarde,
chaque soir,
dans mon miroir,
mon regard devenu
plus doux,
plus clément
au fil des ans
et qui me dit
en souriant :

« Tu vois !
Ce n’est pas grave !
Tout passe ! »,

mon regard
qui, entre les battements d’ailes
de quelques secondes
de grâce
me montrerait
qu’en me voyant,
moi,
je te verrais,
Toi,
allumer en mon âme
la flamme
si frêle
mais si présente
de l’envie
d’être en vie
et d’écrire
jusqu’à la fin
cette vie-ci,
humble
comme le nouveau-né
tout nu.

C’est ainsi,
je crois,
que je te reconnaîtrais
car j’aurais la certitude
que tu renaîtrais
dans cette reconnaissance
de qui nous avons été
ensemble
et de qui nous sommes devenus
l’un sans
l’autre.

Géraldine Andrée

Publié dans Collections de l'esprit, Créavie, Journal de la lumière, L'alphabet de l'herbe, Poésie, Poésie-thérapie

Les feuilles arc-en-ciel

Je rêve
qu’une main
sème
sur mon chemin

des feuilles
où s’allument
des arcs-en-ciel.
Et je me demande :

– Mais de quel arbre
viennent-elles ?
C’est alors qu’une voix
s’exclame

dans la chambre
de mon âme :
-De toi-même !
Ce sont les feuilles

de tes poèmes
que ta plume
irise
entre tes larmes.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de ma résilience, Le cahier Blueday, Le livre de vie, Le temps de l'écriture, Récit de Vie, Un cahier blanc pour mon deuil

Sans titre

Écrire, c’est, pour moi, lâcher prise sur ce que je veux posséder encore et qui ne m’appartient plus, les souvenirs, ces chers souvenirs que je rêve d’étreindre, bien qu’ils ne soient que des fantômes comme, par exemple,

  • la maison de mon enfance et son jardin constellé de feuilles
  • les yeux d’or de la chatte feue
  • le rire de ma mère qui a tout oublié aujourd’hui
  • la cuisine qui fleurait bon la confiture chaude de prunes aux reflets fauves
  • la bouteille de vin que débouchait mon père lors des déjeuners d’hiver
  • le grain de beauté sur le menton de mon père et qui s’est défait sous la terre
  • l’insouciance de mes seize ans quand je voulais croquer la vie à pleines dents
  • la robe de dentelle toute dansante sur mes hanches de jeune fille
  • mes anciens journaux intimes que je ne retrouve plus
  • l’aube tout éclatante dans la maison de Provence dont j’ai perdu l’adresse
  • le petit sentier bleu qui me menait vers un autre sentier et qu’une autoroute a aujourd’hui effacé
  • le scintillement de la cascade asséchée
  • les sachets de lavande au cœur des vieux étés
  • la soupière de ma grand-mère, dilapidée dans un héritage
  • ma bicyclette argentée vendue sur le Bon Coin
  • mes longs cheveux coupés parce qu’ils étaient trop difficiles à coiffer
  • mes poèmes en rupture d’édition
  • les lettres si pâles d’une carte d’amie, à jamais illisibles, comme si cette carte m’était envoyée de nulle part
  • le soleil couchant au-dessus de la colline sur laquelle se dresse désormais un immeuble
  • la jeunesse ardente qui bat telle une flamme de bougie – et puis, la nuit plus rien, si ce n’est un point de lueur dans le silence qu’il faut regarder aussi longtemps qu’il dure

Tous ces souvenirs, je les confie au papier et je les laisse aller parce qu’ils s’en vont de toute façon, bien avant l’expression de ma volonté –
fil de l’encre
devenus.

Géraldine Andrée

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Écrire et devenir

Pour écrire, je deviens ce que j’écris.

Pour écrire sur le chêne depuis longtemps arraché, je deviens sa sève qui transporte sa force jusqu’à la branche la plus haute.

Pour écrire sur le jardin à jamais interdit, je deviens sa plume d’oiseau qui ranime les herbes, sa goutte de rosée qui ressuscite toute la fontaine et par un mot, rien qu’un mot qui se fait fruit, le jardin est enfin rendu car je suis jardin pour toutes les feuilles à venir.

Pour écrire sur la poupée abandonnée Catherine, je deviens ses yeux bleus perdus dans le vague, son attente héroïque au fond d’une malle, son cœur de chiffon si tendre au cœur de l’enfance.

Pour écrire sur la maison quittée, je deviens le parfum de la chaude compote de reines-claudes qui se répand dans les chambres. Et c’est moi, ce pas qui invite l’écho dans le couloir où plus personne ne vient. C’est moi, le seuil que les défunts franchissent pour se réunir autour de la petite lampe.

Pour écrire sur le miroir détruit, je deviens les fleurs de fer qui l’entourent, son reflet où frémit une flamme de bougie, mon regard qui, en cherchant qui je suis vraiment, lui sourit.

Et en confiant au fil de l’encre tout ce qui a disparu, j’écris à la Vie tout ce que les absents sont devenus.

Géraldine Andrée

Photo de Cru00e8me Studio
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Comment écrire un poème ?

Pour écrire un poème,
entre
dans le silence
de la danse
qu’il t’accorde.

Enjambe
une ligne
jusqu’à l’espace
qui s’offre
à vos pieds.

Suis
son corps
qui se cambre
par instants
sur la page.

Apprends
à te déhancher
à ton tour
sous la lumière
du jour.

Pour écrire un poème,
sois toi-même
Poème
en étant le cavalier
de la Vie.

Géraldine Andrée

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Suivre le flow de l’écriture jusqu’à l’enfant intérieur

Article publié sur Les Mots Positifs

Géraldine Andrée

Photo de Cottonbro
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Note le poème dès qu’il te vient

Note le poème dès qu’il te vient.

Ne remets pas l’écriture au lendemain

car qui sait si demain,

tu seras encore là ?

Mais en dehors de ce drame

certes improbable,

mais imprévisible,

attendre un jour prochain

pour écrire ton poème

affaiblit la flamme,

émousse l’enthousiasme,

éloigne ton âme

des mots qui t’attendent

pour quelques instants

seulement.

Alors, prends n’importe

quelle feuille

– de papier, de chêne-

et griffonne

ton poème.

Tu te préoccuperas plus tard

de l’ordre possible

des vers et des rimes.

Mais ne détourne pas les yeux

quand le poème te fait signe.

Aurais-tu l’idée si, par pur hasard,

un oiseau se posait sur ta main,

de lui dire avec un sourire

qui te montrerait combien

tu te résignes :

« Reviens » ?

Géraldine Andrée

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Sans titre

Si j’attends que la vie m’apporte l’inspiration, je n’écrirai jamais.
Alors, j’écris pour que la vie m’inspire,
comme si je semais des graines
pour que les oiseaux viennent.

Géraldine Andrée

Photo de Alexey Demidov
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La Vierge à l’Enfant

Je songe à la maison de mon enfance, réduite à des éboulis.

Je songe à la chambre où vivaient mes rêves de fillette, au platane flamboyant près de ma fenêtre, aux tuiles couvertes de mousse, au banc de rotin vert sur lequel dormait la chatte blanche, aux frêles grappes qui pendaient de la vigne – tout cela détruit à coups de pelleteuse pour agrandir la superficie d’un supermarché.

Quelques jours avant de quitter définitivement la maison déjà vendue au grand PDG, mes parents ont fait le tour des pièces – toutes vides. Leurs pas résonnaient dans le silence de cet espace sacrifié.

Mais lorsqu’ils sont entrés dans ma chambre, ils ont par hasard levé les yeux au-dessus de la porte. Y était encore accroché le petit tableau de la Vierge à l’Enfant qu’ils avaient bien failli oublier. C’était un tableau tout doré. La Vierge, revêtue d’une robe orange brillante, tenait sur ses genoux son enfant nu, aux yeux écarquillés.

Je la regardais avant de m’endormir. Je me souviens de l’avoir fréquemment priée pour obtenir de bonnes notes à l’école, la seule chose vraiment importante pour que je sois acceptée par ma famille à cette époque.

Plus tard, alors que je devenais une adolescente, j’ai regardé la Vierge à l’Enfant autrement. Je me demandais si cette femme lumineuse, assise dans le tableau et souriante en tenant son enfant potelé entre ses bras, savait ce qu’était le sang du mois, les maux de ventre et la corolle douloureuse des seins à fleur de vêtement.

Je n’ai jamais eu de réponse. Mais je me suis sentie devenir une femme comme elle au fil du temps.

J’étais déjà partie bien loin lorsque la maison a été vendue pour disparaître avec son jardin, remplacée par un immense parking. À vrai dire, je dépérissais pour une peine de cœur et je n’avais plus ce cadre doré en mémoire. Je doutais fortement d’avoir un enfant de cette histoire d’amour et je m’en désolais.

Mais j’ai été bien contente d’apprendre, au cours d’une conversation, que mes parents avaient sauvé la Vierge à l’Enfant par pure coïncidence.

J’y ai perçu le signe qu’il fallait que je continue à vivre et surtout que je commence à nourrir la femme indépendante qui trépignait en moi.

Cette année-là, je suis revenue à mon journal que j’ai posé sur mon cœur comme un enfant et qui m’a conseillé de « laisser tomber cet homme ».

Mes parents ont accroché la Vierge à l’Enfant dans leur nouvelle chambre, au-dessus d’une autre porte et derrière le cadre, ils ont épinglé une tige de buis qui symbolise l’éternité au-delà de tout ce qui peut être détruit.

Géraldine Andrée

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« L’existence s’apprécie. »

« L’existence n’est pas une série d’épreuves à endurer. L’existence s’apprécie. »
J’ai fait mienne cette phrase de Tara Schuster dans son livre Achète-toi toi-même ces p***tains de fleurs.

En effet, notre tradition judéo-chrétienne nous pousse au perpétuel sacrifice, à l’éternel renoncement à soi.

Et pourtant, l’on peut apprécier les petits présents que nous offre l’existence et ce, en dépit du traitement que peut nous infliger autrui, des soucis que causent les enfants, des exigences que nous imposent nos proches ou amis, de notre désert matrimonial, du montant de notre compte en banque, de la prochaine facture…

Note sur ton journal – en y mettant des étoiles ou des pastilles colorées – les petites choses de la vie, indépendamment de tout challenge, défi, volonté de réussite, désir d’approbation ou de revanche.

Moi, c’est

*Voir un écureuil sautiller dans le feuillage
*Regarder un bon film tard le soir
*Écrire (ou lire) jusqu’au cœur de la nuit, simplement pour moi
*Feuilleter un nouveau roman qui sent bon l’encre
*Prendre une douche fraîche en plein soleil
*Enduire mes cheveux de crème pour frisottis
*Tremper un carré de chocolat dans mon thé, lui aussi au chocolat
*Cuisiner des légumes bio
*Manger en écoutant de la musique
*Allumer une bougie parfumée

Et toi ? Qu’est-ce que tu aimes faire pour toi ? Rien que pour toi ?
Programme-le dans ton cahier !

Géraldine Andrée

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Écrire en enfance 2 : Écoutez votre enfant intérieur

Photo de Pixabay
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Sa plume au cœur de l’été

Avec sa plume, elle retourne au cœur de l’été de ses dix ans, dans la maison de vacances de sa grand-mère où la brise se répond à elle-même par chaque fenêtre ouverte, où brille l’herbe sous le soleil d’août, constellée de lueurs vertes.

La maison de l’enfance fleure bon la confiture chaude de reines-claudes.

Le ventre rempli de fruits, un peu alourdie par sa gourmandise, elle joue près de la remise à la marelle dont elle a tracé les traits de craie blanche sur la pierre grise.

Elle sautille ainsi de case en case, depuis la terre jusqu’au ciel, c’est-à-dire jusqu’à la tache d’ombre dans laquelle se love la chatte qui parfois tressaille, traversée par un rêve – sans doute est-ce la rencontre d’un chat d’un autre pelage…

Puis elle répond à l’appel de sa grand-mère qui se pose, telle une aile chatouilleuse sur son oreille :

-Viens, ma petite ! C’est l’heure !

-Oui ! J’arrive !

Et elle se retrouve à vivre dans l’été de ses cinquante ans. Elle se sent alourdie par la vie qui lui a bien souvent offert des fruits verts. Elle a perdu l’insouciance qui l’incitait à sauter dans des cases blanches depuis cette terre dont elle a pensé, à plusieurs reprises, être étrangère.

Mais elle possède la maturité nécessaire de jouer à une autre marelle – celle d’un poème évoquant sa vie et qu’elle écrit dans son cahier gris par une chaude après-midi de dimanche d’août.

Elle saute lentement, de carreau en carreau. Les enjambements remplacent son cloche-pied de petite fille entre les numéros, désormais devenus des mots.

Et elle sait qu’elle a atteint le ciel lorsqu’avec la pointe de sa plume Major,
elle est arrivée jusqu’à son cœur.

Géraldine Andrée

Photo de Legend Vibe
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Les conversations de mon journal

Dans mon journal, on trouve de vives conversations. Et de quoi y parle-t-on ?

  • On lit, on argumente, on développe, on prend bien note… Puis on résume
  • On approuve et on réfute
  • On concède et on conteste
  • On admet et on pardonne
  • Mais on n’oublie pas
  • On illustre ses sentiments par des exemples concrets
  • On fait une envolée lyrique
  • Puis on évoque un détail bien prosaïque
  • On se souvient et on efface
  • On avoue mais on ment aussi
  • On explore et on revient
  • On verse des larmes et en chacune d’elles on allume l’éclat d’un rire
  • On généralise et on nuance
  • On se questionne et on obtient une réponse toute relative
  • On doute et on affirme
  • On jette un cri par-dessus bord, c’est-à-dire par-dessus le bord de la page
  • Et on accepte que le silence s’ensuive
  • On raisonne
  • On fait résonner la note unique de son âme sur l’étendue encore blanche
  • On cherche la vérité pour vivre

Et on trouve finalement sa vérité, celle qui aide à vivre.

Voilà comment on converse dans mon journal.

Et dans le vôtre, de quoi y parle-t-on ? Faites la liste de toutes vos conversations. Ce sera un excellent sujet de journal !

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Grapho-thérapie, Je pour Tous, Le cahier de la vie, Le livre de vie, Le temps de l'écriture, Récit de Vie

Écrire en enfance 1

Je suis la main de votre enfant intérieur qui vous guidera dans l’écriture de votre vie.

Géraldine Andrée

Écrivain privé-biographe familiale-psychobiographe-psychogénéalogiste

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Journal de ma résilience, Le cahier de la vie, Le livre de vie, Le temps de l'écriture, Récit de Vie

Il n’y a pas de vie parfaite pour écrire

Il n’y a pas de vie parfaite pour écrire. Si tu attends le cahier idéal, la couleur merveilleuse de l’encre, la fenêtre ouverte sur la mer, l’événement palpitant, l’idée pertinente, l’amant attentionné, l’inspiration inépuisable, tu n’écriras jamais.

Écris avec ce que tu as, le papier trop fin que la pointe de ton stylo transperce, le temps gris, la rue passante, les miettes de pain que tu éloignes du coude lorsque tu arrives au bord de la page. Sonde la solitude de ton cœur et penche-toi sur le silence que tu ramènes. C’est surtout cela, à mon sens, l’écriture.

Écris sans rien attendre de chaque instant.

Écris parce que tu es vivant(e) et que la vie telle qu’elle est, telle qu’elle se présente aujourd’hui, te le demande.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Créavie, Grapho-thérapie, Le cahier de la vie, Le journal des confins, Le temps de l'écriture

Chaque page est à recommencer le lendemain

Chaque page est à recommencer le lendemain.
Qu’importent l’intensité, l’importance, voire l’excellence de l’écriture du jour précédent.
Si l’on ne continue pas le travail le jour suivant, ce que l’on a fait la veille ne compte pas.
L’écriture est une épreuve, dans les deux sens du terme, c’est-à-dire la version d’un livre qui permet de mesurer le degré de son achèvement, l’étape de sa formation, la potentialité de sa mise au monde et le test à passer avec toutes les difficultés qu’il comporte.
Et l’on se méprend sur ce test. On croit à tort qu’il faut écrire bien, de manière parfaite, chaque jour.
Non. Le test consiste à accepter d’avoir tout à faire aujourd’hui et d’écrire, simplement écrire – marquer la page, s’ancrer /s’encrer dans l’instant présent, c’est tout.
Accepter que l’on n’a jamais fini, chaque jour de sa vie, que tout reste à vivre et à écrire, encore et encore…

Géraldine Andrée

Photo de Pixabay
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Les petits mots

Enfant, je laissais toujours des petits mots aux autres lorsque je m’éloignais :

« Je lis dans le jardin »,

« Je suis à l’intérieur du noisetier »,

« Je vais chercher un livre au centre commercial »,

« Je suis tout au fond de mon rêve. Ne me dérangez pas. »

Bien plus tard, à l’âge de trente ans, après une violente rupture amoureuse – promesse de mariage annulée, un appartement rien que pour moi – et après avoir été abandonnée par tous les amis communs au couple, je me laissais des petits mots, le soir, au-dessus de ma tasse de petit déjeuner et que je lisais avec délectation le lendemain matin, avant d’aller travailler :

« Je te souhaite une bonne journée. On ira au cinéma, ce soir. »

« À tout à l’heure ! Prends soin de toi ! »

« Courage ! Tu vas réaliser tes rêves ! »

« Rien ne dure. Mais garde en souvenir la joie ! »

J’en ai collé ainsi des posts-it, frêles morceaux de papier ou fragments de feuillets arrachés d’un vieux carnet à spirale inutilisé. J’avais l’impression de consteller mon espace d’un peu de mon être à chaque fois et, ainsi, de reconstituer mon unité narcissique.

Les petits mots m’ont aidée à traverser la vie. Je m’en écris tous les matins sur mon journal intime. Mais j’aime aussi en disséminer chaque jour dans ma maison qu’est mon site ou cette page L’Encre au fil des jours car c’est ainsi, je ne peux voguer au fil de chaque journée sans laisser derrière moi quelques pétales, réflexions, poèmes, pensées qui ne demeurent qu’en dansant sur un instant, avant de disparaître comme moi – jusqu’au lendemain peut-être, si d’aventure, quelqu’un d’autre les trouve tels que je les ai laissés.

Géraldine Andrée

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Écris ta ligne temporelle

Toute petite, je priais Dieu, le soir, couchée dans le noir. Je Lui demandais de changer la réalité. Mais lorsque je me réveillais, ma famille n’était pas plus gentille et les professeurs m’avaient toujours à l’œil.

Pourtant, sans que je m’en aperçoive, une autre réalité – la mienne -, s’est créée sur cette réalité. J’empruntais des livres de la Bibliothèque Verte dans la salle de lecture blafarde de la bibliothèque de ma ville. Et mes héroïnes préférées m’ont accompagnée chaque jour dans ce que j’avais à vivre. Elle partaient avec moi à l’école. Elles me racontaient leur vie pendant la récréation, tandis que j’étais assise sur l’une des marches glacées de l’escalier de pierre, en plein hiver. Alice Roy, en particulier, était ma plus grande amie. Et lorsque je voulais fuir la triste salle de classe toute grise, Oui-Oui, le petit pantin de bois me disait en cachette, installé sur mes genoux : En voiture ! Pour la grande aventure !

Pendant que ma mère se plaignait que sa maison était toute sale, je dansais avec les branches du platane au rythme du vent, devant la fenêtre de ma chambre. Et puis, j’avais ma marionnette, Cathie, qui mettait en scène par la seule entremise de ma main les disputes de famille en y apportant un humour touchant qui me faisait pleurer et rire aux éclats à la fois.


Quand j’ai grandi, j’ai voulu partir. Mais il n’y avait pas grand chose dans ma valise. C’est alors que la Poésie m’a dit : Viens ! Je t’emmène ! Ensemble, nous avons pris le chemin bordé de pins sylvestres jusqu’au chant d’une fontaine enchantée, cachée au cœur d’une forêt d’un autre temps. J’avais suivi la voix d’un poète, dit mineur, qui voyait immensément clair en mon âme.


Certes, la réalité n’avait pas changé mais mon regard sur cette réalité avait bel et bien changé. Si le monde extérieur existait toujours, je possédais, moi, un univers intérieur bien plus grand que ce monde qui, après tout, ne faisait sa révolution qu’autour de lui-même. Et les deux réalités se côtoyaient désormais, sans se heurter.


Et vous, comment vous créez-vous votre réalité quand l’autre est difficile à vivre ?

Vous saurez tout dans cet article !

Géraldine Andrée, article extrait des Mots Positifs
Publié dans Ce chemin de Toi à Moi, Journal de la lumière, Un troublant été

L’énigme

Nous avons pris, sans nous en apercevoir,
le chemin devenu noir.
Pas à pas, nous nous sommes éloignés de l’hôtel,
de sa fête, de sa musique, de ses paillettes.

Les lampadaires étaient de plus en plus rares.
Et pourtant, je m’en souviens comme si c’était hier :
le souffle de la mer à ta gauche,
nos épaules qui se frôlent…

Nous devisions sur ce que nous appelions
Le Mystère Valérie,
ses propos si bizarres,
ses attitudes d’enfant,

cette fillette qu’elle confondait
avec son aïeule,
sa tendance
à parler toute seule…

-Je me fais beaucoup de souci,
disais-tu,
et je suis certain
qu’elle a une maladie de mémoire…

À tout cela, je ne savais évidemment
que répondre.
C’est en tentant de te réconforter
que nous sommes arrivés

sous les étoiles,
bien plus vives,
bien plus nombreuses,
sans les réverbères.

Les mots n’avaient, certes,
pas élucidé le mystère
du devenir
de Valérie,

mais ils avaient éclairé
l’instant toujours suivant
de ce chemin
de bord de mer

et nous avaient fait avancer
ensemble,
l’un se guidant
d’après les paroles

de l’autre,
comme s’il y avait eu
jusqu’au bout,
devant nous,

de la lumière.

Géraldine Andrée