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Publié dans C'est la Vie !, Créavie, Parlez ! Je vous écoute !

Pour réaliser votre livre de Vie

Pour réaliser votre livre de Vie, je mets de la vie dans votre livre.

J’y glisse les couleurs, les senteurs, les saveurs, les musiques et les étoffes de la vie que vous avez suivie jusqu’ici.

Je rends si présents vos souvenirs que vous reviennent un chemin, un jardin, un visage, un sourire que vous croyiez avoir oubliés.

Je vous fais rencontrer votre mémoire.

Je donne de la voix à ce que vous portiez en silence.

Et la maison dont vous vous êtes séparé(e), l’aïeul en allé, l’arbre tant aimé se réincarnent dans vos mots.

Vous réalisez que votre livre ainsi écrit rassemble toutes les vies qui ont fait la vôtre !

C’est ainsi que l’on donne de la vie à ce que l’on écrit…

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie

Les longs après-midi d’été

Ah ! Les longs après-midi d’été passés à la bibliothèque !

L’ombre fraîche qui enveloppe les bras…

L’écho frêle des sandales

sur le plancher de bois…

Les chuchotements autour des lampes…

Et voici, échappé d’une étroite fenêtre,

ce rayon de soleil

venu désigner entre tous

le titre de ce livre

à la couverture rousse

qui t’emportera dans son pays

que tu ne connais encore pas

mais où tu es destiné à naître

et à vivre

pendant un mois…

Géraldine Andrée

Publié dans Grapho-thérapie, Journal créatif

Je tiens un journal intime

Je me souviens quand, toute jeune fille, j’ai déclaré à mon professeur de français devant la classe :

– Je tiens un journal intime !

C’était comme si j’avais dit que je possédais une grande maison de vacances ou que j’étais entrée dans un cercle d’amis fabuleux.

Moi qui étais si effacée, moi dont on se moquait, moi que l’on ne respectait pas, je m’étais enfin dessiné par cette courte phrase un contour. Je m’étais donné une densité, une profondeur, une vérité. Je devenais consciente de la rencontre entre l’être et le faire, entre la joie et le chemin. Je me tendais un miroir où je me reconnaissais, objectivement, sans que le regard de quiconque m’influençât.

Ainsi, j’étais présente, vivante moi aussi… Et cela, rien qu’en écrivant dans ma chambre. J’existais pour mes pages blanches. Ce cahier à la couverture fleurie était mon île, un lieu sûr dans lequel je pouvais advenir à chaque instant par ma propre présence.

Je tiens un journal intime…

Que de secrets contenait cette simple phrase ! Que d’énigmes la rendaient riche ! Que de mystères dont j’étais l’unique détentrice jouaient seulement à se laisser deviner !

Que pouvais-je bien raconter, si démodée avec mes couettes et si étriquée dans ma jupe plissée ?

Je ne le confierais jamais qu’au papier !

Je n’étais donc pas tout le temps définie par les autres… Je ne leur appartenais pas… Une part de moi, insaisissable, essentielle, leur échappait définitivement.

Quand je songe aujourd’hui à l’image de cette petite clé dorée qui a brillé sous mes yeux au moment où j’ai prononcé cette phrase, je me dis que j’avais compris à mon jeune âge l’importance de l’indépendance.

Je tiens toujours un journal intime

car je suis celle qui me comprend le mieux.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie

Sur cette feuille

Sur cette feuille,
deux points
font un pont.
Un peu d’encre
suffit
pour qu’une rivière
coule,
emportée
par son souffle.
Quelques mots
disent
l’essentiel,
la profondeur.
Et quand 
votre regard
est arrivé
en bas
de la feuille,
au plus près
de l’endroit
où bat 
votre coeur,
une seule 
goutte
de silence
contient
votre présence.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Grapho-thérapie, Journal de ma résilience

L’odeur du papier frais

J’ai souvenance… 

L’odeur du papier frais qui m’accueille quand j’ouvre mon cahier d’adolescente que je viens à peine d’acheter

– une odeur printanière comme celle d’une robe si bien lavée et repassée qu’elle me semble être nouvelle…

Je ressens, alors, que malgré toutes mes peines répétées,

une seule goutte d’encre m’est suffisante

pour entrer dans une autre vie qui commence… 

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie

Trois joies d’écriture

  • Quand j’ai reçu mon prix littéraire à quatorze ans et que je ne m’y attendais pas. Je me souviens de ma petite machine à écrire noire de jais qui, au fil de son ruban, m’a menée à cet honneur.
  • Mes vacances au bord de la Mer Noire en l’an 2000. Les nouvelles rencontres dans le vent qui soulevait le sable sur la trace de mes pas. J’ai tenu alors un Journal d’Amour pour ne pas oublier.
  • Mes vacances à Cala Ratjada. L’inspiration qui me venait du bleu et ma solitude riche de tous mes cahiers. Je n’écrivais alors plus que pour moi. Le chemin tracé par ma plume était suffisant.

Ecrire la Vie avec les expériences, les sensations, les sentiments.

Il m’est possible de tout éprouver avec ma peau comme avec la page.

J’écris la Vie avec le souffle de ce qui passe, le sucre des fruits, la musique d’un violon, la danse d’une caresse au bord de l’épaule, les verts de la colline, la senteur des arbres sur un sentier de printemps.

J’écris la Vie avec les pétales des pommiers, avec tout ce qui disparaît pour renaître dans des couleurs jumelles.

J’écris la Vie avec les lueurs des larmes et les éclats de rire, le sourire de la lune au coeur de la nuit.

S’il m’est possible d’écrire la Vie, il m’est possible de revivre ces instants uniques autant de fois que l’encre ranime mes mots.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page

Graphothérapie personnelle

Ecrire m’a souvent sauvé la vie.


Ecrire m’a souvent aidée à vivre.


Grâce à des notes brèves, des fulgurances, des mots éclatants comme des météores,
j’ai découvert que le bonheur, pour moi, était fait de moments :


le chant des oiseaux dans la lumière de juin, lorsque j’ouvre ma fenêtre au matin ;
entendre le bruit de la mer pas très loin ;
une tasse de thé près de mon livre ;
trois gouttes de jus de citron sur du bon poisson grillé ;
une fleur accrochée aux cheveux de ma mère ;
le silence au réveil et le bruit de ma respiration…


L’encre qui brille sur la page est devenue mon miroir.


Je m’accepte inconditionnellement en me relisant, sans fard, avec tous mes défauts et toutes mes qualités, toutes mes faiblesses et toutes mes forces, tous mes échecs et toutes mes réussites, tous mes manques et toutes mes ressources.


Le mouvement du stylo, le lent déroulé de la phrase, la vague du texte qui s’avance sur la page m’ont suggéré d’aller à mon propre rythme, comparable à nul autre.
Une métaphore surprenante ? C’est le signe que je m’abandonne à Plus Puissant en Moi !


Et le silence de la chambre qui entoure l’île de mon cahier me met à l’écoute des murmures de mon temps intérieur.


Arriver à la dernière ligne, c’est rapprocher ma main de mon coeur.
L’action rencontre alors le sentiment et la volonté, l’intuition.


Ecrire m’invite à chaque instant à être l’auteur de mon propre bonheur.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie

Mes phrases magiques

  • Je suis la Source et le Chant de mon bonheur
  • J’incarne toute ma Vérité
  • J’écoute la voix de mon Coeur, cet oiseau qui palpite dans ma poitrine
  • Je vibre la Lumière
  • J’accorde la note de mon Âme à la musique du Jour
  • Je suis ma Priorité ; à mes yeux la Première
  • Je m’épanouis dans la vague de l’Abondance
  • Je cultive la Paix en moi
  • Je crée la Vie, sa Beauté et sa Bonté
  • J’apprécie la vie et je la fais partager avec mes propres mots

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, histoire

Le Tour de France

Le Tour de France a toujours été pour moi le signe délicieux que les vacances commencent.


Il me revient certains Tours de France de ma vie.


Le Tour de France que mon oncle d’Annecy regardait tout l’après-midi. La pluie de l’orage se déversait sur la maison pendant que s’alternaient à la TV les pentes ensoleillées


Le Journal du Tour de France après les informations, au moment où l’on versait la première goutte de porto dans le coeur creusé des melons de Méditerranée


Le Tour de France qui est passé tout près de chez moi alors que j’habitais à D, dans le Nord. J’étais accaparée par l’attente d’un amoureux qui vint très tard. J’entendais les cris d’encouragement et je me sentais clandestine dans mon petit studio. J’aurais dû être dehors


Le résultat du Grand Vainqueur du Tour de France que clamait un transistor par la fenêtre ouverte, dans un village du Loiret. La chaleur nous avait invités à nous installer en terrasse et à remettre la visite des châteaux au lendemain


La voix du chroniqueur du Tour de France qui s’accélérait pendant que l’on ôtait doucement les grains de sable accrochés à la peau. C’était à Bray-Dunes ou ailleurs


Puis, cette coupure de vieux journal retrouvée dans la maison de mon grand-père, et qui était tombée par hasard sur les cartons du déménagement. Il y était relaté un Tour de France datant de plus de quinze ans. J’imagine mon grand-père le lisant, tout près de son café, avant de retourner jardiner. Où étais-je ? Peut-être juste à côté, occupée à habiller ma poupée.


Il me semble, même si je peux me tromper,

que mon enfance a été

un long été

que je continue aujourd’hui encore

à traverser.


Géraldine Andrée

Publié dans Journal de ma résilience

Les grandes vacances

Tu es parti pour de grandes vacances.

Et je n’ai pas l’adresse de ta demeure.

Les jardins ont-ils les mêmes lueurs qu’ici dans l’ombre ?

Les rivières sont-elles profondes ?

Peut-on y lire la même carte du ciel que celle posée sur notre monde ?

Je vois, les yeux clos, les traces de tes pas sur le chemin qui mène à la vaste résidence

et je rêve que j’y mets mes pas.

C’est ainsi que j’avance.

Ton congé est sans retour.

Il n’y a pas sur le calendrier

un seul jour à entourer de rouge,

parce que tu pourrais prendre l’avion en sens inverse.

Là où tu séjournes, il n’y a pas d’adresse.

Alors, je détache

de mon journal intime

une page :

comme sur du papier à lettres,

je note la date,

deux initiales

pour l’énigme

du lieu,

mon prénom

puis j’entre dans mon coeur

pour écrire un message

que je signe

de ton nom

et dont la danse

s’achève

dans une ultime

étoile

d’encre.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Créavie

La vérité de mon rêve

Pendant toute l’année 2015, j’ai rêvé d’avoir une chambre au bord de la mer.

Je fermais les yeux, les jours de pluie, et je voyais cette chambre à fleur de bleu, avec un voilier au loin et le ciel que le reflet du soleil dans les vagues berçait.

Je ressentais dans mon rêve le vent, la lumière, la vérité. En juillet, j’ai réservé mes vacances sur le site de Marmara.

J’ai ajouté Terrasse en option, comme d’habitude. Puis, je n’y ai plus pensé.

En août, lorsque je suis arrivée à Majorque et que j’ai ouvert la porte, je n’en croyais pas mes yeux et pourtant, c’était vrai !

La chambre était exactement comme je l’avais rêvée : fenêtre ouverte sur la Méditerranée, terrasse au sixième étage, donc au plus près du ciel, et j’entendais les éclaboussures des rires des enfants qui jouaient avec les vagues.

Au loin, un voilier blanc qui allait au rythme de son propre temps.

Cette expérience de mon rêve de vacances me donne la foi d’élargir encore mon rêve.

Alors, je ferme les yeux et je vois une maison que j’ai achetée à fleur de bleu, une terrasse et un grand cahier ouvert comme une fenêtre par laquelle les visages des mots apparaissent.

C’est déjà à moi.

C’est là.

Géraldine Andrée

Publié dans Méditations pour un rêve, Poésie

Un très ancien carillon

J’entends sonner un très ancien carillon
dont les quelques notes grêles 
si je tends bien l’oreille
font rouler leur écho
comme des perles 


le long d’un rayon de soleil
un carillon qui sonne ce temps passé
où vivait encore Claire aux cheveux blonds
aux larges colliers
et au sourire secret

Géraldine Andrée

Publié dans musique

Ton murmure

Je ne sais pas

d’où vient ton murmure…

J’écoute

tout ce qui vibre,

tout ce qui vit…

Je pose

mon oreille

sur les roses,

les taies

d’herbe,

les feuilles

où bruissent

les ailes

secrètes

des insectes…

Je suis attentive

à la petite note

qui peut tomber

d’un rayon

de soleil

et rouler

le long

des cordes

de l’air

tandis

qu’une seule

certitude

m’habite :

ton murmure

vient

de toutes

les sources

de silence

possibles…

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

On n’aime pas assez

On n’aime pas assez les lieux lorsqu’ils sont présents.

On ne mesure pas le prix de la lumière sur la table du dîner, la douceur de l’ombre de l’arbre, la bonté du jardin potager, la beauté des crépuscules quand l’hiver recule

et le miracle de chaque pas dans le couloir.

On n’aime pas assez les êtres qui vivent là, qui passent de la chambre au salon, comme une évidence qui est en vérité une grâce.

On croit que l’éclat des journées demeurera toujours dans la mémoire.

Mais lorsque les lieux et leurs êtres ont disparu,

lorsqu’ils se sont tous évanouis comme des bulles dans la nue,

on les regrette tant qu’ils nous hantent.

Parfois, bien sûr,

l’un de ces souvenirs familiers nous retrouve,

tel un foulard qui attendait sur un sentier rarement emprunté

la main qui l’avait perdu…

Mais à peine croit-on le saisir,

qu’il s’échappe sans se laisser retenir,

et il nous semble alors

qu’il ne nous a jamais appartenu…

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Créavie, Grapho-thérapie, Un cahier blanc pour mon deuil

Je t’écris

On me dit que, de là où tu es, tu ne lis pas les mots écrits à l’encre.

Alors, je t’écris ma lettre

avec les reflets du soleil dans les verres remplis,

l’herbe sur laquelle l’on s’allonge les dimanches,

les scintillements du lac,

la terre du chemin caché,

l’ardoise rouge des demeures à fleur de colline,

les grains de sable qui s’accrochent aux chevilles,

ces filaments de lumière rendant le ciel captif des branches,

le tremblement de la lune,

les éclats de la chaînette quand s’ouvrent les persiennes,

le souffle d’une vague qui se rapproche de la dentelle…

Je sème, j’égrène, je constelle,

je laisse sur ma page tout ce qui peut être une trace,

y compris un chuchotement qui soulève quelques pétales

dans cet intervalle entre deux pas

pour que, de là où tu es, tu te dises

sans que tu me lises :

Voilà toute

la Vie écrite !

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Créavie, Grapho-thérapie

Je suis attirée par la page

Je suis attirée par la page comme par l’infini.
Lorsque j’ai joué, ri et dansé sous les étoiles d’été, je reviens à l’encre.
Je profite de la moindre lueur pour noter tout ce que j’aime.

Et lorsque j’ai de la peine,
lorsque je cherche un astre dans la nuit noire,
je trace le chemin d’une phrase sans savoir où il me mène,

quitte à oublier qui je suis,
petit point gris dans la blanche lumière de l’espace
à partir duquel commence l’infini.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Méditations pour un rêve, Mon aïeul, mon ami., Mon aïeule, mon amie

La couleur de l’encre des anciens amants

Le jour où je retrouverai la couleur de l’encre des anciens amants,

le jour où je saurai si sa couleur est bleue comme la mer disparue au large de l’azur, rouge comme les lèvres closes après les murmures, verte comme les feuilles entre les fleurs ou noire comme la mort qui détache du coeur la frêle corolle d’un souffle,

alors, j’écrirai cette lettre

à l’encre où tous les ciels se mêlent,

pour remercier les anciens amants

de m’avoir fait croire à leur rêve qui prolonge l’espoir.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Créavie

Mon chemin de vie

Mon chemin de vie :

noter tout ce qui passe, les instants présents comme les souvenirs

(ma mère, par exemple, qui parle de sa bicyclette d’adolescente qu’elle jure posséder toujours, de l’enfant qui aurait pu naître et qu’elle voit grandir, de sa malle égarée, des visages et des noms qu’elle sait ressusciter en oubliant qu’ils désignent des défunts)…

La vie n’est qu’une paupière qui s’ouvre puis se ferme.

Rien ne dure et pourtant, l’on retrouve si nettement le quartier de son enfance, l’éclat des après-midi passés dans le jardin et la course de la route !

C’est tout cela que je veux écrire et, comme je ne l’attraperai jamais tout à fait, en garder l’éclat dans la goutte d’encre qui précède le mot, comme la mémoire attrape la lueur de ce papillon qui s’échappe encore

alors que l’on croit l’avoir saisi en plein vol…

Géraldine Andrée

Publié dans Mon aïeule, mon amie

Le village natal

Tu es partie de bon matin…

Tu as pris le bus avec les autres et tu es revenue à ton village natal,

Chaudeney que je ne peux m’empêcher de faire rimer dans le silence de mes pensées avec l’adjectif « née ».

Tu as retrouvé la place avec la fontaine claire, les bancs sous les marronniers, l’église où tu as été baptisée…

Pendant un instant, tu as cru voir la jeune Jeanne sur sa bicyclette fendre les rues comme un rayon de soleil transporté par la brise.

Le clocher a sonné midi.

Ce n’était pas l’heure de la sortie de l’école. Cela ne le serait plus jamais dans cette vie-ci.

Et pourtant, les notes du carillon ont cogné contre ton coeur comme des cailloux lancées par des chenapans qui se font la course.

Tu me dis dans un bref battement de cils :

« Tout est là.

La vie. L’enfance. Tout ça.

Moi seule je passe.

C’est moi qui ne dure pas. »

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Le cahier de mon âme

Un extrait de mon journal

Le 29 juin 2019

Dix jours que je ne suis pas revenue à ce journal…
Dix jours que je ne suis pas rentrée chez moi, que je ne me suis pas posée sur le papier…
Dix jours que je n’ai pas ouvert ce cahier comme une porte secrète qui donne sur la mer…

Mais me voici.

J’écris entre ombre et soleil sur ma terrasse, assise à ma petite table ronde.
Je viens d’étendre ma lessive.
Le temps fleure bon le savon, le café, le vent dans les fleurs…
Je suis bien ici.

Tout s’organise autour de mon cahier :
le silence du matin étoilé de bourdonnements, le craquement des herbes qu’un pas dérange, le cliquetis de mon store qui s’agite légèrement sous un souffle de passage, une porte qui bat quelque part…

Je l’ai déjà écrit dans un autre cahier mais je le réécris

https://lencreaufildesjours.com/2019/04/05/noter-chaque-jour-le-moment-et-lendroit/


Je me fais le serment de toujours noter l’heure et l’endroit où j’écris.

Que la couleur de l’instant présent se reflète dans l’encre qui sèche doucement.

Noter la lueur qui est là encore, au bord du mot…

Connaître, en suivant le chemin d’une phrase nouvellement tracé, la géographie de mon âme…

Lorsque je suis de retour et que je vois à mon réveil le soleil filtrer dans la fente des volets, je sais que je vais renaître pour un jour sur la page qui commence.

Et c’est Tout ce qui m’importe.

J’oublie mon voyage comme si c’était une autre vie.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie

L’écriture est là

L’écriture est là, même quand je m’en éloigne.

L’écriture m’est fidèle, même quand les obligations, les contraintes, les vicissitudes m’exilent de la page.

L’écriture irrigue mes silences, aussi sûre que le murmure de mon sang sous ma peau.

Elle obéit à son propre courant dont la loi est de couler vers moi, embouchure devenue depuis ma naissance.

Et lorsque le calme revient, que j’entre enfin déchaussée dans ma chambre douce,

je m’en retourne à mes cahiers comme à une source.

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Ce message

Ce message 
dans le rêve de ma sieste :

une voix bien claire 
derrière l’ombre des persiennes

qui annonçait 
dans la chambre de mon coeur :

ton père est absent de cette terre
mais il est présent sous une autre forme.

Appelle-le :
il viendra à toi,

aussi léger 
qu’une lettre

qu’un souffle a dépliée
pendant que tu dormais.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Journal de ma résilience, Le cahier de mon âme

Revenir à ce journal,

Revenir à ce journal,
c’est comme revenir à la source après une longue période de soif,
c’est me remettre à l’écoute de mon écriture au murmure de sang,
c’est me laisser porter par le courant de l’encre,
c’est ranimer la lumière du présent dans mes mots qui sèchent,
c’est me rendre à l’évidence :

l’éclat de mes larmes et de mes rires
a pour soeurs ces étoiles
qu’une nuit d’été
dévoile.

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Demain, je ne t’écrirai pas

Demain, je ne t’écrirai pas.

Je ne te téléphonerai pas.

Je ne t’enverrai pas de carte musicale par CyberCartes sur ta ligne Wanadoo.

Rien de tout cela.

Je me souviens, il y a de cela neuf mois, le temps d’une grossesse pour ma mémoire…

J’entends encore le bruit de tes pas près des miens sur le trottoir, au coeur chaud de l’été.

Saisie par une sorte de prémonition, j’avais voulu avancer ton rendez-vous chez le cardiologue.

Tu m’as accompagnée. Le trajet à pied était assez conséquent. Tu marchais comme un jeune homme. Pas de fatigue ni d’essoufflement.

Je te demandais :

– T’es fatigué ?

Tu me répondais :

– Non ! Je pourrais marcher encore des kilomètres !

On s’est ensuite promenés dans le jardin Wilson. Je t’ai proposé une petite promenade sur les bords de la Moselle.

Mais le vent s’est levé. Il me semblait qu’il se faisait tard. J’avais peur que tu prennes un chaud et froid sur la poitrine. La météo avait d’ailleurs annoncé un orage.

Alors, nous sommes rentrés.

Tu m’as dit néanmoins :

« Pour la promenade au bord de la Moselle, cela aurait été possible. »

Tu pouvais poursuivre le chemin, prolonger la marche…

Pourtant, à peine une semaine plus tard,
je trouvai un papillon à l’angle de la fenêtre de ta chambre
dont les ailes, bordées chacune de deux iris bleus, me regardèrent longtemps avant de s’ouvrir pour l’envol.

Rien n’annonçait ton départ et pourtant, tout était prédit.

Un infarctus foudroyant t’a emporté une nuit de novembre.

Je n’ai jamais aimé l’automne.

Demain, ni carte, ni appel au téléphone.

Mais comme j’ai pris conscience depuis ta disparition que chaque jour est aujourd’hui,

je t’écris aujourd’hui.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal d'une maison de retraite, Mon aïeule, mon amie

Le billet d’avion

Elle me dit :

« Je garde dans le tiroir de ma table de nuit

mon billet d’avion

aux bords jaunis.

C’était un bel Américain.

Nous nous aimions.

Nous nous sommes épousés dans la cour de la Caserne.

Un prêtre nous a bénis.

Puis, mon époux a dû repartir

puisqu’il avait fini sa mission

de Libération.

Il était convenu

que je le rejoindrais

au début de l’an mille neuf cent quarante-six.

J’avais acheté mon billet d’avion.

Le temps jusqu’à nos retrouvailles me semblait si long…

Chaque soir, sous la lampe, je contemplais la destination.

Mais ma famille avait de plus en plus besoin de moi

pour les semailles,

et les fenaisons,

et les récoltes…

Que je sois amoureuse ? Peu importe !

Je ne pouvais les abandonner

alors que tant de tâches s’accumulaient.

Il a fallu ensuite que je m’occupe de ma soeur,

handicapée par les séquelles de la rougeole.

Alors, lentement, j’ai abandonné le rêve de mon coeur.

J’ai remis le billet d’avion à la nuit.

Je me suis dévouée jusqu’à oublier que j’avais aimé.

Je n’ai plus reçu de nouvelles de mon mari.

Mon doigt s’est séparé de son alliance.

Je me suis résignée aux travaux quotidiens et au silence.

Aujourd’hui, c’est ma famille qui m’oublie

tandis que mon rêve vient se rappeler à ma mémoire.

Certains soirs,

je sors le billet d’avion de la nuit

qui hante le tiroir de ma table de chevet

et j’approche la lampe

des caractères pâlis

que je caresse

comme si j’avais accroché

des ailes à mes doigts :

Paris-Los

Angeles. »

Géraldine Andrée

Publié dans Journal d'une maison de retraite

Ici

Ta chambre est douce avec ses rideaux tirés, ses ombres mordorées.
J’ai posé sur une serviette en papier la barquette de fraises que je t’ai achetée et il m’a semblé que la couleur des fruits éclairait d’une lueur supplémentaire chaque bobine de fil destinée à coudre quelques robes invisibles…

Les deux fleurs que j’ai disposées dans un petit gobelet en plastique, il y a de cela trois semaines, sont encore bien ouvertes.

J’ai voulu retrouver le poème que j’ai écrit sur elles.

Le voici : https://quevivelavie.wordpress.com/2019/05/31/les-fleurs-de-ta-chambre/

Puis, je suis redescendue dans la salle de séjour.

Ici, tout est possible. On retrouve dans les conversations des maisons depuis longtemps vendues qui ouvrent leur porte, des défunts qui revivent. On peut demander à son voisin la couleur du ciel de Saint-Loup, le prénom du bébé parti.

Les seules nouvelles fraîches sont les fleurs qui apparaissent, les roses bien rouges désormais.

Tu m’as dit :

-Après le dîner, on ira cueillir de la lavande et on en mettra entre les draps.

J’ai opiné. Après tout, peu importe que tu te sois trompée de demeure et d’époque.

Ici, le temps est étranger au temps extérieur.

Il peut se dérouler en arrière, singulière bobine que la mémoire ravive.

Ici, on est ailleurs.

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, Un cahier blanc pour mon deuil

Il n’y a plus de ligne

Il n’y a plus de lien dans la nuit
entre la maison d’enfance et moi.

La ligne téléphonique
a été coupée il y a quelques jours, je crois,

et j’entends dans le combiné
cette voix toujours jeune :

« Bonjour. Le numéro que vous avez demandé
n’est pas attribué. »

Les lampes, pourtant,
peuvent s’allumer encore ;

la plante,
quand j’ai fermé la porte,

était en fleurs.
Les couverts,

tout propres,
attendent d’être posés

pour un futur dîner
sur la table

où, il y a quelques mois,
l’on servait du boeuf aux carottes.

Mais l’ombre est désormais
l’unique invitée

et je sais combien
elle s’avance

en silence
et qu’elle n’éprouve

aucune gêne
à tout recouvrir

de son grand manteau.
Seul, le soleil

du lendemain matin
la chasse

et prend sa place
dans le fauteuil vide.

Si j’écris, ce soir,
ce poème

sous forme de lettre
pour remplacer le téléphone,

c’est parce que j’espère
que mes mots

seront des fenêtres
éclairées,

équivalentes
à celles

de l’ancienne
maison,

mais mon appel
reste

sans réponse :
il n’y a plus de ligne

dans la nuit
entre la maison d’enfance et moi.

Géraldine Andrée