Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

La liste de courses

Ma mère
dépose
au seuil

de mon sommeil
une liste
de courses

Pommes de terre douces
petites tomates rousses
pois en leur cosse

plus une botte
de persil
et au moment

où je lis
ce mot
je revois

le persil
bien vert
bien haut

qui déborde
du cabas
que tu portes

en reprenant
ton souffle
et que tu poses

sur le seuil
de la porte
Il n’est plus

le temps
où tu es mort
On dînera

bientôt

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Les instants intenses

Je rêve que je me réveille tard.
Le soleil est déjà haut.
Mais il n’est pas trop tard. Vite !
Un café chaud

et bientôt la mer
qui fait le gros dos
en bas de l’escalier
de pierre,

puis le pique-nique
sous le parfum
des pins,
juste avant

la sieste
dans les herbes,
à l’écart des sentiers
de la promenade.

Ce soir,
ivre de lumière,
de marche,
de nage,

je noterai
dans mon cahier
les instants intenses
de ma journée,

jusqu’à ce que je m’aperçoive
que tout ce que je vis
m’éloigne de toi
à jamais

et qu’il est donc
de plus en plus tard…

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Tes pas

Tu marchais
souvent
sur le carrelage
encore
mouillé
et les traces

de tes pas
s’effaçaient
au soleil
pendant
que les dalles
séchaient

J’ai rêvé
de ton passage
Dans la nuit
étincelaient
les preuves
que tu avais traversé

la cuisine
de l’enfance
tout juste
lavée
et je me laissais
guider

jusqu’au seuil
de la porte
qui mène
au jardin
et soudain
plus rien

Ta trace
avait disparu
comme si tu n’étais
jamais venu
J’étais seule
avec mes pas

Il n’y avait là
que l’allée
principale
qui s’enfonce
en plein jour
dans l’ombre

humide
des arbres
Je crois
que j’écris
pour te suivre
là où je ne vais pas

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

La voix lointaine

Elle est lointaine, ta voix qui me parlait de la beauté de l’arbre centenaire du jardin.
Elle date de plus d’un an, d’un été qui ne reviendra pas.
Mais tes mots remontent le courant du temps.
Alors que ton nom est gravé dans le marbre,
ils flottent comme des rubans de couleur dans le silence de ton absence.
C’est un bel arbre.

Géraldine Andrée

Publié dans Cahier du matin, Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie

Je reviens à la page

Lorsque je ne peux tout contrôler,
que le destin a ses échéances,
lorsque je ne peux rien changer au comportement d’autrui,
que la maladie et la mort ont le dernier mot,

je reviens à la page.
J’y crée des chemins, des jardins,
des poèmes qui annoncent l’aurore
dans le mot Demain.

Je redécouvre mon pouvoir,
ma faculté de détachement
pour suivre, telle la feuille,
l’élan du souffle qui la mène un peu plus loin.

Je cesse de dépendre
des circonstances
pour être heureuse
et, dans le blanc de neige

du papier,
je trouve une rose
en sa floraison
qu’aucune bourrasque n’abrège.

Je sais que le temps de l’encre
m’apporte tous les possibles
et que cet espace
me permet de vivre.

Je puise
dans ce face à face
avec moi-même
de la force,

de l’audace
et je me vois mieux
que dans un miroir,
car j’ai enfin la certitude

que mon âme
accompagne
ma solitude
et elles peuvent bien creuser leur trace,

les rides sur mon visage !
Lorsque je reviens à la page,
que je puise
dans son silence

qui m’accueille
un murmure d’eau vive,
je me sens devenir grande
comme la majuscule

d’une phrase qui commence.

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie

Il

Il ne laisse pas le trace

Seulement le souvenir

du souffle des arbres

qui nous fait croire

que l’on marche

et que l’on passe

avec Lui

Le Poète

Géraldine Andrée