1

– Je veux écrire à cinq heures du matin, l’été.

J’ai besoin du premier chant des oiseaux, de la lumière encore timide qui frémit sur les feuilles du pommier.

J’ai besoin du silence des gouttes de rosée qui perlent sur les branches.

Tout cela est important.

 

-Oui, c’est ce que tu penses.

Tu veux écrire à cinq heures du matin, l’été.

Mais tu peux le faire en tout temps, toute saison

car tu as surtout besoin,

quel que soit le côté

vers lequel la clarté se penche,

de Vérité.

2

Pour trouver l’inspiration, tu n’as nul besoin d’aller loin.

Assieds-toi sous un arbre et regarde le soleil broder au fil d’or

des lettres nouvelles sur les feuilles.

3

L’enfance, c’est, bien sûr, beaucoup de souvenirs.

Mais c’est aussi, tous les souvenirs des

Pourquoi ?

Pourquoi, dis, les bulles de savon qui dansent dans le matin ?

Pourquoi les nervures sur les feuilles ?

Pourquoi les couleurs de l’arc-en-ciel ?

Pourquoi tant de lumière dans une seule goutte ?

Pourquoi l’écho, ce battement de coeur de la voix ?

Pourquoi le saphir de la neige sur les cols ?

Pourquoi la buée, cette fleur de mon souffle, sur la fenêtre ?

Pourquoi le sable me glisse entre les doigts ?

Et l’eau, pourquoi la trace de son chant, c’est cette succession de rides sur ma peau ?

Pourquoi les taches de rousseur sur les fruits mûrs ?

Pourquoi le dard de l’abeille ?

Pourquoi la cloque de la brûlure ?

Pourquoi je vis mes rêves quand je dors ?

Pourquoi la dentelle des nuages ?

Pourquoi la vague arrive jusqu’à mon château de sable ?

Pourquoi j’ai l’impression d’être déjà entrée dans ce jardin ?

Pourquoi la fraise toute piquetée de points comme le nez d’Alphonse ?

Pourquoi le temps ne s’arrête jamais ?

Pourquoi les nuits et les jours, toujours ?

Pourquoi j’entends parler dans le vent et soupirer sous les mousses ?

Pourquoi la lune est ronde comme si elle attendait un enfant ? Et si j’étais, moi, fille de la lune ?

 

Souvenez-vous de tous les Pourquoi de votre enfance.

Inscrivez-les sur la page de votre journal, les uns à la suite des autres, sans juger de leur valeur car ils sont tous pertinents.

Vous serez émerveillé(e) par votre capacité d’interroger la vie, à la source de toute inspiration/respiration.

Soyez curieux ! Oui !

Gardez l’envie pour créer, écrire, peindre, sculpter, danser, chanter, composer… jouer… comme si vous n’aviez jamais grandi !

4

Tu veux créer mais tu n’y arrives pas.

Tu veux peindre, sculpter, coudre, écrire, composer, produire.

Mais ce n’est pas pour toi, me dis-tu.

Qui t’a dit que ce n’était pas pour toi ?

Comment les arts peuvent-ils exclure un individu ?

C’est impossible.

C’est toi qui décrètes que tel art n’est pas pour toi.

Tu veux créer ? Alors, commence.

Par un petit gribouillis, une chansonnette, deux chutes de tissu accordées, un peu de pâte à modeler, quelques feutres, une note bien placée.

Sois un enfant : trouve une autre langue que « je n’y arrive pas ». La langue de l’amusement, du rire, de l’insouciance, des yeux qui pétillent.

Fais pour faire, sans t’inquiéter du résultat. Va, sans te soucier de la destination.

Tu ne jugeais pas, quand tu étais enfant, que ton dessin « était moche ». Seule comptait la lueur de chaque couleur.

Fais de même : quelques pas. Tu trébucheras, c’est sûr, tu hésiteras, comme autrefois, dans l’allée du jardin quand tu apprenais à marcher.

Le meilleur danseur de salsa n’a-t-il pas débuté comme cela ?

Va juste un peu plus loin dans l’audace de ton désir.

Et tu verras que l’Univers, cet art divin d’union de tous les astres, est fait pour Toi !

5

Si j’étais une lettre,

je serais le V

de la Vie

qui vibre

dans la voix

du vent

venu

de toutes les rives

pour déposer sa vérité

sur mon cahier vélin.

Et vous,

quelle lettre

seriez-vous ?

Ecrivez-la !

6

Tout ce que nous cherchons à l’extérieur, nous l’avons à l’intérieur.

Tout ce que nous cherchons

dans les autres – l’approbation, le soutien, l’amour, la compassion -,

dans les lieux – les bars, les pistes de dancings, les vacances tout inclus, les plages paradisiaques-,

dans les expériences – les étreintes des nuits, les tours de manège, les feux d’artifices, les voyages à l’autre bout du monde -,

nous l’avons en nous.

Nous avons depuis toujours nos fenêtres avec vue sur ciels étoilés, nos jardins d’enfance, nos jours de printemps, nos plus belles musiques.

Mieux que cela encore : nous avons les feux de la grâce, le fil de notre souffle qui réunit tous les instants dispersés au cours du temps, la conscience de nos pas, les lueurs de notre volonté, les éclats de notre foi.

Et mieux encore : nous avons notre vérité inconditionnelle, indépendante de celle d’autrui.

L’oiseau sait, de manière innée, avec son seul bec et quelques branchages, comment tresser son nid.

Nous savons comme lui nous créer notre demeure depuis notre naissance.

Et, si pour d’irrationnelles raisons sociales, nous l’avons oublié,

il nous est très simple de le réapprendre.

Il suffit, dans l’espace de deux battements de coeur, de retourner à Soi.

7

Lire, écrire, aimer, rire.
Quatre verbes qui me donnent la vie
à chaque instant.

Tant qu’il restera la musique et la poésie consolatrices, 
la Vie renaîtra, lueur surgie des cendres.
Garder foi en la Beauté.

8

On se dit souvent qu’on a une mission de vie singulière qu’il nous faut absolument dire, écrire, formuler pour trouver qui l’on est vraiment.

Et si ? Et si l’on n’avait pas de mission de vie ?

Si notre mission consistait uniquement à être là, dans l’instant que l’on apprécie pleinement ?

Aimer ; respirer ; sourire ; écouter ; s’allonger dans l’herbe ; être conscient de la terre qui nous porte ; s’aventurer en rêve dans les couleurs des lisières qui se mêlent sous un pinceau invisible…

Et si notre mission consistait à être en vie pour nous sentir tout simplement vivant ?

Prenez un carnet et écrivez à chaque ligne ce que vous aimez dans l’instant présent ; ce qui vous donne confiance en cette seconde-ci et pas en une autre.

N’est-ce pas cela notre mission de vie à tous, laisser s’exprimer notre vie

dans un humble merci

à Maintenant et Ici ?

 

Géraldine Andrée

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