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Publié dans Art-thérapie, Créavie, Grapho-thérapie, Journal créatif, Le journal des confins

L’oiseau bleu

Le moment que je préfère, pendant ce confinement, est lorsque je retrouve mon ami tout en blanc : mon journal intime.

L’heure de notre rendez-vous n’est pas 14 h ou 15 h, mais l’instant où le soleil touche ma main. Je sais alors qu’il est temps d’écrire.

Je suis surprise par le style qui me vient désormais, cet autre Moi-Même, et je sais que ce style est le vrai – le mien, même si, jusqu’à maintenant, je le méconnaissais.

Mon cahier est un regard qui me révèle mes craintes et mes espoirs. Il me montre les sombres recoins du passé qu’il me faut éclairer pour pouvoir recevoir tous les lumineux présents de cette journée. Le mouvement de mon stylo me mène vers mes blessures anciennes que je dois toucher si je veux guérir, c’est-à-dire continuer à écrire.

Je commence à raconter mes souvenirs d’enfance, ma vérité dont je ne me soucie plus de savoir si elle est la Vérité car je sais que chacun pose son regard sur le monde et qu’il y a, par conséquent, de multiples vérités. Aussi, j’honore la vérité qui m’appartient.

Mon ami tout en blanc me permet de renouer avec mes émotions, mes sensations, mes sentiments. Il nomme sans aucune censure douleur le souvenir du noisetier perdu et joie le vieux livre retrouvé. Dans la trace de ma voix importent les pointillés, ces silences qui ont tant de choses à me dire ! Pourquoi donc ai-je de la peine à écrire ce prénom ? Pourquoi la ville de ma naissance ne porte-t-elle qu’une initiale au détour d’un paragraphe ? Parfois, en seul point, je congédie l’amant qui m’a fait mal.

Mon ami est étonnant car il m’invite à dessiner au moment où je ne m’y attends pas. Et sa paume bienveillante qu’est la page accueille sans jugement un motif un peu maladroit. Dessiner… Peindre… Cela a toujours été mon désir mais, depuis cette classe de 4ème où l’enseignante m’avait dit que j’avais le coup de crayon d’une gamine de cinq ans, je m’étais interdit, par honte, d’explorer toutes les couleurs et tous les traits possibles. J’ai appris ensuite que l’art naïf avait le droit d’exister.

Aujourd’hui, je renoue avec l’enfance !

Hier, par la fenêtre d’un mot a surgi un oiseau bleu pour illustrer un poème de Sabine Sicaud, cette jeune poétesse de quinze ans morte prématurément et qui a écrit dans l’un de ses recueils disparu de toutes les librairies les vers suivants :

« Si quelque oiseau bleu me fait signe, rien, sachez-le, ne me retient. » 1

Et tant pis si les ailes ne sont pas égales ! C’est cet oiseau qui m’est envoyé, celui-là qui vient à moi, et qui se pose innocemment sur l’une des feuilles. Je m’autorise à songer que, peut-être, est-ce le souffle en allé de Sabine qui me fait signe…

Au coeur de ce confinement, mes rêves ont enfin de l’espace !

Je sème sur ce nouvel ami que m’a présenté mon ami le cahier des confettis, des paillettes, des coeurs, des mots-mantras.

J’ai l’audace de mes cinq ans que je fête.

Entre mes mots, brillent des lueurs qui ne s’éteignent pas.

Géraldine Andrée

1 Les Carnets de Sabine Sicaud in A.-M Gossez, Sabine Sicaud, 1913-1928, Bulletin mensuel de la Poésie en France et à l’Etranger, n°12, 25 mars 1938

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Métamorphose

Comment métamorphoser une feuille administrative
toute triste ?
Faire en sorte qu’une limite
devienne l’infini ?

Et voici que sur l’attestation dérogatoire
périmée
vogue
l’aile d’un voilier

comme sur la mer de Majorque
lorsque
je poussais la petite porte
du rivage

dans la tiédeur
d’or
du soir
Avec

quelques
couleurs
je vole
j’explore

d’autres
passages
Je suis
AILLEURS

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Géraldine Andrée

Publié dans Poésie

Personne

Personne ne peut prolonger
la lueur d’une luciole d’un ver luisant
d’une flamme de bougie
d’un météore dans le soir

Personne n’a ce pouvoir
Mais il demeure
la mémoire
pour témoigner

qu’une telle lueur
a existé
dans une nuit
comme celle-ci

Géraldine Andrée

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Le pouvoir de la visualisation

Bonjour à toutes et tous,

Elisabet Kübler-Ross disait que l’on n’avait pas besoin d’aller en Inde pour méditer ; que l’on pouvait méditer dans son jardin ou sa salle de bain.

En ces temps d’intériorité, on n’a nul besoin de billet d’avion pour aller loin.

Il suffit de renouer avec ce pouvoir qui se cache en nous, la visualisation, pour créer un monde plus beau, plus harmonieux, où la paix précède notre naissance.

Ma chambre à moi est toute petite.

Mais si je ferme les yeux, je suis un sentier qui batifole parmi les feuilles de palmiers et d’eucalyptus et qui descend à pic vers la mer ouverte comme une grande main sur le coeur du monde.

Qu’importe que nos chambres soient petites.

Nous avons l’infini en nous.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Je pour Tous, Le journal des confins

Le journal des confins

A l’heure où l’on doit rester chez soi, c’est le moment, je crois, de tenir un journal des confins qui nous mènera, de ligne en ligne, aux confins de soi.

Certes, nous sommes enfermés désormais dans une sorte de routine. Et pourtant, le journal des confins nous ouvre à tous les temps possibles, celui des rêves, des désirs, des projets ; le temps en suspens du repos aussi.

Nous vivons dans un espace limité. Mais la page du journal, malgré son cadre, nous révèle un vaste espace, jusque là insoupçonné. L’heure a sonné. Nous pouvons vagabonder parmi nos souvenirs et nos visualisations futures, aller très loin jusqu’à ce point de nous-même que nous ne connaissons pas.

Il nous est impossible de voyager ? Pourtant, le journal des confins fera apparaître le tracé d’un chemin dont la destination – j’ai envie d’écrire destinée – est le pays de l’être.

Tout cela est très théorique, me direz-vous. Mais qu’en est-il de la pratique ?

S’il n’y avait pas eu le confinement, je vous aurais conseillé d’aller acheter un beau cahier. Commencer un journal est toujours une fête célébrant l’odeur de la page neuve et son éclat blanc. C’est une sorte de noce entre vous et vous-même.

Dans les circonstances actuelles, vous pouvez prendre un cahier que vous n’avez pas terminé, lui redonner vie par quelques coloris ou votre encre d’aujourd’hui.

Voilà ! Vous y êtes !

J’ai souvent pensé que l’écriture était une thérapie.

Le journal des confins ne sera pas toujours confortable. Il vous emmènera parfois là où vous ne voulez pas vous rendre.

Vous vous ennuyez ? Les mots qui décriront votre ennui accentueront le vide, le silence de la ville, ce jour où il n’y a rien à faire, appelé « vacance ». Mais peu à peu, dans cette vacance, vous deviendrez sensible à la tache de soleil sur votre poignet, à la cloche de l’église qui tinte tout de même, à la première goutte de pluie qui luit sur la rambarde de votre fenêtre. Vous serez arrivé à point nommé dans votre instant.

Vous ne supportez plus votre famille ? Vous la trouvez trop envahissante ? Le journal des confins sera votre univers. En vous y réfugiant, vous pourrez faire remonter à la mémoire les vieux litiges que vous entretenez encore avec cette famille et que vous avez refoulés profondément en vous, les limites abusivement franchies. Les phrases inscrites sur votre cahier vous montreront la voie pour résoudre ces conflits ou prendre votre indépendance émotionnelle.

Vous vous disputez avec votre conjoint ? Le journal des confins mettra à jour les blessures d’enfance qui se rouvrent dans cette relation, les scénarios qui s’y rejouent inconsciemment. Il sera le miroir de toute la vérité de cette histoire amoureuse. Faudra-t-il la continuer ou au contraire la rompre, si vous ne vous sentez pas respecté(e) ?

Vous avez vraiment du mal à cohabiter avec vous-même ? Le journal des confins vous invitera à identifier ce que vous n’aimez pas en vous ; il éclairera les parties à fortifier, à réparer, à dorloter, et ceci, dans le but de vous accepter totalement vous-même, d’occuper toute la place du pays de votre Être.

C’est ainsi que vous vous habiterez, indépendamment des réactions des autres et des fluctuations des circonstances extérieures.

Remplissez, avec quelques gouttes d’encre, tout le présent de votre présence.

Personnellement, j’ai donné naissance à ce journal, hier.

Les confins ne sont jamais très loin…

Je vous souhaite un beau commencement tout en haut de la page blanche !

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie

Trouvez-vous des mots

Trouvez-vous des mots
où vous réfugier,
des mots-maisons,
des mots-jardins,
des mots au coeur profond,
des mots qui auront la douceur des coussins,
des mots chaleureux
comme une chambre, le soir.

Moi, c’est
Murmure de la lumière
que je fais voguer
sur mes lèvres
plusieurs fois
par jour
et qui tracent
dans mon âme
le sillage
de son retour.

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, L'alphabet de l'herbe, Poésie

C’est un silence

Quel silence, aujourd’hui !
Certains disent
que c’est un silence
où rien ne luit ;

un silence
d’eau profonde
où l’on s’enfonce
si l’on cède

à ses peurs ;
un silence
de tombe,
de fin du monde…

Moi, je pense
que c’est un silence
où tout
commence :

le silence
de la première
seconde
qui précède

l’aube,
juste avant
l’éclosion
des notes d’oiseaux ;

un silence
fait de feuilles
et de souffles
qui, lui seul,

connaît
sa source ;
un silence
qui réunit

tous les jardins
dans sa main
et qui s’adresse
au coeur

des choses ;
un silence
qui accueille
la lueur

d’un bourdonnement
et qui attend
que scintille
le tintement

de la cloche
d’un dimanche
de célébration
pour verser

sur nous
la moisson
de ses chants ;
un silence

qui bat
la mesure
de son propre
temps ;

un silence
qui espère
sereinement
notre métamorphose

pour nous faire présent
du chuchotement
des roses ;
un silence

de patience
qui demeure
encore
ce point

d’or
que la grâce
suspend
entre

deux instants.

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie

La petite voix

J’aime cette petite voix
qui me dit
au coeur
de l’après-midi

Viens
On écrit
quand
le soleil

des feuilles
tremble
et que le sens
de ce souffle

n’importe plus
puisque seule
compte
sa présence

Géraldine Andrée

Publié dans Bullet journal, Créavie, Grapho-thérapie, Journal d'instants

L’écriture de la gratitude

En ces temps difficiles, je souhaite vous communiquer les bienfaits d’une activité qui développe la sérénité, la foi et la confiance inébranlable en l’Univers :

L’écriture de la gratitude.

Je me souviens du témoignage à la télévision, il y a quelques années, d’une jeune femme peintre, rescapée d’un accident de voiture. Cette jeune femme menait une vie qui ne lui convenait pas – un travail où elle gagnait beaucoup d’argent, mais qui l’épuisait, une relation amoureuse difficile. Un après-midi où elle rentrait d’une réunion professionnelle houleuse, un accident de voiture lui brisa les deux jambes qui durent être amputées. Condamnée au fauteuil roulant et envahie par la dépression, cette jeune femme entreprit une thérapie à l’hôpital. Et la thérapeute lui demanda de noter entre les séances, dans un petit carnet, toutes les choses sur lesquelles elle pouvait compter :

« J’ai deux yeux pour voir. C’est déjà ça.
Je peux saisir une tasse. C’est déjà ça.
J’ai des idées pour peindre. C’est déjà ça.
J’ai pu sortir aujourd’hui… Je fais des progrès
. »

Au fil de ces listes de choses pour lesquelles sa gratitude s’exprimait, la jeune femme reprit confiance en la Vie. Et cet accident lui révéla son cadeau caché : un changement complet de direction qui l’amena à devenir peintre professionnelle.

L’être humain est ainsi fait : il se complaît souvent dans un état d’impuissance qui l’empêche de progresser. Il s’accroche aux drames, aux peurs, aux phobies individuelles ou collectives. Si le statut de victime doit être indéniablement reconnu, il importe néanmoins d’en sortir pour explorer – comme le dit Boris Cyrulnik – sa résilience.

Et le carnet de gratitude est un excellent outil thérapeutique pour cela. Nul besoin d’y noter des choses compliquées, des sensations extraordinaires, des événements exceptionnels. La source de l’inspiration est le quotidien. Il suffit simplement d’écrire :

Merci.

pour l’eau chaude de ma douche,
l’essence de ma voiture qui me permet de rouler loin,
mon stock d’oranges,
la visite de mon amie Jessica,
la présence de mes enfants…

L’écriture de la gratitude n’est pas un exercice de style, même si elle peut donner lieu plus tard à la publication d’une oeuvre sous forme de Journal comme Le Sel de la vie de Françoise Héritier. 1
Ce n’est, cependant, pas sa fonction première. C’est avant tout une activité qui vous relie à vous-même et qui vous permet de déployer votre confiance en l’existence, et donc en vos propres forces :

« Si la Vie, tellement généreuse, me donne déjà tout ça, il n’y a aucune raison qu’elle soit avare envers moi à l’avenir.« 

Nul besoin d’être bien pour écrire sa gratitude. En fait, l’écriture de grâces est un excellent remède quand vous avez peur, que vous êtes triste, démuni.

En entraînant l’esprit à exercer sa créativité pour nommer les choses envers lesquelles la reconnaissance s’exprime, ce type d’écriture a permis à des femmes – des études le montrent – de surmonter l’épreuve du cancer du sein.
Je vous invite pour cela à découvrir le livre canadien Pétales de vie : 12 stratégies à votre portée pour surmonter les épreuves. 2

Vous pouvez adresser votre gratitude à une puissance supérieure, à Dieu si vous y croyez, au cosmos, à une étoile précise, mais aussi à vos proches et surtout à vous-même car, en étant attentif à ce que vous recevez, vous êtes la source du déversement de votre abondance.

Vous pouvez intituler votre journal Carnet de bienfaits, Cahier de Positivité, Carnet de mille mercis

Allez dans une librairie-papeterie et prenez le temps de choisir votre carnet. Vous aurez beaucoup de choix entre le carnet tout simple à décorer soi-même et le carnet artistique, déjà orné de motifs ; le bullet-journal vierge et le bullet-journal préalablement organisé. D’autres supports s’offrent à vous : une page Facebook, un agenda, un blog. La gratitude s’exprime aussi merveilleusement bien dans un carnet de dessins, un album de photos, par la méthode du scrapbooking.

J’ai souvenance d’un carnet de gratitude qui m’a aidée à surmonter le deuil de mon père. Il s’organisait en jours, en mois, en saisons et, au printemps, j’ai découvert que mon regard changeait, mes pages se remplissaient plus facilement. Rien que la lumière d’une matinée ne me laissait plus indifférente…

L’essentiel est de vous exprimer librement et, pour compléter votre créativité, il est possible de lire 3 kifs par jour 3 ou Quatre plaisirs par jour au minimum ! 4

Nous ne pouvons contrôler les événements. Nous pouvons, en revanche, contrôler nos pensées, nos émotions, la manière avec laquelle nous nous sentons car nous sommes responsables de notre instant présent.

Je vous souhaite une belle écriture de votre gratitude !

Géraldine Andrée

1 Françoise Héritier, Le Sel de la vie de Françoise Héritier, éditions Odile Jacob, 2012

1 Anick Lapratte et Sylvie Ouellet, Pétales de vie : 12 stratégies à votre portée pour surmonter les épreuves, éditions Le Dauphin blanc, 2010

3 Florence Servan-Schreiber, 3 Kifs par jour, éditions Marabout, 2011

4 Evelyne Bissone Jeufroy, Quatre plaisirs par jour au minimum ! Les bienfaits du plaisir sur le corps et l’esprit, éditions Payot, 2009

Publié dans L'alphabet de l'herbe, Méditations pour un rêve, Poésie

Je rêve que j’écris un poème

Je rêve
que j’écris un poème.
J’entends sonner ses rimes
comme des notes de cloche
par un beau dimanche.
Je vis son rythme
qui m’emporte
telle une vague
sur la crête
d’une phrase.
Quand je me réveille,
j’entends
mon souffle
qui s’empresse
encore
dans ma course
achevée
et il me reste
des bribes
de ma voix secrète
comme
« Route », « soleil ».
Je note
alors
sur mon carnet :
de chevet :
« La route
poursuit son élan
vers le soleil
à travers moi
qui garde foi
en mes rêves ».
Puis, je commence
à vivre
ce jour supplémentaire
qui paraphe
chaque instant
avec
les lettres
toujours
changeantes
et singulières
de la lumière.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Un cahier blanc pour mon deuil

Tout ce qui a été effacé

Tout ce qui a été effacé
tout ce qui a été volé à ton regard
tes rêves tes projets tes désirs
tes créations tes poèmes tes affirmations positives

tout ce que tu regrettes
et qui t’empêche de vivre
pleinement ton présent
laisse

quelque part
dans l’univers
une trace
de lumière

qui s’apprête
à revenir
vers toi
demain

ou plus tard
dans le dessin
d’un chemin
à suivre

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Grapho-thérapie

La biographie de l’être

Vous pouvez venir chez le biographe avec la liste de tout ce que vous avez fait depuis votre naissance.

Vous pouvez établir une liste des dates importantes correspondant à ces actes.

Vous pouvez raconter comment vous êtes devenu enseignant, chercheur, couvreur, plombier, commercial, mère de famille…

Là encore, ce que vous êtes, vous le faites.

Mais vous pouvez aussi écrire une autre biographie.

Celle des instants qui ont le plus compté pour vous,

celle qui va rassembler dans un récit des fragments de votre vie

que vous avez vraiment aimés

et où, tout simplement, vous étiez vous,

joyeux, vibrant, vivant :

un coucher de soleil, un matin au jardin, les marrons sur le chemin de l’école, la robe violette de vos dix ans, ce match de foot où vous avez gagné et où vous sentez encore le rouge du bonheur vous monter aux joues, les bâtons de réglisse pendant votre convalescence qui brunissaient votre bouche, votre costume de clown pour Mardi-Gras, les dessins de votre souffle sur la fenêtre…

Vous pouvez écrire comment la Vie s’est accomplie à travers vous,

une biographie de l’Être.

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, L'alphabet de l'herbe

L’autre page

Je sais une autre page
La neige
Où s’inscrivent
Tous les alphabets possibles

Celui de la patte
De l’oiseau qui passe
De la chienne
Qui attrape ses petits

Celui aussi de la brindille
Qui se pose un instant
Avant de rejoindre le souffle
Auquel elle se destine

Celui du pas du promeneur
Qui se fait seul témoignage
A l’heure où s’effacent
Toutes les preuves

Et même celui du silence
Qui fait signe
D’immense présence
Quand un autre matin se glace

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Journal d'une maison de retraite, Journal de ma résilience

Le coupe-ongles

Ma mère me dit :

-Regarde mes ongles comme ils sont longs ! On dirait une sorcière !

ça ne va pas du tout !

J’emprunte un coupe-ongles à une infirmière.

Chacun de ses doigts est dans ma main.

L’ongle se détache dans un petit claquement et tombe en silence.

Il se confond tellement avec le blanc du carrelage que l’on ne le retrouve pas.

Une fois que c’est fini, ma mère me désigne de son index ses autres doigts.

-Celui-là est réussi !

Puis elle ajoute avec le même souci de perfection et d’exigence à mon encontre
que lorsque j’étais enfant :

-Celui-ci beaucoup moins ! Essaie encore…

Disparues, les dissensions d’une vie. Effacés, les désaccords.

Seule compte la petite faille d’un ongle mal coupé que je régularise

dans une fin d’après-midi grise.

Je crois qu’elle ressemble à cela la paix, désormais :

au claquement léger du coupe-ongles

et à la rencontre de nos doigts,

pour la première fois.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie

S’ancrer dans l’instant présent

Toutes les spiritualités nous conseillent de nous ancrer dans l’instant présent.
Nous vivons tant dans le passé et dans l’avenir !
Mais comment faire, concrètement ?

L’écriture peut nous y aider.
Je m’assois en ayant conscience de l’appui de mon bras
sur la table de bois.

J’éprouve la texture
de la couverture de mon cahier,
le grain de son papier.

J’entends
le léger froissement
de la page qui se tourne.

Quand je débouche
mon stylo plume,
je capte l’étincelle

de sa pointe
qui danse
dans le soleil.

Et l’encre
me ramène
la senteur des sous-bois

de mon enfance
où j’ai inscrit
la trace de mon pas.

Puis, je vois
le jour
luire dans le mot.

Qu’importe le message.
Chaque phrase
contient sa vérité.

C’est ainsi que je m’ancre
dans l’instant
présent.

Vous aurez peut-être
d’autres manières
de faire.

Un tapis de méditation,
la conscience
du souffle

sont très utiles,
mais l’écriture
est aussi une respiration

qui nous rend
présents
à notre propre instant.

Ecrivez !
Et vous vivrez
qui vous êtes !

Ecrivez !
Et vous serez
en Vie !

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Dans mon rêve

Dans mon rêve
de ce matin
je me voyais écrire
sur mon cahier blanc
comme une fenêtre ouverte
sur l’océan

tout ce que je désirais
vivre
et je voyais se dessiner
dans l’encre
de chaque phrase
la frêle trace

de mes pas
sur la fine terre
de l’allée
qui mène à la maison
où tu résides
pour tout le temps

que je dois vivre
et c’est ainsi qu’avançant
de mot en silence
de silence en mot
je te voyais me transmettre
l’essentiel

d’un ciel de printemps
comme si ma page
était devenue
ta fenêtre ouverte
sur le chemin
du temps

Géraldine Andrée

Publié dans Cahier du matin, Journal de la lumière, Journal de mon jardin

Où va le jour ?

Où va le jour à l’heure du crépuscule ?

Sautille-t-il de violette en violette au bord du chemin?

Est-il ce souffle bleu qui s’échappe des rives -ces lèvres toujours ouvertes sur l’infini ?

Danse-t-il avec l’ombre de la fenêtre ?

Est-il ce silence qui se penche sur le jardin, une fois que l’on a rentré les chaises ?

Suit-il l’ultime lueur de l’abeille parmi les menthes ?

Traverse-t-il de son aile notre mémoire, comme un défunt auquel on songe,

pour annoncer la première étoile ?

Où va donc le jour quand il s’en va ?

Peut-être en toi. Peut-être en moi.

Mais peut-être aussi qu’il se dépose sagement sur les joues

de l’enfant qui s’endort

et qu’il y demeure

jusqu’à l’aurore…

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Journal de la lumière, Méditations pour un rêve

La nouvelle pièce

Il y a dans mon rêve une nouvelle pièce
jusque là inaperçue,
une pièce dont j’ai obtenu la clé
par je ne sais quel voeu.

Une fois le seuil franchi,
je fais la découverte
du présent du silence
qu’elle a gardé pour moi.

Au fur et à mesure
que j’approche
la lampe,
je lis des titres de livres

qui m’annoncent
un futur
déjà accompli,
des cahiers

qui s’ouvrent
comme des fenêtres
sur les vérités
de ma vie,

des photographies
où je me vois devenue
celle que j’ai toujours
voulu être.

Il me semble même
croiser le regard
de mon âme
dans lequel ma lampe

allume la lueur
d’une flamme.
Et je m’exclame
en mon coeur :

J’ignorais
qu’il y avait une telle pièce
dans ma maison,
un endroit si profond

en moi-même
qui attendait
pendant tout ce temps
que j’entre

pour qu’il me révèle
toutes les richesses
– connaissances, réflexions –
que j’ai depuis toujours !

Maintenant, je fais confiance
à son obscurité.
Je lui apporte
chaque jour

les nouvelles visions
que j’ai récoltées
et que je destine
dans un coin d’ombre

à ma propre rencontre.

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Il me tarde d’avoir de tes nouvelles

Il me tarde
D’avoir de tes nouvelles
Je ne peux t’en donner
Car bien que je possède
De l’encre et du papier à lettres
Je n’ai pas ton adresse
C’est donc à toi
De m’envoyer ton message
Dont je sais
Qu’il sera sans ligne
Peut-être
Juste un signe
Très bref
Alors je me fais
A chaque instant
Fenêtre
Pour te laisser
Libre d’apparaître

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de la lumière, Le journal de mes autres vies, Mon aïeul, mon ami., Un cahier blanc pour mon deuil

Les soirs anciens

Quand j’écoute
l’Ami
m’évoquer
les soirs anciens
je revois
les visages
qui se touchent
dans la lumière
de la lampe
rouge
et ce souffle
des lèvres
qui précède
chaque mot
Alors
je me dis
que ce que j’ai vécu
n’est en rien
un mirage
un tour
ambigu
que me joue
ma mémoire
mais un présent
absolu
qui m’éclaire
jusqu’à l’aurore
quand je me souviens
avec remords
des jours
qu’il me semble
avoir perdus

Géraldine

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, L'alphabet de l'herbe

De l’autre côté

J’écris pour passer de l’autre côté :
de l’autre côté de moi,
de mes incertitudes, de mes peurs,
de mes attentes, de mes espoirs ;
franchir cette frontière invisible
qui me séparait de Moi ;

et retrouver le pays de l’enfance
où la foi émerveillée va de Soi,
de ce Soi intact
qui m’attend depuis toujours ;
vaste maison ouverte
et profonde.

J’écris pour être
au Monde.

Géraldine Andrée
Poème publié dans la revue Bleu d’Encre, revue littéraire en Haute Meuse n°30 et extrait de mon recueil poétique inédit L’Alphabet de l’herbe.

Publié dans Créavie

Quelque chose

On croit souvent qu’on vit pour faire, créer, accomplir…

Et si c’était le contraire ?

Et si quelque chose avait été spécialement créé pour toi sur cette terre ?

Une feuille, un jardin, un printemps ?

Une note de musique et de senteur ?

Un poème qui sied bien à ton âme ?

Quelque chose qui t’attend pour être…

Quelque chose qui ne demande qu’à se révéler à travers ta présence…

Quelque chose qui s’accomplit du seul fait que tu sois là…

Cherche bien car tu l’as déjà trouvé un matin…

Le regard de ton coeur s’en souvient.

Tu n’auras alors qu’à lui donner un chemin.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal d'une maison de retraite

Ma mère me dit

Ma mère me dit :
Prends les clés de l’appartement
et ne rentre pas trop tard.
Il y a deux ans encore,
ces mots auraient eu un sens correspondant au présent où ils auraient été prononcés.
Mais aujourd’hui,
nul besoin de prendre les clés : toutes les portes sont ouvertes.
En guise d’appartement, ma mère a une petite chambre toute blanche, avec, en face de son lit, la photo d’un voilier, long pétale qui glisse à fleur de sa plage préférée : Roscoff où elle aurait aimé un jour retourner.
Et si je pars, je ne rentre pas. Je reviens seulement la semaine suivante.
Ma mère a beaucoup oublié. Elle n’a plus la notion du temps.
Mais ses mots, eux, ont gardé la mémoire.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie

Je continuerai à écrire

Toute ma vie, je continuerai à écrire. Rien – aucune calomnie, aucun dénigrement, aucun mépris, aucune jalousie – ne me fera changer d’avis. On n’arrête pas ainsi le mouvement du sang.

J’ai bien conscience que le temps est de l’encre et que, mot après mot, je vieillis comme Philippe Jaccottet l’a dit.

Mais on ne dévie pas le fil d’une phrase qui se dévide doucement vers sa destinée : le point annonçant la majuscule suivante.

Je n’écris pas pour un quelconque hommage posthume que l’on déclamerait d’une voix vibrante.

J’écris pour laisser une trace frêle sur la page, comme celle d’une patte d’oiseau qui se pose en silence dans la neige.

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie

Vous dire pourquoi la poésie existe

Je crois
Que la poésie
Existe
Parce que l’indicible
Veut nous dire
Qu’il existe
Ce n’est pas
Parce que l’indicible
Ne s’énonce pas
Qu’il n’est pas
Il veut
Se faire connaître
Par la force
Du souffle
Qui s’en approche
Je crois
Que la poésie
Existe
Parce qu’il y a un alphabet
Dans ces vagues
Dont la violence
Nous coupe la voix
Quand elle nous enveloppe

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Poésie

Écrire

Écrire,
c’est étoiler son cahier de silences
pour que chaque lecteur
y trouve l’écho de sa voix. 

***

Écrire
C’est entrer
En soi
Et s’y sentir
Comme
Dans une étoile
C’est-à-dire
Au coeur
Du ciel

***

Écrire
C’est entrer
Dans le blanc
Hivernage
De la page

Et y faire
Silence
En laissant
Tout l’espace
Au miroitement
Des lueurs
De l’encre
Comme si l’on était
L’astre
Le plus proche
De la glace

Géraldine Andrée