Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Le grand passage

Peut-être que le grand passage ne se dit pas, mais se vit…

On a beau décrire le grand passage
avec tous les mots possibles et imaginables
rien ne dit le mystère de l’embouchure qui se franchit

Le grand passage est vécu dans un silence inéluctable
pour ceux qui demeurent
puisque nul ne revient d’un voyage qui se passe de toute histoire et de toute parole

Se contenter d’écrire
avec le mouvement de son doigt
dans le jour transparent
un seul mot

Envol

peut-être
même si ce mot diffère en son sens
du frétillement d’un oiseau ou d’un papillon à la fenêtre
car personne ne connaît les ailes qui emportent dans l’espace celui qui passe
ou alors écrire tout simplement

Point

avec le frêle souffle d’une virgule
qui le soutient juste en dessous
afin que quelqu’un d’entre nous puisse rêver
à des bras de mer ouverts
de l’autre côté

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Si présente est ton absence

Ta présence : la vérité d’un songe

Si présente est ton absence
Je ne cesse de t’entendre
comme à travers un drap
et de te voir
comme dans un lac

Tu me souris
et il n’y a que moi pour te répondre
Ensemble
nous sommes seuls au monde
et cela m’est suffisant

Le temps a le mérite
de ne plus te faire vieillir
Tu es vêtu de ton éternel
manteau rouge
et de ton pantalon de velours

Les mains dans les poches
tu te tiens
un peu voûté
à l’embrasure
de la porte

Tu n’entreras pas
même si ta chaise
est libre
car plus personne
ne t’attend

Tu habites l’espace
à la manière d’un songe
et pourtant
je retrouve
ton grain de beauté

incarnat
au bord
de la bouche
Tu t’es incarné
dans ta mort

et qu’importe
que plus rien
de toi
ne se retienne
ni ne se touche

pas un doigt
pas un morceau de vêtement
pas un cheveu
qui frise encore sur ta tempe
tu es là

Elle est à jamais
si intense
ta présence
Tu vis
davantage

pour moi
que tous les vivants
réunis
et le silence 
porte

ta voix
jusqu’à ma chambre
au-dessus
des éclats
de rire

d’en-bas

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Cahier du matin, Créavie, Journal créatif, Journal de nuages

Créavie : Carnet de nuages

Mon projet pour l’année nouvelle : le carnet de nuages ; garder trace de ce qui se dessine dans le ciel.

M’acheter un carnet pour faire une liste des nuages que je vois chaque jour;

noter leurs déliés sur la page du ciel ;

que s’efface enfin la frontière

entre l’écriture et le dessin ;

et que ma plume épouse à chaque phrase

la grâce légère d’un nuage.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Journal créatif

Géraldine Andrée ou le pouvoir spirituel de l’écriture

Mais quelle est donc cette force magique de l’écriture ? Découvrons-le ensemble dans le cadre d’un atelier que je vous proposerai à la Bibliothèque de la Société d’Etudes Psychiques, 1 ter Place de la Neuvième Division de l’Infanterie Coloniale 54000 Nancy, le 05 janvier 2019, de 14 heures à 17 heures.

Le samedi 05 janvier 2019, lors de la première causerie à la Bibliothèque, je vous parlerai du pouvoir spirituel de l’écriture.

Au moment d’écrire cet article, je me suis interrogée : vais-je employer « Elle » ou « Je » ?

Et je me suis dit que j’allais me présenter moi-même puisque j’écris les articles de ce site.

De cette façon, j’instaurerai un contact plus proche avec vous, lecteurs et futurs auteurs.

Qui suis-je ?

J’écris depuis l’enfance.

Je tenais à l’âge de sept ans un cahier orange dans lequel j’écrivais des poèmes illustrés de dessins.

J’aimais associer lettres et mots aux couleurs. Très tôt, j’ai relié l’écriture à la créativité.

Quand je me promenais ou que je faisais de la bicyclette, je m’inventais des histoires.

Je sais depuis longtemps que la créativité est mouvement. L’écriture, par l’élan de la main sur la page, initie ce mouvement.

Adolescente, j’ai commencé à tenir un journal. J’aimais entendre le tintement de sa petite clé dorée lorsque je l’ouvrais. Il me semblait que j’entrais dans ma maison. Et j’insisterai bien lors de ma causerie sur la dimension intime de l’écriture.

J’en ai écrit depuis, des cahiers. Des cahiers Clairefontaine aux cahiers de moleskine noire, dits « carnets d’Hemingway » en passant par les cahiers à spirale, les blocs de dessin – car l’écriture est aussi dessin, je vous le montrerai.

Un matin, j’ai relu l’une de ces anciennes pages et j’ai découvert avec surprise que l’un de mes voeux – que je décrivais au présent, comme s’il s’était déjà réalisé avec sa lumière, ses couleurs, ses bruits, ses textures, ses odeurs – avait été exaucé.

Par quelle force magique ? Par quelle prière ? C’est ce dont je vous parlerai pendant ma causerie.

L’écriture est devenue de plus en plus présente dans ma vie, au point de devenir impérieuse nécessité.

Très vite, en plus du métier de voix et de transmission que j’exerce – puisque je suis professeur de Lettres -, j’ai senti que je pouvais aider les autres par l’écriture. J’ai donc suivi une formation d’écrivain public-biographe. J’ai souhaité prêter mes mots à d’autres et, encore une fois, ce rêve m’a appelée puisque j’ai écrit des récits de vie pour des proches, des amis. 

L’écriture ne m’a jamais quittée. C’est une vie dans ma vie, une seconde peau. Certes, elle m’a permis de me montrer – j’ai en effet obtenu des prix littéraires pour mes poèmes et mes textes – mais surtout, elle m’a permis « d’être« , indépendamment de mon environnement. Souvent, elle fut refuge. Souvent, elle m’a sauvée.

Ma causerie du 05 janvier 2019 vous montrera comment elle exerce ce pouvoir salvateur car je suis certaine que tout le monde peut vivre la merveilleuse expérience d’être Soi en écrivant. Tout le monde peut écrire. J’ai d’ailleurs décidé d’en faire une pratique de méditation active, correspondant aux Occidentaux que nous sommes.

Mais quelle est donc cette force magique de l’écriture ?

On réduit dans notre société l’écriture à un pouvoir purement normatif, conventionnel, administratif. Pas étonnant dès lors que beaucoup aient peur d’ouvrir un cahier et d’y inscrire un premier mot – le leur !

Mais l’écriture est bien plus que cette dimension sociale. Elle est souffle, énergievibration. Par l’encre qui donne forme aux mots, par le mouvement de la main qui insuffle à la phrase l’élan d’une vague, l’écriture incarne votre rêve de vie ; elle incarne votre rêve dans la Vie !

La première chose à laquelle on pense lorsque l’on se penche sur le pouvoir spirituel de l’écriture est l’écriture automatique. C’est l’un des aspects du pouvoir spirituel de l’écriture mais ce n’est pas le seul. D’ailleurs, l’expression « écriture automatique » est ambiguë et j’éclaircirai cette ambiguïté.

Ecriture intuitive, écriture inspirée… Toutes ces « méthodes » sont en lien avec le pouvoir spirituel de l’écriture. Mais peu importent les noms ! A trop vouloir se focaliser sur le type d’écriture, on passe à côté du miracle qui accompagne le ressenti intérieur provoqué par le voyage du stylo sur la feuille.

Aussi vous donnerai-je plutôt des façons d’ouvrir dans la page blanche cette fenêtre sur vous-même. En convoquant la tenue d’un journal – traditionnel ou ludique, je vous ferai découvrir la méthode du journal créatif initié par Anne-Marie Jobin, art-thérapeute. De même, je vous montrerai comment le calligramme est l’un des chemins qui peut mener à votre Âme, ainsi que le bullet-journal ou la page de visualisation.

Par les pages du Matin – que pratique quotidiennement sa créatrice, Julia Cameron – , vous pourrez prendre conscience que l’écriture est toilette de l’esprit. 

Et il vous sera possible d’intégrer ce rituel à la danse, à la musique, à cet espace sacré de non-jugement qu’habite votre Guide, cet Autre Vous-Même !

En effet, pour que l’écriture ait un pouvoir spirituel, il me paraît nécessaire qu’elle soit en lien direct avec ce que nous vivons et ressentons à l’instant où nous écrivons, au moment où le quotidien ne nous a pas encore happés, c’est-à-dire le matin. Et la thérapie des Pages du matin fait partie de ce pouvoir spirituel.

L’écriture est une force maîtrisée qui répond au principe de la loi d’attraction. En dialoguant ainsi sur la page avec toutes vos voix, vous mesurerez combien vous êtes l’auteur… de ce journal, de ce carnet, de l’Oeuvre de Votre Vie !

La causerie se terminera par des exercices d’écriture qui vous étonneront sur vous-même et vous permettront d’être plus tard à votre table votre ami(e) le plus proche, le plus cher, le plus intime.

Je vous invite à venir avec votre plus beau carnet car, ne l’oubliez pas, plus ce carnet est accueillant, plus vous aurez le sentiment, en y écrivant, d’entrer au coeur de chez vous.

Et si cette causerie vous a intéressé(e)s, pourquoi ne pas organiser au cours d’une rencontre ultérieure à la Bibliothèque un atelier d’écriture ? A vous de me dire !

Pour mieux me connaître, je vous invite à vous rendre sur ma page

https://lencreaufildesjours.com/2018/10/17/ecris-ta-vie/

et pour prendre connaissance de mes oeuvres, à visiter ma page Amazon https://www.amazon.fr/G%C3%A9raldine-Andr%C3%A9e/e/B00VOV0478/ref=sr_ntt_srch_lnk_1?qid=1545594653&sr=8-1 au nom de Géraldine Andrée

Bien à vous !

Géraldine ANDREE

Tous droits réservés@2018

Publié dans Journal de mon jardin

1939

Un long été qui, même mort, vit encore, dans une mémoire, quelque part… En ce temps, tu n’avais que dix ans.

L’été semblait ne jamais devoir s’achever cette année-là.
Les abeilles volaient dans la lumière rousse.
Les parfums des chemins se levaient à chaque pas.
Le soleil glissait ses rayons dans l’échancrure des maillots de bain
et l’eau des fontaines répandait sur les mains sa joie douce.
Le jardin nous parlait jusque tard dans la nuit.
Chacune de ses paroles était un souffle, une stridulation, un cri de cigale ou de grillon ajoutant sa note à la chaîne des étoiles.
Les rires des enfants bourdonnaient aussi naturellement que ces ailes qui annoncent les fleurs de loin.
On remplissait les pots de confiture et de miel
pour la morte-saison qui paraissait aussi improbable qu’un rêve.

J’ignore encore aujourd’hui le signe qui nous prit en traîtres.
Ce ne fut, je crois, ni un regard de regret, ni un sourire d’adieu, encore moins un sanglot,
peut-être tout juste une ombre un peu plus longue que d’habitude,
un instant de solitude secrète,
ou la première goutte de pluie fraîche sur la mèche d’une fillette.


Et encore, rien n’est moins sûr.
Alors, comment expliquer cette vilaine froidure
qui s’invita avec son linceul sur notre seuil ?
Je ne sais.
Mais qu’importe ! 


Quand je me souviens de cet été infini,
il me semble que j’ai laissé ouverte 
la porte
de la maison qui n’est plus
sur le temps d’aujourd’hui.

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

La nouvelle cartouche d’encre

Tu avais mis une nouvelle
cartouche d’encre
à l’imprimante
pour mes poèmes futurs
que tu ne liras pas
que tu n’imprimeras pas
car de là-bas
ils n’ont nul besoin paraît-il
d’être lus pour être connus
Ils sont sans cesse annoncés
par l’élan des ailes
qui traversent la blanche nue
C’est ce que je me dis pour me consoler
de la belle encre neuve qui attend
à jamais dormante
sur son ruban

Géraldine Andrée
Un cahier blanc pour mon deuil

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Je te destine

Je t'adresse tous les poèmes possibles 
nés ou à naître
Je t'envoie l'enfance de mes mots
Je t’adresse tous les poèmes possibles
nés ou à naître
Je t’envoie l’enfance de mes mots

Je te destine
Toutes 
Mes phrases
Sur la page

Les écrire
Lentement
En m’arrêtant
Pour reprendre
Souffle
C’est ma façon
D’entrer
En hivernage

Du noir
De la peine
Des dernières
Semaines
Il me reste
Ce cahier
Blanc

Faire
De ton absence
Un livre
Faire
De ta mort
Une oeuvre

C’est ainsi
Que je rendrai
Peut-être
Mes jours
Vivants

La lampe
De ce soir
De décembre
Allume
De multiples
Lampes
Dans l’encre
De mes mots

Comme jadis
Dans les larmes
De mon enfance
Incomprise
Sur les lignes
De mon journal 
Intime

Même reflet
Même éclat
Le temps
Que cela
Sèche

Je peux
Maintenant
T’écrire
Autant de fois
Que je le désire
Puisque tu ne reviendras pas

Géraldine Andrée

Un cahier blanc pour mon deuil