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Publié dans Grapho-thérapie

Retrouvailles

Toute la journée, tu t’es senti(e) en marge. Tu n’as pas pu avancer. On ne t’a pas laissé(e) placer un mot. Tu t’es reproché d’avoir été trop effacé(e) face à ceux qui ne t’accordaient aucun espace.

Qu’importe.
Ici et maintenant, assis dans le silence, à ta table,
tu existes
car la page
te regarde.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Ecrire pour autrui, Grapho-thérapie, Je pour Tous

Écrivez votre vie

J’entends souvent des gens dire :

– Oh ! Moi ! Je suis incapable d’écrire ! Je n’ai aucune imagination !

Il n’y a nul besoin d’avoir une imagination débordante et une inventivité merveilleuse pour écrire.

Écrivez votre vie. Écrivez avec le matériau de votre quotidien. Écrivez vos histoires vraies.

Comment ? Racontez vos humeurs, vos joies, vos mésaventures. Posez sur le papier le problème de votre machine à laver qui n’essore plus bien, les miaulements du chat qui vous réveille à l’aube parce qu’il veut sortir, l’avancée de votre projet que vous espériez plus rapide, ce rendez-vous tant attendu et redouté à la fois. Ne méprisez pas l’humilité de ce que vous avez à écrire. Après tout, c’est votre vie ; elle vous appartient. Devenez le biographe de votre présent.

Julia Cameron insiste sur l’importance des pages du matin. Je consacrerai un billet à ce sujet. J’écris moi aussi trois pages quotidiennes, trois pages dans lesquelles je n’ai rien à prouver, où je n’ai pas à faire du style, à créer des effets littéraires. Trois pages où je me sens libérée du jugement d’autrui et du regard social que je pourrais poser sur moi-même.

Écrivez avec ce qui est et non avec ce qui devrait être.

La meilleure façon est de prendre de la distance avec votre vie, de manière à vous séparer du désir de l’embellir, l’enjoliver. Soyez ce témoin qui s’assoit à côté de vous et qui vous parle de vous, comme d’un ami qu’il connaît bien.

Utilisez pour cela la troisième ou la deuxième personne du singulier :

-Elle habite le grand boulevard où défilent dans un flot incessant les voitures. Le soir, le bruit des moteurs s’interrompt. Elle aime alors se servir un cognac qu’elle boit debout, devant sa fenêtre, en regardant les lumières du boulevard. C’est le moment de la journée le plus agréable, cette pure détente. Enfin !

Ou encore :

-Tu es né dans ce petit bourg de quelques habitants. A vrai dire, tu t’y es toujours ennuyé. Souviens-toi comme, enfant, tu t’amusais avec un simple bout de ficelle. Mais ce coin perdu est une chance car il t’a permis d’avoir un jardin…

Relatez votre vie avec objectivité, avec ses côtés positifs et ses côtés négatifs – sa modeste grandeur.

Écrivez que vous vivez, que vous respirez tout simplement. Écrivez qui vous êtes. Aucun détail anodin n’est insignifiant. Qui sait s’il ne fera pas partie de vos souvenirs?

Vous n’avez rien à inventer. Vous êtes l’auteur de vos jours et votre héroïsme peut se mesurer à la seule manière avec laquelle vous réagissez aux circonstances.

Et puis, lorsque vous relirez ces pages plus tard, peut-être aurez-vous envie d’écrire une fiction – un conte ou une nouvelle – sur cette machine à laver qui ne fonctionne plus, ce miaulement qui vous manque dans la nuit.

Parce que vous aurez vécu ce que vous écrivez, vous pourrez le métamorphoser en poésie du récit.

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Grapho-thérapie, Journal de ma résilience

La plume délivrée

Voilà.

Vous avez mis tout votre coeur, toute votre âme dans l’écriture de ce roman, de ce recueil de nouvelles ou de poèmes et, ce matin, vous recevez une lettre de refus de l’éditeur sur lequel vous aviez fondé tous vos espoirs. Pire parfois : cet éditeur ne vous répond pas, ne vous répondra jamais, comme si l’enfant auquel vous avez patiemment donné naissance n’avait jamais existé.

Alors, votre blog est immédiatement abandonné. Votre cahier de poésie se referme. Votre plume est emprisonnée dans son étui. Vous vous jurez de ne plus jamais écrire.

Pourtant, ce refus cinglant ou cette indifférence méprisante ont plusieurs raisons.

Votre oeuvre, objectivement, peut très bien – comme il arrive que le notifie honnêtement l’éditeur – « ne pas appartenir à la ligne éditoriale ». Communément, ce n’est pas le genre de la maison.

Ce refus ne représente pas la qualité de votre travail. Celui-ci ne touche pas la subjectivité de ce lecteur si particulier qu’est l’éditeur. Il s’agit donc d’une simple question de goût – très discutable, voire versatile, je vous le concède.

Il est, de plus, des maisons d’édition qui n’ont absolument pas les moyens de vous éditer, même si votre style est brillant. Publier un livre par an requiert déjà, pour elles, une prouesse.

Enfin, il est des maisons complètement fermées et, quoi que vous fassiez, quelle que soit la manière avec laquelle vous affinez votre style, les portes ne s’ouvriront jamais. C’est ainsi. Il vous faut l’accepter sans vivre ce refus comme un rejet.

Ce qui est sûr, c’est qu’un refus n’a souvent rien à voir avec la valeur de votre écrit. Julia Cameron s’est heurtée à l’antipathie de tous les éditeurs lorsqu’elle leur a présenté son futur best-seller Libérez votre créativité 1. Elle n’a, néanmoins, pas perdu confiance en elle et elle a publié son oeuvre de manière totalement indépendante, à compte d’auteur. Le livre s’est vendu et se vend encore à des millions d’exemplaires. Il connaît un immense succès mondial.

Ce qui est certain, c’est qu’un refus n’a rien à voir avec votre valeur intrinsèque liée au seul fait que vous existiez. Et puisque vous existez, vous avez le droit absolu de vous exprimer.

Demandez-vous pourquoi vous écrivez.

On peut écrire d’abord pour soi, pour voir clair, pour mieux mener sa vie, pour se libérer du passé, s’inventer un avenir, tracer son propre chemin… Ces raisons sont tout aussi importantes que la raison qui vous pousse à vous faire connaître en envoyant votre manuscrit à une maison d’édition.

Dans mon cas, l’écriture m’a permis de me détacher du regard de l’autre par le biais de cette mésaventure que je vais vous raconter.

Très jeune femme, j’ai mis tout mon coeur, toute mon âme dans l’écriture d’un conte dit « spirituel ». J’ai envoyé mon travail avec confiance à un éditeur dont je tairai le nom. La foi m’habitait : le directeur de la ligne éditoriale ne pouvait qu’aimer mon histoire d’amitié avec un ange. La réponse m’est arrivée au bout de six mois, si humiliante, si cinglante, si injuste à mes yeux que je me suis condamnée au silence. J’ai complètement arrêté d’écrire pendant deux longues années. C’est durant cette période de jachère que des rêves riches et multicolores ont constellé mes nuits. Au cours d’une discussion avec un ami lors d’un après-midi d’été, il me fut suggéré de noter mes rêves dans un carnet pour m’exercer à m’en souvenir, pouvoir les analyser plus tard et voir comment ils construisaient dans mon sommeil ma réelle identité.

J’ai acheté, après beaucoup d’hésitations et de répétitions de « A quoi bon ? », un carnet neuf, et, au fil de l’encre, j’ai retrouvé le goût du détail, de la description. La couleur d’un jardin contemplé de l’autre côté m’invitait à chercher un adjectif approprié à mon ressenti, la respiration d’une feuille écoutée au coeur de ces nuits me guidait vers la rencontre d’une métaphore. Je me suis abandonnée à l’élan du stylo. Des ailes m’avaient poussé. Mes rêves nocturnes m’avaient fait renouer avec le grand rêve de ma vie : l’écriture.

Depuis, je n’ai plus jamais quitté la page. L’écriture m’accompagne partout. Elle est l’ange fidèle que j’ai reconnu dans mon conte refusé et qui m’a appris à ne plus faire dépendre la perception de ma valeur du regard d’autrui, fût-il celui d’un célèbre éditeur de Paris.

Alors, remettez-vous à écrire.

Entre le silence blessé et l’obtention du prix Goncourt, il y a la voie du juste milieu, du chemin vrai pour vous : écrire aide à vivre.

Sur le rejet de votre enfant, écrivez. N’y ajoutez pas l’abandon. Ecrivez pour aller vers sa guérison.

Remettez-vous à mal écrire, même, puisque c’est ainsi que vous vous jugez. En effet, comme le dit Julia, les mauvais écrits d’aujourd’hui font les oeuvres réussies de demain 2.

Et vous en avez également le droit : n’écrivez pas, si telle est votre envie. N’écrivez pas, mais la raison ne doit pas en être le dépit. N’écrivez pas. Cela ne fait rien. Ce n’est pas parce que la page demeure blanche que rien ne se murmure en vous. Il est temps, tout simplement, pour votre âme de s’exprimer autrement jusqu’à ce que vous vous remettiez à écrire, riche de vos moments vécus.

Remettez-vous à écrire, ne serait-ce que sur la redécouverte de votre blog, la page tournée de votre cahier ou sur le changement de couleur de votre encre signalant votre résilience.

Remettez-vous à écrire cette phrase : « Je ne laisserai plus jamais le jugement d’autrui détourner le cours de ma vie. »

Remettez-vous à écrire, ne serait-ce que pour avoir le plaisir de vous relire plus tard et de réécrire vos pages, car votre oeuvre évolue comme votre être. Mieux : votre être fait évoluer votre oeuvre et votre oeuvre fait évoluer votre être. Vous êtes comme vous écrivez. Vous écrivez comme vous êtes. C’est bien ainsi. C’est ce qu’on appelle « un style », au naturel.

Vous vous apercevez alors que votre plume délivrée vous fait aller toujours plus loin que les refus et qu’elle n’a même plus besoin d’un quelconque désir d’approbation pour vous emmener vers le mot juste pour vous.

Géraldine Andrée

1 Julia Cameron, Libérez votre créativité, Osez dire oui à la vie ! Collection Aventure secrète, 1992
2 Ibid

Publié dans Art-thérapie, Créavie, Grapho-thérapie, Journal créatif, Journal de mon jardin, L'alphabet de l'herbe, Le journal des confins, Poésie-thérapie

Pour moi, pas de jardin encore.

Pour moi, pas de jardin encore.
Alors, je vais le créer sur mon cahier quotidien
avec mes propres couleurs
et, tout au milieu,
mon secret chemin bleu
qui me traverse
quand je ferme les yeux.

Géraldine Andrée

Publié dans Grapho-thérapie, Le journal des confins

La traversée

Voici la fin du journal du voyage vers les confins de moi-même.

J’ai quitté le rivage de la première page pour arriver au rivage de l’ultime page de ce cahier orange.

Entre temps, ce fut une longue traversée du cahier avec, comme seule boussole, mon coeur.

Etty 1, Elisabeth 2 et Anita 3 furent mes compagnes de vie. J’ai également rencontré, au coeur d’une nuit, Sabine 4 et j’ai senti la pulsation de ses poèmes dans mon sang. J’ai lu longtemps sous la lampe poésie et essais. J’ai emprunté, un soir, pour en revenir plus riche de foi, l’estuaire du film Thanatos, L’Ultime Passage vers l’au-delà. Je me suis laissée bercer par les musiques que je n’avais pas écoutées depuis longtemps – Enya, Clannad…

J’ai pu affiner mes projets et je prends maintenant ce long chemin d’encre avec Julia 5 qui me lance le défi d’aller à la source de ma créativité. L’itinéraire est tracé pour trois mois.

J’ai surtout appris, durant cette traversée, que le silence n’est qu’apparent. Il nous permet d’entendre la note absolue et dans le Rien de certains instants, l’écho d’un chant.

Et vous, comment pourriez-vous raconter ce confinement ? Indépendamment de l’actualité qui contient certaines vérités inquiétantes, comment avez-vous vécu votre vérité ? Comment avez-vous renoué avec votre intériorité – autonome et intacte, quelles que soient les contingences extérieures ?

Même si vous n’avez pas tenu régulièrement un journal, de quelles choses positives feriez-vous la liste, aujourd’hui ?

Ce ne sont pas forcément de grandes réalisations. Remarquer un rond de lumière à une certaine heure du jour sur le mur, un petit nuage qui se promène au-dessus du toit, détailler les dessins du bois, les stries d’un sac de cuir, les reflets de l’iris du chat, parce que vous aviez le temps, est tout aussi important. Ce que l’on ne voyait pas prend soudain sens grâce à notre intention. Et notre perception s’aiguise. Notre quotidien se métamorphose.

Qu’avez-vous envie d’abandonner comme habitude ? Ou, au contraire, de développer comme faculté ? De quoi vous êtes-vous délesté ? Quels bagages avez-vous laissés avant de franchir, vous aussi, la rive pour voyager plus légèrement ? Quels rêves parviendriez-vous à nommer avant de les incarner dans les jours futurs ?

Ce peut être le moment de tenir un bullet journal de découvertes 6… de commencer un autre cahier et de se mettre à l’écriture. Sur un carnet ou sur un répertoire, notez, si cela vous plaît, tout ce que vous apporte aujourd’hui ce retour à vous.

Maintenant que je suis arrivée dans mon nouveau pays après cette traversée du temps, je prends congé pour de nouvelles aventures.

Ce n’est pas un « au revoir » mais un « à bientôt ».

On ne cesse d’entendre qu’après le confinement, tout aura changé. Est-ce si sûr ? Peut-être est-ce notre regard sur les événements et les choses qui sera plus éclairé par notre lampe secrète qui demeure allumée au-delà des cinquante-cinq journées…

Géraldine Andrée

  1. Etty Hillesum, auteure du Journal Une Vie Bouleversée
  2. Elisabeth Kübler-Ross, psychiatre, auteure de travaux sur la mort et l’après-vie, dont Les Derniers Instants de la vie
  3. Anita Moorjani, auteure du livre Revenue guérie de l’au-delà
  4. Sabine Sicaud, jeune poétesse française, auteure de Poèmes
  5. Julia Cameron, auteure du livre Libérez votre créativité : dites oui à la vie !
  6. Le bullet journal est un journal intime décoré de ronds, d’étoiles en face desquels vous notez tout ce qui est important pour vous – vos activités, vos projets, vos passions… C’est un journal de listes, un outil puissant de planification et d’introspection. Vous pouvez l’acheter déjà décoré ou le décorer vous-même.
Publié dans peinture, Poésie

Chemin

Quand le poème que j’écris
est devenu chemin,
je m’efface.
Je laisse la place
à la trace
de l’autre.

Tableau : Samoukan Assaad.

Samoukan Assaad, peintre syrien résidant à Lattaquié, donne formes, couleurs, souffles et visages à l’Invisible que seuls nos yeux intérieurs peuvent voir. Les peintures de Samoukan Assaad nous regardent où que l’on soit. Et elles nous guident vers cette éternité où la terre prend chair.

https://fr.artquid.com/seller/arquid.comsamoukan/about

https://www.maycreations.eu/pages/artistes-en-mouvement/page-3-1-1-1-1.html

Poème : Géraldine Andrée

Publié dans Grapho-thérapie, Toute petite je

Promenade de l’écriture

Toute petite, j’aimais laisser dans le couloir, à mon retour de promenade,
des feuilles, des pétales, des cailloux, des grains de terre et de sable
qu’avaient recueillis mes pas.

C’étaient les traces
de tous les passages
que j’avais rendus possibles.

Bien sûr, je me faisais gronder,
et je devais promettre de ne plus recommencer,
sous peine d’être privée de promenade.

Alors, j’ai ouvert un cahier pour semer avec mes mots
les feuilles, les pétales, les cailloux, les grains de terre et de sable
de mes promenades.

Ma page est devenue chemin
au rythme de ma main,
et depuis, chaque matin,

j’écris
comme je me promène,
de plus en plus loin.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie

Écrire lentement

Écrire lentement.
Épouser l’intention de ses pensées
avec le mouvement de sa main.
Se souvenir
que l’on flottait, enfant,
sur l’ondulation tranquille
de l’eau,
comme cela,
visage face
au Très Grand,
et que l’on entendait,
mêlé au tempo
du flot,
le doux battement
de son sang
dans ses tempes.
Retrouver
l’accueil
de la vague
qui avance
parmi les feuilles
placées
en offrande
devant soi.
Voir briller
dans les reflets
bleu marine
le très sûr
sillage
de l’encre.
Écouter
le frottement
de la pointe
de la plume
ou le léger
crépitement
du stylo bille,
quand le mot
exauce
le voeu
de la main
que lui envoie
le coeur.
Écrire
si lentement
qu’il semble
que l’on annonce
sa trace
sur le chemin.
Et puisque l’on a conscience
que l’on passe
sur la page,
inéluctablement,
écrire
sans regret
son propre temps.

Géraldine Andrée

Publié dans Grapho-thérapie, Le cahier de mon âme, Le journal des confins

J’ai une maison

En ces temps où tout est enclos,
j’ai une maison
où je peux reposer mon corps
et en son coeur,

une autre maison
où je peux déposer
mes plus tristes et mes plus joyeuses pensées :
mon cahier.

Je redoute l’heure
où il me faudra affronter le dehors,
réadapter mon corps
au rythme des exigences sociales.

Mais qu’importe !
Je sais que quoi qu’il arrive,
j’ai une maison
faite de papier léger

qui résiste
à toutes les tempêtes
que le temps
peut m’envoyer

et qui m’abrite
en pleine nuit
dans sa blanche lumière :
mon cahier.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Grapho-thérapie, Journal créatif, Journal de la lumière, Poésie-thérapie

Le carnet de chevet

J’ai rêvé d’un savon rond de Méditerranée,
un savon qui fleure bon le laurier-rose et la rose-thé,
un savon doux pour le retour des après-midi de plage.

C’est à cela que sert chaque page
de mon carnet de chevet :
noter tout ce qui est,

comme le sillage
qu’a laissé il y a bien longtemps sur la peau
une mousse de lumière et d’eau.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Grapho-thérapie, Journal créatif, Poésie-thérapie

Rature

Rature
Tu surviens
et pourtant
rien ne s’arrête

Je vais vers
un nouvel espace
Un autre mot
s’apprête

à me faire présent
de sa naissance
et je te vois
autrement

vague fleur
lune noire
et cependant
incandescente

pelote de laine
chaton qui dort
poussière d’astre
grain de temps

Tu as toute
ta place
dans l’importance
de mon message

car tu m’enseignes
par ta présence
la tolérance
avec moi-même

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Poésie-thérapie, Un cahier blanc pour mon deuil

Graphothérapie pour le deuil

Un certain nombre de personnes perdent, en ce moment, leurs proches sans avoir pu leur parler, les embrasser.

Le deuil est d’autant plus difficile à vivre. Il arrive, lors de cette traversée de la douleur, que des hallucinations nous assaillent – qu’elles soient visuelles, auditives, olfactives, tactiles.

Ce peut être un foulard que l’être aimé portait autour de son cou et qui nous revient, avec ses couleurs vives, son morceau de musique préféré qui tourne comme s’il était joué près de nous, son parfum fétiche, un geste propre à sa personnalité, son grain de beauté qui s’agrandit sous la loupe de notre mémoire, l’inflexion particulière de sa voix.

Quand j’ai perdu mon père, je l’ai entendu tousser un matin, dans la pièce d’à côté.

Ecrivez ou dessinez ces hallucinations. Faites de la place sur la page pour la couleur du foulard, l’émotion de la musique, les senteurs de ce parfum proche de votre peau, l’ombre de son geste dans la lumière du jour d’aujourd’hui, les contours du grain de beauté, la présence des mots à l’invisible sillage. Coloriez, tracez, gribouillez dans tout l’espace que laisse le manque. Mettez des pointillés, accrochez des étoiles à l’absence. Découpez un carré du tissu que vous aimez et placez-le à côté du souvenir du vêtement qu’il/elle portait.

Ecrivez un poème sur ce qui vous obsède.

Quand j’ai entendu la toux de mon père, j’ai écrit ceci dans mon Cahier blanc pour mon deuil :

« Je t’entends tousser à l’aube dans la pièce d’à côté. Je me lève. Je consens à sortir de mes rêves qui me font oublier ton départ. J’ouvre la porte. Je franchis le seuil qui me sépare de toi. Tu n’es pas là. Mais il y a ce rayon de soleil qui touche mes épaules et dont la chaleur ressentie me prouve que je suis bel et bien là. Peut-être m’as-tu guidée vers ma propre présence sans laquelle tu n’existerais pas. »

Une fois que vous avez extériorisé ces hallucinations, vous avez déposé votre douleur et l’être perdu peut vraiment vivre en vous car vous êtes plus disponible, plus vivant, vous aussi.

Comme Elisabeth Kübler-Ross l’écrit :

« Il est courant, et normal, d’avoir des hallucinations de l’être cher disparu. Souvent, elles sont porteuses d’un message en provenance de notre psychisme endeuillé. Bien que parfois effrayantes, elles sont généralement inoffensives, et recèlent de précieux indices, des fils à remonter jusqu’à leur origine. Dans certains cas, elles nous pointent une affaire inachevée ; dans d’autres, elles nous apportent un grand réconfort. »1

Au lieu de penser que vous êtes malade ou que vous avez peur, rendez grâce à ces hallucinations : le temps d’un parfum, d’un mot, d’une couleur, vous retrouvez celui qui demande à exister là où vous êtes : votre coeur.

Géraldine Andrée

1 Elisabeth Kübler-Ross et David Kessler ; Sur le chagrin et le deuil ; Pocket Spiritualité

Publié dans Le journal des confins, Poésie, Poésie-thérapie

Sans titre

Je lis beaucoup de poèmes pendant le confinement. Et ces jours m’ont menée à la redécouverte de la poésie de Nazim Hikmet.

J’ai rencontré son recueil Il neige dans la nuit 1- étrange coïncidence ! – un mois avant mon départ pour un pays proche de sa patrie : la Syrie.

Dix années plus tard, je l’ai relu pendant mon vol pour l’île de Majorque.

Qu’importe le temps ! Les vers de ce poète tintent comme le soleil au contact de l’éternité.

Aujourd’hui, je lis Nazim Hikmet chez moi, en partance pour mon pays intérieur.

C’est le poète emprisonné dans les geôles de Turquie.

Et j’aime être le témoin de ses mots qui effacent les barreaux.

Dans son poème Au cinquième jour d’une grève de la faim, il fait apparaître, dans l’ombre de son cachot, la main de sa mère, de sa bien-aimée, de son fils. Et face à la mort à venir – qui viendra en vérité bien plus tard car le poète survivra à la prison et à l’exil – , il affirme la pérennité de sa voix dans un vers d’Aragon, la colombe blanche de Picasso, les chansons de Robeson, le rire des dockers de Marseille. Cet adieu se fait liberté :

« Pour vous dire la vérité, mes frères,
je suis heureux, heureux à bride abattue.
« 2

Je me souviens de la solitude de mon adolescence et je songe combien j’ai eu de la chance, entre ma lampe de chevet et mon lit, d’être conviée à la table des poètes.

Venaient exclusivement pour moi des noms jusqu’alors inconnus, puis familiers devenus – René-Guy Cadou, Emile Verhaeren, Philippe Jaccottet, Marie Noël, Maurice Fombeure, Pierre Reverdy, Eugène Guillevic, Jean Tardieu…

Il y avait toujours un jardin qui m’était réservé, un épi de blé à maturité, un sentier qui me guidait là où il souhaitait aller. Et même lorsque la pluie de décembre battait rageusement les vitres, j’étais au coeur des senteurs de juin, dans le bleu de l’été rimbaldien.

Dans ma chambre d’adolescente mal comprise, le poème devenait une chambre dont j’étais la fenêtre ouverte, par laquelle entraient un air de fête foraine, une vague déhanchée dans sa robe de dentelle, une lune rose au centre de la nuit chaude, des cheveux dénoués par l’orage, l’odeur envoûtante du chèvrefeuille.

Tel est le miracle de la poésie de Nazim Hikmet et de tous les autres :

léguer le don de l’accueil.

Géraldine Andrée

1 Nazim Hikmet, Il neige dans la nuit et autres poèmes, Poésie Gallimard, 2005
2 Ibid ; Au cinquième jour d’une grève de la faim p102

Publié dans Grapho-thérapie, Journal de ma résilience, Poésie

Le mot que j’aime

J’habite pleinement
le mot que j’aime
J’y repose
mon souffle

Je deviens
ce mot lui-même
Je suis
son dessein

tracé
sur la page
ou sur les lèvres
Et tout comme

il m’a accueillie
pendant les peines
je l’héberge
dans mes rêves

pour ne pas que le temps
l’emporte
Le mot et moi
nous sommes

par fidélité
réciproque
l’hôte
de l’autre

Géraldine Andrée

Publié dans Le journal des confins, Poésie

En ce dimanche de Pâques

Je songe alors
que nous demeurons chez nous
à ce que la nature nous prépare
en secret

des fleurs sur des tapis d’herbe
des arbres gantés de vert
qui nous ouvrent
le chemin

un ciel qui étend
sa nappe bleue
rangée pendant
un trop long hiver

des éclats d’instant
dans l’eau de la fontaine
un air de cristal
qui tinte contre notre oreille

et surtout le miel du soleil
aux reflets roux
bien gardé au fond d’un rêve
quand nous demeurions chez nous

Géraldine Andrée

Publié dans Le journal de mes autres vies, Poésie

Le billet

Comment faire pour voyager dans sa chambre ?
C’est facile !
Vous prenez un billet unique,
le poème,
et vous partez en calèche
avec Victor Hugo, pour le jardin des Feuillantines,
ou en train avec Arthur Rimbaud, pour la rive qui promet la vie abyssine,
ou encore de l’autre côté du
temps,
avec Robert Desnos
qui vous guide vers votre ombre.
Et quand le voyage se termine,
nul regret,
car c’est là que tout recommence.
Vous prenez un autre billet
avec votre fidèle
compagnon de route :
le silence.

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

Les poèmes de mon père

Le soir, avant de m’endormir, je demande à mon père de me faire signe.

J’attends quelques instants ; je respire.

Puis, j’ouvre mon anthologie de poèmes regroupés par jour, par saison, comme dans un agenda de floraison.

Et un poème vient à ma rencontre. C’est, souvent, un poème qui évoque l’automne, où mon père est né et mort.

J’entre alors, corps et âme, dans « les eaux du temps » de Maurice Carême, « les taffetas morts » et les flammes levées des lampes de Luc Bérimont, « le sourd frémissement des forêts » de Théophile Gautier. Je comprends ce que signifie l’absence, et les frêles lueurs qu’elle laisse dans le temps.

Je lis et relis, par exemple, les Pensées d’automne du 10 novembre, date à laquelle mon père a donné la main à son ombre.

Puis, un autre signe m’est envoyé. Le soir de la journée du 30 mars qui s’achève pour moi, le poème Les Hirondelles, extrait du Livre de mon père d’Emile Henriot, rend mon âme légère comme des ailes qui reviennent.

C’est ainsi qu’éclot dans ma solitude une grande certitude :

chaque poème est mon père retrouvé

entre mes mains qui tiennent le livre ouvert.

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, C'est la Vie !, Créavie

Sortir de sa zone de confort

Beaucoup de coachs en développement personnel et de thérapeutes disent que, pour progresser, il faut sortir de sa zone de confort.

Cette expression engendre automatiquement un sentiment de peur. Qu’y a-t-il de plus angoissant que de se jeter comme cela, dans l’inconnu, sans parachute ?

Et si cette expression était mal comprise ?

Pour progresser, on doit, certes, sortir de sa zone de confort, mais tout en douceur, progressivement justement, sans réveiller les phobies de l’enfant intérieur.

Sortir de sa zone de confort, ce peut être

*Modifier son rituel matinal : au lieu de se lever machinalement pour accomplir ses activités quotidiennes, se réveiller en conscience, écrire « ses pages du matin« 1 pour trouver son chemin d’âme, l’âme de son chemin ; faire quelques exercices d’assouplissement en musique ; méditer ; lire pendant dix minutes un livre de psychologie positive
*Aller au travail à pied plutôt qu’en voiture ou en transport en commun
*Parler à ce nouveau collègue qui vient d’arriver
*Manger son sandwich sous un arbre plutôt que de déjeuner dans une cantine bruyante
*Remplacer ses trois tasses de café par du yoggi tea
*Goûter à seize heures quelques figues ou amandes au lieu des classiques viennoiseries bourratives

Le soir, on se sentira enrichi sans avoir beaucoup dépensé et sans être allé très loin car chaque petite chose a un pouvoir de métamorphose.

Ce peut être aussi

*Déplacer sa chaise pour modifier son regard, son angle de perspective de là où l’on est
*Répondre à cette annonce qui attend sur le bureau
*Renvoyer cet article endommagé alors que l’on préférerait tout bonnement le jeter
*Ébaucher un dessin, un haïku dans son carnet
*Créer un blog qui correspond à nos envies, nos projets
*Préparer, crayon à la main, son prochain voyage

La liste est infinie…

Sortir de sa zone de confort, c’est surtout se lancer des défis mesurés dans un cadre familier ; à petits pas, avancer ; poursuivre son grand projet de changement au quotidien ; avoir foi à chaque seconde en sa transformation ; apprendre à être patient dans ses accomplissements ; découvrir les bienfaits de l’humilité tout en jouissant de ce que nous propose la vie – ici et maintenant.

On peut se préparer chez soi, étape par étape, à un départ qui est d’abord psychologique.

Ne sortons-nous pas de notre zone de confort, actuellement, alors que, paradoxalement, nous devons demeurer à la maison ?

Ce confinement nous invite, dans notre cadre ordinaire, à la créativité, à l’introspection, à la découverte de ressources intérieures insoupçonnées, à la lenteur et au silence, nous qui étions si peu habitués…

Aussi, je vous souhaite beaucoup de douceur et de bienveillance envers vous-même lorsque vous sortez de votre zone de confort !

Et surtout, n’oubliez pas de prendre votre enfant intérieur par la main pour lui montrer qu’à deux, vous pouvez changer… sans danger !

Géraldine Andrée

1 Julia Cameron, Libérez votre créativité : osez dire oui à la vie ! Collection Aventure secrète, 2007

La technique des pages du matin, préconisée par Julia Cameron, consiste à écrire trois pleines pages au lever, à noter sans inhibition toutes ses pensées pour commencer sa journée, libéré de ce qui parasite notre entrain. C’est une sorte de méditation active, qui correspond à la culture occidentale.

Publié dans Journal d'une maison de retraite, Le journal des confins

Sans titre

Chaque pensionnaire sera désormais cloîtré dans sa chambre.
Plus le droit d’aller voir les fleurs naissantes, les arbres et les oiseaux du petit jardin qui frôlent l’herbe de leurs ailes.
Or, la vraie lumière adoucissait la maladie de ma mère qui va converser seule avec le fantôme de mon père au bord de son lit.
Par sa fenêtre, on voit un toit de tuiles rouges, un mur de pierre et l’autoroute aujourd’hui déserte.
L’éternité des jours sera rythmée par le bruit des chariots métalliques.
– Une pincée de ciel bleu aussi, peut-être ?
– Je veux bien, oui, merci !

Géraldine Andrée

Publié dans Le journal des confins

La mission de vie d’aujourd’hui

Je trouve, en ce moment, beaucoup de vidéos sur YouTube qui nous invitent à trouver notre mission de vie en ces temps obscurs.

J’avoue que ma mission de vie aujourd’hui, je ne parviens pas à la définir. Je me réveille souvent effrayée par le bruit des avions dans le ciel. J’ai peur que ma mère meure seule dans sa chambre. J’ai peur de suffoquer, moi aussi. Et puis, j’ouvre mes volets sur le long silence de la rue ensoleillée. Et ce matin ressemble au matin d’hier, au matin de demain.

Pourtant, je suis contente de retrouver mon cahier près de mon café, de lui confier mes angoisses et mes rêves de la nuit. Peut-être est-ce cela, ma mission de vie d’aujourd’hui, retracer la simple vie ? Je savoure ce présent qu’est l’éclat blanc de la page en haut de laquelle j’inscris invariablement la date : 29 mars, 30 mars, 31 mars… Je suis fidèle à mon journal. Ce n’est pas une mission de vie spectaculaire mais moi, je sais ce que j’accomplis, pour moi et pour un quelconque Dieu s’il me voit.

La jeune Etty Hillesum ne se demandait pas orgueilleusement si son journal serait lu plus tard quand elle l’écrivait. Non ! Elle se contentait de noter ce qu’elle aimait, espérait, souhaitait améliorer en elle, ses petites réussites comme ses plus profonds défis :

« Il me faut faire parfois tellement d’efforts pour tisser la trame de la journée – me lever, me laver, faire ma gymnastique, enfiler des bas non troués, mettre la table, en un mot m’orienter dans la routine quotidienne – qu’il me reste à peine assez d’énergie pour accomplir d’autres tâches. Quand je me suis levée à l’heure, comme n’importe quel autre citoyen, j’éprouve autant de fierté que si j’avais fait des merveilles » 1

note-t-elle un lundi matin 20 octobre 1941.

Etty est morte à Auschwitz en ignorant qu’elle serait lue un jour et que ses cahiers proposeraient une foi indéfectible en l’homme.

Moi, aussi, je dois tisser ma journée. Une petite liste de gratitudes – merci pour l’électricité, l’eau courante, la fine plume de mon stylo Schneider, ma provision de cartouches d’encre que j’avais prévue par intuition – constitue le point de départ. Puis, grâce mon espoir qui se matérialise malgré tout dans le frêle fil de l’écriture unissant chaque seconde, j’avance jusqu’au soir.

Voilà ma mission de vie aujourd’hui. Je vis. J’écris ce que je vis. Ensuite, je m’étire quelques instants au soleil, avant d’adresser un clin d’oeil au chat qui fait la sieste sur la fenêtre d’en face, et de commencer mon télétravail.

1 Etty Hillesum, Une vie bouleversée suivi de Lettres de Westerbork, collection Points, 2009

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie

Je barre
Je rature
J’entoure
J’ajoute
Je juxtapose

Je raccommode
mes fragments
Je métamorphose
qui je suis
à chaque instant

Puis je fais du texte
un corps
en joyeux
mouvement
qui me fait aller de l’avant

Dans l’écriture
chaque mot
est pour moi
un point
de suture

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Créavie, Grapho-thérapie, Journal créatif, Le journal des confins

L’oiseau bleu

Le moment que je préfère, pendant ce confinement, est lorsque je retrouve mon ami tout en blanc : mon journal intime.

L’heure de notre rendez-vous n’est pas 14 h ou 15 h, mais l’instant où le soleil touche ma main. Je sais alors qu’il est temps d’écrire.

Je suis surprise par le style qui me vient désormais, cet autre Moi-Même, et je sais que ce style est le vrai – le mien, même si, jusqu’à maintenant, je le méconnaissais.

Mon cahier est un regard qui me révèle mes craintes et mes espoirs. Il me montre les sombres recoins du passé qu’il me faut éclairer pour pouvoir recevoir tous les lumineux présents de cette journée. Le mouvement de mon stylo me mène vers mes blessures anciennes que je dois toucher si je veux guérir, c’est-à-dire continuer à écrire.

Je commence à raconter mes souvenirs d’enfance, ma vérité dont je ne me soucie plus de savoir si elle est la Vérité car je sais que chacun pose son regard sur le monde et qu’il y a, par conséquent, de multiples vérités. Aussi, j’honore la vérité qui m’appartient.

Mon ami tout en blanc me permet de renouer avec mes émotions, mes sensations, mes sentiments. Il nomme sans aucune censure douleur le souvenir du noisetier perdu et joie le vieux livre retrouvé. Dans la trace de ma voix importent les pointillés, ces silences qui ont tant de choses à me dire ! Pourquoi donc ai-je de la peine à écrire ce prénom ? Pourquoi la ville de ma naissance ne porte-t-elle qu’une initiale au détour d’un paragraphe ? Parfois, en seul point, je congédie l’amant qui m’a fait mal.

Mon ami est étonnant car il m’invite à dessiner au moment où je ne m’y attends pas. Et sa paume bienveillante qu’est la page accueille sans jugement un motif un peu maladroit. Dessiner… Peindre… Cela a toujours été mon désir mais, depuis cette classe de 4ème où l’enseignante m’avait dit que j’avais le coup de crayon d’une gamine de cinq ans, je m’étais interdit, par honte, d’explorer toutes les couleurs et tous les traits possibles. J’ai appris ensuite que l’art naïf avait le droit d’exister.

Aujourd’hui, je renoue avec l’enfance !

Hier, par la fenêtre d’un mot a surgi un oiseau bleu pour illustrer un poème de Sabine Sicaud, cette jeune poétesse de quinze ans morte prématurément et qui a écrit dans l’un de ses recueils disparu de toutes les librairies les vers suivants :

« Si quelque oiseau bleu me fait signe, rien, sachez-le, ne me retient. » 1

Et tant pis si les ailes ne sont pas égales ! C’est cet oiseau qui m’est envoyé, celui-là qui vient à moi, et qui se pose innocemment sur l’une des feuilles. Je m’autorise à songer que, peut-être, est-ce le souffle en allé de Sabine qui me fait signe…

Au coeur de ce confinement, mes rêves ont enfin de l’espace !

Je sème sur ce nouvel ami que m’a présenté mon ami le cahier des confettis, des paillettes, des coeurs, des mots-mantras.

J’ai l’audace de mes cinq ans que je fête.

Entre mes mots, brillent des lueurs qui ne s’éteignent pas.

Géraldine Andrée

1 Les Carnets de Sabine Sicaud in A.-M Gossez, Sabine Sicaud, 1913-1928, Bulletin mensuel de la Poésie en France et à l’Etranger, n°12, 25 mars 1938

Publié dans Art-thérapie, Créavie, Grapho-thérapie, Le journal des confins

Métamorphose

Comment métamorphoser une feuille administrative
toute triste ?
Faire en sorte qu’une limite
devienne l’infini ?

Et voici que sur l’attestation dérogatoire
périmée
vogue
l’aile d’un voilier

comme sur la mer de Majorque
lorsque
je poussais la petite porte
du rivage

dans la tiédeur
d’or
du soir
Avec

quelques
couleurs
je vole
j’explore

d’autres
passages
Je suis
AILLEURS

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Géraldine Andrée

Publié dans Poésie

Personne

Personne ne peut prolonger
la lueur d’une luciole d’un ver luisant
d’une flamme de bougie
d’un météore dans le soir

Personne n’a ce pouvoir
Mais il demeure
la mémoire
pour témoigner

qu’une telle lueur
a existé
dans une nuit
comme celle-ci

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, Créavie, Le journal des confins

Le pouvoir de la visualisation

Bonjour à toutes et tous,

Elisabet Kübler-Ross disait que l’on n’avait pas besoin d’aller en Inde pour méditer ; que l’on pouvait méditer dans son jardin ou sa salle de bain.

En ces temps d’intériorité, on n’a nul besoin de billet d’avion pour aller loin.

Il suffit de renouer avec ce pouvoir qui se cache en nous, la visualisation, pour créer un monde plus beau, plus harmonieux, où la paix précède notre naissance.

Ma chambre à moi est toute petite.

Mais si je ferme les yeux, je suis un sentier qui batifole parmi les feuilles de palmiers et d’eucalyptus et qui descend à pic vers la mer ouverte comme une grande main sur le coeur du monde.

Qu’importe que nos chambres soient petites.

Nous avons l’infini en nous.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Je pour Tous, Le journal des confins

Le journal des confins

A l’heure où l’on doit rester chez soi, c’est le moment, je crois, de tenir un journal des confins qui nous mènera, de ligne en ligne, aux confins de soi.

Certes, nous sommes enfermés désormais dans une sorte de routine. Et pourtant, le journal des confins nous ouvre à tous les temps possibles, celui des rêves, des désirs, des projets ; le temps en suspens du repos aussi.

Nous vivons dans un espace limité. Mais la page du journal, malgré son cadre, nous révèle un vaste espace, jusque là insoupçonné. L’heure a sonné. Nous pouvons vagabonder parmi nos souvenirs et nos visualisations futures, aller très loin jusqu’à ce point de nous-même que nous ne connaissons pas.

Il nous est impossible de voyager ? Pourtant, le journal des confins fera apparaître le tracé d’un chemin dont la destination – j’ai envie d’écrire destinée – est le pays de l’être.

Tout cela est très théorique, me direz-vous. Mais qu’en est-il de la pratique ?

S’il n’y avait pas eu le confinement, je vous aurais conseillé d’aller acheter un beau cahier. Commencer un journal est toujours une fête célébrant l’odeur de la page neuve et son éclat blanc. C’est une sorte de noce entre vous et vous-même.

Dans les circonstances actuelles, vous pouvez prendre un cahier que vous n’avez pas terminé, lui redonner vie par quelques coloris ou votre encre d’aujourd’hui.

Voilà ! Vous y êtes !

J’ai souvent pensé que l’écriture était une thérapie.

Le journal des confins ne sera pas toujours confortable. Il vous emmènera parfois là où vous ne voulez pas vous rendre.

Vous vous ennuyez ? Les mots qui décriront votre ennui accentueront le vide, le silence de la ville, ce jour où il n’y a rien à faire, appelé « vacance ». Mais peu à peu, dans cette vacance, vous deviendrez sensible à la tache de soleil sur votre poignet, à la cloche de l’église qui tinte tout de même, à la première goutte de pluie qui luit sur la rambarde de votre fenêtre. Vous serez arrivé à point nommé dans votre instant.

Vous ne supportez plus votre famille ? Vous la trouvez trop envahissante ? Le journal des confins sera votre univers. En vous y réfugiant, vous pourrez faire remonter à la mémoire les vieux litiges que vous entretenez encore avec cette famille et que vous avez refoulés profondément en vous, les limites abusivement franchies. Les phrases inscrites sur votre cahier vous montreront la voie pour résoudre ces conflits ou prendre votre indépendance émotionnelle.

Vous vous disputez avec votre conjoint ? Le journal des confins mettra à jour les blessures d’enfance qui se rouvrent dans cette relation, les scénarios qui s’y rejouent inconsciemment. Il sera le miroir de toute la vérité de cette histoire amoureuse. Faudra-t-il la continuer ou au contraire la rompre, si vous ne vous sentez pas respecté(e) ?

Vous avez vraiment du mal à cohabiter avec vous-même ? Le journal des confins vous invitera à identifier ce que vous n’aimez pas en vous ; il éclairera les parties à fortifier, à réparer, à dorloter, et ceci, dans le but de vous accepter totalement vous-même, d’occuper toute la place du pays de votre Être.

C’est ainsi que vous vous habiterez, indépendamment des réactions des autres et des fluctuations des circonstances extérieures.

Remplissez, avec quelques gouttes d’encre, tout le présent de votre présence.

Personnellement, j’ai donné naissance à ce journal, hier.

Les confins ne sont jamais très loin…

Je vous souhaite un beau commencement tout en haut de la page blanche !

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie

Trouvez-vous des mots

Trouvez-vous des mots
où vous réfugier,
des mots-maisons,
des mots-jardins,
des mots au coeur profond,
des mots qui auront la douceur des coussins,
des mots chaleureux
comme une chambre, le soir.

Moi, c’est
Murmure de la lumière
que je fais voguer
sur mes lèvres
plusieurs fois
par jour
et qui tracent
dans mon âme
le sillage
de son retour.

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, L'alphabet de l'herbe, Poésie

C’est un silence

Quel silence, aujourd’hui !
Certains disent
que c’est un silence
où rien ne luit ;

un silence
d’eau profonde
où l’on s’enfonce
si l’on cède

à ses peurs ;
un silence
de tombe,
de fin du monde…

Moi, je pense
que c’est un silence
où tout
commence :

le silence
de la première
seconde
qui précède

l’aube,
juste avant
l’éclosion
des notes d’oiseaux ;

un silence
fait de feuilles
et de souffles
qui, lui seul,

connaît
sa source ;
un silence
qui réunit

tous les jardins
dans sa main
et qui s’adresse
au coeur

des choses ;
un silence
qui accueille
la lueur

d’un bourdonnement
et qui attend
que scintille
le tintement

de la cloche
d’un dimanche
de célébration
pour verser

sur nous
la moisson
de ses chants ;
un silence

qui bat
la mesure
de son propre
temps ;

un silence
qui espère
sereinement
notre métamorphose

pour nous faire présent
du chuchotement
des roses ;
un silence

de patience
qui demeure
encore
ce point

d’or
que la grâce
suspend
entre

deux instants.

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie

La petite voix

J’aime cette petite voix
qui me dit
au coeur
de l’après-midi

Viens
On écrit
quand
le soleil

des feuilles
tremble
et que le sens
de ce souffle

n’importe plus
puisque seule
compte
sa présence

Géraldine Andrée

Publié dans Bullet journal, Créavie, Grapho-thérapie, Journal d'instants

L’écriture de la gratitude

En ces temps difficiles, je souhaite vous communiquer les bienfaits d’une activité qui développe la sérénité, la foi et la confiance inébranlable en l’Univers :

L’écriture de la gratitude.

Je me souviens du témoignage à la télévision, il y a quelques années, d’une jeune femme peintre, rescapée d’un accident de voiture. Cette jeune femme menait une vie qui ne lui convenait pas – un travail où elle gagnait beaucoup d’argent, mais qui l’épuisait, une relation amoureuse difficile. Un après-midi où elle rentrait d’une réunion professionnelle houleuse, un accident de voiture lui brisa les deux jambes qui durent être amputées. Condamnée au fauteuil roulant et envahie par la dépression, cette jeune femme entreprit une thérapie à l’hôpital. Et la thérapeute lui demanda de noter entre les séances, dans un petit carnet, toutes les choses sur lesquelles elle pouvait compter :

« J’ai deux yeux pour voir. C’est déjà ça.
Je peux saisir une tasse. C’est déjà ça.
J’ai des idées pour peindre. C’est déjà ça.
J’ai pu sortir aujourd’hui… Je fais des progrès
. »

Au fil de ces listes de choses pour lesquelles sa gratitude s’exprimait, la jeune femme reprit confiance en la Vie. Et cet accident lui révéla son cadeau caché : un changement complet de direction qui l’amena à devenir peintre professionnelle.

L’être humain est ainsi fait : il se complaît souvent dans un état d’impuissance qui l’empêche de progresser. Il s’accroche aux drames, aux peurs, aux phobies individuelles ou collectives. Si le statut de victime doit être indéniablement reconnu, il importe néanmoins d’en sortir pour explorer – comme le dit Boris Cyrulnik – sa résilience.

Et le carnet de gratitude est un excellent outil thérapeutique pour cela. Nul besoin d’y noter des choses compliquées, des sensations extraordinaires, des événements exceptionnels. La source de l’inspiration est le quotidien. Il suffit simplement d’écrire :

Merci.

pour l’eau chaude de ma douche,
l’essence de ma voiture qui me permet de rouler loin,
mon stock d’oranges,
la visite de mon amie Jessica,
la présence de mes enfants…

L’écriture de la gratitude n’est pas un exercice de style, même si elle peut donner lieu plus tard à la publication d’une oeuvre sous forme de Journal comme Le Sel de la vie de Françoise Héritier. 1
Ce n’est, cependant, pas sa fonction première. C’est avant tout une activité qui vous relie à vous-même et qui vous permet de déployer votre confiance en l’existence, et donc en vos propres forces :

« Si la Vie, tellement généreuse, me donne déjà tout ça, il n’y a aucune raison qu’elle soit avare envers moi à l’avenir.« 

Nul besoin d’être bien pour écrire sa gratitude. En fait, l’écriture de grâces est un excellent remède quand vous avez peur, que vous êtes triste, démuni.

En entraînant l’esprit à exercer sa créativité pour nommer les choses envers lesquelles la reconnaissance s’exprime, ce type d’écriture a permis à des femmes – des études le montrent – de surmonter l’épreuve du cancer du sein.
Je vous invite pour cela à découvrir le livre canadien Pétales de vie : 12 stratégies à votre portée pour surmonter les épreuves. 2

Vous pouvez adresser votre gratitude à une puissance supérieure, à Dieu si vous y croyez, au cosmos, à une étoile précise, mais aussi à vos proches et surtout à vous-même car, en étant attentif à ce que vous recevez, vous êtes la source du déversement de votre abondance.

Vous pouvez intituler votre journal Carnet de bienfaits, Cahier de Positivité, Carnet de mille mercis

Allez dans une librairie-papeterie et prenez le temps de choisir votre carnet. Vous aurez beaucoup de choix entre le carnet tout simple à décorer soi-même et le carnet artistique, déjà orné de motifs ; le bullet-journal vierge et le bullet-journal préalablement organisé. D’autres supports s’offrent à vous : une page Facebook, un agenda, un blog. La gratitude s’exprime aussi merveilleusement bien dans un carnet de dessins, un album de photos, par la méthode du scrapbooking.

J’ai souvenance d’un carnet de gratitude qui m’a aidée à surmonter le deuil de mon père. Il s’organisait en jours, en mois, en saisons et, au printemps, j’ai découvert que mon regard changeait, mes pages se remplissaient plus facilement. Rien que la lumière d’une matinée ne me laissait plus indifférente…

L’essentiel est de vous exprimer librement et, pour compléter votre créativité, il est possible de lire 3 kifs par jour 3 ou Quatre plaisirs par jour au minimum ! 4

Nous ne pouvons contrôler les événements. Nous pouvons, en revanche, contrôler nos pensées, nos émotions, la manière avec laquelle nous nous sentons car nous sommes responsables de notre instant présent.

Je vous souhaite une belle écriture de votre gratitude !

Géraldine Andrée

1 Françoise Héritier, Le Sel de la vie de Françoise Héritier, éditions Odile Jacob, 2012

1 Anick Lapratte et Sylvie Ouellet, Pétales de vie : 12 stratégies à votre portée pour surmonter les épreuves, éditions Le Dauphin blanc, 2010

3 Florence Servan-Schreiber, 3 Kifs par jour, éditions Marabout, 2011

4 Evelyne Bissone Jeufroy, Quatre plaisirs par jour au minimum ! Les bienfaits du plaisir sur le corps et l’esprit, éditions Payot, 2009