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Publié dans Poésie, Art-thérapie, musique, Journal de mon jardin, Poésie-thérapie, peinture

La fontaine ressuscitée

Hélas !
La fontaine est sèche,
depuis le temps
que le jardin est fermé !

Elle n’est plus
que pierres empilées
sous lesquelles
grouillent

des fourmis
rouges
qui transportent
des brindilles !

La prière
de mon cœur
n’a pas la force
nécessaire

pour faire jaillir
son eau
dans la lumière.
Alors, avec mon crayon,

je trace
d’un trait
le contour
de sa vasque

et en guise
de jet,
je compose
un svelte

poème
qui tombe
dans le cercle
puis s’élance

vers le ciel
blanc
du papier.
Voilà.

J’ai ressuscité
dans le plus grand
silence
le chant

de la fontaine
oubliée.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Cahier du matin, Créavie, Grapho-thérapie, histoire, L'alphabet de l'herbe, Poésie, Poésie-thérapie

Belle des mots

Lorsque tu écris,
tu retrouves
le fil de la vie
autour de la quenouille
du temps

et c’est ainsi
qu’en le dévidant
doucement,
avec toute
ta patience,

tu dessines
le sentier
qui te ramène
au sourire
ultime,

tu rallumes
le feu
des fleurs
dans la chambre
des amants,

tu relances
le cœur
des belles heures
au rythme
d’or

d’un poème
– cette horloge
éternelle -,
tu ranimes
le soleil

dans la profonde
peine
pour qu’une aurore
nouvelle
revienne.

Lorsque tu écris,
tu redonnes
des joues
rouges
à l’ancienne

enfant
ensevelie
dans l’oubli
des jours.
Une goutte

d’encre
est l’équivalent
d’un baiser
déposé
sur une feuille

que soulève
ton souffle.
Et ton âme
se réveille
à l’écoute

de son propre
conte.
Lorsque tu écris,
tu ravives
les mots dormants.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de la Lorraine, Psychogénéalogie, Toute petite je

Sans titre

Toute petite, j’assistais à tes séances de bricolage. Je me souviens comme tu soudais. De crépitantes lueurs jaillissaient de tes doigts. Tu viens du pays des forges, des flammes qui se lèvent haut. J’appartiens, moi aussi, par ton sang, à ce pays de suie et de feu, à cette succession de villages et de villes qui se terminent par -Ange (Algrange, Volmerange, Gandrange, Hayange), à ces paysages constellés d’étoiles noires, tombées sur les toits et les chemins. Maintenant, tu es feu. Mais lorsque je traverse cette région en voiture ou en train et que je vois le soleil briller sur l’acier rouillé, il me semble que ta main invisible soude dans une myriade d’étincelles mes jours reliés à toi depuis le ciel.

Géraldine Andrée

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Quand j’écris de bon matin

Quand j’écris
de bon matin,
je vois s’étendre
sur l’ancien jardin

la lumière
blanche
comme une nappe
de dimanche,

le forsythia de mon enfance
que je croyais déraciné
refleurir
pour l’éternité,

la flamme rousse
de la chatte décédée
s’élancer d’un taillis
vers mon souvenir,

et si je me laisse guider
par ce rythme régulier,
je retrouve
le petit sentier

qui mène
à l’étoile verte
de la clairière
où Marie la vive

vient de s’asseoir,
jupe retroussée
au-dessus des genoux
pour son amoureux…

Quand j’écris de bon matin,
des soleils s’alternent
devant mes yeux
et ma page est une vitre

où se rapproche
chaque instant
de jadis
qui m’attend…

Quand j’écris
si tôt,
je prends le train
du temps.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Journal de ma résilience, Le journal de mes autres vies, Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

Une seule pensée pour toi

Il ne me reste
qu’une seule
pensée pour toi
mais c’est une pensée
qui réunit

tous les chemins
de juin,
l’écume de la vague
qui tremble
comme une dentelle
autour des jambes
de la brise,
les corbeilles
de dattes brunes
et de figues séchées
sous le bras,
les roses
du jardin suspendu
devenues mauves
sous le clair
de lune,
les flammes
qui confient
à l’ombre
leurs phrases
rousses,
les encorbellements
des ruelles
espagnoles
d’où vole
un rayon de soleil
jusqu’à ton cou,
les orangers
de Tunisie
bordant
la route
à fleur de désert,
le pont
qui enjambe
l’écrin bleu
de quelques
nénuphars,
l’étoile
d’un ciel d’août
que tu emportes
dans ton regard,
ta peau chaude
et blonde
comme du pain
au matin,
notre terrasse
qui se prolonge
au-dessus du monde,
et notre voyage
dans la nuit
avec les phares
qui nous éclairent
juste pour une seconde
supplémentaire…
Je n’ai pas peur.
Ces lueurs
suffisent
pour continuer
jusqu’à la maison.

Il ne me reste
qu’une pensée
pour toi
mais c’est une pensée
qui rassemble
en un seul poème
tout ce que nous avons vécu
ensemble.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Le cahier de la vie, Le journal des confins

Regarde la page

Ne te laisse pas intimider par la page dont la blancheur te fait douter de ton inspiration.
Ne te laisse pas enfermer par son cadre illusoire. Je sais, on t’a habitué à ne pas franchir les lignes, à ne pas déborder de la marge, à écrire comme on avance, c’est-à-dire droit.

Et pourtant, si je te disais que la page est un vaste endroit où tu peux prendre toute ta place ?

Si je te disais que la page est un océan dont les vagues, en ondulant, en ondoyant te mènent vers toi-même ?

Regarde la page. Elle est ton miroir, non pas un miroir où tu te juges avec sévérité, où tu ne repères que tes défauts, mais un miroir qui te permet de te rapprocher de toi, de te regarder dans les yeux pour y voir se révéler tes rêves.

Considère la page comme la possibilité d’un voyage où il n’existe
nul sens unique.

Commence par un mot – un seul – n’importe où, à droite, à gauche. en bas, en haut.

Réinvente tes points cardinaux. Écris au Sud, écris à l’Est.

Écris avec confiance ce que tu éprouves, ce que tu penses, qui tu es.

Imagine que ta plume signe chaque battement d’ailes d’un oiseau.

Sois, grâce à la page, ce grand espace où tu contemples ton passage.

Géraldine Andrée

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Photographie des mots

Mon appareil photo est tombé en panne pour ma promenade.
J’ai alors emporté par dépit un carnet de notes.
Et, en chemin, au lieu d’inscrire en guise de laconique légende
en-dessous du cliché
« Arbre »,
ce que je faisais par confortable
habitude,
donnant plus d’importance
– je l’avoue –
à la photo qu’aux mots,
j’ai écrit au centre
d’un feuillet blanc
« Cathédrale de feuilles ».
Et je suis rentrée à la fin du jour,
riche
de cette image.

Géraldine Andrée

Chaque mot est un regard.
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L’événement et l’anodin

Il arrive, au cours du travail d’écriture d’une biographie, que la mémoire fasse défaut.
On peine à situer chronologiquement un événement, à le dater. Parfois, c’est un nom qui s’est échappé.

Vous craignez que cette « lacune » ait une incidence sur la biographie, surtout si vous la donnez à lire à votre entourage. Vous redoutez que ce dernier s’écrie :

-Mais voyons ! Tu t’es trompé(e) ! Cet épisode s’est passé avant celui-ci ! Comment, tu ne te souviens plus de Monsieur Delhaye ?

A cela, je répondrais que la mémoire sélectionne ce qui lui est utile et que ce qui vous semble un événement important – selon des critères familiaux, sociaux – ne l’est peut-être pas pour votre mémoire qui vous rapportera fidèlement d’autres détails plus propices à enrichir la biographie.

Vous pourrez, en effet, être surpris(e) de ne pas vous souvenir du nom de votre voisin ou de la date de naissance de votre arrière-petite-fille et d’être capable de vous remémorer, en revanche, la couleur de votre robe de jadis avec laquelle vous alliez danser, la variété des fruits de votre verger, la senteur de la citronnelle les soirs d’été, la goutte de sueur qui perlait sur le décolleté de votre mère…

Tout ce qui vous paraissait anodin, voire insignifiant, surgit avec force pour redonner un autre sens au récit de votre vie.

Vous percevez ainsi votre histoire différemment – de manière plus personnelle, intime :

« J’ai donc gardé comme un trésor en moi pendant toutes ces années le feu rouge des feuilles de l’érable au bord de la fenêtre d’autrefois. »

L’anodin vous permet de porter un regard neuf sur l’événement à l’apparence convenue :

« Je ne me souviens plus du nom du voisin qui a vécu là-bas pendant vingt ans mais je pourrais dessiner très précisément chaque tuile du toit de sa maison. C’étaient des tuiles au reflet anthracite. Leur éclat m’éblouissait quand j’ouvrais mes volets au petit matin. »

Le travail biographique vous invite à ouvrir d’autres coffres que ceux que votre entourage vous a toujours montrés : les coffres de votre inconscient omniscient, de votre intériorité la plus profonde qui vous définissent dans votre complète identité.

Décrire les fleurs qui ornaient cette robe de bal, c’est donner à la biographie une signature authentique, celle de votre être. Tel est le présent que vous offre la Mémoire aux Mille Tours.

C’est pourquoi une maladie cognitive comme celle d’Alzheimer avant l’ultime stade n’entrave pas le projet d’écriture d’une biographie.

J’y reviendrai dans un prochain billet.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Le journal des confins, Le livre de vie

Je me laisse porter par le fil de l’encre

Écrire, c’est se poser à côté de soi, s’observer, puis noter sans aucun jugement tout ce qui traverse le corps, le cœur et l’esprit dans toute la gamme du négatif comme du positif. C’est nommer précisément ce qui nous bouleverse et nous apaise. 

En prenant la plume, on se prend par une main amie. On se dit : 

“Viens ! Je chemine avec toi et à travers toi !” 

Il est important de se laisser porter par la page initialement blanche comme par un océan, faire de la phrase une vague, lâcher prise. 

N’ayez pas peur d’écrire. Écrivez ce qui se dit, ce qui se dicte en vous par une voix de confiance, celle de votre subconscient, cette zone dans votre psychisme qui détient une compréhension bien plus large que votre simple conscient. 

Écrivez pour le plaisir d’écrire, de griffonner, de raturer, de dessiner ces mots. 

Écrivez pour le mouvement de la main sur le papier. Vous ne contrôlez pas la trajectoire d’un train, d’un bateau ou d’un avion qui vous emmène au loin. 

Alors, écrivez pour le simple voyage. 

Écrivez pour déposer ici et maintenant le murmure et le mouvement de vos pensées. 

Écrivez pour écouter ce qui se chuchote en vous, le passage de votre stylo sur le papier avec cette conscience du promeneur qui perçoit le bruit de ses pas sur le chemin. 

Écrivez pour laisser la vie accomplir son œuvre en vous. 

Et alors, une porte s’ouvrira dans la page, par laquelle un message vous parviendra et dont vous serez à la fois l’expéditeur et le destinataire. 

Parfois, votre plume ira vite. Acceptez le fait que ce soit elle qui vous guide alors que vous avez l’impression de la tenir fermement. 

Au milieu du fatras de vos pensées, une phrase ou une expression sonnera – claire et juste pour vous. Vous aurez trouvé votre vérité. Puis une autre phrase ou expression succèdera à la phrase initiale et fera encore plus sens pour vous. 

Vous serez dès lors surpris par ce qui s’écrit et dont vous êtes le dépositaire. La tonalité et le vocabulaire auront changé. Les plaintes s’atténueront. Les souvenirs auront moins d’emprise. Vous prêterez davantage attention à l’instant de l’écriture. 

Ne soyez pas étonné par de nouveaux mots qui apparaîtront – et que vous n’employiez pas auparavant. C’est vous qui les aurez mis au monde ! 

Parce que vous aurez repris confiance en la page, vous aurez ouvert la porte de vous-m’aime. 

Et l’écriture donnera sens (signification et direction) à toute votre vie ! 

Je vous souhaite une belle découverte de qui vous êtes au fil de l’encre ! 

Bon voyage ! 

Géraldine Andrée

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La fenêtre de la page

Je souhaite écrire aujourd’hui sur cette fenêtre qui s’ouvre dans la page.
Je ne saurais vous dire à quel instant précis cela se produit, à partir de quel mot ou de quelle ligne…
Mais je peux vous montrer comment en reconnaître le signe.

La fenêtre de votre page s’ouvre
quand vous ne craignez pas son silence comme message
mais que vous faites confiance à son blanc initial,
quand vous ne vous cachez pas derrière de bonnes pensées
mais que vous notez tout ce qui vous vient à l’esprit,
quand vous ne vous mentez pas pour bien paraître au monde
mais que vous accueillez votre part d’ombre.

Il est nécessaire de ne pas se préoccuper de l’orthographe,
de l’élégance des phrases,
de la tournure littéraire
de ce que vous écrivez
pour qu’une fenêtre s’ouvre dans votre page.

Laissez tomber votre ego,
le souci du jugement d’un potentiel lecteur
et notez les mots
que vous dicte votre cœur.

Vous me demanderez :
Mais comment reconnaître
cette fenêtre ?
Vous saurez qu’elle est ouverte
quand tout ce qui est possible
sera prêt à apparaître :

une association d’idées,
une métaphore insolite,
une autre perspective,
un souvenir vivace.
une émotion puissante,
une phrase tout simple
qui vous révèle l’essentiel
de vous-même,
les premiers vers d’un poème,
ou encore la solution à un problème…

Cette fenêtre n’est peut-être
pas à comprendre au sens strict du terme.
C’est votre changement de regard
qui vous invite
à vivre autrement
une situation qui est restée, elle, semblable,
simplement parce que vous avez eu le courage
de vous pencher sur votre page
comme à travers une fenêtre.

Ainsi, je vous souhaite
de belles découvertes
de vos paysages
secrets !

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Créavie, Le cahier de la vie, Le livre de vie

La vie de l’écriture

Je me demande ce que ma vie serait devenue sans l’écriture…
Si je devais jadis écrire pour vivre, je prends conscience aujourd’hui qu’il me faut également vivre pour écrire.
Sans l’écriture, peut-être ne serais-je plus en vie…
Mais il me faut vivre – vivre encore – pour continuer à écrire.

En effet, comment laisse-t-on une trace sans les doigts qui tiennent la plume, et sans la ronde du sang, sans le mouvement des muscles qui déplacent le stylo jusqu’au mot suivant ?
De même, comment donne-t-on corps dans une œuvre à l’idée ou à l’émotion sans ce corps qui nous permet de réaliser tout ce qui est possible ?
Pour qu’un texte existe sur la feuille, l’incarnation est nécessaire.
On ne dessine aucun chemin avec une plume qui vogue seulement dans la lumière.
Et pour que tout ce qui demande à vivre – un poème, un rêve, une incandescente virtualité – soit écrit, la matière est primordiale – le papier, l’ardoise, la terre, la pierre – afin que la main puisse le destiner à l’éternité…
On doit être vivant pour rendre l’écriture vivante et le récit de l’éphémère expérience humaine, immortel.

C’est ce que j’ai découvert au fil de l’encre.

Alors, nul besoin de clore les volets, d’allumer la lampe et de se destiner à la nuit tant que la page n’est pas remplie.
Chaque jour, je ferme le cahier, je lace mes souliers et je pars en promenade.
Puis je reviens riche de toutes ces feuilles qui me regardent.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de silence, Poésie

Feuille de neige

J’attends
longtemps
devant
la feuille
blanche
car n’est-ce
pas
dans la neige
que l’on entend
le moindre
craquement
du pas
qui se pose
sur la souche,
le fendillement
de la branche
qui se couche
sous le poids
léger
du givre,
le rythme
d’un souffle
qui s’approche
lentement ?
J’attends
patiemment
que m’arrive
le murmure
de la rivière
souterraine
d’un poème.
car c’est ainsi
penchée
sur ma feuille
de neige
que je l’écoute
et que je parviens
à le suivre
jusqu’à la voix
prochaine
qui le fera luire
dans sa goutte
frêle…

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de silence, Poésie-thérapie, Un cahier blanc pour mon deuil

La veine de ton cou

Alors que tu as quitté ton corps
depuis longtemps,
je vois encore
palpiter la veine
de ton cou

comme autrefois
quand assis
au soleil,
tu lisais
ton journal.

C’est une pulsation
si lente
et si régulière
qu’il me semble
qu’elle fait battre

la lumière
dans le jour
et je trouve
si étrange
cette force

de la présence
qui continue
à prendre
chair
dans l’absence

que je me demande
si ce n’est pas la raison
pour laquelle
j’écris
ce poème :

accorder
dans le mouvement
du sang
bleu
de mon encre

le rythme
patient
de ma plume
avec le pouls
fidèle

de ton cou
qui, peut-être, se penche
sur ce blanc
silence
que tu m’as laissé…

Géraldine Andrée

Publié dans Le journal de mes autres vies, Le livre de vie, Poésie

Le parfum de l’ancien été

J’ai voulu retrouver
le parfum de l’ancien été
dans les bouquets de lavande
au cœur du silence,

dans les draps frais
de la chambre qui m’accueille,
dans le souffle des feuilles
qu’un murmure remue,

dans la houle des herbes
à l’aube,
dans les vagues des prés
au soleil,

dans l’appel d’enfant
que lance le vent,
dans la lumière
de la crème à bronzer,

dans la cannelle
du gâteau doré,
et même dans les mèches
de Marie

qui dansent
tout près de mes yeux
quand un seul pas
me rapproche

de l’étoile qui luit
dans la corolle de la nuit…
Mais je n’ai jamais retrouvé
le parfum de l’ancien été,

enfoui entre les pages
d’un livre invisible
que le temps jalousement
garde pour lui.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie

Elle s’envoya des lettres

Quand elle arriva dans la ville nouvelle, elle ne connaissait absolument personne. Ses collègues de travail restaient des collègues et dans sa boîte aux lettres ne parvenaient que des factures.

Elle ne sait pas d’où l’idée lui vint – elle avait lu peut-être dans un livre de développement personnel que rien ne valait les mots d’amour, de foi, d’encouragement que l’on s’adressait à soi-même -, mais elle décida, un matin, de guerre lasse, de s’écrire une lettre.

Sur le fin papier blanc, elle évoqua longuement ses états d’âme, sa mélancolie, son regret de n’avoir pas choisi la bonne vie. Puis elle cacheta la lettre, y colla un timbre et la posta.

Quelques jours après, quand elle reçut le courrier et y lut ces mots d’appel à l’aide, elle eut tout de suite l’envie de répondre à cette amie perdue.

Elle écrivit alors une seconde lettre où elle apposa des phrases de réconfort, de foi, de pardon. Elle proposa même des solutions – se faire plaisir quotidiennement, une bonne promenade peut-être, un bain de sel, le titre d’un livre dont la lecture était toujours remise à plus tard.

Et elle s’envoya, comme la première fois, la seconde lettre.

C’est ainsi que, jour après jour, elle établit une correspondance avec elle-même et devint sa meilleure amie.

Lorsqu’elle regardait par sa fenêtre la ville illuminée dans la nuit, elle songeait au trajet invisible que faisaient ses lettres pour apparaître au matin jusqu’à chez elle. Et s’il y avait bien une personne sur laquelle elle pouvait compter dans toute cette ville, dans toute cette nuit, c’était Elle – à la présence fidèle, indéfectible.

Sa solitude l’avait menée à une telle certitude.

Au fil des jours, les messages devinrent plus enthousiasmants, plus vibrants. Elle se parla d’un livre qu’elle avait comme projet d’écrire, d’un voyage qu’elle tenait à réaliser.

Elle eut alors l’idée de s’envoyer des cartes pastel – par elle-même réalisées – du pays rêvé, avec ce « Bonjour, ma chérie ! Je t’écris d’ici ! », inscrit au feutre de couleur bleue au dos du paysage.

Elle partit à cette destination. Elle publia son livre. Peu à peu, elle se fit des amis dans le monde entier. Sa vie se déploya au-delà de cette ville qui l’avait – apparemment – tant limitée !

Et dire qu’elle était l’auteur de la magie qui surgissait dans son existence !

La vie n’est pas écrite. On peut, par les mots, la vivre autrement si l’on ose l’écrire selon le scénario de ses rêves.

Quoiqu’il vous arrive, utilisez toujours à votre égard des mots qui vous redonnent vie.

Géraldine Andrée

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La fin d’un livre de vie

Il arrive, lorsque vous avez terminé d’écrire votre livre de vie, de traverser un processus de deuil.
En effet, vous vous étiez habitué aux rencontres régulières avec le biographe.
Vous avez cheminé avec lui à travers votre vie et il vous semble que celle-ci prend fin.
En vérité, il n’en est rien.

Néanmoins, vous pouvez ressentir de la tristesse car la destination atteinte signe la fin du voyage ; la réalisation d’un projet marque toujours la fin du rêve.
Il est possible de dépasser ce deuil et d’aller plus loin que votre livre qui vous ouvre à une autre vie.

Outre le fait d’envoyer un livre à un éditeur ou à un imprimeur – et donc de transformer le terme de ce cheminement en un autre trajet -,
vous pouvez, par exemple, ajouter des pages blanches à votre œuvre. Ces pages évoqueront la poursuite de votre vie au-delà de tout ce que vous avez écrit.
Vous pouvez adresser, en guise d’épilogue, une phrase à vos proches afin que ceux-ci continuent avec leur propre plume leur histoire qui, ainsi, s’unira à la vôtre.
Vous pouvez même adjoindre un cahier vierge qui prolongera, une fois rempli, le livre initial. Vous donnerez jour, alors, à un projet d’écriture à plusieurs mains.
Vous pouvez aussi tenir un journal sur ce que vous avez éprouvé pendant la réalisation de votre autobiographie, noter comment cette entreprise a profondément contribué à votre évolution personnelle, faire une liste de tous les atouts qu’elle vous apporte dans votre quotidien. C’est ce que j’appelle écrire une autobiographie sur l’autobiographie ou encore créer, cette fois-ci, non plus la biographie de votre passé, mais celle de votre présent – une fois que les pages de votre passé sont bel et bien tournées.

N’oubliez jamais. Un livre achevé ouvre une fenêtre en soi.
Alors, changez par votre écriture qui renaît de jour en jour,
votre deuil en joie.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Créavie, Grapho-thérapie, Le cahier de la vie

Quelle eau êtes-vous ?

L’écriture est un courant. L’écriture coule comme le temps car chaque mot est un instant. 

Philippe Jaccottet a célébré dans sa poésie le fait que l’on prenne de l’âge en écrivant. L’écriture, certes, en même temps qu’elle nous vieillit, nous emmène toujours un peu plus loin dans notre vie.  

Comme l’eau qui ne se laisse pas freiner par une souche, une branche ou une pierre, qui les contourne en s’infiltrant dessous, en jaillissant au-dessus, en tourbillonnant tout autour, l’écriture nous aide à surmonter les obstacles, non en les supprimant, mais en les déjouant.  

Lorsque vous ouvrez votre cahier pour raconter votre peine de cœur, vous vous fiez aux mouvements plus ou moins violents de votre psyché. Au fil de l’encre, vous vous apercevez que vous n’êtes plus tout à fait le même, que vous avez dépassé votre peine. 

Vous êtes cette eau qui vous guide ; vous êtes les méandres qu’elle dessine ; vous êtes votre propre passage qui vous métamorphose. La page s’apparente au sable ou à la terre sur lesquels vous laissez votre trace. 

Imaginez : quelle eau êtes-vous ? 

Quel courant vous emporte de votre inconscient à votre conscient pour ensuite vous faire refluer de votre conscient à votre inconscient ? Quels éléments remonte-t-il à la surface ? Feuilles flétries, brindilles oubliées, cailloux polis, fétus minuscules, fleurs fanées ? A qui et à quoi l’encre sans cesse miroitante, sans cesse mouvante ouvre-t-elle la voie/la voix à fleur de papier ? 

Êtes-vous eau douce ? Cascade sautillante ? Torrent rugissant ? Fontaine chantante ? Eau des orages, des bruines, des pluies ? Eau qui clapote dans la flaque troublée par la botte ? Lac paisible qui se contente du reflet qu’il donne à voir ? Eau de la vasque qui attend que votre visage s’y regarde ? Eau câline qui coule de votre pommeau de douche pour vous purifier de toutes les vicissitudes de la journée ?  

Ou êtes-vous, au contraire, eau de mer ? Vague qui déferle sur la rive pour emporter avec elle vos châteaux de sable illusoires et fragiles lorsque sera venu le temps du reflux ? Eau salée, mordante comme les larmes ? La marée qui allie la violence de son élan à la dentelle de son écume lorsqu’elle atteint le rivage ? 

Écrivez sur l’eau que vous choisissez d’être dans votre vie. Vous pouvez alterner selon vos moments, selon vos humeurs et les périodes de votre traversée : eau douce/eau dure ; eau tendre/eau fougueuse… Dessinez par un calligramme les méandres que vous laissez sur la feuille de papier ; décrivez ce que vous emmenez et ce que vous rejetez, ce que vous emportez et ce que vous déposez. 

Vous êtes le courant de votre vie. À ce titre, vous avez du pouvoir sur vos désirs : que souhaitez-vous garder et que souhaitez-vous abandonner sur une quelconque berge ? 

Faites la liste de vos peurs et de vos rêves. Puis, imaginez vers quoi votre psyché les destine : une rive plus lointaine ou une autre embouchure ? 

Évoquez comment vous confiez les souches, les branches et les pierres à un océan – le Très Vaste, Dieu si vous préférez l’appeler ainsi. Voyez comment par votre créativité – un dessin, un poème – vous déjouez les épreuves de votre existence. 

Écrire, c’est être à la fois l’auteur et le témoin de son empreinte déposée au creux du temps. 

C’est être à l’écoute de sa Source.

Géraldine Andrée

Que l’écriture accompagne toutes les sinuosités de votre vie !
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Tout est biographique

Je l’ai déjà écrit,

Est-ce que c’est assez intéressant ?

tout est intéressant dans l’entreprise d’écriture d’une biographie. Et pourtant, beaucoup de ceux qui veulent mener à terme un tel projet ne cessent d’être taraudés par cette question :

Est-ce que ça vaut le coup ?

Souvent, ce sont leurs proches qui, inquiets de ce qui pourrait surgir au cours d’un tel processus de métamorphose de l’être que l’écriture de soi peut déclencher, posent cette question. Ou alors, c’est la partie contrôlante de soi – l’ego comme les psychologues l’appellent, Niegel sous le nom que donne à cet ego Julia Cameron, cette instance parentale sarcastique niant la partie créative et audacieuse en soi – qui parle ainsi. 1

Oui, ça vaut le coup.

Parce que tout est biographique.

On peut écrire et on a le droit d’écrire sur la nappe à carreaux de l’ancienne cuisine, sur la pipe de Grand-Papa et la manière avec laquelle il prisait le tabac, sur le crottin que laissaient les chevaux le long du sentier, sur le tablier d’école taché de peinture, sur la bulle de chewing-gum qui s’est accrochée aux cheveux en éclatant. Un rien, d’ailleurs, est susceptible de déclencher l’envie d’écrire sa vie. Je me souviens que la réminiscence d’une lampe jaunie par l’éclat des ampoules successives m’a incitée à écrire mon premier récit intime.

Si l’on sent, malgré tout, que ça ne vaut toujours pas le coup d’écrire sur soi, on peut écrire sur la relation de soi au monde. Pourquoi ne pas écrire l’histoire de son arbre ou de son animal ?

Commencez le journal de votre arbre ou de votre plante préférés. Chaque jour, notez le changement des feuilles, la variation des couleurs, l’épanouissement ou la léthargie de ce végétal, sa croissance ou sa pleine maturité. Prenez le temps de décrire sa disparition si tel est le cas.

Jugez-vous encore que ça ne vaut pas le coup de consacrer des mots – les vôtres – à ce qui marquera toujours votre psyché, quels que soient les événements et les circonstances ?

Faites de même pour le chat ou le chien qui vous sont chers – ou encore votre poisson rouge. Comment communiquez-vous avec votre animal ? Comment jouez-vous avec lui ? Comment vous accueille-t-il ? Pourquoi ne pas écrire un poème sur son regard ? Prenez le temps d’évoquer tous les détails, jusqu’à compter les points lumineux dans ses yeux.

Souvent, l’on déclare que le projet d’écrire sa vie ne vaut pas le coup car l’on craint, en parlant de soi, de faire preuve d’un orgueil démesuré. Mais, en écrivant sur la vie de votre jardin, de votre maison – ou de n’importe quoi d’autre -, vous constatez que le Je ne prend pas autant d’importance pour lui-même. Il prend de l’importance dans l’échange qu’il entretient avec le monde. Et vous voici le porte-parole et le chroniqueur de cet échange.

Enfin, il arrive de se dire que ça ne vaut pas le coup de « raconter ça » car l’on craint de donner une image peu avouable de soi dans ces pages. Or, c’est justement ce qui n’est pas avouable qui doit être le plus avoué – non pas comme l’on avouerait une faute sous le poids de la culpabilité, mais parce que cet aveu révèle de manière intéressante l’universelle complexité de l’esprit humain.

On a le droit de réserver un livret au souvenir de ses bêtises d’enfant ou à sa dépression post-partum, son burn-out au travail, son adultère, sa jalousie… Même les sentiments obscurs ont une place sur le blanc du papier.

Mais j’écrirai ultérieurement un billet plus long sur la biographie et le tabou.

Arthur Rimbaud a attribué une grande part autobiographique à ses poèmes. Dans Les Poètes de sept ans, il a consacré certains vers à décrire l’odeur et la fraîcheur des latrines dans lesquelles il s’attardait, attiré par cette pestilence. Et c’est ce lieu bien peu social qui lui a permis de déployer son rêve de liberté dans l’écriture et toute une palette d’images poétiques comme les « lourds ciels ocreux », « les forêts noyées », « les fleurs de chair aux bois sidérals ». « les parfums sains » et « les pubescences d’or ».

Alors, oui, cela vaut le coup non seulement de décrire l’insignifiant, le caché, le discret, le muet, mais aussi ce que l’on étiquette comme « animal », « bestial » – voire « dégoûtant »,

car tout est biographique.

Et tout est biographique car tout – même ce que d’aucuns appellent « un rien » – est vivant
tant que notre mémoire vit encore.

Et le principe de la vie elle-même est d’échapper à tout jugement.

Géraldine Andrée

1 Julia Cameron, Libérez votre créativité : osez dire oui à la vie ! La Bible des artistes, collection Aventure secrète
2 Arthur Rimbaud, Les Cahiers de Douai, Collection Poésie Gallimard

Publié dans Journal de ma résilience, Le cahier de la vie, Le journal de mes autres vies, Toute petite je

La chambre de l’enfance

Retrouver
la chambre
de l’enfance
et sous l’édredon

qui fleure
bon
la lessive
de lavande

vivre
mes rêves
pendant que le feu
vermeil

et tranquille
d’un bouquet
de roses
me veille

Puis le lendemain
me voir
dans l’aube
du miroir

un peu autre
plus neuve
plus heureuse
ignorante

de toutes
ces épreuves
qui m’attendent
Sourire

ainsi
à mes yeux
tranquilles
en bordant

chacun
de mes cils
de mascara
bleu

sans me soucier
d’entendre
la voix inquiète
de ma mère

qui s’exclamera :
Voyons !
C’est beaucoup trop tôt !
Tu es si jeunette !

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Créavie, Récit de Vie

Sans titre

Je veux rendre honneur
à tous ces objets
qui accompagnent
mon écriture quotidienne :

ma vieille tasse
dans laquelle les thés
de différentes saveurs
ont laissé trace,

ma bouilloire
dont le ronronnement sûr
répond
à toutes mes questions,

mon bâtonnet
d’encens
écrivant
en silence

sa phrase
qui danse
en volute
grise

jusqu’à la page
blanche
du plafond,
et surtout

ma pierre
d’améthyste
dont les lueurs
m’inspirent

un mot de foi
à chaque fois
que j’ai noté
un mot triste…

Géraldine Andrée

Publié dans Le cahier Blueday, Le cahier de la vie, Récit de Vie

Le pays

Lorsque je vis si intensément que j’en oublie d’écrire, je sais que l’écriture est là, malgré tout, avec son encre à la source de qui je suis.

Et lorsque viendra le temps de me reposer, je pourrai reprendre mon cahier Blueday afin d’ajouter aux épisodes passés la goutte et la note de l’instant présent, faire paisiblement le point.

J’entrerai dans le silence de la page comme dans une maison qui m’aura attendue depuis longtemps. Chaque carreau de la ligne sera une fenêtre ouverte qui m’offrira le plus juste regard sur le monde.

L’écriture est ce pays où je reviens toujours après avoir vécu.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Créavie, Le livre de vie, Récit de Vie

Le témoignage

Plus que des événements
la biographie peut être
le témoignage
du souffle du vent

qui mélange
les couleurs
de la colline
à la fenêtre

de jadis
demeurant
ouverte
aujourd’hui

et elle peut laisser
pour ciel
une page
aux ailes

de la mésange
recueillie pendant l’enfance
et qui prête
son bleu à l’encre

en chemin

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de silence, L'alphabet de l'herbe, Poésie-thérapie

Un poème de la Chine ancienne

Un poème
de la Chine ancienne
me fait entendre
dans la chambre

le chant
de la pluie fraîche,
une pluie qui date
d’un millénaire

et qui déverse
toutes ses notes
sous ma lampe,
de telle sorte

que le silence
de cette nuit
crépite
comme une brindille

sur le sentier
que le poème
de l’an mil
me dessine

depuis jadis
– ce temps
où n’étant moi-même
que silence,

j’ignorais tout
de l’existence
des poèmes
et de la pluie…

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Créavie, Grapho-thérapie, Le livre de vie, Récit de Vie

Pourquoi écrire sa biographie ?

  • Pour laisser une trace à ses proches, ses descendants, léguer un patrimoine spirituel, donner en guise d’héritage le bien le plus précieux : qui l’on a été au cours de sa vie, ce que l’on a ressenti, aimé, pensé, éprouvé. Faire de sa vie écoulée un présent. C’est le motif le plus répandu.
  • Retrouver le passé et l’actualiser avec les détails les plus fidèles. Il s’agit, alors, d’un acte de foi envers sa mémoire. On fait confiance au processus des souvenirs – y compris les plus enfouis – qui permettent de ressusciter son histoire. Prendre sa revanche sur ce que l’on croyait à jamais écrit : l’oubli.
  • Se réhabiliter aux yeux de quelqu’un. L’inviter à comprendre les motivations qui nous ont poussés à agir ainsi et solliciter, peut-être, son pardon. S’apercevoir que l’on est, sans doute, ni pire ni meilleur qu’un autre et que ces défauts pour lesquels on endure tant de culpabilité sont le signe de notre appartenance à l’humanité.
  • Tracer le chemin qui nous a menés vers notre résilience. Voir comment l’on a métamorphosé les épreuves et donc, comment l’on s’est transformé, soi. On développera par ce biais un sentiment de fierté.
  • Se délivrer d’un événement qui nous hante encore. Lorsque cet événement a surgi de manière imprévisible dans notre vie, il était si violent qu’il était indicible. Reprendre par les mots cette maîtrise sur son destin que l’on avait perdue. Créer une distance temporelle nécessaire entre le Moi et l’événement pour parvenir à le relativiser ou, du moins, faire en sorte qu’il ne nous touche plus autant. Se séparer de la vision fragmentée que l’on avait de soi et reconquérir, dans la vision de son livre de vie relié, une meilleure unité narcissique, indispensable à l’épanouissement personnel.
  • Tenir à nouveau le fil da sa vie : au fil de l’encre, repérer les répétitions, les patterns qui ont entravé notre bonheur ou notre évolution personnelle afin de s’en libérer.
  • Revivre des moments heureux et voir que ce bonheur a souvent dépendu d’un lieu, d’une époque, d’une personne. Serait-on le même aujourd’hui si l’on n’avait pas eu cette chambre, cette grand-mère ? Ce jardin n’a-t-il pas développé l’espoir en la réalisation de nos rêves ? Cultiver la gratitude envers tout ce que la Vie nous a déjà offert, c’est se créer une vie meilleure.
  • Redonner du sens et de l’importance à un détail, du signifiant à ce que l’on croyait jusqu’ici banal et insignifiant : on mesure alors combien une odeur, la couleur d’une journée, une chanson particulière font partie de notre construction intérieure. La chanson Diabolo Menthe d’Yves Simon – entendue à la radio – m’a encouragée à reprendre mes carnets secrets au sortir de l’adolescence où j’avais commencé à douter du pouvoir de l’écriture. Il a donc suffi d’un rien – une chanson diffusée par hasard et que j’ai entendue au bon moment – pour m’empêcher d’abandonner l’écriture.
  • S’apercevoir que l’on est riche de tout ce que l’on a vécu et que c’est cette somme d’expériences qui forme le matériau d’une écriture vivante. Sans aucun orgueil de notre part, donner une forme de pérennité à notre passé afin que notre vie personnelle ait des échos universels. Telle ou telle épreuve, en effet, peut aider quelqu’un d’autre à triompher de ses propres difficultés. Parvenir à toucher une seule personne, c’est immense, c’est Tout.
  • Mieux vivre le présent : ici et maintenant. Comme notre histoire, longtemps restée silencieuse à l’intérieur de soi, a été extériorisée sur le papier, on devient ainsi qui l’on est vraiment. On ne se laisse plus avoir par de fausses images ou de fausses croyances sur notre être. On a accompli une sorte d’exorcisme qui nous a délivrés des sortilèges – c’est-à-dire des schémas qui nous empêchaient d’exister vraiment. J’ai connu cette satisfaction après avoir achevé mon roman Le Grand Retour. Enfin, j’étais sortie de l’emprise d’une histoire d’amour dont je n’avais pas vraiment fait le deuil, même vingt après. J’avais quitté pour toujours la maison blanche.

Tout cela pour vous dire ceci :

Parce que l’on a écrit notre vie, on peut Vivre !

Géraldine Andrée

Publié dans Cahier du matin, Journal de ma résilience, Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

Le rêve

Je suis retournée là-bas
en rêve
et j’ai retrouvé
l’empreinte de mes pas
sur la terre de l’allée,
le feu nacré des roses-thé,
les étincelles du rire de Maria,
l’ombre bleue du tilleul,
et quand j’ai franchi le seuil,
l’impression que je n’étais pas seule
car il y avait une fenêtre
ouverte pour moi
dans l’été.
À mon réveil,
je me suis sentie
si habitée
par la vie
de jadis,
que je me suis demandé
si l’absence
de toutes ces choses,
de tous ces êtres
n’était pas un rêve
et si ce qui m’était revenu,
le temps d’une nuit,
dans le secret
de mes yeux fermés,
n’était pas réel…

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Créavie, Grapho-thérapie, Journal de silence, Récit de Vie

Le cahier neuf

Cette excitation, toujours, quand j’achète un cahier neuf…
Je caresse son papier comme jadis, je prenais plaisir, enfant, à passer ma main sur la neige fraîche.
Et, avant même de me présenter à la caisse,
je joue à deviner les mots qui vont apparaître,
à fleur de page,

ces mots qui percent déjà
le blanc de tout cet espace,
avant qu’ils n’éclatent en phrases,
car ils ont la patience secrète
des perce-neige.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Récit de Vie

Sans titre

Il faudra que j’écrive, un jour, sur tous les actes que j’accomplis alors que j’écris, que j’en fasse la liste :

poser ma plume et aller me préparer un café, vérifier si la brèche dans la toiture ne s’est pas aggravée, décrocher le téléphone qui sonne, ouvrir la porte au chat qui miaule, combler d’autres brèches – psychologiques, émotionnelles – créées par les demandes d’autrui ou les exigences des choses quotidiennes,

puis retourner à la légèreté de ma plume, reprendre la temporalité hors du temps de mon récit, m’envoler même si je suis toujours présente – Oh ! Ne pas partir très loin ! Juste dans le ciel de la page !

Il faudra que je réponde, un jour, à cette question :

L’écriture s’intègre-t-elle à la vie
ou la vie s’intègre-t-elle à l’écriture ?

Peut-être qu’il faut que je vive et que j’écrive encore,
que j’écrive et que je vive encore,
pour noter une réponse dont je sois sûre…

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Journal de silence, Le cahier de la vie, Le journal de mes autres vies

Retrouvailles

J’ai relu le journal intime que j’ai tenu dans l’ancienne maison.
J’ai été surprise par l’encre toujours bien nette, toujours bien vive
de mes phrases
et j’ai retrouvé comme de vieux amis
des mots comme « véranda », « platane, « chat », « jardin »,
des expressions aussi telles que « l’heure mauve dans ma chambre », « l’aube aux lisières »,
alors que toutes ces choses ont disparu depuis longtemps
et qu’il ne subsiste aucune preuve de leur existence,
sinon la trace de leur passage dans la neige éternelle de la page
et qui me mène à un espace de silence
que je me crée dans le temps d’aujourd’hui
pour mieux me souvenir…

Géraldine Andrée

Publié dans Le cahier de mon âme, Le journal de mes autres vies, musique, Poésie, Poésie-thérapie

Le long week-end

J’aimerais que ma vie soit un long week-end.
J’approcherais mon visage de la flamme
après m’être baignée dans mon âme

puis je baptiserais d’un poème
chaque goutte d’eau
qui constellerait ma peau.

Un rire dans son éclat
m’emporterait vers une existence
où l’on ne meurt pas.

Et au moment de m’endormir
au creux de l’enfance,
un rêve accrocherait des ailes

à mon dos
pour que la joie qui se termine
recommence aussitôt.

Le temps, alors,
serait largement ouvert
comme un bras de mer

qui me bercerait
sans que sa force ne m’étreigne…
J’aimerais que ma vie soit un long week-end.

Géraldine Andrée

Publié dans Je pour Tous, Parlez ! Je vous écoute !, Récit de Vie

Votre écrivain privé biographe Réseau NPI ©

Je suis votre écrivain privé biographe Réseau NPI (Nègres pour Inconnus) © créé par Guillaume Moingeon.

Que signifie, pour un biographe, faire partie du Réseau NPI ©?

Cela signifie, comme tous les autres écrivains biographes du réseau,

  • Appliquer les règles de déontologie propres à ce réseau, à savoir ne pas faire payer de forfait pour une biographie dont on ignore toujours par avance le nombre de pages puisqu’un récit de vie suit le fil de la mémoire, et donc de l’inconscient.
  • Faire payer un client à la séance de manière à ce que ce dernier soit maître du nombre de séances qu’il est libre de suspendre, d’interrompre, de continuer. Par conséquent, il contrôle son budget.
  • Chaque séance se compose de l’entretien qui coûte 60 euros, et de l’heure et demie d’écriture qui coûte 90 euros ( 1 heure d’écriture = 60 euros + une demi heure d’écriture = 30 euros ). Vous payez donc à chaque séance 150 euros, toujours sur la base d’une heure d’entretien, 60 euros et une heure d’écriture, 60 euros. Si je dois me déplacer, des frais de déplacement sont ajoutés. Si les entretiens ont lieu par skype, vous ne payez, bien entendu, aucun frais de déplacement. Le tarif à l’heure chez les écrivains NPI est toujours de 60 euros. Il faut savoir que la rédaction d’un entretien demande toujours au minimum une heure de travail.
  • Nos entretiens se composent de modifications autour du manuscrit, d’échanges et de la prise de notes des souvenirs.
  • Le client prend connaissance à chaque séance de la rédaction des souvenirs de l’entretien précédent. Il ne découvre jamais le manuscrit tout à la fin de l’écriture biographique. J’envoie les fichiers format Word et Pdf et une invitation à la connexion Dropbox pour que des modifications soient possibles en ligne entre chaque séance.
  • Le client est libre d’apporter des modifications tout au long de l’écriture biographique, jusqu’à la finalisation du manuscrit (édition, impression).
  • Je travaille en collaboration avec les éditions Scripta qui établissent un devis pour la fabrication du livre selon le nombre d’exemplaires que vous souhaitez. Vous décidez du type de couverture, du papier, du format, du nombre et de la place des photos ou documents à intégrer au tapuscrit.

À bientôt pour un rendez-vous avec la Vie… la vôtre !

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de silence, L'alphabet de l'herbe, Récit de Vie

Le cahier d’automne

La pluie a inondé mon cahier.

Pour lui faire retrouver sa beauté, mes paumes l’aplatissent, le lissent.
Puis le fer à repasser repasse plusieurs fois sur ses pages chiffonnées.

Hélas ! Les poèmes gondolent et les mots s’effacent…
Mon cahier a perdu sa grâce !

Alors, j’abandonne.

Je me console en me disant que mon cahier relie désormais des feuilles d’automne
dont les nervures sont des lignes
où je devine
un alphabet invisible.

Géraldine Andrée

Publié dans Bullet journal, C'est ma vie !, Créavie, Journal d'instants, Le cahier de mon âme

La nouvelle résolution

La nouvelle année commence ! C’est le moment d’écrire des résolutions pour accomplir ce que l’on n’a pu accomplir l’année précédente, parce que l’on est insatisfait des résultats, parce qu’il faut toujours se lancer dans de nouveaux challenges, se défier, être en compétition avec soi-même.

Ces résolutions, souvent notées dans un calepin tout neuf, seront certainement vite abandonnées par lassitude, manque de temps, d’investissement sur la durée ou de conviction…

Et si l’on ne notait qu’une seule résolution cette année,

Être ?

À partir de ce seul verbe, faire une petite liste – sous forme de bullet-journal, pourquoi pas… – des activités qui nous invitent à Être.

Comment les reconnaître ?

Ce sont les activités où vous oubliez votre mental, où vous cessez de planifier, de contrôler, où vous abandonnez toute obligation de performance.

Pour moi, c’est

  • sauter dans une vague
  • caresser un animal
  • me promener dans un jardin
  • m’asseoir au soleil
  • regarder défiler un paysage par la vitre du train
  • inspirer et expirer profondément
  • danser
  • contempler la lune
  • attendre que le thé infuse sans rien faire d’autre, en observant l’eau qui prend doucement la couleur du thé
  • m’étirer

Et vous ? Promettez-vous, ou plutôt, permettez-vous de choisir un item de votre liste et d’y être fidèle une fois par jour.

Décidez d’être qui vous êtes quelques instants, chaque jour, loin des conventions, des obligations que vous imposent les autres et des masques sociaux (sans mauvais jeu de mot).

C’est largement suffisant pour tout un an !

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de mon jardin, Poésie, Poésie-thérapie

Il y avait là, jadis, une fontaine

Il y avait là, jadis, une fontaine…
Ses notes berçaient
des pétales, des feuilles,
des fétus d’herbe, des grains de pollen

et son reflet
faisait danser avec lui
le jour
qui luit.

Ils ont muré
la bouche
de la fontaine
et de son chant,

il ne reste
désormais
aucune trace
sinon celle

de ce poème
qui se fraie
un chemin
dans le silence…

Géraldine Andrée