Publié dans Journal de la lumière, Méditations pour un rêve, Poésie, Poésie-thérapie

Ton Nom

Nul ne peut effacer
Ton Nom
car Il est telle
l’étoile
qui réapparaît
plus brillante
que jamais
entre les brumes
qui ne la voilent
que pour un instant

Et même si beaucoup
oublient
de prononcer
Ton Nom
je sais qu’Il existe
car Il métamorphose
le silence
en lueur
dès qu’Il affleure
mes lèvres

Géraldine Andrée

Photo de Min An


Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Journal de ma résilience, Le livre de vie, Le temps de l'écriture

Rendez-vous

Elle a rendez-vous avec Elle, ce soir, sous la lampe, à côté
d’une bonne tasse de thé.
Elle a rendez-vous avec Celle qui vient de très loin, depuis l’enfance,
et qui a voyagé sur longues lignes noires
pour être là, dans cette chambre.
Dès qu’elle La rencontre, c’est comme au temps jadis,
quand les feuilles servaient de refuge secret,
mais cette fois-ci, l’intimité est devenue autre : c’est elle qui, avec la clé, se tient sur le seuil pour recueillir Ses confidences.
Elle sourit au récit de Ses histoires qui semblaient si importantes – jusqu’à aujourd’hui.
Elle pleure devant Ses peines. De temps en temps, elle s’exclame : Pauvre petite !
Puis, en séchant une larme qu’elle sent poindre à travers un mot, elle Lui dit : Voyons ! Ce n’est pas si grave ! Tu vois, la Vie continue ! On vieillit !
Elle Lui donnerait bien des conseils mais le temps a fait son œuvre : Elle a déjà beaucoup appris. Seule l’expérience aide à comprendre…
Elle est contente d’être face à son Alter Ego qui lui montre qu’elle a changé, sans abandonner sa vérité.
Elle est ravie, vraiment, de retrouver Celle qu’Elle était.
Alors, elle ferme son journal de jeunesse et dans le silence qui l’envahit, elle se sent accompagnée.

Géraldine Andrée

Photo de Polina Kovaleva


Publié dans Journal de la lumière, L'alphabet de l'herbe, Le journal des confins, Le temps de l'écriture, Poésie, Poésie-thérapie

L’écriture de l’eau

L’eau fait
de chaque brin d’herbe
un délié
de chaque branche
emportée
par son mouvement
un long phrasé
Elle accroche
à la page
de sable
un alphabet
réservé
aux seuls
initiés
que sont
les oiseaux
et les méandres
qu’elle trace
avec du vert
aux marges
de la terre
sont des pleins
sur lesquels
s’attarde
le soleil
L’eau constelle
les bords
du ciel
blanc
de virgules
d’or
que l’on confond
à tort
avec
des étincelles
Non loin
de la grande
ville
où les hommes
se croient
éternels
l’eau
écrit
notre passage
dans le temps

Géraldine Andrée

Photo de Mabel Amber
Publié dans C'est ma vie !, histoire, Journal de ma résilience, Récit de Vie, Toute petite je

Des cornichons au chocolat

Je relis le livre de Stéphanie, Des cornichons au chocolat, alors que j’écris mon récit d’adolescence.
J’ai adoré cette histoire lorsque j’avais le même âge que Stéphanie, quatorze ans. J’en ai fait non seulement mon livre de chevet, mais aussi mon compagnon de route pendant plus d’un an. Je me suis reconnue dans les peines et les rêves, les désillusions et les espoirs de la narratrice. Je me suis retrouvée dans son sentiment d’être incomprise et j’ai partagé sa solitude. Je me réveillais et je m’endormais avec la photo de son visage sur la première de couverture. Je m’en suis fait une amie qui m’a donné l’envie de tenir mon propre journal intime. J’aurais voulu écrire comme elle.

Puis j’ai grandi. Je me suis mise à vivre et plus tard, j’ai appris dans certains débats de la presse littéraire que Stéphanie n’avait jamais existé et que c’était un homme qui revendiquait la paternité de cette héroïne de papier. Je me suis sentie alors profondément trahie dans mon âme d’adolescente qui demeurait enfouie quelque part en moi. Ainsi, toute la profondeur de cette histoire n’était qu’une intrigue inventée. La recette des cornichons sur lesquels Stéphanie saupoudrait du chocolat pour croquer « le goût amer de la vie », comme elle disait, n’avait été pas été expérimentée. Je croyais encore naïvement qu’un journal intime pouvait n’être que sincère, authentique et jamais je n’aurait pu soupçonner que ce genre littéraire pouvait servir la fiction. Blessée, trompée, j’ai abandonné mon journal intime.

Et je retrouve aujourd’hui Stéphanie qui, si elle avait existé et donc grandi, aurait le même âge que moi. Avec le temps, j’ai pardonné cette trahison littéraire. Maintenant que je connais bien Philippe Labro – l’auteur des Cornichons au chocolat – pour avoir lu quasiment toutes ses œuvres, je reprends contact avec les thèmes qui lui sont chers et qu’il avait déjà développés dans ce livre : l’altérité, le sentiment d’étrangeté, le don de percevoir l’invisible, de dire l’indicible, l’interrogation d’une présence divine. Ce roman fait partie de la trilogie, Manuella et Franz et Clara. Mon sentiment de déception, depuis tout ce temps, est passé et – je dois bien l’avouer -, je suis contente qu’un homme ait pu comprendre à ce point les états d’âme d’une adolescente en attente de l’apparition de sa féminité. Je lui suis reconnaissante d’avoir littérairement éprouvé cette empathie pour tant de jeunes filles. Aussi, je relis avec plaisir ce roman qui me prouve que la sincérité peut exister dans la fiction.

Géraldine Andrée